Tuesday, April 07, 2020
histccimsc.jpg L'ancêtre des Chambres de Commerce et d'Industrie fut créé en 1599 à  Marseille sous le règne d'Henri IV. Fondé à  l'initiative du Conseil de Ville, approuvé l'année suivante par lettres patentes du roi, il s'agissait d'un "Bureau de commerce" composé de quatre députés de commerce, des membres éminents de la bourgeoisie marchande locale.
 
 
L'autorisation royale précise ses missions:   "surveiller et prendre garde particulièrement aux affaires qui pourront concerner ledit négoce tant pour le faire remettre en son premier état et splendeur que pour le maintenir; défendre et garder de toutes avanies, représailles, concussions, saccagements, impositions indues et tous autres abus, malversations et préjudices soit des consuls ou particuliers de la nation ou bien des corsaires et autres...". En 1650 l'institution devint indépendante de la Ville. D'autres bureaux voient le jour à  Rouen et Paris.

En 1700, Louis XIV décide de la création d'un Conseil général du Commerce, dont le rôle est d'être "uniquement attentif à  connaître et à  procurer tout ce qui pourrait être le plus avantageux au Commerce et aux Manufactures du Royaume". La fonction traditionnelle de consultation fait son apparition. Des chambres de commerce sont créées dans onze villes fortes du négoce, notamment les villes portuaires: Bordeaux, La Rochelle, Rouen... Celle d'Amiens est instituée en 1761. Un fabricant y siège pour la première fois aux côtés des marchands. C'est une étape importante marquant une première ébauche de la composante industrielle des futures CCI.

En 1791, durant la Révolution, la suppression des corporations entraîne la suppression des Chambres de Commerce. D'autres structures, Administrations ou Sociétés du Commerce et d'Agriculture ont fait leur apparition. Nous devons à  L.J. Gras, secrétaire général de la Chambre de commerce de Saint-Etienne (1898-1926) de connaître l'histoire du Conseil de commerce de Saint-Etienne au commencement du XIXe siècle, avant l'organisation des Chambres consultatives de Manufactures, Fabriques, Arts et Métiers (1804).*

En 1802, Chaptal, Ministre de l'Intérieur invita les Préfets à  former auprès d'eux un Conseil composé d'un très petit nombre d'hommes "les mieux recommndés dans l'opinion publique" par "leur moralité et leurs connaissances pratiques". Le Préfet de la Loire, Imbert - à  l'époque la Préfecture est localisée à  Montbrison - fit suivre à  Saint-Etienne. Le sous-préfet Antoine de Sauzéa lui adresse une liste d'une quinzaine de noms. On y trouve des fabricants de rubans, des inspecteurs de la Manufacture d'armes de Saint-Etienne, des verriers de Rive-de-Gier, des agriculteurs, un certain Chauvin de l'Heurton, "artiste en toutes sortes d'objets et machines en fer"; un autre "mécanicien pour tous objet en bois", un "extracteur de charbon" de Saint-Jean-Bonnefonds, etc.


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Jean-Antoine Chaptal (1756-1832)

 

Un peu plus tard, le Ministre de l'Intérieur, dans de nouvelles instructions, recommande un Conseil de commerce dans les principales villes commerçantes et manufacturières au lieu d'un Conseil par département. Il doit être composé de négociants et manufacturiers désignés par le Préfet et nommés par le Ministère. Le Préfet est membre-président du Conseil. Sa voix est prépondérante.

Antoine de Sauzéa convoque alors vingt-cinq personnes qui élisent le Conseil de Saint-Etienne, fort d'une dizaine de membres: Neyron (rubans), Thiollière-Dutreuil, Jovin aîné (entrepreneur de la Manufacture), J-B. Jovin, de Saint-Genest, Thomas cadet (armes), Gerin-Plotton, Peyret-Plotton, Girerd (quincailliers) et Montagnier. En théorie, ce Conseil devait aussi représenté le domaine agricole mais ce ne fut, semble-t-il, pas le cas. Il devait surtout dresser la situation des industries locales à  l'intention du Ministre de l'Intérieur.


