Sunday, July 03, 2022

Ronald Creagh, historien de l'Anarchisme, auteur d'un récent  Utopies Américaines était samedi dernier l'invité du festival Avatarium pour animer une causerie portant sur les expériences utopiques et les communautés libertaires. On en compterait 2000 au moins aujourd'hui aux States, tous types confondus, composées d'individus qui ont rejeté le rôle que la société entendait leur faire jouer et au sein desquelles les rapports sociaux, affectifs, économiques n'ont rien à  voir avec les conventions imposées. " L'imaginaire a toujours été présenté comme étant la source de l'utopie, dit-il en préambule. Ce que je prétends c'est que c'est le réel qui est utopique. L'utopie est dans la réalité mais nous avons appris à  ne pas la voir."

Ce survol de deux siècles d'expériences utopiques avait attiré du monde. Au préalable, les spectateurs étaient invités à  la projection d'un film réalisé par Alice Gaillard, Céline Deransart et Jean-Pierre Ziren. Il est ressorti il y a peu en DVD, accompagné d'un livre. "  Nous sommes partis un peu au hasard, à  la recherche de ces gens qui formaient un petit groupe aujourd'hui pas très connu mais qui a joué un grand rôle dans le mouvement contestataire, sur la côte ouest dans les années 60 ", explique Alice Gaillard. Ce sont les diggers. Leur nom emprunte à  des paysans anglais du XVIIe qui pratiquaient un communisme agraire. Une petite douzaine de furieux impatients immergés dans la vague psychédélique mais qui trouvaient l'histoire des enfants-fleurs un peu trop rose. Un de leur slogan proclamait: "Tout est gratuit, choisis ton action." Ils formaient un groupe libertaire un peu diffus, sans véritable organisation, vomissant la bureaucratie et les institutions. Dans les rues du quartier hippie de San Francisco ils jouaient du "théâtre-guérilla". L'évènement c'était l'arrestation en direct des comédiens du "Mime Troupe". Ils furent aussi les propagateurs du "free" en distribuant gratuitement de la nourriture, en ouvrant leurs portes à  tous, en créant une boutique libre et une clinique qui offre toujours des soins gratuits. Un programme social qu'on retrouve dans le Black Panthers Party  avec lesquels certains Diggers se lieront. " Le mutualisme est corrompu si le socle est l'argent", dit l'un d'eux dans le film. "Si tu fais un truc gratuit, tu en retires du plaisir. Et tu n'en demandes aucune reconnaissance. " Parmi leurs plus célèbres "happenings", il y eut le "Cirque invisible" en 67 dans une église transformée en temple des bacchanales. Leur brève histoire n'aura duré que deux ans. Les fleurs se sont fanées; l'énergie joyeuse a passé. La quête des uns et des autres a essaimé sous d'autres cieux que ceux de Haight-Ashbury...

L'exposé de Ronald Creagh débutait avec le Panopticon de Jeremy Bentham, la cité idéale de l'architecte Filarète, le projet de société de Robert Owen, les tentatives de Josiah Warren pour s'achever avec les expériences contemporaines, dont celle de la "Modern School" de Stelton, et les communautés de  Dancing Rabbit, Grant Pass (lesbiennes) ou encore l'écovillage de Twin Oaks, une des plus anciennes communautés intentionnelles en activité (1967). "L'aventure et l'utopie, ce n'est pas nécessairement le bonheur, devait dire l'universitaire. L'idée c'est de faire la Révolution tout de suite, être maître de son destin, de sa vie, décider du travail que l'on va faire, sans attendre les changements de l'Univers."