Saturday, January 20, 2018

champcouv.jpgLe 18 avril 1999, sur la place Saint-Pierre de Rome, le pape Jean-Paul II a canonisé trois bienheureux dont Marcellin Champagnat, le fondateur des Frères maristes. De la sorte, Champagnat devint saint de l'Eglise universelle.

Le pape de Pologne  a été très généreux en procès en canonisation. Sous son pontificat, pas moins de 482 Bienheureux ont accédé à l'honneur des autels. Si Saint Antoine de Padoue est le « saint le plus rapide de l'histoire » (un an après sa mort), le plus souvent les procès en canonisation sont fort longs. Le cas de Jeanne d'Arc est célèbre. Son procès (et ce n'était pas son premier) s'ouvrit en 1897, soit plus de quatre siècles après sa condamnation aux flammes, par cette même Eglise (sans entrer trop dans les détails), cas unique, qui devait la ceindre de l'auréole en 1920 !

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Le procès en canonisation de Champagnat débuta en 1888, soit 48 ans après sa mort, pour s'achever près d'un siècle plus tard. Né à  Marlhes, sa dépouille terrestre repose dans le cimetière de Notre-Dame de l'Hermitage, sur les bords du Gier près de Saint-Chamond. Construite en 1839 pour former les frères, Notre-Dame a d'ailleurs accueilli il y a peu (début janvier 2007) l'Assemblée Provinciale de la Mission Mariste. Les participants étaient venus d'Algérie, de Catalogne, de Hongrie, de Suisse... pour retrouver ensuite, le temps d'une messe célébrée par l'évêque de Saint-Etienne, les habitants du village de La Valla où débuta l'aventure.
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Vue sur Marlhes (carte postale)
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Pour retracer la vie et l'oeuvre de Marcellin Champagnat, nous avons choisi de mettre en ligne les dessins de Mr Robert Rigot. Né en 1908, Robert Rigot se découvrit très tôt une passion pour le dessin. Elève des Arts appliqués de Paris, il excellait dans le dessin rapide et le croquis pris sur le vif. Après avoir travaillé dans le domaine publicitaire, c'est au sein de la célèbre maison Dargaud qu'il fit ses premières armes dans le domaine du « 8ème Art ». Il travailla aussi pour les fameux magazines L'Epatant, Bibi Fricotin ou encore le Journal de Mickey. Mais c'est chez Fleurus que son oeuvre fut la plus conséquente. Il y créa à  partir de 1950 deux grandes séries : Chantal dans la collection « Ames vaillantes » et Frédéri dans « Coeurs vaillants ». Pendant 25 ans, il illustra pas moins de 45 albums de la collection « Belles Histoires Belles vies » C'est dans celle-ci, qu'en 1952 fut publié le n° 13 auquel nous empruntons : Le père Champagnat, 1789 ' 1840.
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Rosey, la ferme des Champagnat
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La collection « Belles Histoires Belles vies » est une collection de référence à  destination des enfants. Mais la précision et le réalisme de ses illustrations, de même que le texte, sans aucun infantilisme, peuvent combler aussi tout adulte désireux de se documenter sérieusement. Par ailleurs, il ne s'agit pas d'une BD mais d'une littérature dessinée. Il n'y a pas de « bulles ». Chaque illustration est accompagnée d'un texte infra-iconique, lequel, au demeurant, ne fait pas systématiquement référence à  l'image. Enfin, cela reste bien sûr une oeuvre catholique, où les auteurs tentent de mettre en image le mystère de la sainteté. Elle est censée proposer aux jeunes lecteurs un modèle de conduite à  partir d'une vie particulière et oeuvrer à  leur édification morale et religieuse. En introduction de l'ouvrage qui nous intéresse, Gaston Courtois écrit : « Lis cette belle histoire ; elle t'aidera à  devenir, toi aussi, un « arbre bon », c'est à  dire à  faire de ta vie, pour le Seigneur et pour tes frères les hommes, quelque chose de beau. »
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Statue de Marcellin Champagnat, La Valla en Gier, par André Longeon
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Nous remercions très chaleureusement Mme Roselyne Murat, la fille de Mr Rigot, aujourd'hui décédé, d'avoir répondu favorablement à  notre demande. 164 images composent le livre. Il nous était impossible de toutes les mettre en ligne, aussi nous avons dû faire une sélection. Pour des raisons de mise en page, nous ne pouvons respecter l'agencement des images dans l'album, deux par deux par page. Des concessions obligées qui amènent inévitablement à  amenuiser l'intégrité de l'oeuvre initiale. Nous utilisons en partie le texte de l'abbé Jean Vignon, en essayant de garder au mieux l'esprit qui l'habite mais aussi en l'augmentant de photos actuelles.
