| Mélusine en Forez |
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| Écrit par FI |
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" La faculté avec laquelle les peuples oublient leurs origines sera toujours un sujet d'étonnement. Les anciens mots les embarrassent autant que les vieux monuments et les vieilles coutumes... En reléguant les fées au rang de mythe (synonyme de falsification), l'Occident ou les Lumières avaient proclamé que l'humanité se trouvait seule au monde et séparée de lui." Graham Harvey et Michel Bréal
Le sujet de cet article est complexe. Il n'a pas la prétention de vouloir faire autorité mais simplement d'offrir quelques propos sur une histoire fascinante.
En patois, le fada, avant d'être aux yeux des aveugles le pauvre fou, est celui qui croit aux fées, fatuae. A la fin du XIXe siècle, dans une société encore très rurale et qui gardait le regard rivé vers le ciel, Alfred Maury faisait remarquer que les Dames étaient le plus persistant de tous les vestiges que le paganisme ait laissé, malgré quinze siècles de Christianisme. Dans les légendes, elles peuvent être les auteurs de bienfaits ou de méfaits. Dans le Forez, nous pensons d’abord aux fileuses du Montbrison, voleuses d’enfants facilement reconnaissables puisqu’elles ont la particularité de porter un caillou sur la tête. Il y a aussi les fées du Gouffre d’Enfer qui une nuit de Noël enfermèrent dans une grotte, pour l’éternité, des chevaliers imprudents qui croyaient pouvoir passer du bon temps avec elles. Il s’agit ici de traditions locales comme il en existe des milliers aux quatres coins de France.
Mais certaines fées se sont distinguées et leurs histoires et leurs noms ont traversé les siècles. Ainsi, dans le cycle arthurien, la Dame du lac qui garde Excalibur dans l'attente du retour du grand roi ou bien la fée Morgane. Mais leurs noms restent surtout attachés aux terres celtes. En revanche, il est une autre fée célèbre dont le nom a traversé toutes les frontières des provinces et des pays, à tel point qu’on le retrouve dans l’Allier comme dans les Bouches-du-Rhône, dans la Vienne comme dans les Vosges. Nous avons nommé la grande Mélusine.
L'envol de Mélusine,
illustration du Roman de Mélusine de Coudrette
Et par une sorte de paradoxe, c'est le Moyen-Age, "le mâle Moyen Age" pour reprendre les mots de Georges Duby qui en même temps qu'il imposa l'image toute puissante de la Vierge Marie donna dans la littérature une place importante au personnage des fées et en particulier à celui de Mélusine.Les terres de Poitou et de Vendée sont les plus imprégnées de l'histoire de Mélusine. C’est là en effet que se concentrent les lieux mélusiniens les plus célèbres, en particulier nombre de châteaux dont on dit qu’ils furent construits par la fée : Mervent, Tiffauges, Vouvent, Parthenay... Elle apparaît pour la première fois dans la littérature latine au début du XIIIe siècle mais c'est à la fin du XIVe siècle que son nom se lie à celui de la famille des Lusignan, grande famille de l'ouest de la France, sous la plume de Jean d’Arras en 1392 dans son Roman de Mélusine et sous celle de Coudrette en 1401. Il s’agit dans le premier cas d’une histoire en prose, l'histoire de Coudrette étant pour sa part écrite en vers.
L'oeuvre de Jean d'Arras fut commandée par Jean, duc de Berry, comte de Poitou et d’Auvergne qui souhaitait légitimer son pouvoir sur le comté de Poitou face aux Anglais. Il convient de préciser que les Plantagenêts ont aussi incarné aux yeux des hommes du Moyen-Age le lignage mélusinien. Au début du XIIIe siècle, raconte Giraud de Barri, Richard Coeur de Lion disait qu'ils (les rois d'Angleterre) étaient "les fils de la Démone." Jean d’Arras donc, qui prend soin de préciser qu'il a écrit son texte à partir de chroniques diverses qu'il tient du comte de Salisbury, nous explique les liens qui unissent le Poitou au Forez via les personnages de Mélusine et Raimondin. Il évoque au passage la naissance mythique du Forez et la lignée de nos comtes. Voici l’histoire brièvement résumée :
Il y avait jadis un roi d'Albanie, c'est à dire d'Ecosse, Elinas, qui, près d'une fontaine rencontra une femme très belle nommée Présine. De leur amour naquit trois filles: Mélusine, Mélior et Palestine. Mais la mère emporta ses enfants après que son époux eut manqué à sa promesse de ne pas chercher à la voir durant ses couches. A l'origine de la faute du mari, il y a Mataquas, le fils d'Elias, né d'un premier mariage. L'histoire se répètera avec Mélusine mais pour l'heure, les trois soeurs décident de venger leur mère et enferment leur père dans une montagne. On retrouve ici certains thèmes de la légende arthurienne: Avalon où s'enfuient les quatre femmes et où repose Arthur, Elinas emprisonné comme le fut Merlin par le sortilège de la fée Viviane. Présine, apprenant ce qu'ont fait ses filles leur jete à chacune une malédiction: Mélior est enfermée dans le château de l'Epervier, Palestine la bien nommée, dans le roman de Coudrette, doit garder dans une montagne un trésor destiné à reconquérir la Terre Sainte et Mélusine, chaque samedi, est affublée d'une queue de serpent.
