" En reagal, en arsenic rocher,
En orpigment, en salpestre et chaulx vive ;

En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher ;
En suif et poix, destrampez de lessive
Faicte d’estronts et de pissat de Juifve ;
En lavaille de jambes à meseaulx ;
En raclure de piedz et vieulx houseaulx ;
En sang d’aspic et drogues venimeuses ;
En fiel de loups, de regnards et blereaux,
Soient frittes ces langues envieuses !..."

Article en cours de rédaction

Chanté par François Villon dans une de ses ballades, le réalgar est un sulfure d'arsenic, utilisé autrefois comme mort-aux-rats. Ses cristaux sont rouges. Photosensible, une exposition aux ultra-violets l'altère et le transforme en pararéalgar, proche parent de l'orpiment, de couleur jaune.  C'est pourquoi les collectionneurs le conservent dans le noir et au sec. Il tire son nom de l'arabe, traduit littéralement par " poudre de mine" (ou de caverne).  " On trouve du réalgar dans des mines en activité, en Roumanie par exemple, et surtout en Chine avec des cristaux gemmes très foncés", nous apprend Yves Masson, membre du Club minéralogique de Saint-Etienne. Plus proches de nous, les anciens gisements d'arsenic de Luceram, dans les Alpes-Maritimes, et Matra, en Corse, ont donné du réalgar. Plus près encore, les fumerolles du crassier (ou terril) Saint-Pierre de La Ricamarie ont produit des pièces uniques "à tomber à la renverse", où le réalgar est associé à l'orpiment ou au souffre natif. La forme de ses cristaux est  particulière. Comme celle-ci, aciculaire (en forme de cheveux) ou guttulaire, c'est à dire en forme de gouttes. "On dirait que la roche bout devant vous, c'est magnifique", commente Yves Masson. La présence, dans le terreau stéphanois, de pièces minérales remarquables avait déjà été relevée par Alfred Lacroix dans les années 1890 qui évoque dans son ouvrage "Minéralogie de la France et de ses colonies" de "magnifiques octaèdres accompagnés de réalgar et parfois d'arsenie métallique dans les houillères embrasées du Pont-Neuf à la Chazotte". Avec enthousiasme cet autre passionné nous parle de La Calaminière où "la nature faisait toute seule son phénomène" et où l'on "voyait vivre devant soi l'échantillon". Parce que, toujours d'après lui, à La Ric on "noyait les crassiers" et, donc, l'homme intervenait dans le processus.

Dans un précédent article, consacré à la bourse aux minéraux de Savigneux, nous avions cité un extrait d'Anne Michaud, à ce propos, dans "Il était une fois les crassiers". Le texte intégral a été publié dans un bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne. Il est consultable en ligne.

> Lire

Réalgar et orpiment

photos de réalgar de La Ricamarie/Yves Masson

Le crassier est exploité par la société S.M.T.V., basée à Cussac, en Haute-Loire. Accès strictement interdit.