Friday, June 05, 2020

Jérôme Sagnard, historien, auteur de plusieurs ouvrages d'histoire locale nous invite à  découvrir l'histoire de ce château de Saint-Genest-Lerpt qui abrite aujourd'hui le lycée hôtelier "Le Renouveau" (ndFI).

 Un domaine en devenir avec Antoine Neyron

Antoine Neyron, négociant en soierie à  Saint-Etienne, achète ce grand domaine au milieu du XVIIIe siècle pour se rapprocher de ses cousins Neyron, de la Roche-la-Molière. En effet, à  proximité du château, se trouve une pierre qui forme la clef de voûte d'une grange portant le chiffre de l'année 1773 mais aussi les initiales A.N. et les armes des Neyron.

Quelques années après, en 1804, il termine la construction du château du Minois comme le précise le chiffre sur la rampe de l'escalier menant au premier étage. Cette noble demeure est bâtie dans le style « Directoire » avec fonction classique et grandes salles de réception en enfilade. De nombreuses dépendances d'agrément sont également bâties comme la tour, la serre sans oublier des équipements indispensables comme un lavoir, une maison de jardinier (maison du concierge actuel), l'écurie des vaches (salle des professeurs), une écurie des chevaux (une cuisine pédagogique), une menuiserie etc. En parallèle de cette construction, il fait aussi construire une maison de ville dans la rue Neuve à  Saint-Etienne.

Quelques années après, en 1827, son fils André-Antoine Neyron, marie sa fille unique, Aglaé à  André-Thomas Colcombet. En dot, il lui donne le domaine de Saint-Genest-Lerpt et le château du Minois. Par la suite, ses nouveaux propriétaires entretiennent le château mais aussi tous ses bâtiments annexes. Ils font également planter de nombreux arbres dans le parc soit plus de 500 arbres de 130 espèces différentes tout en construisant une partie des murs de clôture.

La période des grands travaux avec Adrien Colcombet

En 1864, André Thomas meurt et son fils Adrien hérite du domaine du Minois à  33 ans. Cependant pendant près de 20 ans, il travaille à  Lyon et Saint-Genest reste seulement une résidence d'été où la famille y séjourne en juillet et en août. Entre 1884 et 1900, Adrien modifie l'extérieur du Minois en embellissant le ces façades. Sur la façade sud dominant le village, il cherche notamment à  donner une allure plus solennelle voire « plus seigneuriale ». Ainsi, le perron est élargi à  toute la façade avec la création d'une double volée d'escaliers descendant en pente douce jusqu'à  des paliers intermédiaires avant d'arriver au milieu de la terrasse et non plus à  ses deux extrémités.

En 1884, le fronton est aussi radicalement transformé. D'abord, un simple triangle avec écusson en son centre, Adrien conserve cet écusson mais il le fait inclure dans une construction beaucoup plus importante comprenant des volutes, une balustrade à  la base et le triangle d'ogive au sommet. Toujours en 1884, il fait refaire le grand salon d'angle. En 1888, il fait construire une grande salle de bain extérieure avec une pièce réservée au chauffage de l'eau et l'autre pièce à  la baignade. En 1889, il entreprend la réfection de la chambre du rez-de-chaussée qui était constituée auparavant de deux petites pièces dont l'une servait de cabinet et l'autre de débarras pour la cuisine depuis « qu'on avait sorti la baignoire car c'était un cabinet de bains ». En 1891, la toiture est couverte de zinc car son propriétaire craint les infiltrations et le gel. En 1894, il fait la dépose et la réfection du toit en entier ainsi que le suivi des cheminées. En 1896, Adrien Colcombet fait réaliser une cheminée de bois sculptée pour la salle à  manger avec blason et armes parlantes pour 1500 francs. Sous la cheminée, lors de la restauration des papiers peints, les ouvriers ont retrouvé une fresque de portraits familiaux peints sans doute par Marguerite ou Régis enfants d'Adrien Colcombet. Une subtile ouverture est aménagée pour les découvrir. En 1900, il fait construire une pièce supplémentaire en rez-de-chaussée accolée à  la cuisine pour servir de salle à  manger pour le personnel avec un étage supplémentaire pour abriter une chambre pour un devis de 6 000 francs. En 1904, une grande fête familiale rassemble la famille Colcombet pour les 100 ans du Minois.

Un changement de vocation

L'histoire familiale prend fin en 1984 avec la donation au profit de la commune de Saint-Genest-Lerpt. Après de nombreuses réflexions dans l'équipe municipale, le château du Minois change de vocation pour abriter le lycée privé hôtelier « Le Renouveau » en 1995 par bail emphytéotique. En 2012, le lycée compte désormais 250 élèves pour une équipe de 40 professeurs et une dizaine d'administratifs regroupés au sein de ce lycée des métiers.

La chasse de Compiègne

Le salon du château du Minois présente une particularité patrimoniale exceptionnelle. Il possède un papier peint panoramique de 25 lés de la Manufacture Jacquemart et Bénard, sur un carton de Carle Vernet représentant une chasse à  Compiègne. Seuls trois exemplaires de ce papier peint panoramique sont encore conservés en France aujourd'hui, et encore sans comprendre toujours la totalité des lés.

La chance du château du Minois est de détenir un exemplaire complet quasiment unique, et suffisamment préservé qui a pu supporter une restauration de qualité.

Le sujet autour de la vie aristocratique se déroule en plusieurs scènes qui évoquent différents aspects de la vie de cour et de la chasse organisée autour de la commune de Compiègne en 1810. Ce papier peint a été restauré dans les ateliers d'Isabelle Lambert, spécialiste des oeuvres sur papier en 2011.

Bibliographie :

Colcombet-Allimant (Françoise) Adrien Colcombet, Chez l'auteur, juin 2010, 252 p.

Sagnard (Jérôme) Loire, terre de châteaux entre Forez et Roannais, Editions Alan Sutton, 2008, 192 p.

Thermeau (Gérard-Michel) André-Antoine Neyron, Publications de l'Université Saint-Etienne, 2003