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Notre-Dame de l'Hermitage

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Lorsque la grâce divine fait son oeuvre, la petite graine jetée en terre par un humble fondateur peut connaître une croissance extraordinaire. Parti de rien, l'Institut des Petits Frères de Marie, plus communément appelés « Frères Maristes », compte aujourd'hui 4 300 frères, dispersés dans 76 pays sur cinq continents. Ils partagent leur tâche de manière directe avec plus de 40 000 laà¯cs et s'occupent d'environ 500 000 enfants et jeunes. A l'origine de cette moisson abondante, il y eut le Père Champagnat. Toute simple qu'elle soit, son histoire vaut la peine d'être racontée.
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Né le 20 mai 1789, aux prémices de la Révolution Française, il était l'avant-dernier d'une famille campagnarde qui comptait cinq garçons et cinq filles. La famille habitait une ferme dans le rude Pilat, dans le hameau du Rosey, paroisse de Marlhes, diocèse de Lyon. Les Champagnat étaient des chrétiens à  la foi solide et le petit Marcellin Joseph Benoît fut baptisé dès le lendemain de sa naissance, jour de l'Ascension. Enfant timide et sensible, Marcellin reçut de son père une initiation à  toutes sortes de travaux manuels : maçonnerie, menuiserie... N'ayant encore aucune idée de la vocation à  laquelle Dieu devait l'appeler, c'est tout naturellement qu'il songeait à  devenir cultivateur. Il fut surtout très inspiré par deux femmes. En premier lieu, sa mère Marie Chirat, femme d'une grande intégrité et animée d'un grand amour du travail. Très pieuse, elle apprit à  son fils à  aimer la Sainte Vierge et à  être aimé d'elle. Louise Champagnat, une religieuse des Soeurs de Saint Joseph, expulsée de son couvent à  la Révolution, lui apprit à  associer vie de prière et service des autres.
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En 1803, le cardinal Joseph Fesch, oncle de Napoléon, fut appelé à  la direction du diocèse de Lyon. Il s'employa énergiquement à  redonner de la force au clergé. Il établit un réseau de petits séminaires et pour trouver des candidats à  la prêtrise, encouragea les professeurs du grand séminaire à  consacrer leurs vacances au recrutement des vocations. C'est ainsi qu'en 1803 un prêtre se présenta à  Marlhes pour y recruter quelques garçons. L'abbé Allirot, curé de la paroisse, lui suggéra d'aller visiter la famille Champagnat. Le prêtre s'entretint avec Marcellin qui lui fit une fort bonne impression. Mais le jeune homme, malgré sa bonne volonté, n'avait guère de disposition pour l'étude du latin. Le scepticisme de Mr Arnaud (son beau-frère instituteur) et de ses proches pouvaient-ils empêcher la réalisation des plans de Dieu ? Un pèlerinage au sanctuaire de Saint Jean-François Régis, à  La Louvesc (Ardèche) emporta la décision. Convaincu de la volonté divine, Marcellin intégra en 1805 le séminaire de Verrières, dans les Monts du Forez. Ses débuts y furent assez pénibles en raison de sa timidité. Surtout, ses camarades, plus jeunes que lui, le voyaient si grand, et si en retard pour les études, qu'ils lui jouaient parfois de vilains tours et se moquaient de lui. Sans jamais céder au découragement, il accentua ses efforts, mettant en péril sa santé.
