Monsieur le Maire, Mme l'adjointe à la Culture, il se crée à Saint-Etienne un collectif tous les deux jours ! Le nôtre, le "Comité pour un mur de gloires à Saint-Etienne" existe depuis 6 ans !  Et depuis 6 ans, rien ! Pas même un petit droit de réponse qui permettrait de nous faire valoir.  Peu nous chaud !! Alors que nous venons tous de célébrer l'art graffiti berlinois, nous réitérons avec insistance notre souhait de voir s'ériger à Saint-Etienne un mur dédié aux grands personnages de notre histoire. Nous invitons à nouveau tous les habitants à signer cette pétition et à l'envoyer à la mairie.

Monsieur le Maire,

Nous le savons tous, Saint-Etienne souffre de son image de ville industrielle, de ville noire et triste. Et si certains cœurs s’accordent à lui trouver une âme, c’est justement cette image de ville industrielle, noire et triste qui la lui confère. N’est ce pas là une lointaine résonance des belles paroles bibliques du Cantique des cantiques: "Nigra sum sed formosa! Je suis noire mais je suis belle" !?

Nous le savons, et vous le savez bien Monsieur le Maire, il y a des compassions qui sont aussi des discours d’exclusion ! En rabâchant l’image d’une ville prolétaire, aussi géniale soit elle, on la range définitivement dans le tiroir des villes sombres. Au contraire des villes d’histoire, lumineuses, les Bordeaux, Sochaux, Toulouse, Lens, Rennes, Le Creusot ou Decazeville… C’est injuste car Saint-Etienne, si elle n’a pas vu naître en son sein Nicolas Poussin, Clémenceau ou Evelyne Thomas n’en a pas moins vu défiler dans ses murs une sacrée belle brochette de psychopathes et bandits en tous genres. Permettez-nous de vous indiquer quelques noms , parmi les plus marquants,  à avoir honoré celui de notre cité:

-Mandrin le Savoyard aurait eu l’heureuse idée de passer chez nous. "Roi des contrebandiers" il ouvre le bal avec ses légendaires "cavaliers de la tempête". Ensemble, ils laissent une empreinte éternelle. Les historiens ont battu en brèche cette légende ? Notre homme n'est point venu ? Sachez bien que ce révisionnisme à la petite semaine ne nous empêchera pas de prétendre le contraire.

- Javogues, le sanglant. L’ange exterminateur de Robespierre. Fiancé à la guillotine, il a rougi de sang assurément impur les pavés de nos rues. Avant d’épouser pour de bon sa chère Louison. Oui certes, certes, nous savons bien que c'est faux et que la machine n'a jamais tranché une seule (vraie) tête à Saint-Etienne. Mais faisons comme si... vous voulez bien ?

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- Ravachol, un pur produit de la révolution industrielle. Grâce à lui le renom de Saint-Etienne a traversé les frontières et la fabrication des bombes a pris valeur d’art culinaire, bien avant Gagnaire.

-Paul Bernard, ami du précédent. Mêmes inclinations, chef de cuisine.

-Bonnot de la " Bande à Bonnot ", avant de suivre son destin et croiser les " brigades du tigre " a travaillé quelques temps dans une usine automobile stéphanoise. Triste époque Mr le maire, les gamins stéphanois l'ont oublié...

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Didier Chamizo "Le keuf"
Chamizo, grand artiste stéphanois et ex " bandit révolutionnaire "

-Emile Nouguier, l’apache n’est pas resté dans les mémoires. Il est vrai qu’il n’a fait que défoncer le crâne d’une vieille à Lyon. Arrêté à Sainté. En attendant le supplice, il nous a légués une sorte d’autobiographie très touchante où un petit oiseau lui sert de narrateur. Considérons donc qu'il n'a pas démérité.

- Il aura fallu éplucher seize ans de L'Année forézienne, jusqu'en 1913, pour dénicher enfin la pièce maîtresse qui manquait à notre dossier. Mr le Maire, Liabeuf était stéphanois ! Guillotiné à Paris, c'était un steph pur jus. Pas seulement parce qu'il était fils de teinturier mais encore parce qu'il a inventé le brassard à pointes. Vous n'êtes pas sans savoir, Mr le maire, que Saint-Etienne fut au XIXe siècle la ville championne des dépôts de brevets d'invention.  

-Le docteur Martin, fondateur de la "Cagoule", clandestin professionnel, contre-révolutionnaire de vocation. L’homme mystérieux qui a participé à tous les complots contre la République nous a honorés trois fois de sa visite, pas une de moins Monsieur le maire !

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- Roberto Succo, " l’Italien fou " n’est pas resté longtemps. Juste le temps de faucher une voiture. Ce n'est quand même pas si mal !

