" Bien dire les choses: adopter son vocabulaire, s' impliquer et rendre son discours persuasif, posséder une technique de voix attirante et une présence corporelle réelle." Ce n'est pas sur un site internet de conseils en séduction qu'on peut lire ces mots mais sur celui d'une fac de Droit. Et il ne s'agit pas d'emballer une fille mais de convaincre un jury; de le séduire en alliant l'art de l'Eloquence (silences compris) à  l'indispensable rigueur juridique.

Le concours Lysias, chaque année depuis 1992 voit s'affronter dans des plaidoiries de très haut niveau les étudiants en Droit des universités francophones. Au cours de ce procès fictif, les étudiants doivent convaincre profs et maîtres de conférence qui endossent le costume des juges. En 2006, la Faculté de Droit de Sainté avait déjà  placé deux étudiants en finale: Aliénor Dupiol en première année; et Charlotte Balique, qui avait remporté le concours de 2ème année. Ainsi que l'indique, avec une fierté légitime, un communiqué de l'Université "ces brillants résultats mettent en évidence la valeur des étudiants stéphanois, la qualité de la formation qui leur est dispensée, et l'importance de tout ce que leur apporte l'équipe pédagogique, qui est pour beaucoup dans cette remarquable dynamique de groupe." L'édition 2007 a réuni environ 400 participants dont une trentaine de "Gagats". Deux mois et demi après les premières sélections, il n'en est resté qu'un: Sabri Khaldi, 21 ans, étudiant en 1ère année de Licence à  Jean Monnet.

Sabri, peux-tu nous expliquer dans les grandes lignes le fonctionnement du concours ?


Il est ouvert aux premières et deuxièmes années de Licence de Droit des facultés participantes. Il y en a une dizaine en France. C'est un concours qui essaye de reproduire dans des conditions identiques un tribunal civil, avec le même cérémonial que dans une juridiction réelle, et où le participant est confronté à  un cas pratique. Il y a d'abord trois plaidoiries au niveau local, dans chaque ville participante. Ce sont des élèves en master (bac+5) qui composent le jury. Il y a ensuite une grande finale locale. A Saint-Etienne, on a eu la chance de la faire au tribunal de grande instance, avec les robes, face à  de vrais juges et professeurs agrégés. Le gagnant de chaque faculté va représenter à  Paris les couleurs de sa ville. Il a encore devant lui trois tours à  passer, avec à  chaque fois un cas pratique différent, pour accéder à  la finale et peut-être remporter le concours.

Chaque participant reçoit l'énoncé du cas pratique une semaine avant la confrontation. C'est un tirage au sort qui te désigne dans ton rôle de défendeur ou de demandeur. Tu te prépares et ensuite tu entres dans la fosse aux lions avec pour objectif de convaincre le jury que c'est toi qui a raison.

Comment s'est passée la finale ?


Plutôt bien puisque je l'ai gagnée. Il s'agissait d'un cas relevant du droit à  la propriété et qui abordait la question des troubles au voisinage. Parmi le jury, il y avait le Bâtonnier du barreau parisien et différents avocats parmi les plus grands cabinets français actuels. Mon adversaire était une élève de Paris II. La finale s'est déroulée dans l'esprit Lysias, fait de confraternité et de concurrence acharnée.

Sabri Khaldi (2007)


Qu'est-ce qui a fait la différence ? Pourquoi as-tu emporté la décision du jury et pas elle ?

... J'ai vraiment travaillé pour ce concours. J'ai mis de côté mes cours magistraux et j'ai aussi, il faut le dire, bénéficier de tout l'appareil de la fac. L'Association des étudiants juristes de la Loire (AEJDL) et les profs m'ont aidé à  bien structurer mon travail. Et puis, et puis... un petite touche de chance quoi !

Mais encore ?

... C'est dur de dire que j'ai réussi à  convaincre parce que je suis doué ! Il y a aussi le fait que j'ai eu la chance de travailler, de faire d'autres boulots avant d'intégrer la fac; ce qui m'a appris à  convaincre, à  prendre de l'aisance, à  discuter avec les gens. Ce qui fait la différence en première année, c'est la pertinence de l'argumentation mais c'est encore la façon de la présenter, l'humour, la séduction aussi. Il y a vraiment une relation de séduction avec le jury. Il faut savoir se mettre en avant sans paraître impétueux, proposer des arguments sans être "ch....". Travail et séduction, oui c'est vraiment la clé je pense.

Quel jugement portes-tu sur la fac de Droit de Sainté ?

Je vais être très chauvin. On a une super fac à  taille humaine; qui nous permet une proximité avec les professeurs. Ceux-ci sont très disponibles et possèdent, ce n'est pas un secret, de très grandes compétences. Et je ne suis pas payé pour le dire !


Qu'as-tu gagné en remportant le concours ?


D'abord le sentiment d'avoir réussi quelque chose de spécial. Ce n'est pas commun comme concours. Du point de vue matériel, j'ai ramené une dizaine de bouquins. Quand on connaît le prix les livres de Droit, ce n'est pas anodin. Enfin, j'ai gagné un stage dans un des cabinets d'avocats partenaires du concours. Ce sont les meilleurs du pays.

Un dernier mot ?

Je remercie l'Université et je dédie cette victoire à  ma "mamoune" et à  ma chérie Bénédicte qui ont supporté mon humeur exécrable et mes absences.

A mon père surtout...