Apparition d'une Dame du Lac à un chevalier
Gravure de Célestin Nanteuil pour La Jérusalem délivrée (1841)
Dans le même temps, voici Hervé de Léon qui quitte sa basse Bretagne parce que le roi des Bretons le tient pour responsable de la mort de son neveu. Le proscrit arrive sur les hautes montagnes voisines des sources du Rhône et de plusieurs autres grands fleuves. La contrée n’est pas habitée, si ce n'est par une belle dame qui, près d'une source, lui accorde ses faveurs. Ensemble, ils bâtissent plusieurs forteresses, crèent des villes et en peu de temps, la région, dont le chevalier est devenu le premier seigneur, devient prospère. Se pose alors la question de donner un nom à cette terre et comme ils l’avaient trouvé couverte de forêts ils la baptisent Forez. Et c’est ainsi qu’on la nomme encore. Mais dans la saga de Mélusine, les histoires d'amour finissent toujours mal et la dame quitte le chevalier.
De la même manière qu'on trouve dans l'histoire contée par Jean d'Arras la contamination du mythe arthurien, il semblerait que l'auteur ait également utilisé les Otia Imperalia de Gervais de Tilbury. Ecrite au début du XIIIe siècle, l'histoire raconte les amours d'une fée avec Raymond, seigneur provençal qui, poussé par la curiosité, arrache le voile qui masque son épouse au bain et perd l'objet de son amour, transformée en serpente qui disparait dans l'eau du bain.
Auguste Bernard, dans son Histoire du Forez, reprend le récit de Jean d'Arras. Guy Ier de Forez eut trois fils. Le premier se fit chartreux, le second lui succéda. Il fut le comte Guy II de Forez. Le troisième enfin, Raymondin, reçut de son père la terre de Marcilly. "Ce Raymondin eut plusieurs enfants de Mellusine, sa femme: le premier, Guy de Lusignan ou Lezignen, devint roi de Jérusalem, le second, Geoffroy de Lusignan, reçut en partage quelques terres en Poitou et en Forez, et fut un des bienfaiteurs du monastère de Beaulieu, en Roannais; le troisième, Hugues, qui porta le nom de la famille, eut plusieurs seigneuries: la Marche, Angoulême, Lusignan, etc; et le quatrième, Amaury qui devint aussi roi de Jérusalem."
