De quelques traces foréziennes en terre parisienne


Ainsi je décidais, au gré de mes déambulations parisiennes, entre une cuite et une cuite, de ramener quelques traces foréziennes pour les visiteurs du site. Plus facile à dire qu'à faire mais la chance fut de mon côté. Battu par les flots, mais sans jamais sombrer, je constatais avec stupeur et tremblement qu’il existait une rue du Forez à Paris. Imaginez mon émoi ! Dans le 3ème arrondissement en effet, la mode locale veut que les rues portent des noms de provinces : rue de Picardie, de Bretagne, etc. Et coincée au milieu, la rue du Forez, une petite rue de rien du tout, avec rien du tout, exception faite d’un resto bio : "R’Aliment, le nouveau temple de l’hyper-branchitude" selon le Nouvel Obs.

Deux autres choses quand même sur cette rue : d’abord elle mène vers un marché couvert qui n’est pas sans rappeler les halles stéphanoises de l'ancien marché bio (construites sur le modèle des grandes Halles parisiennes) et certains de ses murs un peu faiblards font penser à certaines rues, vers Couriot, sapées par les galeries de mine.
Un autre jour, j’allais faire un tour dans l’ancienne église Sainte Geneviève, érigée en Panthéon par la République. Ici reposent Rousseau et Toussaint-Louverture, Alexandre Dumas et Marie Curie, Hugo, etc. Et là aussi, le hasard fit bien les choses. Sans doute même ai-je raté beaucoup d'autres poussières foréziennes. Toujours est-il que ce sont les fresques monumentales de Puvis de Chavannes et d'autres, relatant la vie de la sainte patronne de Paris, qui attirent d’abord le regard. Puvis de Chavannes eut un élève qui participa à la restauration des peintures du maître en ces lieux: Alexandre Séon, né à Chazelles-sur-Lyon en 1855.

Gravés dans le marbre, je parcours les dizaines de noms d’écrivains morts pendant la grande guerre. Mon regard s’arrête un instant sur celui d’Emile Clermont. Né dans le Puy-de-Dôme en 1880, Clermont vécut à Saint-Etienne jusqu’à l’âge de dix-sept ans. Monté à Paris, comme beaucoup d’autres, l’auteur de Laure et Amour promis trouva la mort dans les tranchées de Champagne en 1916.

Des envie de livres ? Alors direction les quais de Seine où le fouineur a toujours la possibilité de dénicher de vieux bouquins et des journaux anciens. Et là je trouve mon bonheur avec La légende dorée des Dieux et des Héros de Mario Meunier, helléniste né à Saint-Jean Soleymieux. On fouillant un peu, on y trouve aussi de vieilles cartes de la Loire, la " une " du Petit Parisien sur la catastrophe du Puits Pélissier à Saint-Etienne, une reproduction de la prise de Constantine et de la mort du colonel Combes (né à Feurs) par Horace Vernet…

A deux pas de la basilique du Sacré Coeur, à Montmartre, où les artistes en herbe règnent en maître, je retrouve un artiste forézien, Denis Foyatier qui a donné son nom aux escaliers longeant le célèbre funiculaire. Né à Bussières, l’ami Foyatier a sculpté la statue de Jeanne d’Arc à Orléans. Dans le Forez on lui doit la statue du colonel Combes, encore lui, à Feurs. A Paris, on retrouve l’Espérance de Foyatier perchée en haut de l’église de Notre Dame de Lorette, en descendant vers Pigalle. Espérance, une des trois vertus théologales et la devise du Forez. D'autres scupltures de l'artiste se trouvent dans divers musées et jardins de la capitale mais c'est une autre participation artistique forézienne en terre parisienne qui m’attend vers le Louvre. S'y trouve le drôle de kiosque des noctambules du Stéphanois Jean-Michel Othoniel qui coiffe la station de métro du Palais royal. Othoniel, ancien élève du collège Honoré d'Urfé qui ressuscita le petit théâtre de Peau d'Ane, imaginé par Pierre Loti, au Musée du Châtelet.




A la Conciergerie, dernière demeure de la reine Marie-Antoinette et de tant d’autres, je retrouve la trace de Ravachol qui y passa un moment avant de rejoindre Montbrison et la louison affamée. Une gravure le montre "allant à l'échafaud en évoquant le père Duchesne et la Révolution".

A la basilique Saint-Denis, nécropole des Rois de France, tout du moins ce qu'il en reste, je photographie le vase contenant le cœur de François Ier. Lequel annexa le Forez au Royaume de France et descendait en droite ligne du Comte Gui VII de Forez et de son épouse Jeanne de Bourbon.

Un autre Ligérien a laissé son souvenir dans le paysage parisien. Il s’agit de Jacques Lifranc de Saint-Martin (1790-1848), né à Saint-Paul-en-Jarez. Ce chirurgien, un des plus célèbres de son époque, a donné son nom à une articulation du pied. Il fut chirurgien-chef de la Pitié à Paris et l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à la chirurgie. Une rue parisienne porte son nom et il repose au cimetière de Montparnasse. Un buste en bronze et deux bas-reliefs signés par Carie Eischoecht distingue sa tombe ainsi que (sauf erreur) ces mots de l’enfant du Jarez : "Si la chirurgie est brillante quand elle opère. elle l'est encore bien davantage lorsque, sans faire couler le sang et sans mutilation, elle obtint le guérison du malade."

Une autre tombe, dans un autre cimetière. Celle de Benoît Malon au Père Lachaise. Né à Précieux, fils de paysans journaliers, Benoît Malon monta à Paris à l’âge de 22 ans et devint avec Eugène Varlin un des dirigeants de l’Association Internationale des Travailleurs, la Ière internationale. Adjoint au maire de Batignolles puis député de la Seine, il fut élu en 1871 au Conseil général de la Commune et refusa la perte de l'Alsace-Lorraine. Echappant au grand massacre qui suivit la prise de Paris par les Versaillais, il prit le chemin de l’exil. Après l’amnistie, il revint fonder la Revue Socialiste (1885). Père du socialisme intégral, il s’est éteint en 1893. Victor Hugo a dit de lui qu’il fut un « vrai représentant du peuple et le plus digne ». 20 000 personnes accompagnèrent sa dépouille jusqu’au Père Lachaise. L'équerre et le compas indiquent qu'il appartenait à la Franc-Maçonnerie.



Détails des bénitiers de l'église de la Madeleine à Paris, réalisés par Antonin Moine, images du site Art and Architecture..

Triton de la place de la Concorde, réalisés par Louis-Parfait Merlieux, Jean-Jacques Elshoecht (Carle Elshoecht) et Antonin-Marie Moine entre 1835 et 1840.

Marbre du palais Bourbon et buste de la reine Marie-Amélie au Musée du Carnavalet, image de l'excellent site Insecula.

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