Friday, October 20, 2017
Alors qu'un square, place des Pères, porte désormais le nom de l'Abbé Pierre, retour sur  l'histoire du Fourvière stéphanois.  Le titre que nous donnons à  notre article fut choisi dans 2000 ans en Forez, ombres et Lumières, un bel ouvrage qui relate quinze siècles de présence chrétienne en Forez, édité à  l'occasion du Grand Jubilé de l'an 2000. En janvier 2002, il fut repris dans le n° 180 de « Saint-Etienne aujourd'hui ». En 1938, un petit livret consacré à  Notre-Dame du Bon Secours le portait déjà .
 
Et pour cause ! Dominant la ville, la chapelle dite « des Capucins », de son vrai nom Notre-Dame du Bon-Secours, surmontée d'une Vierge à  l'Enfant, fut bénite par le cardinal-archevêque de Lyon en 1852. Cette même année justement, l'ancienne chapelle de Fourvière, rénovée par Duboys, et nouvellement coiffée d'une statue dorée de la Vierge (de Fabisch), était inaugurée, avec les péripéties que l'on sait et qui furent à  l'origine des illuminations du 8 décembre. En 1896, la basilique blanche de la capitale des Gaules remplaça la chapelle, marquant dans la pierre la réalisation du voeu qu'avait fait Mgr Ginoulhiac : " une Basilique sera édifiée si Lyon échappe à  l'occupation des Prussiens. " (1870) Sauf que, sur la colline lyonnaise, la dévotion à  Marie ne datait pas d'hier et ce second voeu à  Marie faisait écho à  celui de 1641, toujours à  Fourvière, toujours à  Notre-Dame. Alors que le culte marial sur la colline stéphanoise était tout jeune et que le voeu de 1870 à  Saint-Etienne (pour les mêmes raisons, le danger de l'invasion) recourut à  un autre culte, celui de l'Adoration. Ce qui fait écrire à  Serge Granjon, dans son ouvrage Saint-Etienne sous la IIIème République, que jamais la colline stéphanoise ne serait un nouveau Fourvière. En ce sens, il a raison si on s'attache à  lier très précisément la dévotion au lieu et si on lie exclusivement Fourvière aux voeux.
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Vue sur la colline depuis l'ancienne place des Ursules
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Vue sur la ville depuis la colline
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Quoi qu'il en soit, l'histoire religieuse de la colline stéphanoise ne débuta pas au grand siècle industriel. Elle est nommée d'ailleurs, par les bouches locales qui aiment bien les appellations multiples, tantôt « colline des Pères » tantôt « colline Saint-Barbe ». En des temps reculés, elle était même nommée « Mont d'Or » et c'est sur ses flancs que se développa ce qui n'était alors qu'un village. En 1587, sous le ministère du curé Pierre Hareng de la Condamine, une chapelle en l'honneur de la Sainte jeune femme de Nicomédie fut érigée dans ce vieux quartier du Panassa chanté bien plus tard par Johannès Merlat. Elle fut construite, dit-on aussi, pour protéger la cité du fléau de la peste qui avait frappé la ville l'année précédente, causant plusieurs milliers de morts. Le livret de 1938, anonyme, ne dit mot à  ce sujet mais nous en apprend plus sur sa fondation. Ce sont plusieurs filles pieuses des quartiers de Roannel et de Polignais qui prirent un jour la résolution de se cotiser et de faire élever une chapelle en l'honneur de Barbe (ou Barbara). Sur la collecte, on trouva même de quoi fonder une procession annuelle qui se faisait le 2 juillet, en l'honneur de la Visitation, avec une grand messe à  la chapelle. Le pèlerinage perdura jusqu'à  la Révolution.
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La chapelle des Pères