" Tu y resteras lié à mon destin, jusqu'au jour où, fatiguée de la vie des ombres, je demanderai à la Mélicine d'autoriser ses Nannes à nous tisser une nouvelle existence..." Rencontre de Raimondin et Mélusine
Le fils du comte de Poitiers ayant hérité des terres de son père, l'avisée Mélusine propose à son amoureux, pour se tailler une part du gâteau, de mettre en pratique le stratagème de Didon, la fondatrice légendaire de Carthage. Raimondin demande au nouveau seigneur du Poitou un domaine qu'il pourra circonscrire dans une peau de cerf. Le seigneur, s'il avait lu Virgile, aurait sans doute refusé le pari mais dans son ignorance accepte le concours et Raimondin gagne un beau petit territoire qu'il encercle dans une lanière finement découpée dans la peau de cerf. Et Mélusine et Raimondin ont tôt fait d'y élever des châteaux et de fonder des villes. La fée on le voit, apparait comme l'instrument de la puissance de Raimondin. Dame féodale, elle lui apporte prospérité et richesse. Elle est, pour reprendre les mots de Jacques Le Goff "maternelle et défricheuse, active et féconde". Raimondin, suivant le conseil de son frère le comte de Forez transgresse l'interdit et découvre le secret de son épouse. Illustration de Th. Von Ringoltingen
Hélas, Raimondin a lui aussi son mauvais génie en la personne de son frère aîné, le comte de Forez, qui, venu lui rendre visite, lui inocule le soupçon. Mélusine ne le tromperait-elle pas ? Et l’irréparable se produit. Raimondin un samedi observe son épouse au bain et découvre son secret : tout le bas de son corps, jusqu’au nombril, est en réalité une queue de serpent. Il pardonne à son épouse et chasse son frère mais Geoffroy leur fils turbulant et batailleur, incendie le monastère de Maillezais et tue Fromont, son propre frère. Fou de douleur, Raimondin accuse son épouse, " une très fausse serpente " , d’être responsable des tares et des méfaits de sa progéniture. Mélusine s’enfuit par une des fenêtres du château, survole la tour de Lusignan en poussant des cris déchirants et disparaît à jamais, si ce n’est pour revenir annoncer la mort à ses proches trois jours avant leur trépas.
Pourquoi le Forez joue-t-il un rôle important dans cette histoire et dans quelle mesure la réalité historique s’inscrit-il dans le mythe ? En premier lieu, il convient de préciser qu'on ne trouve nulle trace d'une Mélusine réelle dans le lignage des comtes de Forez, pas plus d'ailleurs que dans celui des Lusignan. Ce nom, Lusignan, était dévolu à une famille originaire du Poitou qui s’illustra en particulier en Terre Sainte. Citons le désastreux Gui II de Lusignan qui fut roi de Jérusalem après avoir épousé Sybille de Jérusalem. Auguste Bernard dans son Histoire du Forez, fait de Guy de Lusignan l'aîné des enfants nés des amours de Méllusine et de Raymondin. Guy perdit Jérusalem et ses descendants furent, après la conquête musulmane de Saladin, les rois de Chypre et d'Arménie. Cette famille, comme beaucoup d’autres familles prestigieuses des anciens temps, revendiquait une ascendance magique. Elle prétendait pour sa part descendre en droite ligne des amours de Raimondin et de Mélusine. On retrouve ainsi dans son nom la même racine que dans celui de Mélusine. Au moment où Jean d'Arras rédige son roman, le roi Léon de Lusignan, roi de la Petite Arménie est défait par les Musulmans et se réfugie en France où il cherche à susciter, sans y parvenir, l'alliance des princes pour la reconquête de son royaume. Coudrette, qui écrit après d'Arras, pensera aussi qu'un Lusignan peut renouveler le lignage en Palestine. Souvenons-nous de Palestine justement, soeur de Mélusine qui, dans une montagne (le Mont Canigou) garde le trésor destiné à cette reconquête.
Une Mélusine plus moderne, dessinée par Louis Blombed en 1900
" Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Concernant le Forez et au regard de l’Histoire, les liens entre notre région et le Sud-Ouest en particulier sont le résultat d' alliances complexes. En 1324, Jeanne de Bourbon épousait le Comte Guy VII de Forez. Lorsque leur fils aîné Louis fut tué à la bataille de Brignais, le Forez passa aux mains de leur autre fils, Jean II qui n’avait pas toutes ses capacités mentales. Mal conseillé par son oncle Renaud, seigneur de Malleval, il alla jusqu’à vendre le Forez au duc d’ Anjou pour 30 000 francs-or ! Autrement dit, les Anjou étaient désormais, par contrat, les maîtres du Forez ! Le Forez est alors, dans les faits, administré par sa mère Jeanne de Bourbon qui le défend contre les pillards anglais. En 1371, cette dernière marie sa petite fille Anne-Dauphine avec Louis II de Bourbon. Le contrat passé entre le faible Jean II de Forez et le duc d’Anjou fut annulé par le désistement du duc d’Anjou, sous l’arbitrage du Roi Charles V et au profit du duc de Bourbon qui met la main sur le Forez.
Dans le même temps encore, une troisième sœur, Béatrice de Bourbon épousait en 1334 Jean de Luxembourg, roi de Bohème.
