| Frédéric Zarch: "100 ans de cinéma à Saint-Etienne" |
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| Écrit par FI |
Il y a cent
ans, la première salle stéphanoise spécifiquement dévolue
au Septième Art ouvrait ses portes à l'angle de la rue Praire et de
l'actuelle rue Dormoy. Son nom: L'Alhambra. Elle fut construite par les
frères Pathé et porte aujourd'hui, sans partage, le nom de la société
qui la racheta en 1930 et qui en 2000 la reconvertie en multiplexe : le
Gaumont. Au fil des ans, depuis cette première jusqu'aux cinq rescapés
de notre temps (Gran Lux inclu) des dizaines d'autres salles obscures
ont fait rêver des générations d'habitants.
Frédéric Zarch vient d'écrire un nouvel ouvrage, "Dictionnaire historique du cinéma à Saint-Étienne", fruit d’un travail de recherches de plusieurs années. Il couvre plus de cent années de la vie stéphanoise depuis la première projection du Cinématographe Lumière, le 26 avril 1896, dans les salons de l’Hôtel-de-Ville. De nombreuses notices retracent l’histoire des salles de cinéma (des brasseries-cafés aux multiplexes) salles commerciales, de quartier, laïques ou confessionnelles, le tournage d’un film (Le Juge Fayard, Noce blanche…), la vie d’un acteur, ou d’un réalisateur. Mais ce livre évoque aussi les inventeurs, entreprises (Heurtier), associations, structures et manifestations qui ont fait la richesse et la diversité de l’histoire du cinéma dans notre ville.
Frédéric Zarch, dans quel contexte a été créé L'Alhambra ?
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La salle de L'Alhambra en 1910
- image emprunté à l'ouvrage de Jean Gabriel
"Histoire du cinéma à Saint-Etienne"
Mais
dans les années 1907-1908, les premières salles de cinéma essaiment un
peu partout en France. C'est que le système de distribution du cinéma
se modifie. On passe d'un système de vente du support, c'est à dire de
la pellicule, à la mise en place de circuits de distribution et de
location de la pellicule. En France, les frères Pathé ont mis en place
un réseau de Distribution des films et prirent en main leur
Exploitation. Pour développer le cinéma dans les centres urbains, ils
firent construire des salles destinées uniquement à la projection de
films cinématographiques et en particulier à leurs propres productions.
A Saint-Etienne, en novembre 1907, sort de terre "L'Alhambra Cinéma
Pathé Frères". Confié à M. Denis, sa localisation, place Marengo,
correspondait parfaitement à l'ambition qui avait cours alors; à savoir
toucher des publics plus fortunés.
Arrêté préfectoral repris dans le journal La Tribune républicaine
le 3 mai 1913. Les "hommes ratiers" dont il est question affrontaient
des rats dans une cage. Ils se déplaçaient à quatre pattes et devaient
les affronter dans un combat singulier et fixé sur la pellicule. Les
gladiateurs devaient tuer les rongeurs, qui ne se laissaient pas
faire,... avec les dents. Sans commentaire.
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Place Badouillère
L'Imperial Cinema Novelty, futur Etoile-Théâtre puis Le Capitole
Quand est venue la rupture entre théâtre et cinéma ? ![]() Le Stella
C'est
une époque où l'on peut parler d'une ville de cinémas. Il y avait Le
Cristal à Valbenoîte, Le Bellevue, L'Idéal de Côte-Chaude...
Aujourd'hui à l'inverse, on a à Saint-Etienne un "quartier" de cinémas
- si l'on peut nommer ainsi le centre-ville - avec Le Royal, Le Gaumont
et depuis peu, Le Méliès. Quant aux quartiers périphériques de la
ville, Beaulieu, La Cotonne, Montreynaud, leur développement tardif
s'est fait sans aucun équipement cinématographique. Il n'y a que Le
France qui est un (petit) peu excentré.
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Une des salles du France
Combien de salles de cinéma à Saint-Etienne durant cette période faste ?
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Salle de projection dans le nouveau Méliès encore en travaux
Un mot sur les ciné-clubs ?
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L'Atalante, toute jeune salle du France
Le Palace est né en 1927. En partie détruit lors du bombardement américain de 1944, il fut restauré sous une nouvelle identité, Le Français, qui ferma en mars 1971 pour rouvrir sous le nom du France.
A partir de quand les cinémas stéphanois vont-ils fermer en masse ?
Le souvenir d'Ava Gardner au Triomphe, transformé en café-théâtre
Et aujourd'hui ? Actuellement, elles tournent autour de 200 millions. A Saint-Etienne, environ 900 000 billets d'entrée sont vendus chaque année. Et les 3/4 des spectateurs sont des personnes assidues qui vont au cinoche très régulièrement, entre une fois par mois et une fois par semaine. Mais ce sont les autres, ceux qui vont au cinéma une ou deux fois par an, qui font les gros succès: Titanic, Les Bronzés...