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Visuel CCI de Saint-Etienne-Montbrison pour ses 175 ans

 

L.J. Gras évoque dans les grandes lignes le mémoire du Conseil adressé à  Paris. En premier lieu, il aborde la question des routes et d'un canal entre le Rhône et la Loire. "Absolument oubliée sous l'ancien gouvernement et abandonnée au seul génie industrieux de ses habitants, fait valoir le mémoire, cette commune (Saint-Etienne, ndlr) était parvenue à  rendre ses tributaires toutes le parties du monde connu (!)."

"De quel degré d'accroissement est-elle susceptible lorsque  le gouvernement jettera sur elle ses regards bienfaisants ?", demande fièrement le conseil. Celui-ci fait remarquer par exemple que la cité n'a que deux routes, celle de Lyon au Puy et celle vers Montbrison. Il demande donc, dans l'intérêt local et national, de nouvelles voies de circulation vers le Midi (Annonay) via Bourg-Argental et une autre vers Roanne. Le Conseil insiste aussi sur la nécessité d'un canal, destiné au transport des marchandises, pour la continuation de celui de Rive-de-Gier jusqu'à  la Loire, par Saint-Etienne et Bouthéon, ou encore mieux entre Saint-Etienne et Roanne. C'est que la charbon notamment est transporté sur la Loire (les fameuses rambertes) mais la navigation y est dangereuse, en particulier aux abords de Balbigny. En outre, le bois vient à  manquer puisque les bateaux ne font qu'un aller simple et sont ensuite dépecés. "Il serait peut-être plus avantageux de construire un canal de Saint-Etienne à  Roanne, écrivent-ils. Son cours serait plus long et il serait plus coûteux par ce motif, mais on ne pense pas qu'il y ait de grand obstacles à  vaincre. C'est encore à  l'ingénieur à  examiner sous tous les rapports du bien public, nos observations."

Le Conseil dresse encore le bilan de santé de la "clincaillerie". On l'a un peu oublié aujourd'hui mais longtemps avant l'exploitation du charbon, elle fut la plus importante des industries stéphanoises. Elle produisait des couteaux, dont l'Eustache, une lame pliante sur un manche en bois (du nom d'Eustache Dubois, un fabricant du Chambon-Feugerolles) et une multitude d'ustensiles de cuisine, clous, fers à  repasser, serrures, éperons... Au moment de la rédaction du mémoire, 12 000 "ouvriers" travaillent à  Saint-Etienne dans le domaine de la clincaillerie, qui compte 60 fabricants. Las !, commente le Conseil, "il manque à  notre classe ouvrière, extrêmement industrieuse, qu'une bonne direction et l'emploi, de la part du fabricant, des procédés économiques à  l'aide desquels les Anglais simplifient et perfectionnent leur fabrication. " L.J. Gras relève ici l'allusion à  l'invention de Sauvade, au commencement de la Révolution, qui permettait de frapper et de faire d'un seul coup une fourchette en fer. Comme Jaquard dans le domaine du tissage, Sauvade vit ses machines brisées par les ouvriers. Des ouvriers "toujours cupides et parfois mutins", note le conseil, qui loue a contrario la spendeur des établissements anglais.


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La CCI s'est installée au 57 cours Fauriel en 1993

 

"Mais ici, nous n'avons ni grands ateliers, ni moutons, cylindres, balanciers... Toutes nos usines sont, en grande partie, d'une construction vicieuse..." Et le Conseil demande au gouvernement les moyens nécessaires à  l'amélioration de l'industrie, entre autres une école professionnelle pour y enseigner essentiellement le dessin et les mathématiques, afin d'améliorer le mécanisme des usines, de faire venir à  Saint-Etienne des mécaniciens instruits; mais encore un bassin d'eau à  Planfoy destiné à  entretenir les usines de la vallée "dans une activité continuelle"; une exemption des droits d'entrée des fers de Scandinavie, de plus grande qualité que ceux de France, etc.

A propos de la rubannerie, le Conseil préconise de faire disparaître les obstacles qui s'opposent à  l'introduction des rubans soit par des prohibitions ou par des droits excessifs; encourager la culture du mûrier et le perfectionnement de la filature de la soie; interdire l'entrée des rubans étrangers; mettre en oeuvre des lois répressives contre ceux des Français qui "porteraient dans l'étranger une industrie française"... Concernant la production des armes, ici aussi, le Conseil pointe l'insuffisance des eaux comme obstacle à  son développement. Il émet encore le voeu, notamment, que Liège, désormais intégrée au territoire national, et concurrente dans les fusils à  bas prix, soit soumise à  l'épreuve comme l'est la production stéphanoise.


