Monday, January 30, 2023
"C'est une période magique que nous sommes amenés à  vivre." Les mots de Françoise Gourbeyre à  propos de la Biennale Internationale Design de Saint-Etienne, lors de l'inauguration de l'exposition So Watt! , ont dû être prononcés en leur temps par un Volta ou un Edison. Et quand, plus tard, l'électricité est entrée dans les foyers, elle était  représentée sous les formes généreuses d'une femme désirable ou sous les traits d'une fée merveilleuse. Toujours plus  indispensable au quotidien des hommes, dans un monde bien désenchanté, elle semblait avoir déserté notre imaginaire. Jusqu'à  en devenir invisible.
 
Exposition jusqu'au 20 avril 2oo9
au M.A.I.
- Saint-Etienne -


L'exposition "So Watt! Du design dans l'énergie" met en lumière le travail des acteurs du design qui, par le biais de leurs créations, la rendent à nouveau sensible.  C’est le cas de la multiprise "Power-Aware Cord" qui matérialise d'une lumière bleu mélusine le flux d'électricité qui traverse le fil. C'est encore le cas des papiers peints conçus par les Suédois de Static! Ils réagissent en fonction du niveau de consommation de la maison et changent de forme ou de couleur. Une "encre poétique", sensible aux ultra-violets, dévoile des motifs floraux lorsqu'elle est exposée au soleil. 

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Très belle scénographie de Gaelle Gabillet, pédagogie soignée, liberté de ton.
Avec "So Watt !" électrique rime avec éclectique. So cool !

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Au carrefour de la culture et des innovations technologiques, comme l'est généralement la Biennale, mais cette année tout particulièrement dans le domaine du développement durable - "qui doit structurer nombre d'actions de l'agglomération stéphanoise" a rappelé Maurice Vincent -  elle propose aussi une vision éco-responsable de l'énergie. Le commissaire de l'exposition, Stéphane Villard, écrit dans son propos de présentation que "le design a un rôle important à jouer. On peut s'attaquer à la question de la maîtrise énergétique et du développement des énergies renouvelables en faisant évoluer la perception de la contrainte et en la transformant en opportunité de création." Ainsi, la multiprise "Power-Aware Cord" n'a pas qu'une simple fonction esthétique. L'intensité de sa couleur trahit le nombre de watts consommés. Et la multriprise coupe-veille de Gilles Belley éteint automatiquement l'appareil resté en veille après qu'une nappe lumineuse se soit diffusée à la surface de la multi-prise, comme le symbole d'un gaspillage un peu "tâche".

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Si l'exposition se tient au Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne, on la doit à la Fondation EDF Diversiterre. Jean-Roger Régnier a rappelé lors de l'inauguration qu'EDF est depuis 2006 un des partenaires fondateurs de la Cité du Design. Et si le design est un enjeu territorial, le délégué régional d'EDF a rappelé également que la présence d'EDF auprès des collectivités  se faisait, d'un point de vue économique et environnemental, "dans une logique d'intérêt général". Sa filiale "Energie Nouvelles", par exemple, produit de l'électricité verte et intervient dans le développement de projets à la production d'électricité. En attendant, peut-être, de voir in situ sur notre territoire la mise en oeuvre de projets éoliens d' "EDF Energies Nouvelles" similaires à ceux de Bicker (Royaume-Uni) ou des les îles Ioniennes (Grèce), le visiteur est invité à découvrir d'autres réflexions qui pourraient modeler la typologie des paysages énergétiques de demain.

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Il y a bien sûr les "too much". Par exemple, le Projet italien "Liberty" de Positive Flow où la statue de Bartholdi ne porte plus un flambeau polluant mais une éolienne géante de 34 mètres de circonférence. Pour utopique qu'il soit, ce projet ne nous dit-il pas qu'avec Obama et ses promesses environnementales, le vent va enfin tourner ? Il y a aussi le système de traction éolienne "SkySails" qui propose d'utiliser un immense parapente pour faire avancer les gros bateaux. Sauf que celui-là est déjà en service avec le "MS Beluga SkySails" , un bateau cargo de 132 mètres de long, qui teste ce système de propulsion à voile sur une longue distance. D'ici 2013, l'intention de l'entreprise allemande est d'équiper un minimum de 6000 cargos et 250 super yachts. 146 millions de tonnes de CO2 seraient épargnés à la planète. On ne prend pas beaucoup de risques à affirmer qu'elle devra revoir ses ambitions à la baisse...
 
Une des installations les plus visibles est l'oeuvre de François Brument. "Watt Time" , en se basant sur les données du site du RTE (gestionnaire du réseau de transport d'électricité français) ,  permet de visualiser en temps réel la variation de la consommation électrique nationale. On lit sur le présentoir une anecdote révélatrice. Le 12 juillet 1998, au moment d'un certain match France-Brésil, la consommation était plutôt calme. Et soudainement, un pic de consommation historique a été relevé. C'est qu'à la mi-temps, des millions de petits mains ont allumé simultanément des millions de fours, de micro-ondes, de lampes...