Saturday, October 23, 2021
Dans le cadre de l'exposition Planète cerveau, présentée au CHU de Bellevue, les docteurs Navez et Créac'h, neurologues au Centre de la douleur, ont évoqué longuement la migraine, ses symptômes et ses traitements. La migraine est un mal de tête bien particulier. Dénigrée et sous-diagnostiquée, notamment chez les femmes ("Madame a sa migraine"), la maladie a mis longtemps à  être reconnue et étudiée par les médecins. Aujourd'hui , elle reste encore trop déconsidérée dans la mesure où elle est souvent mise sur le même plan que le mal de tête bénin et pas toujours très bien identifiée par ceux qui en souffrent.Elle est pourtant largement répandue. Plus de 10% de la population française serait atteinte. Episodique ou chronique, elle préfère les cervelles des têtes blanches et épargne les populations africaines et asiatiques. Elle touche aussi trois à  quatre fois plus les femmes que les hommes. Hormis cela, elle n'est pas sectaire du tout. Si les 30-40 ans sont les plus exposés et si les troubles tendent à  disparaître avec l'âge, on constate aussi qu'elle peut apparaître chez un sujet âgé. Comme un bijou de famille, elle tend à  se léguer de génération en génération. Elle touche les enfants et se plait à  la ville comme à  la campagne, se retrouve dans tous les milieux professionnels. A noter toutefois qu'elle semble avoir une préférence pour les enseignants et les infirmières.

Quels sont les symptômes qui la distinguent ?
Dr Créac'h: "La durée de la crise est le premier facteur qui sert à  la distinguer. La douleur, violente, chez l'adulte sans traitement, peut durer jusqu'à  24, 48 ou 72 heures. Mais d'autres symptômes sont systématiquement recherchés pour que l'on parle de migraine: l'aspect hémicranien ou pulsatile de la douleur. Et des signes associés à  la migraine: nausées, hypersensibilité à  la lumière, au bruit, à  certaines odeurs... Il y a encore, dans certains cas, des troubles visuels nommés "auras" et des troubles sensitifs qui servent à  cerner la migraine, nommée anciennement "migraine accompagnée"(1). A noter que la maladie chez le patient peut évoluer au fil du temps."

D'un point de vue médical, les facteurs déclenchants ne sont pas la cause de la migraine (2). Ils la favorisent. Ils ne sont pas non plus systématiques et varient selon les personnes. Parmi eux, il y a les facteurs psychologiques comme l'anxiété et la contrariété et les émotions, de joie comme de tristesse. Le surmenage, le travail posté, le manque de sommeil peuvent aussi être des facteurs déclenchants. Il y a encore la lumière, le bruit, l'odeur du tabac, la chaleur, la consommation de chocolat et d'alcool, le sport parfois, par exemple par le biais d'un coup de ballon sur la tête. "Si la consommation de fromage, nous dit le Dr Navez, est citée par certains patients, celle du lait en revanche n'a jamais été évoquée." Chez les femmes, les crises ont souvent lieu pendant la période des règles et tendent à  disparaître au moment de la ménopause et pendant la grossesse. Mais dans ce dernier cas malheureusement, elle revient le plus souvent après la naissance.

S'il n'existe pas encore de traitement miracle capable de soigner définitivement la migraine, et si certains, malgré la présence médicale, se la coltineront toute leur vie, il y a cependant des moyens de réduire l'intensité des crises et de diminuer leur fréquence. De pair avec le traitement de la crise, le traitement de fond s'avère aussi nécessaire pour éviter toute accoutumance aux médicaments. Il peut se faire par le biais de l'acupuncture (bien qu'aucune étude n'ait été réalisée pour en mesurer l' efficacité), la relaxation, le bio feed back... ou par l'absorption de médicaments. Sachant qu'on ne peut espérer d'un traitement de fond qu'une baisse maximale de 50% de la fréquence des crises, avec parfois une baisse de leur intensité. "Le traitement de fond, explique le Dr Navez, améliore cependant la situation d'environ 60% des patients."

(1) une description: Le champ de vision est normal. Et soudain, il ne l'est plus. Comme si dans la tête, en une fraction de seconde, quelque chose avait "déconnecté". La réalité est moins accessible, comme dans un rêve éveillé où les contours des visages et les objets s'estompent. Par réflexe, les yeux se plissent pour essayer de mieux discerner. Une bouffée de chaleur monte au visage, la transpiration coule le long de la colonne vertébrale. Et puis vient le scotome scintillant qui mange l'image et rend les gens pareils à  un tableau de Picasso. Impossible de penser de manière cohérente. Comment se dit mon prénom ? La nausée et les frissons annoncent les fourmillements dans la main. Ils courent le long d'un bras, parfois le droit, parfois le gauche, entrent dans la bouche, glissent sur les dents et vont se perdre sur une tempe. Après s'installe le mal de tête, violent et tenace.