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Le premier Consul, peint par Antoine-Jean Gros (1802)

 

Le 11 janvier 1802, Bonaparte, premier Consul, arriva à  Lyon. Il écrivit lui-même à  ses collègues Lebrun et Cambacérès avoir rencontré le 17 janvier les manufacturiers de la région dont ceux de Saint-Etienne. Quatre membres du Conseil stéphanois avaient en effet été délégués à  Lyon. Soutenus par les Préfets de la Loire et de l'Ardèche, ils furent présentés au ministre Chaptal et à  Crétet, conseiller d'etat, pour l'entretenir notamment du projet d'une route entre Annonay et Saint-Etienne. Le montant des travaux étant fixés à  500 000 francs, le Préfet Imbet fit valoir que le département pouvait investir 1/5e du montant. Crétet promit de s'en occuper dès son retour à  Paris. Quant à  l'entrevue avec Bonaparte, François-Marcellin Molle s'en est fait fait le rapporteur. La délégation expliqua ses besoins: l'école professionnelle, "l'insuffisance des eaux de notre rivière", l'instruction de la classe ouvrière, pour "la tirer de ses méthodes routinières"... "Nous avons emporté, à  jamais gravée dans nos coeurs, écrit le Stéphanois, une impression profonde de respect, d'amour et de vénération pour l'homme extraordinaire qui nous a montré que le véritable génie sait descendre de la sphère de hautes conceptions de la politique et de la législation aux détails du commerce et des arts mécaniques; que son oeil perçant, en embrassant la totalité de l'Empire français, sait aussi se fixer sur les localités; que rien de ce qui est utile et peut contribuer à  la prospérité d'une nation ne lui est étranger; qu'il sait tout apprécier, mais que les moyens d'exécution sont limités, qu'on ne peut tout réaliser à  la fois."

La route Roanne-Saint-Etienne-Annonay-Tournon fut ordonnée par une loi de 1806. Elle ne fut définitivement livrée qu'en 1833. L'Ecole des Mines fut créée en 1816. Quelques années plus tôt, une école de dessin fut ouverte. Un décret du 14 juillet 1806 autorisa l'ouverture du collège communal. En 1810, un décret fixa les conditions de l'épreuve pour les armes de Liège, ainsi que l'avait demandé le Conseil. En 1813, le service des Ponts et Chaussées retarda la construction d'un réservoir d'eau en concluant au rétablissement du canal du Roy, construit au XVIIe et destiné à  recueillir les eaux de la Semène pour grossir celles du Furan. Quant au fameux canal qu'avait rêvé le Lyonnais Zacharie il s'arrêta à  Rive-de-Gier pour être poussé un peu plus tard jusqu'à  Grand'Croix. Il fut finalement supplanté par le chemin de fer.


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Plafond de la salle d'honneur de l'ancien siège de la Chambre consulaire, rue de la Résistance

Peinture de Maignan (détail, lire plus loin) qui présente les principales industries du Forez et de la région stéphanoise: l'Armurerie, la Rubannerie, les Eaux minérales, la Chapellerie, la Métallurgie, les Houillères, la Verrerie, les Lacets, la Serrurerie et la Quincaillerie. On y lit aussi la devise: "Patriae devoti ut pulchrior, ut fortior, laboramus", ce qui signifie: "Pieusement dévoués à  notre Patrie, nous travaillons à  la rendre plus belle et plus forte." En 2008, 11 000  entreprises du département, soit plus de la moitié, sont des entreprises tertiaires.

 

Plusieurs Conseils demandèrent le rétablissement des anciennes Chambres de Commerce. Le 24 décembre 1802, un décret établit vingt-deux Chambres. L'année suivante, huit autres furent créées. Dans le même temps, était institué un Conseil Général du Commerce. Pour l'industrie, en avril 1803 une loi autorisait aussi la constitution de Chambres consultatives de Manufactures, fabriques, arts et métiers. 150 furent créées l'année suivante dans les centres de fabrication, dont trois dans la Loire, à  Saint-Etienne, Roanne et Saint-Chamond. Les préfets ou les maires devaient désigner les commerçants ou industriels chargés de procéder aux premières élections.

