Saturday, October 31, 2020

NdFI: Cet article a été publié 80 ans après le congrès dont il est question dans le 4e numéro des cahiers d'histoire de l'Institut C.G.T. d'histoire sociale de la Loire. Les images qui l'illustrent sont celles reproduites dans l'article, hormis la pierre tombale de Pierre Sémard. Elle a été photographiée par nos soins au Père-Lachaise.

Nombre d'événements majeurs se sont déroulés à  la Bourse du Travail de Saint-Etienne. Cependant, l'un d'entre eux mérite une attention particulière. Il s'agit du Congrès constitutif de la Confédération Générale du Travail Unitaire, du 26 juin au 1er juillet 1922.

Ce événement revêt une grande importance pour trois raisons essentielles:

1.- Il résulte d'une scission de la C.G.T. qui dominait toute la vie syndicale depuis sa fondation en 1895. Un tel bouleversement ne saurait passer inaperçu. Souvenons-nous, par exemple, de l'avalanche de commentaires qui a accompagné une autre scission de la C.G.T. et l'apparition de Force Ouvrière en 1946-47. Souvenons-nous des polémiques de 1964 lorsque la division de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (C.F.T.C.) donna naissance à  la C.F.D.T.

2.- Le Congrès de Saint-Etienne marque officiellement la formation d'une nouvelle Confédération qui va se trouver en compétition, en "concurrence" avec la C.G.T. dont elle était issue.

Durant treize ans, de 1922 à  1935 (la réunification intervint lors du congrès de Toulouse en 1936, ndFI), privilégiant par principe l'action syndicale de proximité, les rapports unitaires à  la base, elle se tiendra aux premiers rangs des luttes revendicatives, de l'opposition à  la guerre impérialiste et aux aventures coloniales (Maroc, Syrie) et fera courageusement face, dès le début des années trente, à  la montée des ligues fascistes. 

Marcel Thibaud


La C.G.T.U. va rapidement devenir une "école d'apprentissage" pour nombre de militants qui étaient trop jeunes pour participer au Congrès de Saint-Etienne. Dans ses organisations se formeront des syndicalistes de grande envergure comme Ambroise Croizat, Marcel Paul, André Tollet, Jean-Pierre Timbaud, Lucien Montjauvis, sans oublier un certain Henri Tanguy, le futur colonel Rol, et, dans la Loire, Marcel Thibaud, secrétaire général de l'U.D.-C.G.T. de 1935 à  1956. Benoît Frachon, qui n'avait que 29 ans à  l'époque, était délégué au Congrès par le syndicat des Métaux du Chambon-Feugerolles, sa ville natale.

Benoît Frachon

3.- Durant toute cette semaine de juin 1922, près de 650 délégués, représentant plus de 1000 syndicats, vont débattre passionnément. Ils viennent de toute la France et de toutes les corporations. Comment pourrait-on escamoter une confrontation d'une telle ampleur ?

Les discussions dépasseront vite le cadre national avec la présence de Lozowsky, secrétaire de L'Internationale syndicale rouge (appelée parfois Profintern) venu de Moscou dans les conditions périlleuses de la clandestinité, mais aussi des représentants de confédérations italiennes ou espagnoles.   Lozowsky, c'est à  dire Salomon Dridzo (son vrai nom), était né en 1878. Militant socialiste dès 1901, exilé en Suisse puis en France, ami de Pierre Monatte, il devint le secrétaire du syndicat français des chapeliers. De retour en Russie en 1917, il fut l'un des fondateurs de L'Internationale syndicale rouge. Il resta son dirigeant principal jusqu'à  la dissolution, fin 1937. Ce militant très expérimenté fut exécuté lors des purges staliniennes de 1952.

En cette année 2002, on peut regretter que le Congrès de Saint-Etienne n'ai fait l'objet d'aucune chronique, y compris dans la presse C.G.T. 

Antoine Croizat

Pourquoi une nouvelle Confédération ?

Chacun comprend qu'une Confédération syndicale rassemblant plusieurs centaines de milliers d'adhérents ne surgit pas dans la rue sociale comme les champignons après la rosée. C'est pourquoi un court rappel historique est nécessaire.

