Tuesday, October 13, 2026

Le célèbre tribun, journaliste et homme politique, est venu à dix reprises dans la Loire entre 1886 et 1909, dont six fois à Saint-Etienne, nouant des liens très forts avec les mineurs notamment. C'est ce que rappellent Gérard Lindeperg, vice-président de la Fondation Jean Jaurès, et Jean-Michel Steiner, historien spécialiste de l'histoire sociale et politique, dans un ouvrage passionnant: Jaurès Stéphanois.

 

La première fois, en janvier 1886, alors qu'il est le benjamin de la Chambre des députés, et qu'il ne se réclame pas encore du socialisme, Jean Jaurès assiste à Saint-Etienne au congrès coopératif des mineurs et fait une conférence. Ce fut le début d'une série de visites dans « sa ville fidèle », pour reprendre les mots du journal conservateur Le Mémorial en 1900. Fin février 1893, il répond à l'appel des métallurgistes en grève de Rive-de-Gier, ville placée en état de siège par le préfet Lépine, où tout gréviste incitant un non-gréviste à rejoindre la lutte est poursuivi. « Pour Jaurès, cette rupture de la neutralité de l'Etat est une rupture du pacte républicain qu'il juge intolérable », écrivent les auteurs. Le député du Tarn, quelques jours plus tard interpellera à la Chambre le chef du gouvernement pour dénoncer notamment le parti-pris du gouvernement, rangé du côté des patrons. S'il ne répond pas à l'invitation des Dreyfusards stéphanois, en septembre 1898, on le retrouve deux ans plus tard, en janvier et novembre. Salle du Prado, place Marengo - place qui porte aujourd'hui son nom, rebaptisée en 1919 - il déclare à la tribune, fixant le cadeau offert par les mineurs : « J'emporterai avec ce bronze un souvenir de reconnaissance des mineurs de la Loire. Ce sera ma décoration, c'est notre manière à nous d'être décorés...». Au cours de cette journée du 10 novembre, Jaurès fut reçu par les ouvriers comme un « homme d'Etat » alors qu'il n'est même plus député ! Le maire est alors Jules Ledin, passementier de profession. Les auteurs rappellent que les années précédentes, Jaurès avait gagné ses galons de porte-parole du prolétariat stéphanois en écrivant dans la presse après de meurtrières catastrophes minières (puits Châtelus en 1887, puits Pélissier à Villeboeuf en 1890). En janvier 1900, alors que des milliers de mineurs étaient en grève, il était venu défendre le droit des ouvriers à s'organiser - droit reconnu par la loi depuis 1884 mais ignoré par les patrons -, jouant l'arbitre, rencontrant le préfet...

L'ouvrage fait suite à un précédent intitulé Jaurès et la Loire (2013), fruit de la collaboration de plusieurs auteurs sous la direction de Gérard Lindeperg.

Il est composé de deux parties, « Jaurès parmi nous » et « Le centenaire à Saint-Etienne ». La première explique les relations nouées entre l'homme de Carmaux et les républicains, les ouvriers et pacifistes stéphanois, et avec Aristide Briand, autre grande figure de notre histoire nationale, député de la Loire de 1902 à 1919. Elle s'attarde aussi longuement sur la réaction stéphanoise à l'acquittement en... 1919, de Villain, l'assassin de Jaurès à la veille de la guerre. Le 13 avril une grande manifestation eut lieu à Saint-Etienne réunissant 10 000 personnes criant « Vive Jaurès ! ». La seconde constitue une forme de souvenir des manifestations diverses (allocutions, exposition...) ayant marqué le centenaire, dont la pièce de théâtre « Un cabaret pour Séverine et Jaurès ». Celle-ci rendait hommage aussi à Séverine, journaliste dreyfusarde, militante féministe, auteure de reportages célèbres dans les mines de Saint-Etienne.

Jaurès Stéphanois propose aussi un plan d'époque de la ville où sont localisés les lieux où il est venu, de l'Hôtel de France, place Dorian, à la salle de l'Eden, en passant par la Bourse de Travail, évidemment. Entre quelques chapitres, on lira aussi avec beaucoup d'intérêt les focus consacrés à deux personnalités : Gilbert Cotte, secrétaire de la Fédération des mineurs, opposant à Michel Rondet, interlocuteur de Jaurès lors de la grève de 1899-1900, et Jules Ledin (1867-1914), le maire ouvrier de Saint-Etienne. Sans oublier la Bourse du Travail, ce « foyer d'agitation révolutionnaire » situé place Marengo d'abord, puis cours Victor Hugo.

Actes Graphiques 2015
150 pages
Prix de vente : 12 euros