En 1832, le roi Louis-Philippe règne sur la France. Son gouvernement se montra très bienveillant à  l'égard des Chambres de Commerce. L'ordonnance royale du 17 juin élargit par exemple leur corps électoral et permet l'élection à  la présidence d'un membre de la Chambre. C'est la fin des prérogatives du Préfet qui de "Président né" devient "Président d'honneur". Le rapport introductif du Ministre reconnaissait d'ailleurs l'intérêt des Chambres: "Leur concours a été constamment utile au Gouvernement: le commerce est fortement attaché à  leur existence".


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Le premier Président de la Chambre de Commerce
(c) Vincent Raffin,
d'après croquis publié en 1958, lui-même inspiré de documents de Lucien et Félix Thiollier


Celle de Saint-Etienne est créée par ordonnance royale le 10 mars 1833. Elle fut la 35e de France.

Son premier président se nomme Joseph Tézenas du Montcel. Agé de 48 ans, issu d'une famille de notables stéphanois, il est par ailleurs président du Tribunal de Commerce. En mai 1833, il est confirmé dans sa présidence par vingt-cinq électeurs. Il le reste jusqu'en 1839. En 1843, il devient maire de Saint-Etienne. Son successeur, Jean-Baptiste David, contribua fortement à  développer l'industrie du Ruban de Velours. Après lui, il y eut Henry Paliard, jusqu'en 1846 et qui devint maire deux ans plus tard. Suivirent Claude Peyret-Gerin et Camille de Rochetaillée. A noter qu'en 1850, le budget de la Chambre de Commerce s'élève en tout et pour tout à  2500 F, contre 23 Millions d' euros actuellement.

Sous la présidence de Camille de Rochetaillée, le nombre de membres passe de neuf à  quinze. Elle est marquée surtout par un conflit avec la Compagnie unique des Mines de la Loire qui, en 1854, sera contrainte par Napoléon III à  se fractionner en quatre sociétés. Ainsi naquirent les noms fameux de Houillères de Saint-Etienne, Houillères de Montrembert et de la Béraudière, Houillères de Rive-de-Gier et Mines de la Loire. Deux ans plus tôt, le Président Prince Louis Napoléon avait visité la Chambre de Commerce. Sa présidence enfin est marquée par l'acquisition en 1856 du Banc d'Epreuve des Armes de Saint-Etienne.


Puis ce fut le tour d'Auguste Faure, des Rubans Faure Frères, qui apporta d'importantes améliorations au Banc d'Epreuve et appuya de toute son énergie le projet du barrage du Gouffre d'Enfer.


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Les poinçons du Banc d'Epreuve en 1929
Actuellement, il y en a 18, qui portent loin les "armes" (entendez blason) de Saint-Etienne

 

Aujourd'hui, le Banc fait toujours partie des établissements gérés par la CCI, au même titre que l'Ecole Supérieure de Commerce et l'Aéroport. Unique en France, cette institution teste chaque année 60 000 armes civiles par an. Aucune ne peut être commercialisée sans y avoir réussi avec succès "l'épreuve", c'est à  dire le test destiné à  vérifier la solidité de l'arme; canon, bascule et bloc de culasse. Si l'établissement est géré depuis 1856 par la CCI de Saint-Etienne -Montbrison, il est également placé sous la tutelle de l'Etat compte tenu de sa mission particulière, et plus particulièrement le Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie. Sylvain Perret dans un petit ouvrage superbe (voir notes) rappelle que "l'ensemble des textes régissant le fonctionnement du Banc d'Epreuve, comme ceux précisant les procédures à  suivre pour la vérification des armes comme pour leur neutralisation sont soit des lois votées par le Parlement, soit des décrets ou arrêtés signés du Gouvernement." L'obligation de l'épreuve fut suspendue à  plusieurs reprises: en 1870, pour être rétablie un an plus tard, puis à  nouveau en 1889. En 1895, l'Etat officialise l'épreuve, à  défaut de la rendre obligatoire et autorise la Chambre de Commerce de Paris à  créer une structure identique. Il faudra attendre 1960 pour que l'épreuve soit rendue à  nouveau obligatoire avec, dans notre région trois annexes du Banc de Saint-Etienne: Manufrance, Gevarm à  Saint-Germain-Laval et SFMM en Ardèche. En 1978, la structure parisienne, que gérait la CCI de Saint-Etienne-Montbrison depuis cinq ans, ferme ses portes. Le Banc d'Epreuve de Saint-Etienne reste seul en course.