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Son tempérament sérieux, sa profonde piété et son sens de la justice devaient lui gagner l'estime de tous. C'est de son séminaire que date aussi sa résolution de faire à  la Mère de Dieu une très grande place dans sa vie. Il se découvrit encore une grande vénération pour deux saints : Saint Louis de Gonzague, patron de la jeunesse, et Saint François Régis. En 1813, il entra l'âge de 24 ans au grand séminaire de Lyon. Ayant remarqué que l'orgueil avait parfois tendance à  prendre trop de place dans ses pensées ou ses paroles, il entreprit de s'imposer une pénitence chaque fois qu'il se laisserait aller à  fauter. Dans les conversations, il évitait de parler de lui, s'intéressant plutôt à  tout ce que disaient ou faisaient les autres, sans jamais les mal juger. Il s'ingéniait aussi à  rendre service et s'astreignait aux tâches les plus humbles. Parmi les séminaristes, il se lia avec un groupe qui projeta la création d'une « Société de Marie ». Parmi-eux, Jean-Claude Colin, qui devint plus tard le premier supérieur général de la Société, dont les prêtres sont appelés « Pères Maristes ». Dans l'esprit de Champagnat cependant, dès cette époque, germait l'idée qu'une association semblable ne devait pas être ouverte uniquement aux prêtres. Et surtout, qu'elle devait aller à  destination des jeunes.
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Ses vacances à  Rosey, au sein de sa famille et de sa campagne, soulignent la prière continuelle et la présence de Dieu : prière, jeûne, travaux aux champs, visite des malades et catéchisme aux enfants. Sur ce dernier point, Julienne Epalle, voisine des Champagnat et témoin au procès de béatification, fait le commentaire suivant à  propos des talents de Marcellin : « Il enseignait si bien aux adultes et aux enfants qu'on pouvait demeurer deux heures à  l'écouter, sans en ressentir aucune fatigue ». Un jour, pour donner aux enfants l'idée des missions, il prit une pomme et expliqua : « Supposons que cela représente le globe terrestre. Nous autres, nous sommes ici, à  cet endroit-là  de la pomme. Mais si l'on pouvait percer la terre comme on perce ce fruit pour le traverser, de l'autre côté on trouverait de l'autre côté de pauvres hommes qui ne connaissent pas encore le bon Dieu. » Parmi ces bambins de six ou sept ans, il y avait un futur martyr : Monseigneur Epalle, évêque missionnaire en Océanie, massacré le le 16 décembre 1845 sur l'île Ysabel, archipel des Iles Salomon.
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Le 22 juillet 1816, en compagnie de sept autres camarades, Marcellin Champagnat reçut l'ordination épiscopale des mains de Mgr Dubourg, évêque missionnaire de la Nouvelle-Orléans. Il avait 27 ans. Le lendemain de leur ordination, les huit nouveaux prêtres, accompagnés de quatre séminaristes, se rendirent en pèlerinage à  Fourvière, au sanctuaire de la Vierge noire, une petite chapelle sise à  côté de la basilique actuelle. Jean-Claude Courveille présida l'Eucharistie et à  l'issue de cette messe, les douze renouvelèrent leur promesse de consacrer leur vie à  Notre-Dame.
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Désigné comme vicaire à  la Valla-en-Gier, il fut accueilli par le curé Rebaud qui par la suite devait lui causer quelques ennuis. Très vite, Marcellin s'attela à  la tâche, parcourant monts et vallées par tous les temps, visitant sans cesse les fermes isolées, s'entretenant avec les paysans, gagnant l'estime de tous. Un jour, beaucoup plus tard, il devait dire : « Que de pas j'ai fait dans ces montagnes ! Que de chemises j'ai mouillé dans ces chemins ! Je crois que si toute l'eau que j'ai sué dans mes courses étaient réunies dans ce vallon, il y en aurait assez pour prendre un bain ! » Mais il ajouta aussitôt : « Si j'ai bien sué, j'ai la douce consolation qu'aucun malade, grâce à  Dieu, n'est mort sans que je sois arrivé à  temps. » Mais il sut aussi faire preuve de sévérité avec ceux qui s'adonnaient aux « mauvaises lectures » et à  la boisson, avec les danseurs. Mais la plus sûre façon de détruire ce qui est mauvais, c'est de le remplacer par quelque chose de meilleur. Aussi, il entreprit de constituer une bibliothèque, mise à  la disposition de tous.