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Le cadavre de L'Eden
La
ville n'a pas une population cinéphile importante. La population
étudiante, une population qui va beaucoup au cinéma au regard
d'autres catégories socio-professionnelles, est assez faible et l'on
sait que de nombreux habitants quittent la ville pour habiter à la campagne.
Ils vont alors au Family à Saint-Rambert par exemple ou au Jules Verne
à Saint-Genest-Malifaux. Le dernier en date vient d'ouvrir ses portes à
Usson-en-Forez. Ce sont des salles qui sont assez dynamiques.
L'Alhambra, rebaptisé L'Alhambra-Gaumont, aujourd'hui le Gaumont tout
court, a toujours été une salle de prestige, la vitrine de la Gaumont.
En 1931, sa façade s'ornait de huit grandes lettres de six mètres de
haut. Il passait déjà, chez les Stéphanois tout du moins, comme le plus
moderne de France. Il fut en 1976 un des premiers Complexes,
aujourd'hui on dit Multiplexe, avec huit salles. Dernière grande
transformation en date, en 2000, dix salles et 2000 places.
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Le Royal dans les années 50
Le
Royal-Cinéma a été construit en 1913 par Léon Salengros sur
l'emplacement de son "Great Skating Rink", avenue du Président Faure.
Le "Great Skating Rink" était un établissement de patins à roulettes.
Le bâtiment actuel date de 1984.
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Aujourd'hui
Le
Méliès est aussi une très vieille salle. Son histoire commence en 1915
avec Mme Gagne et sa "Brasserie de la Place du Palais des Arts". Cette
brasserie a été transformée en un cabaret, Le Trianon, situé en
sous-sol et un cinéma: Le Femina. Il fut rebaptisé Le Morgan pendant
une courte période puis Le Méliès à partir des années 60. Il fut
restauré par Jean-Pierre Lemoine au nom de l'U.G.C. qui possédait
également les six salles de L'Eden, rue Blanqui. C'est en 1983 qu'
Alain Cramier a racheté les deux petites salles du Méliès et lui a
donné une identité de "cinéma art et essai" avec des rencontres, des
débats etc. Environ deux millions de spectateurs et plusieurs centaines
d'invités sont venus à Badouillère. L'année dernière, comme chacun le
sait, il a déménagé dans l'hypercentre et s'est enrichi de deux autres
salles, dans un immeuble flambant neuf...
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Ancien Méliès
Une
parenthèse: l'idée de ce déménagement et de cette nouvelle
construction, c'était d'avoir plus de poids et d'avantages qu'à
Badouillère avec deux salles modestes. D'avoir plus de spectateurs.
Penses-tu que le Méliès a réussi son pari ?
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Gran Lux
Le Gran Lux ? ![]() L'Astrée
La salle du Kursaal
Il y avait des cinémas porno ? Comme dans toutes les villes. Le cinéma érotique avait bien commencé à la fin des années 60. Et à partir du septennat de Giscard d'Estaing, le porno s'est développé. Il a d'ailleurs touché toutes les salles, aussi bien de quartier que les salles commerciales. Certaines d'entre elles ont fini dans le porno, d'autres ont viré vers le ciné de série B, le kung-fu ou le western spaghetti. Place de l'Hôtel de ville par exemple, il y a avait le V.S.D. qui a débuté dans le porno avant de finir dans le cinéma asiatique. Le Triomphe du square Violette a eu aussi sa période porno. Elle a été la dernière du genre à Saint-Etienne. Elle a fermé en 99 si j'ai bonne mémoire. Il a surtout bien fonctionné durant deux à trois ans, entre 74 et 77. A partir de 76, l'Etat a commencé à taxer le porno comme produit de luxe. Aujourd'hui, la consommation de porno est infiniment plus élevée, mais plus dans les salles de cinéma. Avec les vhs, internet et les dvd, plus besoin de salle sombre...
D'autre part, peu de films semblent avoir été tournés à Saint-Etienne... Parmi les acteurs, on peut citer Muriel Robin et Jacky Nercessian. A noter que Louis de Funès s'est marié à Saint-Etienne et que Jacqueline Maillant y a vécu dans les années 30. Parmi les cinéastes, Philippe Grandrieux a fait plusieurs films à la limite du cinéma expérimental. Jean Mesnier, auteur d'une quinzaine de films méconnus dans les années 30-50. Jean-José Frappa, le fils du peintre, fut critique de cinéma et scénariste. Charles Exbrayat a écrit aussi de nombreux scénaris et participé à un certain nombre de productions: "La femme nue", "Maria du bout du monde", "L'Inconnue de Montréal"...
Un dernier mot sur la Cinémathèque ? |
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