Lignes extraites de l'ouvrage de Georges Séguy Premier mai - les cent printemps (Ed. Sociales, Messidor 1969) :  " La guerre a laissé des plaies; le sentiment d'avoir été trompé et entraîné dans cette sanglante épreuve pour des intérêts étrangers à  ceux du peuple se manifeste notamment parmi les mobilisés. Bon nombre ne parviennent pas à  trouver d'emploi et passent sans transition des tranchées au chômage. L'oeuvre célèbre d'Henri Barbusse, "Le Feu", traduit éloquemment l'amertume profonde des anciens combattants... La situation économique s'est dégradée, le coût de la vie augmente, la colère gronde et l'exemple de la Révolution Soviétique n'incite pas à  la résignation."

Dès 1919, le nombre de syndiqués à  la C.G.T. s'est accru sensiblement. Les grèves se succèdent pour l'augmentation des salaires, mais surtout pour l'instauration de la journée des huit heures. Gouvernement et patronat vont choisir la manière forte. Faut-il rappeler que la manifestation parisienne du 1er mai 1919 se termina par la mort de deux syndicalistes, la fusillade provoquant aussi des centaines de blessés parmi les travailleurs ? Le patronat proclamait urbi et orbi que la réforme des huit heures serait pour la Nation une "irréparable catastrophe". Il osait même ajouter: "Si quelques modifications doivent être apportées à  l'heure actuelle, à  la durée du travail en France, ce serait plutôt pour l'augmenter que pour la réduire !!!"

Cette opposition rétrograde du patronat fut balayée puisque la loi instaurant la journée de huit heures fut votée à  l'unanimité le 23 avril 1919 et publiée le surlendemain au Journal Officiel.

Cependant, au sein de la C.G.T., des clivages se creusaient irréductiblement entre les dirigeants réformistes, avec à  leur tête le secrétaire général Léon Jouhaux, et les minorités révolutionnaires actives et déterminées qui renforçaient constamment leur audience et leurs positions. Ainsi, en septembre 1919, au Congrès national de Lyon, on recense déjà  588 syndicats qui blâment la politique de collaboration de classes du Bureau Confédéral et qui proposent de répondre à  un appel du Conseil Général des syndicats russes dans les termes suivants: " C'est dans l'épanouissement de la révolution russe et dans son extension à  tous les pays que résident les espérances de tout le prolétariat martyrisé par cinq années d'une guerre d'extermination sans précédent."

Deux ans plus tard, au Congrès de Lille, la tendance Jouhaux recueille encore 1556 mandats mais 1348 syndicats, soit plus de 46%, soutiennent les thèses minoritaires. Dans l'intervalle s'est déroulée une "période douloureuse du mouvement syndical" avec l'échec des puissantes grèves de février-mai 1920. Les cheminots furent durement frappés par une répression impitoyable puisque 18000 d'entre eux furent révoqués. En écrivant ces lignes, je pense forcément à  l'un d'entre eux, mon père, mobilisé de 1912 à  1919, élève-mécanicien à  la Compagnie PLM, révoqué en 1920.

Non seulement Jouhaux et les siens avaient délibérément morcelé et affaibli le mouvement en le lançant en "vagues d'assaut" successives, mais encore, lorsque le 3e Congrès des Cheminots adoptait une motion d'orientation révolutionnaire et portait à  la direction fédérale des militants combatifs, comme Gaston Monmousseau, Pierre sémard et Lucien Midol, le secrétaire général de la C.G.T. s'empressait de soutenir une fédération dissidente, de mettre sous séquestre la Maison des Cheminots en emportant la trésorerie et les archives.

Bientôt, dans toutes les corporations, les syndicats qui contestaient la ligne opportuniste du Beau Confédéral furent mis à  l'index et pratiquement exclus de la vie syndicale. Près de 1500 syndicats furent ainsi frappés pour "indiscipline".

Léon Jouhaux expliquait gravement qu'un bon divorce valait mieux, après tout, qu'un mauvais mariage, sans s'émouvoir de l'hémorragie, de "l'état d'affaiblissement" qui se traduisaient par la perte de dizaines de milliers d'adhérents.