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Le vicaire continuait à  porter dans son coeur le projet de fonder une société de Frères destinés à  faire le catéchisme aux enfants et à  tenir les écoles de campagne. Un événement tragique devait l'inciter à  l'entreprendre au plus vite. Appelé auprès d'un enfant mourant, le prêtre réalisa que celui-ci connaissait peu son catéchisme et qu'il ne pouvait comprendre le sacrement qu'il allait lui donner. Il lui révéla durant deux heures les vérités essentielles de la religion. Puis le confessa et le matru, qui se nommait Jean-Baptiste Montagne, rendit l'âme. Champagnat fut très impressionné. Deux jeunes hommes, Jean-Baptiste Audras et Jean-Marie Granjon, furent ses premiers « Frères ». Le premier souhaitait entrer à  la Congrégation des Frères des Ecoles Chrétiennes à  Saint-Chamond mais sa demande avait été refusée en raison de son âge. Déçu, il accepta la proposition de Champagnat. Le second était le protégé de Champagnat, qui lui apprit à  lire et à  écrire.
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Le 2 janvier 1817, la communauté naissante s'installa à  La Valla, dans une modeste maison qu'ils retapèrent. Jean-Baptiste et Jean-Marie y travaillaient de leurs mains, fabriquant des clous et étudiant sous la conduite du prêtre. Frère Jean-Baptiste a évoqué l'objectif de l'Institut :« En fondant son Institut, le Père Champagnat ne pensait pas seulement à  fournir l'instruction primaire aux enfants et à  leur enseigner les vérités de la religion. Il disait : « Nous visons à  quelque chose de meilleur : nous voulons former les enfants, les instruire de leurs devoirs, leur en enseigner la pratique, leur inspirer un esprit et des attitudes chrétiennes, les former aux habitudes et aux valeurs religieuses pour être de vertueux chrétiens et de bons citoyens ».
 
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Un quatrième compagnon arriva l'année suivante, Antoine Couturier, puis le frère de Jean-Baptiste. L'entrée de ce dernier fut rocambolesque. Chargé par ses parents de ramener son frère à  la maison, le jeune homme se rendit à  La Valla et, convaincu par le prêtre, intègra la petite communauté ! Le Père Champagnat en avait un cinquième en vue : Gabriel Rivat, un enfant de dix ans originaire de Tarentaise chez lequel il avait décerné des dispositions peu ordinaires. Il devint plus tard, sous le nom de Frère François, le premier Frère Supérieur général de l'Institut.
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Le règlement imposait le lever à  5 h, suivi de la prière. Chaque frère, à  tour de rôle, faisait la cuisine pour le groupe. Le menu était composé principalement de soupe, de fromage et de légumes. Marcellin engagea ensuite Claude Maisonneuve, un ancien frère de La Salle, pour former ses frères aux méthodes d'enseignement en même temps qu'il faisait la classe aux enfants de La Valla. Un costume spécial pour distinguer les Frères des laïcs fut créé. Simple, il comprenait une lévite bleue qui descendait jusqu'aux genoux et un pantalon noir. La tête était coiffée d'un chapeau rond et un petit manteau complétait l'ensemble. Par la suite, la soutane à  rabat blanc allait remplacer la lévite et le chapeau se fit triangulaire. Mais les gens des campagnes continuèrent longtemps à  les surnommer « les Frères Bleus ». Rapidement aussi, les Frères prirent l'habitude de de faire classe dans les hameaux avoisinants. Au Bessat, c'est Frère Laurent qui se chargea de cette tâche. Il passait la semaine sur place, rassemblant les enfants deux fois par jour et revenant à  La Valla le jeudi. Dans les paroisses d'alentour, l'on commençait à  entendre parler de l'école fondée à  La Valla, et surtout de la Communauté des Frères qui s'y préparaient à  l'enseignement. Plusieurs curés, démunis d'instituteurs, songèrent alors à  y faire appel. L'un des premiers fut celui de Marlhes, celui-là  même qui avait donné le baptème à  Champagnat. Une école fut ouverte à  Marlhes, puis à  Saint-Sauveur-en-Rue, Tarentaise et Bourg-Argental.