Depuis 1981, seules les entreprises ayant obtenu son homologation peuvent fabriquer et commercialiser les munitions pour les armes lisses et rayées. Il neutralise aussi les armes à  feu de première et de quatrième catégorie à  destination des collectionneurs. Cette pratique est obligatoire depuis 1978 et seule la neutralisation effectuée par le Banc Officiel d'Epreuve des armes de Saint etienne est reconnue en France. Enfin, grâce à  un équipement sophistiqué et à  un des laboratoires balistique les plus modernes d'Europe, le Banc Officiel d'Epreuve reconstitue des agressions (tirs...) pour optimiser la nature et l'épaisseur des matériaux (gilets de protection...).

Mais pour remonter dans le temps et revenir aux améliorations évoquées plus haut, apportées grâce au concours d'Auguste Faure et ses successeurs, dans la seconde moitié du XIXe, elles répondaient à  la nécessité d'adapter l'épreuve des armes aux évolutions techniques. "S'il est nécessaire d'éprouver la solidité du canon, il devient aussi indispensable de tester celle du mécanisme de l'arme qui, jusqu'alors, était inexistant", écrit Sylvain Perret.  La Chambre de Commerce travaillait à  imposer une réforme de l'épreuve auprès des pouvoirs publics lorsque la loi de 1885 fut adoptée. "Pour autant, poursuit l'auteur, l'organisation consulaire organisa à  ses frais (recherches et développement, achat de matériel) une épreuve des armes finies se chargeant par la culasse, avec un protocole de charge de poudre spécifique, l'idée étant d'accompagner l'industrie de l'armurerie dans ses mutations."


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Quant au barrage du Gouffre d'Enfer, trois raisons essentielles ont prévalu à  sa construction. Il s'agissait d'abord de domestiquer le Furan et de mettre fin à  ses crues meurtrières. Ensuite, il fallait approvisionner les fontaines de la ville de Saint-Etienne en eau potable, pour les besoins domestiques, et les industries d'autre part, en particulier les fabriques de rubans. Le décret de construction fut signé le 2 juin 1859 par l'Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Les travaux débutent trois ans plus tard. Christophe Faure-Bellon, futur Président de la Chambre de Commerce, est alors maire de Saint-Etienne. "Maire aménageur", la ville lui doit notamment la construction d'une Ecole de Dessin,  l'édification d'un dôme sur l'hôtel de ville et "l'aqueduc des fontaines", mis en service en 1863, qui capte les eaux du Furan pour les conduire en ville.


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La Maison des Avocats, anciennement Palais de la Bourse

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Sous la présidence de Félix de Bouchaud, successeur de Faure et directeur des usines de Terrenoire, la Chambre de Commerce emménage dans des locaux refaits à  neuf. A l'origine, elle tenait ses assises à  l'Hôtel de Ville. En 1851, elle partageait le Palais de la Bourse avec la Condition des Soies, dans l'actuelle Maison des Avocats, rue de La Résistance, anciennement Rue de la Bourse. En 1860, la municipalité cède la bâtiment en entier à  la Chambre de Commerce qui y entreprend de gros travaux. L'architecte Etienne Boisson consolide les murs, élève deux étages supplémentaires et deux escaliers. Des caves sont construites et l'accent est mis sur la décoration pour en faire "une manière de mémorial de l'histoire industrielle stéphanoise".

