Sunday, August 01, 2021

altFin septembre 2010, l'association "Face à  Face" participera au week-end mémoriel au camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Alsace) où sera dévoilée une plaque commémorative apposée sur le Mur du Souvenir.

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Vendredi 23 avril 2010, le Cinéma Le France propose, dans le cadre du 65e anniversaire de la libération des camps, une soirée des "oublié(e)s de la mémoire". A 20h, projection du film "L'Arbre et la forêt" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, suivie d'un débat avec un des réalisateurs et de représentants associatifs. Au cours de cette soirée, les "Oublié(e)s de la Mémoire" investiront officiellement un membre élu de "Face à  Face" en tant que délégué des ODLM en Région Rhone-Alpes. Le dimanche suivant, Pierre Debaize devrait représenter, sans drapeau ni signe distinctif, la communauté homosexuelle au cours de la cérémonie commémorative. La Ville de Saint-Etienne a donné un accord de principe. La demande a aussi été accueillie favorablement par l'Union Fédérale des Anciens Combattants.

[interview de mai 2009 ] A l'occasion de la Journée Nationale du Souvenir de la Déportation, le 26 avril, une gerbe a été déposée au cours d'une cérémonie devant le Veilleur de Pierre, Place Bellecour à  Lyon. Huit des douze membres du conseil d'administration de l'association gay et lesbienne "Face à  Face" avaient fait le déplacement. "Face à  Face" c'est essentiellement le festival, mais lors de sa dernière assemblée, en mars, l'association a modifié ses statuts afin de s'ouvrir à  d'autres activités. Ainsi Pierre, qui s'occupe du secteur loisirs et convivialité, est à  l'origine de cette démarche mémorielle.

Pierre, d'où vient votre intérêt pour l'histoire de la déportation ?

Alors l'historique... A titre personnel, je me sens concerné depuis déjà  une trentaine d'années. J'ai deux oncles qui ont été déportés au camp de Mauthausen, en Autriche, un parce qu'il était résistant et l'autre comme otage. Je suis adhérent de l'Amicale des déportés de Mauthausen. J'ai participé à  des commémorations, des "pèlerinages" à  Mauthausen, au château d'Hartheim, dans d'autres camps avec des témoins, Simone Veil une fois. J'ai aussi fait visiter le camp d'Auschwitz à  des jeunes, dans le cadre de mon travail - j'étais en région parisienne à  l'époque - lors de séjours en Silésie. Ce n'était pas le but du voyage mais je pensais que c'était mon devoir que de proposer aux jeunes une journée au camp...

On sait moins que les homosexuel(le)s ont aussi été victimes du nazisme...

Au même titre que d'autres populations, Juifs, Tziganes, Républicains espagnols... A la différence que les nazis ne mettaient pas les hommes et les femmes dans le même sac. Les hommes portaient le triangle rose et les femmes le noir des asociaux. Comme "reproductrices" ils estimaient qu'elles pouvaient être "récupérables". Si on connaît moins cette histoire, c'est parce que les survivants se sont autocensurés. C'était déjà  difficile pour les déportés de s'exprimer au retour, alors les homosexuels vous imaginez... C'est grâce à  Pierre Seel que l'on doit de connaître cette histoire (voir notes, ndlr).

Est-ce que c'est facile aujourd'hui pour les associations homosexuelles que d'être associées aux commémorations ?


Cel‡a dépend des endroits, des municipalités, des associations d'anciens combattants. Pour beaucoup on reste encore les PD de service. Sur Paris, au début, lors des premières démarches qui ont eu lieu à  l'Arc de Triomphe, on était refoulés. Il a fallu insister, s'affirmer. Après, on était accepté et on avait le droit de déposer une gerbe mais après la cérémonie officielle, quand tout le monde était parti. Les choses ont été rendues plus faciles avec l'arrivée de Delanoë. Il y a une année même où c'est une chorale composée d'homosexuels qui a chanté le Chant des Marais...  Je suis favorable pour qu'on se joigne au dépôt de gerbe unique, celle qui rassemble l'ensemble des "déportés", quels qu'ils soient. L'idée ce n'est pas de choquer. On ne veut pas être à  part, ni en dehors, mais à  côté des autres.

Pourquoi n'avez-vous pas participé à  la commémoration de Saint-à‰tienne ?

L'Assemblée générale a eu lieu au mois de mars. Les délais étaient un peu courts pour faire les démarches auprès des élus et des fédérations d'anciens combattants et résistants. Et puis Lyon, c'est quand même le haut lieu de la Résistance; donc va pour Lyon cette année...

Que va-t-il se passer camp de Natzweiler-Struthof le 21 juin prochain ? (voir notes)

L'association nationale "Les Oublié(e)s de la Mémoire", dont je suis adhérent, déposera pour la première fois une gerbe au Mémorial de la Déportation. Il y aura le Secrétaire d'à‰tat à  la Défense et aux Anciens Combattants. C'est un symbole très fort et j'y serai. L'association travaille aussi pour qu'une plaque soit mise en hommage aux déportés pour cause d'homosexualité. Dans aucun camp de concentration, il n'existe de plaque rappelant le sort des homos sous le régime nazi...

Notes:

Depuis la mise en ligne de cet article, la cérémonie prévue à  Natzweiler-Struthof a été reportée.

Plus de 50 000 personnes, selon l'United States Holocaust Memorial Museum, ont été traduites en justice ou arrêtées pour infraction au paragraphe 175 du code pénal allemand que les nazis ont aggravé. 10 000 ont été déportées. 6000 ne sont pas revenues.

63 Français recensés ont été déportés pour motif d'homosexualité dont la majeure partie étaient originaires d' Alsace et Moselle.  Le camp de Natzweiler-Struthof est justement situé en Alsace. Rappelons que les camps de déportation nazis existaient en Allemagne bien avant le déclenchement du conflit mondial.

Concernant le silence des témoins, il y a d'une part la difficulté sociale, familiale ou professionnelle à  divulguer le motif de l'arrestation mais qu'aggravait aussi la législation hostile, en vigueur en Allemagne jusqu'en... 1994.

Pierre Seel fut le premier déporté français à  avoir témoigné et revendiqué publiquement les raisons de sa déportation. Les conclusions d'une première étude sur le sujet furent déposées en 2002. En 2001, Lionel Jospin, puis Jacques Chirac en 2005, franchirent un pas historique en reconnaissant la déportation de Français pour ce motif.

D'après "Les Oubliés de la Mémoire", il ne resterait à  ce jour en France qu'un seul survivant connu de la Déportation pour motif d'homosexualité: Rudolf Brazda.

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