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Les pères capucins, d'accord avec le curé de Saint-Etienne, M. Miranvillier, vinrent s'établir dans cette ville en 1619, au clos Thibaud, l'actuelle rue Tarentaize, sur une parcelle que leur offrit un certain Léonard de Besset, seigneur de La Valette. Le 2 février 1619, une procession générale en présence du marquis de Saint-Priest et du comte d'Ambert s'acheva avec l'élévation d'une croix au milieu du champ et débutèrent les travaux du monastère qui furent terminés en 1622. Le fléau de la peste frappa à  nouveau en 1629, et plusieurs Capucins s'offrirent pour servir les pestiférés, en acceptant la dangereuse mission d'administrer les Sacrements aux malades. Ils y laissèrent la vie. Deux noms en particulier ont traversé les siècles : le père Cyrille, originaire de l'Ain, et le père Epiphane, né à  Lyon. Ils furent ensevelis ensemble dans la chapelle de la Montat, qui n'existe plus de nos jours. C'est durant cette tragique épidémie que les principaux bourgeois de la ville firent le voeu de faire chaque année, le 21 novembre, une procession en l'honneur de la Vierge et de « faire leurs dévotions dans l'église des RR. PP. Capucins » à  Roannelle. Ce voeu, fait par les Stéphanois quatorze années avant celui des Lyonnais à  ND de Fourvière, est représenté sur le célèbre tableau qui se trouve dans la Grand'église. Cette toile fut gardée longtemps dans l'ancienne église des capucins et protégée pendant la Terreur.
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Le dessin à  gauche, d'après une ancienne estampe nous montre la chapelle Sainte-Barbe. A droite, la statue de Notre-Dame de Bon-Secours, transfuge de la chapelle Sainte Barbe vers la chapelle qui porte son nom ("chapelle des capucins").
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Le couvent des moines fut vendu comme bien national à  la Révolution et transformé en un foyer pour orphelines. Quant à  la chapelle Sainte Barbe, elle fut éventrée par un boulet de canon en 1793, tiré depuis la place du Peuple pour disperser un attroupement. En 1843, l'abbé Froget, curé de la Grand'Eglise, plaça dans le lieu, en partie en ruine, une statue de la Vierge sous le vocable de Notre-Dame du Bon-Secours. Les capucins, chassés à  la Révolution, revinrent en 1846 et desservirent la chapelle, attirant de nombreux pèlerins. C'est alors que naquit le projet d'une nouvelle église, l'église actuelle, dont la première pierre fut posée le 1er juin 1847. Elevée avec des dons particuliers sur un terrain acheté 10 000 francs, elle fut consacrée le 20 mai 1852 par le cardinal de Bonald. Etait fondé également à  ses côtés un noviciat pour la formation des moines. En 1859, la vieille chapelle Sainte Barbe fut détruite. Entre-temps, sa statue avait été transférée dans le nouveau sanctuaire, auréolée déjà  d'une réputation de « statue miraculeuse » ainsi qu'en témoignaient de nombreux ex-voto dans la chapelle Sainte Barbe.
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L'église des Capucins, construite par l'architecte Mazerat, emprunte à  l'architecture du XIIIème siècle. En grès local, ses parties à  moulure sont en revanche en pierre de Tournus. Le porche, simple et majestueux, est surmonté d'un tympan à  jour et d'un fronton orné de crochets et de feuillages. Il est dominé au sommet par un fleuron largement découpé. Le second étage est éclairé par une haute fenêtre, et l'étage supérieur, riche en ornementation, repose sur une arcature aveugle. Il est percé de deux ouvertures géminées. Sur son trumeau central, entre les deux fenêtres, se dresse un faisceau de colonnettes, reposant sur un culot décoré de feuillages et de têtes d'anges. Il supporte le piédestal de la statue. Quatre anges sculptés par Anselme Decarli, portant fleurs de lys et sceptres, sont reposés sur de petites colonnettes. A l'intérieur, la nef et le choeur se distinguent par leur sobriété.
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A gauche, Sainte Barbe reconnaissable à  sa tour marquée de trois fenêtres; à  droite Saint Félix de Cantalice, capucin du XVIème siècle.
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La statue blanche qui surmonte l'édifice fut sculptée par Montagny. Fabisch, qui a réalisé la statue dorée qui domine la basilique de Fourvière, fut pour sa part professeur à  l'école des Beaux-Arts de Saint-Etienne. Notre ville, de même que la grotte de Massabielle dans les Pyrénées, lui doit des statues de la Vierge. La statue de Montagny, 3 600 kilos et 3 mètres 75, en fonte dans un seul bloc, fut inaugurée le 29 septembre 1867, ainsi que l'indique une plaque de marbre dans la chapelle. La statue de la Sainte Vierge placée sur le monument, que la piété des fidèles a érigé en l'honneur de Notre-Dame de Bon-Secours, a été solennellement inaugurée le 29 septembre 1867, au milieu d'un concours immense du clergé et du peuple. L'Echo de Fourvière du 5 octobre 1867 rend compte de la liesse qui entoura l'événement. Etaient présents l'archevêque d'Albi, l'ancien évêque de Toronto (Canada), le vicaire apostolique de Bosnie, Mgr Taché, évêque de Saint Boniface, « en résidence chez les Esquimaux (!), l'évêque de Galvestown, toutes les bonnes soeurs de la ville, les capucins, les jésuites, la fanfare des pompiers, les enfants de la Loire, la musique militaire
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L'érection de la grande croix fut décidée le 8 décembre 1895. Joannès Chaumarat fut l'architecte de ce monument dont on dit qu'il est, dans son genre, le plus grand de France. Elle fut financée par une souscription publique et fondue dans les ateliers stéphanois Michalon et Pailleret. Elle mesure 25 mètres (9 mètres pour le piédestal) pour 15 tonnes dont 2 350 kilos pour le seul crucifix en fonte dorée. Un escalier intérieur de 52 marches, interdit au public, mène à  son sommet. Cette croix rappelle la mission paroissiale prêchée en 1895 par les quarante-deux pères rédemptoristes dans les quatorze paroisses de la ville.
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Les capucins, à  trois reprises, durent encore partir de leur colline, en 1870, en 1880 et en 1903. Sous la République de 1870, la chapelle fut fermée deux mois environ. En 1880, un décret du 7 mars fit expulser en France environ 150 couvents. L'expulsion des Capucins stéphanois se fit le 4 novembre. Jouissant d'une immense popularité ( l'ordre se distinguant par la dureté de la règle qui régit ses membres) ; en raison aussi de leur grande action en matière de charité (soupes populaires, accompagnements spirituels...), les moines bénéficièrent malgré tout d'une bonne implantation dans Saint-Etienne. Le second couvent, construit ainsi que nous l'avons vu, en même temps que la chapelle, et qui vit passer un certain Abbé Pierre, fut détruit dans les années 1970. Les « fils de Saint François » partirent définitivement cette même année. Et c'est une résidence construite à  sa place dont le nom perpétue son souvenir : « Les Pères ».
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Frère Philippe, Henri Grouès de son vrai nom, plus connu sous le nom d' Abbé Pierre. En novembre 1931, à  19 ans, il entra au couvent capucin de Notre-Dame de Bon Secours à  Saint-Etienne dont la règle était très stricte. Il y resta jusqu'en décembre 1932, date à  laquelle il partit au couvent de Crest dans la Drôme (/non renseignée).
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A Notre-Dame de Bon Secours, gardienne de la cité :
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" Saint-Etienne
Avec fierté
Te fait gardienne
De la cité,

De ce Fourvière
Des Stéphanois,
Notre prière
Monte vers toi

La Croix domine
Notre cité
Et l'illumine
De sa clarté.

Bénis l'Usine
Et l'atelier,
Bénis la Mine
Et le chantier"