" Il y avait à  la base du différend une incompatibilité profonde entre les programmes et les méthodes, ainsi qu'entre les hommes, leurs interprètes... La scission préméditée était devenue un fait accompli. Placés dans cette situation, les syndicats, à  moins de proclamer leur dissolution ou leur autonomie, n'avaient pas d'autre ressource que celle de s'organiser entre eux." (Extrait du Bulletin CGTU, La vie syndicale, n°1, octobre 1922)

C'est dans conditions mal connues qu'ils se regroupèrent d'abord en Confédération provisoire, avant de se retrouver en Congrès constitutif à  Saint-Etienne en juin 1922.

Au fond, et contrairement aux apparences immédiates, les responsables de la scission n'étaient pas ceux qui quittaient "la vieille C.G.T." (dans les publications de la C.G.T.U. Jouhaux et Dumoulin sont souvent qualifiés de "vieille C.G.T. ou de "C.G.T. de la rue Lafayette", la C.G.T.U. ayant quant à  elle son siège rue de la Grange dans le 10e arrondissement) mais les pontes syndicaux accrochés à  leurs prérogatives et à  leur syndicalisme d'"accompagnement" ministériel !



Quelques réflexions sur la composition du Congrès

Une étude attentive des documents publiés à  l'issue du Congrès nous permet d'imaginer les caractéristiques essentielles de la classe ouvrière française au lendemain de la guerre et en même temps de dresser un tableau des forces productives. Ainsi, avec 87 délégués, c'est la fédération du Bâtiment qui est la plus représentée. La reconstruction des dommages de guerre a certainement stimulé cette industrie qui rassemble encore de nombreuses activités manuelles; ce qui explique la présence de syndicats de tailleurs de pierre, de cimentiers, de zingueurs.

Trois fédérations seulement vont déléguer plus du tiers des congressistes. Il s'agit du Bâtiment, des Métaux (71 délégués) et des Cheminots (62).

Cependant, certaines corporations conservent en 1922 un niveau d'activités non négligeable et emploient encore de nombreux salariés. Et c'est pourquoi nous repérons à  la Bourse du Travail, des syndicalistes du Bijou, de la Blanchisserie, de la Céramique, de la Chapellerie, de la Coiffure, de la Scierie-Tabletterie, des Tabacs et des Allumettes, de la Teinture et même du Tonneau.

Au niveau des syndicats, on observe dans chacune de ces fédérations des métiers très particuliers. Dans l'Ameublement par exemple, existent des syndicats d'ébénistes, de menuisiers et fabricants de sièges, des tapissiers, des spécialistes de pianos et orgues. La cité d'Oyonnax est représentée par des syndicats d'entrecoupeurs, de rencarisseurs, d'ouvriers en peigne !

De Lyon sont venus des syndicalistes biscuitiers, de confiseurs. Les cuisiniers n'appartiennent pas au même syndicat que les limonadiers. Et que dire de la présence du syndicat des couronnes mortuaires (alors en perles) ou des dames du textile fabriquant des guimpes. A l'évidence, ces militants ne formaient pas un bloc homogène. En schématisant, on pouvait observer deux courants principaux:

Le premier, constitué de communistes, comme le cheminot Pierre Sémard, et de syndicalistes révolutionnaires (souvent venus de l'anarcho-syndicalisme) comme Gaston Monmousseau.

Le deuxième courant était donné par des militants anarchistes ou anarchisants.


Ce qui avait rapproché ces deux courants, c'était la conviction que l'action syndicale ne leur était plus possible à  l'intérieur de la "vieille C.G.T.". C'était aussi la référence fréquente à  la célèbre charte d'Amiens (1906) sur l'indépendance du syndicalisme, chacun des deux courants donnant souvent une interprétation différente de ce texte.