Blason des Lusignan
"burelé d'argent et d'azur de huit pièces"
Nous pouvons supposer aussi qu’Honoré d’Urfé s’est peu ou prou inspiré, entre autres, des mythes mélusiniens dans son Astrée. Au passage, la famille d'Urfé avait pour sainte patronne Sainte Catherine d’Alexandrie. On retrouve aussi à propos de cette Sainte orientale le souvenir des Lusignan. En effet, c’est Etienne de Lusignan qui propagea l’idée que Sainte Catherine était une fille des Rois de Chypre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces Lusignan n’avaient pas froid aux yeux ! Mais il reste intéressant de constater encore cette analogie, aussi ténue soit-elle, entre les Lusignan et cette autre grande famille forézienne qui, comme elle, se réclamait d’une origine animale puisque son nom viendrait de " Loup ". Vert Céladon et bleu Mélusine… Mais existe t-il dans le paysage forézien des signes tangibles de ce lien mythique avec la fée Mélusine ? Nombreuses sont les sculptures dans les églises de Vendée, en Poitou, en Bretagne et ailleurs illustrant Mélusine et sa semi animalité. Ses jambes ayant tantôt la forme d'une queue de serpent ou celle d'une queue de poisson. Mais il convient de préciser que la présence de serpents en lien avec la représentation de la femme ne renvoie pas nécessairement à la fée. Le thème est fréquent et symbolise la luxure. Le portail de l'église de Bourg-Argental possède une telle sculpture où on peut distinguer des serpents s'enroulant autour du corps d'une femme. Or, dans l'histoire de Mélusine, le personnage ne possède pas ce vice. Au contraire, comme nous l'avons vu, ce sont plutôt les hommes qui jouent les Pandore et ont le mauvais rôle !
Château de Marcilly
A notre connaissance, il n'existe pas dans le Forez de sculpture de Mélusine. Mais il convient de signaler qu'existait jusqu’au milieu du XIXe siècle une sculpture étrange. Elle se trouvait à l’entrée de l’église de Marcilly-le-Châtel et contrairement aux représentations "classiques", une femme à moitié serpente, elle représentait pour sa part une femme allaitant deux serpents. On a pu lire aussi, ici et là, qu'il s'agissait encore d'une représentation de la luxure. A propos de cette représentation, voici ce texte extrait des archives personnelles de la famille de Marcilly (qui a donné son nom au village) et que nous a aimablement communiqué Mr Geneyton. Il se pourrait que l'étrange sculpture en question soit en réalité une sculpture du Christ endommagée : "La Mure dit qu'à Marcilly, sur le frontispice de l'église paroissiale, paraît une pierre enchassée de couleur différente des autres pierres du portail, sur laquelle est taillée en relief la figure monstrueuse d'une femme qui allaite des serpents " que notre bon chanoine croit être Mélusine. Il existait effectivement sur l'ancienne façade de l'église démolie en 1852, un bas relief qui fut retrouvé au dessus du portail, sous une couche de crépissage, et cédé à Madame de Marcilly. C'est une sculpture du XIe ou XIIe siècle finissant, fort remarquable. Elle représente Notre Seigneur, assis la tête ornée du nimbe crucifère, bénissant de la main droite et tenant un livre de la gauche. Il est accosté de deux apôtres également assis et les pieds nus, la main droite ouverte et levée en signe d'admiration et tenant de l'autre des attributs assez difficiles à reconnaître. Le personnage de gauche porte peut-être une clef, ce serait alors St Pierre, celui de droite a peut-être un livre. La tête du Christ a beaucoup souffert, les apôtres ne sont pas nimbés...Les figures sont enfermées dans un cadre rectangulaire...ce cadre est orné d'une espèce de zig-zag curviligne et les angles supérieurs sont recouverts par des feuilles absolument comme dans les cadres de tableaux modernes. Il y a des apparences que c'est bien la prétendue Mélusine. La tunique et la robe du Christ, dont la tête était peut-être déjà mutilée, auront pu le faire prendre pour une femme. Cependant on ne voit guère comment on a pu croire que ce personnage allaitait des serpents, et d'autre part, on ne s'explique pas le silence de La Mure sur les deux personnages qui l'accompagnent ! Le bas relief est taillé dans un calcaire blanc, sa largeur est de 0m70, sa hauteur de 0m58 au milieu et de 0m 54 sur les côtés." Musée forézien Alice Taverne, vipères baignant dans l'alcool
