Wednesday, September 20, 2017
uzoremontb.jpgLe canal du Forez serpente de tout son long. Les chevaux élancés côtoient les charolais massifs et le Mont d'Uzore chanté dans L'Astrée domine les étangs de Gargantua, où dorment les carpes royales de Neufbourg. C'est la plaine qui étale ses richesses.
 
"De toute ancienneté cette contrée que l'on nomme à  cette heure Forez, fut couverte de grandes abîmes d'eau, et il n'y avait que les hautes montagnes que l'on voit à  l'entour, qui fussent découvertes, hormis quelques pointes dans le milieu de la plaine, comme l'écueil de bois d'Isoure et de Montverdun." Honoré d'Urfé, L' Astrée

De l' eau il sera beaucoup question dans la petite balade que nous vous proposons. Mais pour l'heure, Isoure évoqué par d'Urfé, c'est le Mont d' Uzore, demeure de "la princesse Galathée qui donna son nom aux Gaulois auparavant appelés Celtes". Et c'est la première étape de notre balade. Notre prenons pour point de départ le village de Chalain-d'Uzore, à  mi chemin entre Montbrison et Boën-sur-Lignon. La montagne est à  deux km au nord et nous gardons pour la fin l'église du village et le château que nous apercevons au dessus des haies.


Le Mont d'Uzore est une curiosité géologique qui serait unique en France. C'est une butte volcanique qui s'élève au dessus de la plaine, comme celles de Montverdun, Saint-Romain-le-Puy ou Marcilly. Mais celle d'Uzore est un très long dyke composé d'une quarantaine de petits volcans; une coulée de lave solidifiée de 7 km de long, sur une faille tectonique, large de moins de 100 mètres et dominant la plaine de près de 200 mètres. La roche basaltique de ce mur de lave vertical fut utilisée pour la construction des maisons et des routes. Ce qui explique les carrières qui se succèdent le long de la crête et la venue des spécialistes qui viennent parfois l'arpenter. Du sommet, la vue sur la plaine est superbe : le « diamant » de Montverdun, la blanche demeure d'Urfé, le château de Marcilly, le canal de Forez et les étangs éparses dont nous reparlerons plus loin.
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Vue sur le pic de Montverdun
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Si l'horizon est beau, le décor immédiat n'est pas particulièrement accueillant : tir au pigeon en contrebas dans le terrain privé d'une ancienne carrière, peu de végétation, herbes sauvages brûlées par le soleil, lignes haute-tension et boitiers électriques dont un porte écrit au marqueur les mots « Pagus Forensis ». Nous sommes bien au coeur du pays forézien. C'est ici qu' Urfé situe dans L'Astrée la demeure de la princesse Galathée et des fouilles anciennes ont révélé l'existence d'un temple dédié à  la déesse égyptienne Isis (dont le culte aurait été apporté ici par les légionnaires romains) laquelle, selon certains auteurs, aurait donné son nom à  la montagne : Isis-Uzore (?) Nous reprenons le chemin à  l'envers et traversons à  nouveau les sous-bois. Au début du printemps, d'après ce que nous lisons dans le petit guide Balades et randonnées en Forez, la végétation y est très riche : scilles bleues, phalangères, trèfles rougeâtres, sceaux de Salomon...
 