Des tapisseries des Gobelins, signés Maignan, sont installées et le plafond de la salle d'honneur conserve encore de nos jours ses peintures. Sur les murs, les paysages industriels sont l'oeuvre de Noirot et Beauverie. Plus tard, en 1892, le célèbre Léon Lamaizière construira encore un étage. En 1911, la construction d'un bâtiment spécialement dévolu à  la Condition des soies, rue d'Arcole, libéra d'autres salles de réunions, pour l'entrepôt des archives et la bibliothèque. Elle comptait 10 000 volumes dont la collection complète du Journal Officiel depuis 1874, la collection du "Bulletin annoté des lois, décrets et ordonnances" antérieures à  1874 et un Recueil général des anciennes lois françaises, jusqu'en 1789. Ainsi que toute la collection des brevets d'invention et marques de fabrique depuis leurs origines (1791). Un buste de Marc Seguin trônait sur la cheminée et s'y trouvaient aussi ceux de Jackson, importateur des méthodes de fabrication de l'acier fondu; Richard Chambovet, fondateur de l'industrie des tresses et lacets de Saint-Chamond; Jean-Baptise David, créateur du ruban-velours; Petin, fondateur à  Saint-Chamond et Rive-de-Gier de la fabrication du matériel de guerre; Verpilleux; Gérentet; Mongolfier (lire plus loin)... Ainsi que tous les portraits des anciens présidents de la Chambre consulaire.

 

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Groupe allégorique en marbre de Jean Hugues, autrefois situé dans une niche à  l'étage, dans l'escalier d'honneur. Il symbolise le travail du fer, l'armurerie et la soierie.

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Peinture de Beauverie

 

Henry Palluat de Besset était un banquier et un marchand de soie. Il fut également maire de Nervieux. Sa présidence fut notamment marquée par son combat contre les projets du gouvernement pour une imposition de 20% de la soie, les inaugurations du barrage du Gouffre d'Enfer (1866) et la catastrophe du puits Jabin qui fit 70 victimes. L'ancien maire Faure-Bellon, évoqué plus haut, lui succéda. Originaire d'un milieu modeste, il avait été encore colonel de la Garde nationale et Conseiller général. La Chambre de Commerce lui doit par exemple le titrage public des soies. Comme son prédecesseur, son mandat fut marqué par un nouveau coup de grisou au Puits Jabin: 200 morts !


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Le barrage du Gouffre d'Enfer

 

On retrouve le Furan avec Claudius Gérentet. Il porte le nom, célèbre à  Saint-Etienne, d'un autre Gérentet, son père, qui périt le 21 mai 1827 en portant secours à  une personne emportée par les eaux furieuses du Furan. Son cadavre fut retrouvé aux abords de l'Hôtel de ville où une rue honore son nom. Le Président de la Chambre de commerce avait alors dix ans. Formé dans la maison de rubans François Colcombet, il fonde sa propre maison avec M. Cognet, et devient vite prospère. Il est élu à  la tête de la Chambre en 1876. Contrairement à  d'autres, il refuse tout mandat politique. Il accueille à  Boen le Maréchal-Président Mac Mahon et lègue à  la Chambre de Commerce la somme de 30 000 francs destinée à  récompenser, tous les deux ans, l'ouvrier rubanier "qui aura fait faire un progrès à  son industrie".


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Rue d'Arcole
Aujourd'hui propriété du Conseil général, elle devait (pour faire simple) déterminer le poids marchand de la soie et des textiles, base de leur prix de vente. Pour ce faire, elle contrôlait les textiles (teneur en eau, élasticité, finesse, torsion...). Lire aussi

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Salle d'honneur de l'actuelle Maison des Avocats
Deux tapisseries de Maignan symbolisant la Soie et le Verre

Suivent Jules Euverte et Adrien de Montgolfier. Au premier, qui n'était pas stéphanois d'origine mais qui devint maire de Terrenoire et Président de la Société d'Agriculture, Industrie, Sciences, Arts et Belles lettres du département de la Loire, on doit la loi sur la liberté de fabrication des armes non réglementaires et l'installation du service de l'Epreuve de l'arme finie.