De son côté, La Tour Varan, dans sa Chronique des châteaux du Forez, nous a laissé cette interprétation. Dans l’esprit de l’érudit devait certainement vivre encore le souvenir de l’Abbé Fialin et des " Bleus ", un groupe de Bonjouristes millénaristes, lointains héritiers du jansénisme qui tenaient fief à Marcilly: "C’est la religion catholique et romaine, les serpents qu’elle allaite maternellement quoiqu’ils lui dévorent le sein, représentent les hérésies nées du Catholicisme et déchirant les entrailles de cette mère féconde qui donne le jour à des Abels prédestinés, en même temps qu’elle enfante des Caïns." A quelques pas de l’église s’élève le château Sainte-Anne. Construit par la famille de Marcilly, ili était en possession de la famille de Forez et passe en tant que tel pour avoir hébergé Mélusine. Certains auteurs parlent de Marie de Lusignan, une des sœurs de Bourbon qu’ils identifient à la Mélusine de la légende. Théodore Ogier en 1856 nous dit au sujet du château : "Cette seigneurie fut donnée en apanage en l’année 1400, par Louis, Duc de Bourbon et Comte de Forez, à son fils Jean, à l’occasion de son mariage avec Marie de Berry, fille aînée de Jean de France, Duc de Berry. Jean ayant succédé à son père en 1410, comme duc de Bourbonnais, sa mère Anne-Dauphine reprit le gouvernement du comté de Forez qui lui appartenait en propre, et on la voit, en 1414, nommer pour capitaine-châtelain de Marcilly Bertrand de Bouthéon."
Souvenir de la fée au château Sainte-Anne C’est très anecdotique mais Mr Chazal nous indique encore sur cette commune un nom de lieu qui n’existe plus aujourd’hui mais qui reste fort intéressant. Il renvoie à l’idée de lumière qui s’attache à celui de Mélusine : La Clarmonde. Cette appelation renvoie au prénom féminin Esclarmonde qui peut se traduire par " Eclaire le monde ". Ecoutons Henri Dontenville : "Mélusine est une divinité apparentée à la notion de lumière. La France compte des toponymes partout semblables, Lusignan, berceau de Mélusine, Lézignan, Lésigneux, Lusigny… dans lesquels transparaît la notion de lumière, de blancheur, de clarté, caractéristique qui conviendrait à cette déesse Lucine, correspondant à Lucie. Il rappelle que cette parenté avec la lumière trouve écho dans les noms de Luxembourg par exemple ou Lusitanie (Portugal), le dieu Lug des anciens Celtes et tous les noms géographiques qui en découlent."
« Mélusine après le cri, Mélusine au dessous du buste. Je vois miroiter ses écailles dans le ciel d’automne. Sa torsade éblouissante enserre maintenant par trois fois une colline boisée qui ondule par vagues, selon une partition dont tous les accords se règlent et se répercutent sur ceux de la capucine en fleurs. Mélusine, c’est bien sa queue merveilleuse, dramatique, se perdant entre les sapins dans le petit lac qui par là, prend la couleur et les filets d’un sabre. Oui, c’est toujours la femme perdue, celle qui chante dans l’imagination de l’homme, mais au bout de quelles épreuves pour elle, pour lui, ce doit être aussi la femme retrouvée. Mais tout d’abord il faut que la femme se retrouve elle même, qu’elle apprenne à se reconnaître à travers ces enfers auxquels la voue sans son secours plus que problématique la vue que l’homme en général porte sur elle. » André Breton, Arcane 17
Cette précision tombe à point pour écrire qu'une commune près de Montbrison porte le nom de Lézigneux. Et c’est sur cette commune, près du hameau de Valensanges qu’eut lieu en 1888 un événement magique et oublié. Le 19 juillet, Jean-Auguste Bernard, un jeune garçon de treize ans qui allait chercher du bois vit soudain un serpent. Comme il cherchait une pierre pour le tuer ou le faire fuir, il vit soudain un pied posé sur le reptile. Il leva les yeux et devant lui se tenait une dame vêtu de blanc, un manteau bleu avec des étoiles sur les épaules et la tête ceinte d’une couronne.
"Le serpent roulait des gros yeux sous les pieds de la dame mais ne pouvait sortir, devait raconter l’enfant. Je l’ai tué comme me le demandait la dame et il n’en resta qu’une peau qui sentait mauvais et une boule de feu qui est rentré dans la terre. La dame me souriait…"
Mélusine, par Olivier Ott
Merci de votre attention et surtout pour vos précisions ou rectificatifs éventuels.
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