Par contre, ce qui les opposait, c'était leurs conceptions de la démocratie syndicale, mais surtout la Révolution d'Octobre 1917 et ses développements. Communistes et syndicalistes révolutionnaires se déclaraient solidaires du jeune pouvoir des Soviets, soutenant par exemple les marins français de l'escadre de la Mer Noire qui s'étaient opposés à  l'intervention militaire. Les anarchistes, au contraire, reprochaient à  Lénine et à  ses compagnons d'avoir reconstruit un Etat sur les ruines de l'ancien pouvoir tsariste et même d'avoir fondé l'Armée Rouge. Le Congrès de Saint-Etienne mettra rapidement en relief l'opposition de ces deux courants. Ainsi, le jeudi 28 juin 1922, lorsque Lozowsky, secrétaire de l'Internationale Syndicale Rouge, apparaît à  la tribune, communistes et syndicalistes-révolutionnaires se lèvent pour chanter "l'Internationale". Aussitôt après les Anarchistes entonnent "Révolution", hymne qui symbolise leur idéal libertaire. Avec intelligence, Lozowsky saluera les deux chants qui reflètent la combativité du syndicalisme français.

Des votes importants auront lieu durant le Congrès. Sur l'orientation internationale (adhésion avec réserve à  l'Internationale Syndicale Rouge), le partage des votes sera de 741 contre 406. L'adoption des nouveaux statuts confédéraux sera ratifiée par 743 voix contre 336. 

Qu'appelait-on la liaison organique ?

Le vote concernant l'adhésion à  l'I.S.R., revêt une signification particulière. La majorité du Congrès s'y est prononcé favorablement mais en émettant une réserve. Quelle était-elle ? Michel Dreyfus, dans son ouvrage Histoire de la C.G.T. remarque que " le premier Congrès de la C.G.T.U. (...) est très important, tant pour cette organisation que pour l'I.S.R. puisque c'est alors que se règle la question de l'affiliation internationale".  

L'I.S.R. ou Profintern existait en fait depuis 1921. Son Congrès constitutif s'était déroulé à  Moscou du 3 au 19 juillet, précédé d'ailleurs par le IIIe Congrès de l'Internationale Communiste qui "s'était penché sur la question syndicale"...  

"[Elle] répudie de la façon la plus catégorique l'idée selon laquelle le prolétariat peut accomplir sa révolution sans avoir un parti politique... Il doit être l'âme des syndicats et des Soviets ainsi que toutes les autres formes d'organisation prolétarienne."

Lozowsky lui-même allait ridiculiser les syndicalistes qui contestaient le rôle dirigeant du Parti. Il déclarait en juillet 1921: " La particularité des organisations syndicales consiste à  la cuisine parlementaire et aux bavardages inutiles du Parlement... D'une façon générale, toute lutte de classe est une lutte politique, mais tous ne s'en rendent pas compte !"

De tels points de vue, considérant en tous lieux le Parti Communiste comme la forme supérieure d'organisation, devaient forcément se traduire par des statuts et des conditions d'adhésions rigoureux et contraignants.

La résolution du Ier Congrès de l'I.S.R. contient en effet les deux paragraphes suivants:

3. - " Des liens aussi étroits que possible doivent être établis avec la IIIe Internationale Communiste, avant-garde du mouvement ouvrier révolutionnaire dans le monde entier, basés sur la représentation réciproque au sein des deux organes exécutifs de libération communistes."

4.- "Cette organisation doit avoir un caractère organique et technique. Elle devrait se manifester dans la préparation conjointe et la réalisation des actes révolutionnaires, sur une échelle nationale aussi bien qu'internationale."

Et c'est ainsi que l'article 11 des statuts de l'I.S.R. (celui qui suscitera le plus de commentaires) sera libellé:

" Pour établir des liens solides entre l'I.S.R. et la IIIe Internationale Communiste, le Conseil central envoie au Comité exécutif de la IIIe Internationale trois représentants avec voie délibérative.

- Organise de séances communes avec le Comité exécutif de la IIIe Internationale  pour la discussion des questions les plus importantes du mouvement ouvrier international et pour l'organisation d'actes communs.

- Quand la situation l'exige, il lance des proclamations d'accord avec l'Internationale Communiste."

Ce sont toutes ces dispositions qui furent qualifiées de "liaison organique" et qui provoquèrent, surtout en France, des discussions passionnées, car immédiatement traduites par la domination du Parti sur le syndicat. Dans tous les pays, le Parti était le cerveau, le moteur du mouvement. Le mouvement syndical lui était subordonné et réduit du même coup au rôle secondaire de "courroie de transmission". Cette dernère formule, plus imagée et donc plus compréhensible que le concept de liaison organique, devait finalement le remplacer dans le langage syndical.