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Le second porte un nom célèbre. Neveu des inventeurs de l'aérostat, il fut le douzième président, et certainement le plus décoré, de la Chambre de Commerce, de 1888 à  1908. Formé à  Polytechnique, ingénieur des Ponts et Chaussées, il est à  l'origine de l'aqueduc d'alimentation de la ville de Saint-Etienne, évoqué plus haut. Il avait pour épouse Louis-Elizabeth Verpilleux, la fille du génial inventeur de machines à  vapeur de Rive-de-Gier. Député de la Loire, sénateur, il fut encore Directeur de la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine qu'il modernisa. Officier de la Légion d'honneur, sa présidence fut marquée, comme de coutume, par des émeutes et des cortèges immenses où flottaient les drapeaux rouges et noirs. Surnommé "le Grand Mongol" par les ouvriers saint-chamonais, il fut encore élevé à  la dignité de Grand Commandeur dans l'Ordre national du Mérite. Sous sa présidence, note Henry David de Sauzéa, la Chambre de Commerce "défendit énergiquement les intérêts de toutes nos industries au moment de l'établissement des tarifs douaniers." Sous sa présidence est créé un Entrepôt Réel des Douanes, géré par la Chambre de Commerce. Antoine Roche, un président du XXe siècle, a expliqué son utilité: "L'Entrepôt permet aux négociants et industriels de recevoir les marchandises étrangères non dédouanées, de les entreposer et de ne payer les droits qu'à  mesure de leurs sorties. Un Bureau des douanes permet aussi les opérations de dédouanement pour la consommation immédiate, d'admission temporaire, de remboursement à  forfait et également toutes les formalités pour l'exportation."

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Les Aciéries de la Marine, à  Saint-Chamond, au début du XXe siècle

Charles Cholat, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, lui succéda puis, de 1909 à  1925,  Pascal Tavernier, Paul Petit et Charles Biver.  24 membres titulaires composent la Chambre de Commerce en octobre 1908. Cette année-là , elle est la première à  proposer des catégories professionnelles d'électeurs et d'élus, à  savoir 5 catégories professionnelles disposant d'un nombre de sièges en rapport avec leur importance économique, leur population active et le montant des patentes payées par les professions de chaque catégorie. Un Office des Charbons est créé dans les années 1910. En 1920 est publié son 1er bulletin périodique. Sous la présidence de Paul Buhet, l'aérodrome de Bouthéon est aménagé. Sous celle de Lucien Demozay, ex directeur des Ets Holtzer à  Firminy, la Chambre de Commerce fête son centenaire en recevant la visite d'Albert Brun , président de la République (1933). Quatre ans plus tard le savoir-faire forézien rencontre un beau succès à  l'Exposition de Paris.

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Le Fer et la Houille

René Touchard était issu de l'Ecole Nationale des Mines. Originaire de Bretagne il fut aussi le maire de la petite commune du Pouliguen, en Loire-Atlantique. Ancien "Mineur" également, Antoine Roche fut le fondateur de la Maison des Elèves de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne, la Société de l'Industrie Minière et l'Association pour l'Attribution des Prêts d'Honneur. Le Magasin Général des Douanes ouvre en 1950 dans les locaux de l'Entrepôt des Douanes. Claude Pallandre accéda à  la Présidence en janvier 1956. Pour quelques semaines puisqu'il s'éteignit le 28 février de cette même année. Henry David Sauzéa prit la relève, devenant le 22e président de la Chambre de Commerce, jusqu'en 1961. Sous sa présidence est créé l'Institut Supérieur de Gestion Commerciale, future Ecole Supérieure de Commerce de Saint-Etienne. En 1960, la Chambre de Commerce prend sa nouvelle dénomination: Chambre de Commerce et d'Industrie. En Août 1961, un décret fixe à  34 le nombre des "membres titulaires" répartis en 3 collèges: collège Industrie (17 sièges), collège Commerce (11 sièges), collège Services (6 sièges).

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60 ans plus tard, la Foire économique de Saint-Etienne est la plus grande surface commerciale de la région. C'est aussi un lieu d'échanges, de négoce, où 500 exposants sont réunis sur une surface de 42 000 m². Elle attire chaque année environ 130 000 visiteurs.

Sous son successeur, François Margand  (1962-1964) 21 "membres associés" s'ajoutent aux membres titulaires. Ils sont choisis en qualité de représentants des organisations patronales interprofessionnelles,  représentants des cadres dirigeants des entreprises ou en raison de l'implantation géographique de leur entreprise ou de leur activité. L'année 1962 est marquée par la création de l'aéroport de Saint-Etienne Bouthéon, doté en 1978 d'un nouvel aérogare. L'année 1963 se distingue par la création du service d'Assistance Technique au Commerce.  Un service similaire, pour l'Industrie, verra le jour sept ans plus tard.

