Monday, January 30, 2023
Le n° 32 d'Azimuts (revue du post-diplome de design de St Etienne) vient de paraître (avril 2009 117 pages) . Il interroge sur la nouvelle façon d'exposer ce qui ne s'expose pas, exposer les processus qui, par nature, se cachent, exposer le design, qui, par sa nature, se consomme, exposer le design graphique, qui, par nature, se vit. Cette revue est toujours aussi difficile à  dénicher. Préambule de Constance Rubini:

 


" Exposer ce qui ne s'expose pas

Le développement des technologies, numériques notamment, l'influence qu'elles ont sur le rythme du temps, sur le rapport que nous entretenons d'une part avec l'immédiateté, et d'autre part, avec le matériel, le réel et le virtuel, semblent aujourd'hui, dans bien des cas, contribuer à  faire primer le processus sur l'objectif final, sur l'objet.

On expose des reconstitutions d'ateliers, où sont mimés les processus de conception et la fabrication de prototypes, on met en scène des programmes numériques, permettant de dessiner dans l'espace pour produire simultanément un objet, on propose des installations qui nécessitent l'intervention du public, on expose des systèmes plutôt que des objets. Les designers qui cachaient leurs secrets de fabrication pour ne pas les laisser empiéter sur l'aura de l'objet, trouvent aujourd'hui normal de les dévoiler, de les expliquer. Il y a eu d'abord la mode des making off au cinéma, c'était l'amorce d'une attraction people qui devait valoriser le film. Révéler le travail des acteurs au public, lui ouvrir les coulisses, donner accès à  ce qui est privé. C'est cette idée même qui a conduit les musées à  réfléchir sur l'ouverture des réserves au public, en prenant modèle sur la National Gallery de Londres qui expose ses réserves au sous-sol. L'idée est motivée par l'ambition généreuse de faire profiter aux visiteurs d'un plus grand nombre d'oeuvres, mais il s'agit cependant également de dévoiler un secret, de montrer ce qui ne l'est pas d'habitude et de créer ainsi un évênement.

On entre décidément dans le rythme galopant de l'instant. L'art numérique contribue à  ce mouvement car il est en lui-même un processus, une programmation que l'on lance et que l'on observe se dérouler. Il n'y a plus qu'un pas à  faire pour que l'on fasse passer l'objet final au second rang, après le processus qui lui a donné naissance...

Et ce pas est franchi par l'Espace 104, qui institutionnalise ce procédé. La Ville de Paris nous y invite à  pénétrer dans les ateliers d'artistes et de designers en résidence. On ne vient pas pour y voir une exposition de leurs oeuvres mais plutôt pour les observer à  l'oeuvre. Le créateur est-il en train de mythifier son travail, ou au contraire d'abandonner le privilège de son statut d'artiste pour le partager avec un public tout aussi créatif ?"