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Mais, revers de la médaille, plus il y avait d'écoles et moins il y avait d'instituteurs. Marcellin était inquiet. Les vocations semblaient taries ; son Institut allait-il perdurer ? Comme à  l'habitude, il se tourna vers Marie et lui confia ses problèmes. Le jeune prêtre disait en effet : « C'est votre oeuvre; si vous voulez qu'elle grandisse, vous devez lui fournir les moyens nécessaires ». C'est alors que se présenta un jeune homme qui, en raison d'un caractère difficile, avait été congédié par les Frères de La Salle à  St-Chamond. Marcellin hésitait à  l'admettre dans son Institut. « Allez-vous m'accepter si je vous amène une demi-douzaine de bonnes recrues ? ». C'était la réponse du jeune homme. Persuadé que seul un miracle permettrait d'aboutir à  un tel résultat, le prêtre accepta le pari. Deux semaines plus tard, l'aspirant revint à  La Valla accompagné de huit jeunes gens qui supplièrent le prêtre de les garder. Marcellin rassembla alors les frères les plus anciens de la communauté et demanda leur avis. Estimant que l'arrivée de ce groupe était une réponse de la Providence, les Frères recommandèrent d'admettre ces jeunes, mais de les soumettre auparavant à  l'épreuve. Champagnat les envoya travailler comme bergers dans les fermes avoisinantes. Il semblerait que deux postulants seulement persistèrent dans leur choix et s'éteignirent comme Frères Maristes : Frères Hilarion et Jean-Baptiste. Ce dernier fut le premier biographe de Marcellin Champagnat.
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C'est en février 1823 qu'eut lieu l'épisode connu sous le nom de « Souvenez-vous dans la neige ». Un Frère étant tombé malade à  Bourg-Argental, Marcellin, accompagné de Frère Hippolyte se rendit à  son chevet. Mais au retour, en traversant ce territoire de forêt dense, les deux hommes furent surpris dans une violente tempête de neige. Après quelques heures d'errance dans le Pilat, Stanislas, qui a atteint les limites de la résistance, s'effondre dans la neige. La nuit tombe. Les deux hommes se tournent vers Marie pour obtenir son aide et prient le « Souvenez-vous ». Après un bref instant, la faible lumière d'une lampe perça la bourrasque. C'était celle de M. Donnet, un fermier des environs. Pour le reste de ses jours, Marcellin attribua leur salut à  une intervention de la Providence.
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Ce n'est pas sans soulagement que Marcellin Champagnat apprit la désignation de Mgr De Pins comme administrateur apostolique de l'archidiocèse de Lyon. Le Vicaire général Bochard qui administrait le diocèse de Lyon en l'absence du Cardinal Fesch lui avait en effet causé des problèmes. Il souhaitait en effet intégrer la Communauté de Champagnat à  la Société de la Croix de Jésus. En mars 1824, le Ligérien fit le voyage à  Lyon pour rencontrer le nouvel Archevêque. De Pins accorda au jeune prêtre la faveur du diocèse et l'encouragea à  poursuivre son oeuvre. Il s'agissait maintenant de construire une demeure plus spatieuse pour accueillir les Frères. Ce fut Notre-Dame de l'Hermitage, entre La Valla et Saint-Chamond, un édifice de cinq étages Les Frères se firent de nouveau maçons et travaillèrent durant six mois de l'année 1824. Non sans subir les sarcasmes des uns et des autres. Ils logeaient dans une bicoque d'alentour. Champagnat lui, dormait sur un lit en plein air. Quant à  la messe matinale, elle avait lieu dans un petit abri situé dans un bosquet de chênes. Vers la fin de l'hiver 1825, le bâtiment était prêt à  être occupé. L' Institut avait désormais sa maison-mère. Marcellin, vingt Frères et dix postulants emménagèrent.
