Wednesday, December 02, 2020

Dans le palais des spectacles bondé, Nicolas Sarkozy, qui, de son propre aveu, n'avait pas été convié aux cérémonies de Colombey-les-deux-Eglises, a appelé « à  la rupture » arguant justement du fait que le général De Gaulle « a toujours été l'homme de la rupture ». Au cours de son allocution, il s'est prononcé pour « la suppression de la taxe professionnelle », qu'il souhaiterait voir remplacer « par une contribution dont l'assiette serait moins stigmatisante pour l'effort d'investissement ». Il a également proposé d'instaurer une « Sécurité sociale professionnelle » et la création « d'une fiscalité écologique sur les pollutions »...

Environ 5000 personnes étaient réunies à  Saint-Etienne pour entendre le ministre de l'Intérieur. Il était entouré de plusieurs de ses collègues du gouvernement dont Pascal Clément, ministre de la Justice sur le terrain duquel il avait empiété le matin même en se prononçant à  propos d'un fait divers. Egalement présents, Dominique Perben (Transports) ainsi que Michel Barnier, Michel Thiollière, etc. Son allocution, retransmise sur la chaine LCP (TNT) et sur le site internet de l'UMP, a débuté par une forme d'hommage à  la région hôte, le président de l'UMP saluant « le Forez et ses habitants qui ont toujours voulu rester des hommes libres ». Un mot pour Saint-Etienne, « la ville qui a le mieux symbolisé la révolution industrielle » et ses valeurs et un vibrant hommage à  deux de ses plus illustres représentants : Michel Durafour qui avait subi on s'en souvient « une insulte répugnante » de la part du leader du Front National et surtout Lucien Neuwirth. « Nul n'oubliera jamais ce qu'on doit à  Lucien Neuwirth » a déclaré Nicolas Sarkozy qui s'adressait en particulier aux femmes de l'assemblée. De Neuwirth, le ministre de l'Intérieur glissa logiquement vers le fondateur de la Vème République, décédé il y a 36 ans jour pour jour et dont les ténors de la droite se disputent l'héritage.

.Nicolas Sarkozy ne fut donc pas avare en références à  Charles de Gaulle, citant notamment les propos du général à  Saint-Etienne en 1948 : « A la foule rassemblée, il avait dit: à  vous toutes et à  vous tous, je veux parler aujourd'hui des lourds soucis qui nous étreignent quant aux conditions de l'existence des Français. Si j'en parle, ce n'est point pour gémir ni maudire. A quoi bon ! C'est pour éclairer le chemin par où nous pouvons en sortir ensemble. Car je l'affirme: rien n'est perdu ! ». Et d'enchainer sur la lancée, inspiré par l'illustre président: « Rien n'est perdu, je veux l'affirmer à  mon tour, jamais ! » Se voulant également l'homme de « la rupture », il réitéra donc dans ses propos lyriques qui selon lui devraient « redonner du poids à  la parole politique », la volonté d'un avenir meilleur : « Tout est possible pour les nations qui ne renoncent pas » ou encore, sous les applaudissements enthousiastes : « L'Avenir appartient à  ceux qui veulent l'étreindre avec passion ».

Face à  la mondialisation qui recèle des espoirs (abondance) mais crée aussi des dérives dangereuses (frustrations), il a prôné un « nouvel humanisme » et a déclaré que « la subir n'était pas une fatalité ». « Je veux être l'homme qui dénonce les injustices pour mieux les combattre. Sans un diagnostic courageux, on ne peut s'attaquer aux causes du mal », a-t-il dit. Et refusant « toute présentation idyllique de la mondialisation » il énuméra les maux qu'elle entraîne : « les femmes et les enfants exploités comme des bêtes de somme » mais aussi « l'exaspération des crispations identitaires » et « le réchauffement climatique qui menace la survie même de notre espèce ». Dans le domaine écologique, il a ainsi proposé de « créer une fiscalité écologique sur les pollutions » via un impôt « qui taxerait les importations en provenance des pays tiers » et des entreprises qui n'ont pas pour l'Environnement l'intérêt soudain qu'il s'est lui-même découvert. Concernant plus particulièrement la situation de la France sur l'échiquier mondial, le président de l'UMP a redit qu'il « n'est pas normal que notre croissance soit à  ce point inférieure à  la croissance mondiale alors que nous étions autrefois devant la Suède, devant le Japon�?� ». Citant l'exemple de chercheurs exilés outre-Atlantique, Nicolas Sarkozy a également dénoncé farouchement « le gaspillage du capital humain »..

Concernant la suppression de la taxe professionnelle, il a proposé de la remplacer « par une contribution dont l'assiette serait moins stigmatisante pour l'effort d'investissement, et selon des modalités permettant de garder un lien avec le territoire d'implantation ». Il a encore souhaité que « l'Etat se dote d'un outil financier adossé à  la Caisse des Dépôts permettant de prendre temporairement et de façon ciblée des participations pour aider les entreprises stratégiques à  passer une phase difficile, alors qu'on les accule à  mettre la clef sous la porte ou à  aller se vendre à  des fonds étrangers qui n'ont d'autre but que de s'emparer de leur technologie ». Face aux délocalisations, il a proposé la création par l'Etat d'une « agence de réindustrialisation en mesure d'investir dans des activités nouvelles avec des moyens financiers et humains importants ». « Il faut dire la vérité aux Français: sauf à  fermer les frontières et à  se condamner au déclin, il n'y a aucun moyen d'interdire les délocalisations.» Mais nous devons tout faire pour les prévenir , a souligné Nicolas Sarkozy, qui veut « garantir à  chaque salarié et à  chaque territoire qu'en cas d'accident, la collectivité nationale sera au rendez-vous ».

Nicolas Sarkozy a enfin repris à  son compte la proposition socialiste (et avant eux de certains syndicats) d'instaurer une « Sécurité sociale professionnelle » pour protéger les Français face aux risques de perdre leur emploi. Un « système gagnant-gagnant » qui reposerait à  la fois sur un contrat de travail unique, une réforme du service public de l'emploi et la création d'un compte épargne formation individuel. Mais il s'est exprimé aussi pour un contrôle accru des chômeurs pour lutter contre les profiteurs et les gaspillages qui font que « ceux qui travaillent sont de plus en plus pauvres ». « En cas de refus répété d'un emploi, je demande la suppression des allocations », a t-il ajouté clairement avant de dénoncer comme de coutume les 35 heures, « cette formidable régression » qui diminue le pouvoir d'achat. Il propose notamment à  ce sujet de supprimer les charges sur les heures supplémentaires.