Jeanne d'Arc a été condamnée au bûcher en 1431. Son procès de réhabilitation eut lieu en 1455 – 1456. Son procès en béatification débuta en 1897. Proclamée Bienheureuse de l'Eglise en 1909, elle était canonisée onze ans plus tard.
La Bibliothèque nationale de France (Bnf) conserve un document exceptionnel. Il s'agit du seul exemplaire connu de la rédaction épiscopale du second procès de cette héroïne éternelle, avec les pièces du procès de condamnation et une chronique du siège d'Orléans. Dans le département des manuscrits, il porte la cote Latin 8838 mais il est plus connu sous le nom de manuscrit d'Urfé. Parce qu'il faisait partie de la bibliothèque de Claude d'Urfé.
Pour mémoire, Claude d'Urfé (1501 – 1558), bailli de Forez et diplomate pour le Roi de France, a été une grande figure de la Renaissance dans notre région. C'est à lui que nous devons la Bâtie d'Urfé, à Saint-Etienne-le-Molard, telle que nous la visitons aujourd'hui. Il était le grand-père du célèbre Honoré d'Urfé, l'auteur de L'Astrée. Lettré et mécène, il possédait, nous dit le Père Louis Jacob dans son Traicté des plus belles bibliothèques publiques et particulières (1644) pas moins de 4600 volumes dont 200 manuscrits en velin couverts de velours vert. Et parmi eux, celui qui nous intéresse et sans lequel « nous connaîtrions la vie extérieure de Jeanne d'Arc, mais nous ne connaîtrions pas son âme tout entière », selon l'abbé Claude Odon Reure dans Les deux procès de Jeanne d'Arc et le manuscrit d'Urfé (1894).
Claude d'Urfé le tenait de sa femme, Jeanne de Balzac d'Entraigues (décédée en 1542). Elle était la petite-fille de l'amiral Louis Mallet de Graville (1438 – 1516), lui même descendant de Jean V Malet de Graville (1390 – 1449), un des compagnons d'armes de Jeanne. La Bnf indique que c'est l'amiral « qui avait fait faire au temps de Louis XII une traduction française du procès de Jeanne d'Arc » et que « c'est pour Claude d'Urfé que fut remanié et complété le manuscrit au XVIe siècle. »

« Jeanne d'Arc, un des êtres les plus simples que l'Histoire propose est en procès toujours », disait Jean Guitton (1901 – 1999), philosophe catholique et académicien stéphanois, cité par l'historien Philippe Contamine (Le procès Jeanne d'Arc, Historia, 25 Avril 2013). CPA, statues de Jeanne d'Arc et d'un de ses pages, autrefois place Boivin à Saint-Etienne (détail). Le manuscrit, Bnf
Après Claude le manuscrit est passé entre de nombreuses mains, dont celles d'Honoré, avant de rejoindre les collections royales puis nationales. Dans les années 1950, le Père Paul Doncoeur (1880 – 1961) s'attacha à remettre de l'ordre dans le manuscrit en reclassant les cahiers. C'est que, comme l'écrivait Claude Odon Reure en son temps: « Il présente au premier abord l'image d'un vrai chaos : le journal abrégé du siège d'Orléans, le procès de condamnation, le procès de révision, les Mémoires consultatifs, tout alterne, se mêle et se confond, avec des répétitions, des interruptions, des lacunes, des transpositions de feuillets et d'apparentes incohérences... » Sa reliure fut refaite à cette occasion. Adieu le velours vert mais ses ornements métalliques ont été replacés, à savoir, dans les coins, le chiffre « IC » formé de deux C croisés, pour Claude, enserrant un I, pour Jeanne, sa femme, la devise « UNI », devise de Claude, et différents emblèmes. Au centre figure le blason des Urfé, « de vair au chef de gueules » en langue héraldique, surmonté d'un cimier.
Ce document a été cité récemment dans la Presse après que Le Puy du Fou eut annoncé triomphalement avoir acheté en Angleterre l'anneau de Jeanne. Ajoutons en passant qu'un nouveau biopic serait en préparation, par le réalisateur Baz Luhrmann (Moulin Rouge, Gatsby le magnifique...). Et on recommande L'Affaire Jeanne d'Arc d'Antoine de Meaux, documentaire d'animation remarquable diffusé fin 2023 sur France 2.