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Nous n'allons pas jusqu'à  Chalain mais bifurquons en direction de St-Paul d'Uzore, sur l'autre versant de la « montagne ». Nous traversons le canal du Forez. Sa construction débutée en 1865 sous Napoléon III ne s'acheva qu'en... 1966 ! La guerre de 1870 et la débâcle interrompirent une première fois l'ouvrage, puis rebelote en 1914. Ce fut un projet considérable. Le canal est long de 44 km dans sa branche principale et apporte l'eau de la Loire depuis Grangent vers Saint-Marcellin, Saint-Romain-le-Puy, Montbrison, Montverdun... jusqu'au ruisseau des Combes qui se déverse dans le Lignon du Forez. Deux artères secondaires : celle de l'Hôpital (8 km) et celle de Poncins (13 km) distribuent l'eau dans la partie centrale de la Plaine : Sury-le-Comtal, etc. Il contourne les reliefs et enjambe les rivières par un système de 12 ponts canaux et 25 syphons. Pour l'anecdote, pour que l'ouvrage avance correctement, il fallait piocher autant à  droite qu'à  gauche. Les ouvriers gauchers, plus rares, étaient mieux payés. L'eau du canal a permis de développer l'élevage intensif des bovins et la culture du mais; elle refroidit aussi les fours de certaines industries. Jusque dans les années 50, le canal était un lieu de baignade mais ce n'est plus le cas de nos jours, pour préserver la qualité de l'eau qui sort des robinets de Feurs et de Savigneux.
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.Chevaux élancés et charolais puissants
 
C'est donc en grande partie à  l'eau du canal du Forez que l'élevage bovin a pu se développer dans la plaine. La consultation de l'ouvrage Loire en Rhône-Alpes nous permet de citer ce chiffre : 18 100 tonnes de viande bovine ont été produites en 1997. Le « fer de lance » de la production de viande bovine en Forez, confortant notre région comme l'un des principaux producteurs dans ce domaine, c'est la race Charolaise, originaire de Saône-et-Loire et pour laquelle la Loire est une terre d'excellence. A Montrond se trouve d'ailleurs un des quatre centres français de production de semences de cette race, les trois autres étant situés en Vendée.
 
Ci-dessous: la Maison de Mornand
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Un autre fleuron de l'élevage en Forez s'imposera à  vous si vous faites cette balade par beau temps. En effet vous ne manquerez pas de croiser de superbes chevaux dans les prés ou sur les chemins. Et c'est un fait assez méconnu que nous allons aborder maintenant : bien que le Forez ne possède pas de race de chevaux spécifique, il arrive pourtant en seconde position nationale, derrière la Normandie, pour ce qui est de l'élevage de trotteurs. Ici encore c'est grâce à  l'eau du canal que la plaine a pu se distinguer. A l'origine, il n'y avait que des chevaux de trait, massifs et courageux mais peu véloces. Beaucoup d'entre eux ont d'ailleurs servi toute leur vie dans les mines stéphanoises. Avec l'eau du canal et l'assainissement de la plaine, le Forez s'est ensuite peu à  peu spécialisé dans l'élevage de chevaux pour l'armée. Après la grande guerre, une nouvelle étape fut franchie avec l'élevage des trotteurs, même si le climat forézien, généralement plutôt rude (fournaise en été et grand froid en hiver) ne facilite pas l'élevage des purs sangs. A l'arrivée, les haras nationaux de Montbrison n'ont pas seulement donné des champions sur les pistes de Saint-Galmier ou de Feurs (« le Chantilly du Forez ») mais aussi des vainqueurs du Prix d'Amérique !
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Mais nous continuons notre marche - sans galoper - vers Saint-Paul-d'Uzore. Nous traversons le village et nous prenons le chemin qui nous conduit vers Mornand. A mi-chemin, nous faisons une pause au bord de l'étang de Vizelles, un des très nombreux étangs de la plaine. Deux légendes racontent leur origine. La première nous dit que c'est Gargantua qui du haut de Pierre-sur-Haute cracha sur la plaine. Qui a dit qu'il visait Lyon ? ! La seconde nous est racontée par Honoré d'Urfé au début de L'Astrée et nous avons cité ses mots en préambule. En des temps très anciens, la plaine était noyée sous les eaux, une sorte de mer intérieure d'où n'émergeaient que les pics volcaniques et sur laquelle nos ancêtres se déplacaient en barques. Jusqu'au jour où un certain Jules César, qui ne voulait pas se mouiller trop tôt, fit rompre les montagnes pour que les eaux s'écoulent et libèrent la plaine. De cette mer primitive, les quelque 600 étangs de la plaine couvrant près de 3000 hectares sont les reliquats. En vérité vraie-véridique, les étangs pour la plupart sont artificiels et si les plus anciens datent du XIIIe siècle et sont dû à  l'initiative des Comtes de Forez, la grande majorité ont été créés au XIXe siècle. Toujours pour cette même raison : parer à  la sécheresse. Les étangs les plus célèbres sont ceux de la Ronze, vers Craintilleux, qui accueillent chaque année la plus grande colonie de mouettes rieuses d'Europe et ceux du Roi, entre Montverdun et Mornand.
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Mise à l'eau de carpes foréziennes dans les années 30
 