La C.G.T.U. se cramponne à  sa réserve

Dès que fut élaborée et propagée cette fameuse Liaison organique, nombreux furent les syndicalistes français (y compris ceux qui s'affirment pleinement solidaires de la Révolution d'Octobre) qui exprimèrent leurs désaccords. Nous nous contenterons dans cette chronique de citer ceux qui nous apparaissent les plus caractéristiques. Dès juillet 1921, plusieurs militants français assistent, comme observateurs, au Congrès de l'I.S.R. à  Moscou. Citons les plus connus: Pierre Monatte, Gaston Monmousseau, Julien Racamond, Pierre Sémard, etc. Sur le champs, ils vont prendre la plume pour rédiger la protestation suivante:

" ... Ils estiment que le syndicalisme révolutionnaire faillirait à  ses traditions d'autonomie syndicale s'il acceptait la conception qui s'exprime dans cette résolution...

Il nous apparaît impossible d'admettre pour le mouvement syndicaliste français la nécessité d'une liaison entre les syndicats et les partis communistes sur le terrain national et entre l'I.S.R. et l'Internationale Communiste sur le terrain international. Cette liaison organique, en bas comme en haut, aboutirait mécaniquement à  fausser le caractère du syndicat, à  l'empêcher d'être le groupement de classe ouvert à  tous les travailleurs." 

Le 21 décembre 1921, abordant le problème sous un autre angle, Gaston Monmousseau écrit dans L'Humanité: " Nous ne permettrons pas, à  quelque parti que ce soit, d'affirmer sans qu'il trouve devant lui notre opposition formelle, que le syndicalisme doit trouver en dehors de lui ses agents d'animation et son avant-garde".

La résolution majoritaire, au Congrès de Saint-Etienne, ne pouvait manquer de reprendre fortement les idées précédentes:

" Le Congrès condamne toute idée de création d'une autre Internationale Syndicale que celle de Moscou, à  la condition expresse que les statuts et les résolutions de cette Internationale respecte nationalement l'autonomie du syndicalisme français. Il demande à  l'Internationale syndicale de Moscou de bien vouloir les modifier en ce sens dans le plus bref délais... 

Photo: Pierre Monatte (vers 1920)

Le Congrès décide... au cas où satisfaction ne lui serait pas donnée, de consulter à  nouveau les syndicats avant de prendre toute décision".

Le premier bulletin mensuel de la C.G.T.U., La Vie syndicale, d'octobre 1922, publie même un rapport de la Commission Exécutive qui propose carrément des modifications nombreuses et précises aux statuts de l'I.S.R., à  notamment à  cet article 11 considéré comme inacceptable. La place nous manque pour reproduire tous ces changements qui ne sont pas de pure forme. Pour résumer, disons que tout ce qui était obligatoire dans les statuts de l'I.S.R. devient facultatif et conditionnel.

Le cahier trimestriel de mai 2002 de l'Institut Régional C.G.T. d'Histoire Sociale a publié intégralement l'important discours que Gaston Monmousseau prononça devant le Congrès, le 29 novembre 1922.  En janvier de l'année suivante, Lénine, qui connaissait bien les spécificités du mouvement ouvrier français, invita Monmousseau et Sémard à  discuter sur le fond le problème épineux de la liaison organique.

Le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, le célèbre Maitron, écrit à  ce sujet (tome 37, page 11): " Selon les souvenirs de Montmousseau, très marqué par cette rencontre, Lénine concéda au secrétaire de la C.G.T.U. qu'il fallait abroger l'article statutaire de l'I.S.R., impliquant sa subordination au parti..."

Cette rencontre s'avéra décisive, puisque durant le Congrès de l'I.S.R., à  l'initiative des délégations russe, allemande, espagnole, bulgare et polonaise, une résolution fut votée unanimement.   Tenant compte de la réserve rappelée avec conviction par Montmousseau, le 2e Congrès de l'I.S.R. décidait " de tendre la main aux ouvriers révolutionnaires français et d'adopter la proposition de la C.G.TU".

Des délégués posent place des Ursules. Cliché reproduit dans l'ouvrage May la réfactaire, pour mes 81 ans d'anarchie (1979)