Monday, November 29, 2021

Un léger sentiment de malaise mêlé d'incompréhension, comme face à une aberration. C'est ce qu'on a ressenti devant cette sculpture en fils d'acier exposée en vitrine de la galerie Giardi, rue de la République. Un homme ? Le tronc, les jambes et les bras sont bien faits, en tout cas reconnaissables, c'est à dire humains. Mais cette tête à l'air mauvais posée sur ce corps debout, bien droit sur ses jambes ? Une tête de gorille, bien sûr ! Puisque c'est un hybride, tout bêtement, grandeur nature, bien reconnaissable, finalement. Un des hybrides de Julien Mounier.

C'est dans un atelier des beaux-arts que l'artiste stéphanois s'est essayé pour la première fois à la sculpture en fils d'acier. Il y revient des années plus tard, en 2010, quand il réalise ses premières créations. D'abord des têtes humaines à l'échelle 1 puis des trophées de chasse, d'animaux réels ou merveilleux: des têtes d'antilopes, de panthères, dragons, vautours, rhinocéros... Et des têtes de taureaux qui ont beaucoup plu. « Aucun risque de faire une patate avec une tête de taureau, nous dit-il. La gueule ressort bien. On la reconnaît tout de suite. » L'éléphant, par contre, c'est une autre paire de manche, un vrai massacre. « J'imagine bien la trompe mais je ne sais pas comment la raccorder à la tête.» Il ne fait jamais sur le papier d'esquisses préparatoires. « Je regarde des images et je visualise les proportions.»

Le fil d'acier, il le voit « comme un trait de dessin poétique, un matériau plutôt noble, à tordre directement dans l'espace, relié à d'autres pour produire un volume ». L'ombre portée de sa sculpture, d'ailleurs, fera peut-être aussi dessin. A force de manipulations, Julien Mounier tente des choses plus complexes, plus construites dans le volume et mieux articulées, sans pouvoir toujours éviter les petits appareillages qui empêchent la sculpture de se démantibuler.

Il doit par exemple en jouer sur certaines de ses femmes. C'est son sujet de prédilection en ce moment, après quelque 30 armes à feu plus ou moins fantaisistes exposées récemment au Musée d'art et d'industrie. Il songe à monter une exposition de ces deux séries mettant en contraste « le côté naturel, sexy des nanas» - corps de femmes dénudées, parfois représentées dans des poses suggestives – et sculptures ludiques et inoffensives d'objets de mort. Des écorchés lui servent de modèles. Avec certaines, en bas les fils de soutènement deviennent garniture de dentelle, et la peau du buste, ou le corset, est orné d'images d'épées, genre plastron. Comme pour dire que séduction rime aussi avec ferrailler.

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