Les derniers présidents en date eurent pour noms Henry Jacob (1965-1970), Alexis Rivolier  (1971-1979), Michel-Emile Cluzel (1980-1985), Jérémie Chatain (1986-1991), Jean-Baptiste Neyret  (1992-1994), André Minjard 1995, André Laurent (1996-2004). Sous la présidence de Jacob, la CCI se dote d'un Fichier consulaire des entreprises. L'année suivante, le mensuel "Informations Economiques" voit le jour. Il est distribué à  tous les ressortissants. Sous le mandat de Rivolier, en 1974, et avec la Chambre de Métier, elle crée le Centre de Formation des Apprentis (CFA). En 1983 est organisé la première édition d'Armeville. L'année suivante, une antenne de la CCI ouvre à  Montbrison. Rappelons que le Roannais a sa propre Chambre de Commerce, qui fera l'objet d'un article indépendant sur nos pages.

Et enfin André Mounier, depuis 2004, 31e président. En 2008, la Chambre de Commerce d'Industrie et des Services de Saint-Etienne/Montbrison est composée de 40 élus titulaires, 20 membres associés et 35 délégués économiques. Le mandat des élus est de 5 ans.  20 000 ressortissants seront donc appelés à  voter à  2009. Il y avait à  peine une centaine d'électeurs en 1832.  Elle emploie aussi aujourd'hui 200 salariés.

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Le prestige économique de Loire-Sud (2008)

Sa fonction, ainsi qu'elle est décrite sur son site internet:

" La CCI est le « Parlement Economique » de sa circonscription. Elle parle au nom des entreprises et défend leurs intérêts auprès des pouvoirs publics.

La CCI est un acteur du développement économique. Elle conduit une analyse et une réflexion sur les dossiers essentiels pour le développement économique de la circonscription, prend des initiatives et conduit des plans d'action.

La CCI accueille et accompagne. Elle anticipe les évolutions et crée des programmes d'accompagnement pour le développement des entreprises de la circonscription, au niveau local, national ou international.
Elle est habilitée à  exécuter les formalités administratives pour la gestion des entreprises. Pour assurer le développement des entreprises, la CCI gère des infrastructures de transport - l'aéroport de Saint-Etienne - des organismes de formation - le Groupe Ecole Supérieure de Commerce et le CFA des Mouliniers . Elle assume également la gestion du Banc Officiel d'Epreuve des armes.

La CCI informe.  Son Centre d'accueil, d'informations et de formalités (CAIF) fournit des informations dans les domaines économique, juridique, social. Le Centre de Documentation permet d'effectuer ou de faire réaliser des recherches sur un sujet précis. Une revue de presse est effectuée quotidiennement, elle permet de compléter les recherches.

La CCI est l'Observatoire Economique de son territoire. Elle recueille et analyse en permanence des informations économiques sur la circonscription. Elle réalise et diffuse des études sur l'ensemble des activités économiques."

Ses dernières années auront été marquées notamment, en 2000, par les 1ères Rencontres Economiques, le lancement du Projet Economique Loire et la 1ère Soirée de Remise des Labels de la Création d'Entreprise; la création en 2005 du Pôle de Compétitivité Viameca et le partenariat officiel avec la Biennale du Design. Et en 2008, la présentation du "Livre Blanc de l'Innovation", l'ouverture de lignes charters à  l'aéroport de Saint-Etienne, la création de nouveaux diplômes à  l'ESC, etc. Sans oublier le long combat, depuis une quinzaine d'années, pour une nouvelle autoroute entre Saint-Etienne-Lyon.

Quelques sources :

* Le Conseil de commerce de Saint-Etienne et les industries locales au commencement du XIXe siècle; L-J. Gras, Imprimerie Théolier Saint-Etienne, 1899

"Epreuve des Armes: l'expertise séculaire de Saint-Etienne", Sylvain Perret, EMCC, 2006

Site internet de la CCI Saint-Etienne-Montbrison
Site internet du Banc d'Epreuve de Saint-Etienne

Données communiquées par la CCI lors de son 175e anniversaire, en 2008

> Les conditions du code électoral