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Restait maintenant à  obtenir l'autorisation légale de son Institut. Il poursuivit ce but sans répit mais sans succès pour le reste de ses jours, le Conseil d'Etat du roi, sous la pression républicaine, étant devenu de plus en plus hésitant à  autoriser les éducateurs religieux, spécialement ceux des congrégations d'hommes. Dans sa lutte continue pour obtenir cette autorisation, la patience et la santé de Marcellin furent mises à  rude épreuve. En 1825, il tomba malade et Corveille, un des huit du séminaire de Lyon à  l'origine du projet mariste tenta de le discréditer aux yeux des Frères. Le rétablissement du fondateur alla de pair avec l'éviction de l'intrigant mais une nouvelle épreuve l'attendait. Il dut se résoudre à  se séparer de Jean-Marie Granjon, sa première recrue. Ce-dernier en effet était sujet à  des crises de mysticisme inconciliables avec ses fonctions d'éducateur. Portant des cilices, se flagellant et priant, les bras en croix, pendant des heures dans le vent glacé, il dut abandonner l'Institut vers la fin d'octobre 1826.
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En dépit des difficultés, l'oeuvre mariste continua à  se développer. Des écoles ouvrirent leurs portes à  Saint-Etienne, à  Valbenoîte, à  Charlieu, à  Neuville-sur-Saône, à  Feurs... Mais pendant les évènements de 1830, l'anticléricalisme s'accrut. Des rumeurs courraient. On entendit dire que l'Hermitage était rempli d'armes et que les frères s'entraînaient tous les jours aux exercices militaires et hébergeaient un chef contre-révolutionnaire. Le 31 août 1831, le Procureur du roi et une compagnie de soldats se présentèrent à  la porte de l'Hermitage pour le fouiller. C'est Marcellin qui proposa de leur faire visiter les lieux. Il offrit même au Procureur et à  sa troupe de se restaurer et l'affaire se termina bien.
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A Feurs, les choses allèrent autrement. Scipion Mourgue, le nouveau Préfet de la région déclarait : « Il est peu de départements, clamait-il, où il est plus nécessaire que dans celui de la Loire de propager les bienfaits de l'instruction primaire. Constamment soumis à  la domination du fanatisme et de la féodalité, le peuple des campagnes est demeuré non seulement en arrière des connaissances premières de la langue française, mais même, depuis quinze ans, on semble s'être fait une étude systématique et méditée de le ramener à  cet état d'abrutissement dont les nobles élans de notre première révolution et les résultats de la guerre, semblaient devoir l'affranchir à  jamais. Il (l'Institut, ndlr) est d'autant moins digne d'encouragement du fait qu'il est connu publiquement que les sujets qui en sortent sont d'une déplorable ignorance. A Feurs, ils donnent ce qu'ils appellent leur enseignement, lequel pourrait plutôt être qualifié , à  mon avis, d'ignorance à  bon marché... Trop longtemps la France s'est inclinée entre le sabre et le censeur ».

L'école de Feurs est fermée à  Pâques 1831 par la municipalité, malgré les arrangements proposés par Champagnat : « Monsieur le Maire, je vous remercie de l'avis que vous me faites donner de la délibération de votre conseil. Je vois avec résignation et calme la destruction de votre établissement de Frères. J'ai fait toutes les démarches que je devais faire pour conserver une école dont la prospérité était toujours croissante. Monsieur le Recteur de l'Université, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, me promettait son concours pour rendre légal l'enseignement chrétien de la jeunesse de Feurs. Je vous ai prouvé, par le rabais que je vous ai fait, que le désir du bien des enfants de votre commune est le seul but de toutes nos peines. Vous m'avez objecté que la ville ne pouvait assurer à  tous nos Frères 1 200 francs annuellement. Je vous ai dit que je me contenterais de 1 000 francs et qu'à  cette condition encore, tous les pauvres seraient enseignés gratuitement. Ayant donc appris votre délibération, touchant le renvoi de nos trois Frères, nonobstant tous les sacrifices que je vous offrais, et ne voulant pas contrarier votre administration, je leur enjoins de remettre tout le mobilier qui concerne la commune entre les mains de qui de droit, et de partir immédiatement de Feurs. Je vous prie... »
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Sur le conseil du Père Colin, il commença à  se préoccuper de sa succession et organisa le 12 octobre 1839, un scrutin pour désigner le futur chef de l'Institut. Le Frère François fut choisi. Durant l'hiver qui suivit, sa santé déclina. Le 11 mai 1840, il reçut le viatique et demanda pardon aux Frères qui l'entouraient pour les mauvais exemples qu'il avait pu leur donner. Il leur recommanda encore de toujours rester bien unis. Le 18 mai, son testament spirituel fut lu en public. Son état empira rapidement. Le 6 juin, au matin, Marcellin Champagnat rendit l'âme tandis que les Frères, réunis à  la chapelle, chantaient le Salve Regina. Il avait 51 ans. Il fut mis en terre le 8 juin et sa tombe devint rapidement un lieu de pèlerinage pour ceux qui souhaitaient obtenir des grâces par son intercession.