Et c'est encore l'occasion d'évoquer une troisième spécialité de la plaine : la pisciculture, en l'occurrence celle de la Carpe Royale du Forez. Cette dernière fut introduite dans les étangs foréziens, et en particulier celui du Roi, par un personnage exceptionnel : le comte Guy de Neufbourg, historien, ami de Marguerite Gonon, grand résistant, royaliste, « tenant fief » en son château de Beauvoir à  Arthun où il reçut De Gaulle en 48. Un article de La Région Illustrée (Pâques 1937) dresse le portrait robot de la carpe de Forez (dite aussi « de Beauvoir ») : " Dans notre région, la carpe d'élite est la carpe royale de Forez, née il y a dix ou quinze ans de croisements de carpes franconiennes, de carpes galiciennes de Witkingau et de Bohème (...) Peau aussi pure que possible, tête : petite, nez : court, nageoires : sans développement anormal. Le poids de la carpe doit être proportionnel à  sa longueur." Qu'en est-il aujourd'hui de la production de cette carpe ?

A Mornand, au terme de notre balade avant de revenir sur nos pas, nous allons photographier la Maison familiale, un centre de formation en alternance reliant le domaine des courses hippiques et celui de l'agriculture. Ce centre accueille des élèves qui souhaitent devenir jockeys, éleveurs ou responsables d'écurie. A son origine (1950) le centre était axée sur l'agriculture, le cheval de bronze qui veille à  son entrée indique son évolution hippique depuis 1989.
 
Ci-desous: à Saint-Paul d'Uzore, une étrange plaque au dessus de la porte d'une étable. Scellée dans le mur en pisé, il s'agit peut-être d'un signe de protection mais son symbolisme est particulier. Le delta lumineux surgissant des nuées est une représentation que l'on retrouve en général dans l'iconographie maçonnique. Il s'agirait tout simplement du logo de la société "La Providence" qui assurait le bâtiment.
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Nous revenons à  notre point de départ, à  Chalain d'Uzore et nous concluons notre petite visite par un détour par le château et l'église. L'endroit est magnifique, surtout au soir tombant quand la lumière donne aux pierres des nuances de couleurs. Le château se remarque d'abord, avec son grand toit orangé qui n'est pas sans évoquer les grandes bâtisses de Bourgogne et de Normandie. Il se trouve aujourd'hui dans une propriété privée et ne peut se visiter qu'en juillet. D'après certaines photographies, il renferme en particulier une superbe cheminée monolithique sculptée du XVIe siècle. Mais aussi la représentation d'une Amazone, une cavalière guerrière de la mythologie grecque. Encore un clin d'oeil au cheval.
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Le château, à  l'origine, appartenait aux farouches Damas de Couzan puis au Lévis-Couzan qui en firent leur résidence favorite. En 1634, il fut vendu à  la famille de Luzy. Sous le porche de l'église, deux dalles funéraires montent la garde. Il s'agit des deux pierres tombales avec statues (gisants) de Gabriel de Levis-Couzan, bailli du Forez au nom du Duc de Bourbon (début du XVIe siècle) et d'Anne de Joyeuse, sa femme. Le couple de pierre se fait face. Les visages sont mutilés cependant on distingue bien la cuirasse du bailli et la belle robe de sa dame. Concernant l'église, nous n'avons pu entrer, portes fermées. C'est avec regrets que nous quittons ce lieu qui respire la sérénité, pour reprendre la route de Sainté et rédiger notre « rapport ». Si vous désirez nous apporter des précisions, vous pouvez nous contacter : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 
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