Tuesday, April 07, 2020

Le 18 août 1944, un millier de soldats allemands de la garnison du Puy quittent la ville pour tenter de rejoindre Lyon via Saint-Etienne. Quatre jours plus tard, après plusieurs combats sanglants avec les maquisards, leur commandant rend les armes dans un hameau des monts du Forez. Pour mieux comprendre cette page d'histoire dramatique, les services départementaux de la Haute-Loire et de la Loire de l'Office National des Anciens Combattants (ONAC) proposaient le 24 août un parcours sur les lieux des combats.

Les participants stéphanois prennent place à  bord de deux autocars. On rejoint les autres, dont un parti d'Estivareilles, au Puy. La première halte a lieu sur la place de la Libération où, près du vieux pont d'Estrouilhas, une petite plaque commémorative attire l'attention. Elle rappelle le sacrifice, le 18 août 1944, de Louis Gamon, tombé ici même "pour la France". Il appartenait au groupe de résistance Lafayette que commandait Lucien Volle, décédé il y a deux ans. Après un mot de bienvenue de Gérard Georgeon et Eva Curie, directeurs de l'ONAC 42 et 43, il est rappelé que la cité vellave fut libérée le 19 août. Il restait alors sur place entre 100 et 200 soldats allemands.

Les autres l'avaient quittée la veille, formant deux colonnes, l'une partie dans la matinée et l'autre, plus importante, partie en fin d'après-midi. Elles étaient commandées respectivement par les officiers Schwartz et Metger. Il y a dans le convoi de nombreux Tatars de la Volga et des miliciens. Il va mettre deux jours pour parcourir les 40 km qui séparent Le Puy de Craponne-sur-Arzon.

La première colonne, celle de Schwartz, échange des tirs avec les résistants au Col de la Croix de l'Arbre. Sous la pression des mortiers allemands, les maquisards se replient. L'un d'entre eux, Antoine Darne, est blessé. Plus tard, ce 18 août toujours, à  Bellevue-la-Montagne, un car transportant des maquisards est pris sous le feu ennemi. Dix d'entre eux sont tués dont Antoine Angeli, responsable de ce détachement du groupe FTP de Théo Vial-Massat.


Nous faisons une deuxième halte au monument en bord de route sur lequel sont gravés leurs noms. Il porte aussi quatre autres noms dont celui d'Emile Chevalier. Nous y reviendrons plus loin. Les trois autres sont ceux de résistants tués quelques jours plus tôt.

Quant à  l'autre colonne, celle de Metger, elle est accrochée sur la commune de Polignac (deux soldats tués).

Le lendemain, 19 août, des échanges de tirs ont lieu aux Estables, sur la commune de Félines. Ils durent trois heures et font deux morts côté allemand. D'autres, à  Chomelix, durent une heure. Un jeune d'Ambert âgé seulement de 15 ans, Claude Liard, trouve la mort, tué semble-t-il par un coup de mortier. A Craponne-sur-Arzon, deux prisonniers sont abattus froidement: Emile Chevalier, du camp Wodli, blessé au cours d'un combat, et Jean Vauris. A Craponne, une rue inaugurée ce 24 août porte désormais le nom d'Emile Chevalier. Ce ne sont pas les seuls prisonniers à  avoir été exécutés. Sur la commune de Chomelix, deux autres subissent le même sort le 20 août: le capitaine Seigle, originaire de l'Ain, et son chauffeur, Lucien Cornern.




Les deux colonnes se retrouvent entre Sauvessanges et Viverols à  l'Ouest d'Usson en Forez. Notre balade ne nous conduira pas, en raison de la vogue, à  Usson où dans la mairie une plaque rend hommage au groupe "France" (constitué de gendarmes) et au G.M.O. Bir-Hakeim. Nos deux dernières étapes, avant le bourg d'Estivareilles, sont celles de la ferme de Pommiers et l'ancienne auberge Jasserand. C'est dans la ferme de Pommiers que le commandant Marey, chef de l'Armée Secrète de la Loire, rencontre le colonel Metger. Ce dernier accepte le principe de la reddition, laquelle est définitivement signée dans la nuit du 21 au 22 août au café Jasserand, à  Merle.


Dans les heures qui avaient précédé, les maquisards, largement inférieurs en nombre et moins bien armés, avaient encore subi de lourdes pertes (un tué à  La Chaulme et plusieurs autres sur la route de La Chapelle en Lafaye) mais très mobiles, ils donnaient l'illusion du nombre et harcelaient sans répit les soldats allemands, empêchant toute tentative de contournement. A tel point, nous apprend M.Cusset, fils de l'un des adjoints du commandant Marey, qu'un major allemand évoque dans ses mémoires 1200 hommes prêts à  attaquer la colonne.

"Ce ne fut pas un fait simplement banal puisque parmi les assaillants, il y eut des morts" rappelait Paul Calmels, le président de l'Association nationale des Anciens combattants résistants et Amis de la Résistance. A ses côtés avaient pris place le secrétaire général de la préfecture, Clément Rouchouse ; le lieutenant colonel Hinterlang, délégué militaire départemental ; Yves Devèze, adjoint à  la ville du Puy ; Maurice Duc, président des Combattants volontaires de la Résistance et des cadets de la Haute-Loire ; et Raymond Gimbert, président de l'Union des anciens combattants. Un petit public s'était joint aux autorités civiles et militaires, dans les rangs duquel on reconnaissait Méla Volle, résistante et femme du capitaine Lulu, chef du groupe Lafayette, qui prit une part active dans la libération de la ville. "Ce dernier, les 18 et 19 août 1944, aidé par les représentants de la gendarmerie, la police, puis un groupe de résistant de l'AS d'Yssingeaux, harcela, encercla la garnison allemande qui était restée au Puy suite au départ de deux convois vers saint-Etienne le 18 août" soulignait Paul Calmels.



Le parcours s'est achevé à  Estivareilles où plusieurs gerbes furent déposées. Sur notre photo, le maire de Saint-Etienne, M. Perdriau.