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"Soyez simples comme les violettes, elle a un parfum délicieux mais reste presque invisible, tellement elle est petite." Marcellin Champagnat
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Marcellin Champagnat fut béatifié par le pape Pie XII en 1955. Devenant un Bienheureux, il put faire l'objet d'un culte plus généralisé. Ce fut son second pas vers la canonisation, après qu'il fut déclaré « Vénérable ». La canonisation catholique pose trois conditions : la personne doit être décédée, avoir mené, bien sûr, une vie chrétienne exemplaire et avoir accompli au moins deux miracles. Dans le cas de Marcellin Champagnat, trois miracles par intercession lui sont attribués officiellement. La guérison en 1939 de Mme Georgina Grondin, atteinte d'une tumeur maligne, à  Waterville, Maine (USA) ; celle en 1941 de M. Jean Ranaivo, atteint d'une méningite cérébro-spinale, à  Antsirabé (Madagascar). Ces deux miracles furent reconnus en 1955. En 1997, les médecins et experts, membres de la Commission de Consultation, ont considéré que la maladie du Frère Heriberto était « une affection pulmonaire caractérisée par une dissémination nodulaire bilatérale ayant une nette insuffisance respiratoire chez le malade et présentant de graves répercussions sur son état général ». Ils reconnaissent également que la guérison a été « très rapide, complète, durable et inexplicable ». Cette guérison datait de 1976. Elle fut attribuée à  l'intercession du Ligérien en 1998.
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Premier Supérieur Général des Frères Maristes
La Valla en Gier
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Mais d'autres miracles sont attribués au Saint. Ils sont évoqués dans l'ouvrage de Rigot et Vignon. Le premier aurait eu lieu en 1844. Louise Malaure souffrait depuis deux ans des suites d'une opération mal réussie. Elle entra en cachette dans le cimetière de l'Hermitage et pria sur le tombeau de Champagnat. Son mal disparut. Le second se passa en 1893. Une fillette de six ans, Marie Lyonnet, fut victime d'un accident dans les environs de La Valla. Un lourd tombereau lui passa sur le corps. Le médecin se déclara incapable de la soigner, la considérant perdue. Le Père Champagnat fut invoqué et quelques jours après, la fillette reprenait ses ébats. Enfin, en Italie en 1947, à  San-Rémo, une image-relique du Ligérien guérit Mme Vittorino Scarella d'un cancer. Elle écrivit deux mois plus tard : « L'amélioration s'est continué et maintenant je puis sortir dehors toute la journée. Merci au Père Champagnat. »
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Ecole Marcellin Champagnat, Saint-Just-Saint-Rambert
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Mais le plus grand prodige accompli après sa mort fut, sans contredit, le développement extraordinaire de son Institut. En 1860, les premières écoles ouvrirent en Angleterre et en Belgique. Vers la fin du siècle, les Frères étaient présents en Afrique du Sud, en Chine, en Colombie, en Océanie... En 1856, la maison-mère quitta la Loire pour Saint-Genis-Laval, près de Lyon. En 1903, avec la loi sur les Congrégations religieuses, elle gagna Grugliasco, près de Turin. Elle revint dans le Rhône en 1939. L'Institut eut aussi de nombreux martyrs, surtout en Océanie et en Chine. Durant la Guerre d'Espagne (1936-1938), 172 Frères furent fusillés par les Républicains.