- N'oublions pas le déplacement dans une de nos banques du gang des postiches. Ou de quelques émules.

- C'est un fait connu que Khaled Kelkal a été recruté lors d’un meeting de la " Fraternité algérienne en France " (FAF ?) dans notre bonne ville. Robert Richard, " l’Emir aux yeux bleus " a suivi ses traces. A celui-là, les offices de tourisme de Chambles à Sury en passant par Saint-Just-Saint-Rambert lui doivent beaucoup. C'est à considérer, ne croyez-vous pas ?

-Enfin, vous n’êtes pas sans savoir que  Pierre Chanal a disparu il y a peu emmenant avec lui le secret des disparus de Mourmelon.

Aussi, Monsieur le Maire, il ne serait que justice de rendre hommage à ces hommes qui ont tant fait pour la réputation de notre ville. Ce que nous proposons c’est la réalisation d’une fresque en couleur sur un de ses murs. Nous pensons que graffés avec talent (en mettant l’accent sur les couleurs et les symboles, fleur de lys sur drapeau noir, versets coraniques et guillotine dégoulinante…) les visages de ces figures historiques apporteront un atout supplémentaire à l’embellissement de notre chère Saint-Etienne et sans doute un avantage touristique.

Après tout Prague n’a t-elle pas sa fresque murale dédiée à John Lennon ?!

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Nous espérons Monsieur, que cette pétition qui ne veut que le bien de notre ville natale trouvera auprès de vous une attention toute particulière.

Veuillez agréer Monsieur le Maire, l’expression de nos sentiments distingués.

Le Comité pour un mur de gloire à Saint-Etienne.

Je suis à donf avec le Comité:

Signature:

...

Notes de la rédaction:

 

Cette "pétition" doit se lire en forme de boutade. Ne pas confondre "gaga" et "gogol" , ce dernier étant Russe.

Les images de graffs ont été prises à Saint-Etienne.

Pendant la Révolution, la guillotine oeuvra à Feurs surtout et vint six fois à Montbrison.  Par ailleurs, les exécutions se faisaient le plus souvent par fusillade. Quant à Javogues il fut fusillé à Paris et non guillotiné. Voir notre article dans l'Encyclo.  A noter cependant qu'elle a guillotiné un mannequin à Sainté. Ravachol figure aussi en bonne place dans notre Encyclo. Le passage de Succo est mentionné dans le livre référence de Pascale Froment.

Liabeuf a été exécuté le 1er juillet 1910. Au cours d'une rixe à Paris il tua un policier et en blessa grièvement plusieurs autres avec son brassard à pointes. Nous avons trouvé peu d'informations concernant ce fait divers qui défraya pourtant la chronique. Il semblerait que notre homme entretenait une liaison amoureuse avec une prostitué et qu'il se vengea des policiers, ou  leurs collègues qui avaient bafoué son honneur. Un journal révolutionnaire de l'époque, "La guerre sociale" , s'acharna à le défendre. Ce qui coûta cher à son rédacteur en chef, Gustave Hervé: mille francs d’amende et quatre ans de prison ferme, soit la peine la plus lourde jamais infligée pour délit de presse sous la IIIe République. Cette même année, nous apprend L.-J. Gras dans L'Année forézienne, un autre "liabouviste" poignarda un agent de police en plein coeur du palais de justice de Saint-Etienne.

