Saturday, January 20, 2018

L

L'association "Parousia tis Ellados" ( "Présence de la Grèce") a proposé vendredi soir un spectacle inhabituel : un théâtre d'ombres traditionnel grec.

 

Ce théâtre populaire, le Guignol grec en quelque sorte, porte le nom de Karagiozis, le personnage principal qu'il met en scène. Ses origines se trouvent dans l'ex-Empire ottoman. Il était joué dans les cafés et le héros s'appelait alors Karagoz. Grâce notamment à  Mimaros, joueur célèbre, le théâtre de Karagiozis a connu son apogée en Grèce dans la première moitié du XXe siècle. La télévision a sonné son déclin malgré des réussites exceptionnelles de pièces réalisées pour le petit écran telle que L'Odyssée de Spatharis. La crise aidant, il connaîtrait un regain d'intérêt aujourd'hui, d'après Françoise Allombert.

La pièce proposée était Alexandre et le dragon maudit. C'est un des grands succès du Karagiozis. Elle fait écho aux nombreuses légendes qui s'attachent au nom d'Alexandre le grand (356 - 323 avant J.-C.). Avant la représentation, Françoise Allombert a donné une conférence sur la place qu'il occupe dans l'imaginaire grec, à partir de l'ouvrage de Jacques Lacarrière: "La Légende d'Alexandre".

Plusieurs siècles après sa mort, ont paru sur le compte du héros macédonien des récits fantastiques qui ont sublimé sa vie. Ainsi Alexandre, qui "n'était pas un conquérant ordinaire, mais un conquérant de l'absolu" (Françoise Allombert) et dont on n'a jamais retrouvé le tombeau, devient non seulement le fils d'Olympias et d'Amon-Zeus, le descendant d'Achille, qu'il surclasse, et le frère de Darius, qu'il vainc, mais encore Orphée aux enfers, celui qui voyage vingt mille lieux sous les mers et monte au ciel. Il rencontre même les Amazones "redoutables et vaillantes au combat dont l'univers entier a entendu le nom".

 

Il existe encore en Grèce deux survivances de la légende alexandrine, nous explique-t-on. C'est celle de la sirène, la propre soeur d'Alexandre, qui s'agrippe aux bateaux et qui pose la question à  laquelle tout bon pêcheur - sinon malheur à  lui - doit connaître la réponse. L'autre est le Karagiozis dans lequel, d'ailleurs, le héros ne se prive pas de ridiculiser le conquérant. C'est que " Karagiozis ne craint ni Dieu, ni maître" comme le fait dire au pacha la troupe des Karapullia. Venus du Nord, Alexandra, Youri, Agathe, Grégoire et Lino manipulent les marionnettes dont certaines sont de confection maison. A l'aide d'une tige, les personnages, découpés dans du plastique et coloriés, sont plaqués sur la toile éclairée, qui forme écran. Parmi les personnages, il y a Hatzavatis, le compère de Karagiozis, mais bien moins rebelle. Et pour le coup "Alex le tout en fer", sans peur et sans reproche, qui affronte le dragon - on n'a pas précisé qu'il tient aussi de Saint Georges. Mais c'est ce roublard de Karagiozis qui s'appropriera la victoire. Le spectacle a ravi petits et grands. La soirée s'est terminée autour d'un verre, d'ouzo, de muscat de Samos ou de vin résiné.