Wednesday, July 08, 2020
Nous avions vu des photographies sur le site internet de l'association et nous savions à  quoi nous attendre. Nous savions aussi qu'Alain Ducher était un passionné, qui plus est un des Meilleurs Ouvriers de France. Mais la visite dépassa toutes nos espérances.
 
Alain Ducher est un coiffeur à  la retraite, dans le métier depuis 50 ans. Il a décroché son diplôme de M.O.F en 1986 quand il s'est imposé devant 280 postulants. "Posséder le diplôme c'est une chose, dit-il, encore faut-il l'honorer tous les matins en se disant: j'en fais partie; je dois démontrer la qualité à  ma clientèle, à  la profession et à  mes apprentis." Il préside une association baptisée "De la Racine à  la Pointe", qui s'attache à  transmettre l'histoire de la coiffure. Essentiellement par le biais d'une exposition de bustes de concours avec des cheveux naturels, et des postiches selon les époques, qui invitent le visiteur à  un voyage dans le temps, depuis l'Antiquité. Pour l'heure, il ne s'agit que de parures féminines. Une vingtaine de bustes d'hommes sont en cours de préparation, avec leurs coiffures et l'ornement du visage, barbe, moustaches, rouflaquettes... et le haut du vêtement qui va de pair.
 

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A voir les 84 bustes, on se dit qu'il a dû y passer un temps fou. "Pas trop longtemps, répond-il en riant. Le problème c'est la recherche, retrouver les documents historiques." Car rien n'a été inventé. Toutes ces coiffures ont été représentées, que ce soit sur des tableaux de Vélasquez ou sur des sculptures. "Mais pour un jeune... Parce que faire la coiffure c'est une chose mais il faut faire la préparation de la matière, établir un plan, une construction, comme pour une maison, tout penser, la longueur des postiches, leur poids..." La plupart des personnages représentés sont des femmes de la haute-société, favorites des rois, courtisanes, princesses... L'exposition, et les commentaires de l'hôte, passionnants de bout en bout, débutent devant les cheveux tressés des anciens Egyptiens. On le sait, ils aimaient les formes géométriques jusque sur leurs têtes avec des carrés droits, plongeant avant ou arrière. Une coiffure de l'enfance illustre un rite de passage. Une longue mèche pendant sur son côté droit, le buste nous montre donc un enfant âgé de moins de 7 ans. Alors on devenait adulte et adieu la mèche. A l'époque grecque apparaissent les écoles de coiffure et le fer à  friser que maniaient les femmes. En Europe, il faudra attendre Louis XIII pour voir apparaître Champagne, le premier coiffeur pour dames. "Mais le perruquier lui, a toujours existé, précise Alain Ducher. Il achetait les cheveux pour en faire des postiches pour les femmes riches." Ils ne sont plus que deux ou trois en France aujourd'hui. Les belles romaines se coiffaient à  la grecque mais donnaient à  leurs coiffures un aspect plus théâtrale, plus monstrueux. Au Moyen-Age, le cheveux féminin est réservé à  l'époux. Il devient invisible pour le commun et on le cache sous de belle coiffes, comme le hennin dont la longueur du voile indiquait le rang social, ou cette coiffe que portait Isabeau de Bavière, percée d'ouvertures pour les oreilles. Les chapeaux, dont celui de My Fair Lady, les turbans et les beaux vêtements des bustes ont été réalisés par Aline Traclet, une chapelière modiste de Charlieu.
 

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Perles, rubans et fils d'or à  la Renaissance ornent les coiffures très complexes de la bella Simonetta Vespucci. Sous nos yeux passent ensuite Elizabeth Ier, Mme de Sévigné, la princesse Palatine.. Toutes bien attifées, papillons ou guêpes dans les cheveux pour la reine d'Angleterre, garcettes sur les côtés pour la femme de lettres. Au grand siècle de Louis XIV, la coiffure hurluberlu côtoie celle à  la Fontanges. Cette dernière porte le nom de Mlle de Fontanges, décoiffée à  la chasse, qui, pas cruche, releva ses cheveux avec sa jarretière et trouva le lit du roi. " Après le style "tête de mouton", sous Louis XV, on revient à  Versailles à  des coiffure plus volumineuses", poursuit Alain Ducher. " Il n' y avait pas de laque bien sûr. Ils utilisaient la "collure". Ils mettaient du gras dans la chevelure, de la graisse de porc par exemple, par dessus laquelle ils mettaient de la farine. Cela formait une sorte de pate à  pain qui permettait de façonner les formes (...). Mais qui dit gras et farine, dit vermine. Il y avait des tas de choses à  l'intérieur et des documents relatent que certaines princesses se réveillaient avec des mèches en moins, mangées la nuit par les rats et les souris..." L'exposition évoque encore la coiffure "à  la Belle Poule" lancée par Marie-Antoinette après la victoire remportée sur les marins anglais de l'Aréthuse. Mme de Lamballe porte sur les côtés les mateaux flottants. C'est bientôt toute sa tête, à  la Révolution, qui flottera sur une pique . Et ainsi de suite jusqu'en 1945 en passant par les coiffures des Merveilleuses, les grisettes, les coiffures anglaises, les chignons, celle, très spectaculaire, de Romy Schneider dans Sissi Impératrice; l'invention de Marcel Grateau, la révolution de la coupe "à  la garçonne", les parures de nos grands-mères...
 

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"Aujourd'hui, on ne cherche plus à  coiffer, estime Alain Ducher. La coupe est à  la mode; la coloration est à  la mode mais moins le travail du peigne." Actuellement, il travaille dans deux écoles lyonnaises où il transmet ses connaissance en coiffure historique à  des intermittents du spectacle. "La coiffure historique n'est plus enseignée dans les écoles depuis 1940 (...). Pas assez d'utilité, pas assez rentable..." C'est dire toute l'originalité de cette exposition.