Le docteur Martin dit « le Bib », chef du service de renseignements du Comité Secret d’Action Révolutionnaire, plus connu sous le nom de « Cagoule ». Organisation nationaliste fondée par le polytechnicien Eugène Deloncle qui s’était promis de renverser le gouvernement Blum et si possible la République. Responsable de plusieurs attentats et meurtres. Pierre Péan dans son livre "Le mystérieux Docteur Martin" (1993) relate quelques venues du « Bib » à Saint-Etienne. La première date de la seconde guerre mondiale qui divise la Cagoule. Certains partent avec De Gaulle, d’autres collaborent sans vergogne et Martin combat De Gaulle, les Allemands, les Anglais, les Communistes et Pierre Laval !
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En 1941, "Martin, Groussard (ex cagoulard de l’armée), Rouyat (idem) et Dungler (ex cagoulard et grand chef de tous les réseaux de résistance d’Alsace) craignant leur prochaine arrestation par les hommes de Laval partent à vélo se planquer à Saint-Etienne chez Boudet, ancien chef de la Cagoule de la Loire". Emprisonné, Martin s’évade et prend le parti de Giraud contre De Gaulle « le planqué ». Il participe alors à la « mission Pumpkin » avec l’aide de l’OSS (ancêtre de la CIA) qui monte un réseau de renseignement dans la Loire et la Haute-Loire dirigé par « Roy ».
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En 1958, on retrouve Martin cette fois dans le bourbier algérien. Il organise « le grand O » qui doit faciliter la prise de pouvoir des militaires. Le docteur Martin, Joly (un Belge spécialisé notamment dans l’action psychologique, il a écrit « Contre révolution, stratégie et tactique ») et le général Chassin décident de créer un maquis en France contre De Gaulle qui serait dirigé par Chassin. Ces deux derniers foncent sur Saint-Etienne chez Thérese Obertaud, «Gladys» dans la résistance, une amie commune de Martin et du Général. Elle a l’habitude de voir débarquer sans prévenir le docteur ou des gens se réclamant de lui. Elle ne pose pas de questions et accueille chaleureusement les nouveaux venus qui sont toujours -par définition- des amis. "Aujourd’hui encore, elle se souvient de cette époque avec un plaisir nostalgique et raconte combien ses six enfants étaient heureux de ces moments de vive agitation. La photo du général Chassin figure toujours dans son salon… Saint-Etienne est soudain le théâtre d’une intense activité contre-révolutionnaire. Quand Joly est quelque part, l’agitation est garantie. Dans la nuit du 16 au au 17 Mai 1958, la police déclenche une vaste opération dans la rue (de la)Montat. 32 personnes sont interpellées, des armes, mitraillettes et poignards sont saisies dans des voitures. Trois jours plus tard un important dépôt d’armes est découvert aux confins de la Loire et du Puy- de Dôme. Dans une voiture arrêtée par la Gendarmerie, celle ci met la main sur un important stock de chaussures de marche qui devaient équiper les nouveaux maquisards. Le 19 Mai, un Jodel 210 en provenance de la Loire atterrit à Genève, à son bord Joly…."
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A la même époque un avion largue des tracts nationalistes dans la Loire et un instituteur du Chambon-Feugerolles est arrété, Mr Péalat de l’école publique de Pontchana.

Il faudra qu’un jour un historien écrive La Loire pendant la guerre d’Algérie (c'est déjà fait ?) pour évoquer le journaliste Georges Ras, né à Saint-Etienne en 1929, un proche des milieux activistes militaires. Directeur adjoint de l’Information lors du putsch des généraux, rouage de la branche propagande de L’OAS. Arrêté à Alger le 23 mai 1962.

Ou bien encore Georges Bidault, professeur d’histoire, journaliste, résistant, successeur de Jean Moulin à la tête du CNR, chef du Gvt provisoire en 1946. Député de la Loire, président du CNR-OAS. En fuite aux quatre coins du monde avant de revenir en France et y mourir en 1983.

Mais aussi le passage de Jacques Roseau le pied-noir, OAS, à Saint Chamond qui un soir fait le mur avec trois copains qu’il a embrigadé pour aller trouver Antoine Pinay, ministre et maire de St Chamond qui les reçoit. Roseau fut assassiné en 1983 par trois anciens collègues OAS qui l'accusaient de trahison. Sans doute le dernier mort de la guerre d’Algérie. Encore que, nous savons bien qu'en France les guerres ont tendance à s'éterniser...

Sans oublier ce drôle de Stéphanois anglais, Alfred Fox, membre des services secrets britanniques assassiné par l’OAS en Algérie.

Et dans l’autre bord, Marcel Gonin, ouvrier de la Manufacture d’armes de Saint-Etienne, chargé, semble-t-il, de mettre en relation les syndicalistes anti-OAS et les officiers gaullistes.

Et encore les manifestations du FLN à Saint-Etienne et, dans une autre guerre, l’histoire des trois Stéphanois (dont un épicier marocain qui a tenu longtemps son commerce à Tarentaize), responsables des attentats de 1953 au Maroc, entre autres ceux du train Casablanca-Alger et du Marché central (19 morts). Le premier fut guillotiné, les deux autres condamnés, le premier au bagne à perpétuité et le second à 20 ans de travaux forcés.

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Certains des faits et noms rapportés ici sont également extraits de L'Histoire secrète de l’OAS, de Georges Fleury. Nous les relayons mais en prenant soin de préciser que nous sommes bien incapables de préjuger de leur exactitude ou non. De même que celle contenues dans le livre de Péan à propos du docteur Martin. Lequel ouvrage conte la vie clandestine d’un personnage trouble durant un demi-siècle marqué par une intense activité politique souterraine.

Ces deux ouvrages sont disponibles à la bibliothèque municipale de Tréfilerie;  pour ceux qui seraient intéressés.

Concernant l'affaire des activistes marocains, nous n'avons pas retrouvé les sources. Sans doute des coupures de journaux.

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