Wednesday, December 02, 2020

« Vive la Ré...! »
Le couperet de la guillotine ne lui laissa pas le temps d'achever son cri.

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Au crépuscule de sa vie, dans un cachot de Montbrison, la célébrité de Ravachol était déjà  immense. Emule de Nietchaiev (1), il fut parmi les premiers à  inaugurer en France la « propagande par le fait », inventant du même coup (à  coup de bombes) le terrorisme moderne (1-bis). C'est oublier un peu vite son impopularité à  ses débuts dans certains journaux anarchistes, par exemple La Révolte ou L'Intransigeant qui ont vu en lui un « agent provocateur ». Mais le supplice sanctifia Ravachol et les délateurs se firent zélateurs. Plus d'un siècle après sa décapitation, il reste une icône au sein de la mouvance anarchiste.

Il y a quelques années, nous avons vu le portrait du « Christ de l'Anarchie » en bonne place sur l'Hôtel de ville de Saint-Etienne, rebaptisée « Maison du Peuple » sur une affiche de la section Makhno (2).
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.Pour ses détracteurs, il incarne au mieux « l'illustration extrême des méfaits de l'anarchisme ». Au pire, et avec un petit relent de fascination coutumière, une légende du crime. Voici l'histoire brutale et hallucinante d'un matru aventureux qui, faute de trouver du lait à  la mamelle de la société, a mordu à  même la chair de la mauvaise nourrice. Comme l'a écrit joliment on ne sait plus qui.

François Claudius Koeningstein est né à  Saint-Chamond le 14 octobre 1859. Son père hollandais (qui n'était peut-être pas son père biologique), Jean-Adam Koenigstein, aurait été le descendant d'un brigand pendu au XVIIIe pour avoir appartenu à  une bande connue sous le nom de « Bokkenrijdgers » ou « Chevaliers du bouc » (3). Employé aux laminoirs d'Izieux, il épousa Marie Ravachol, moulinière de soie, le 3 février 1862 et s'éteignit alors que l'enfant atteignait ses neuf ans. Celui-ci préféra porter le patronyme de sa mère. Dans ses mémoires, dictées à  trois inspecteurs lors de sa détention à  la Conciergerie en 1892, l'anarchiste évoque un père violent (il assomma un contremaître) et sa mère qui, ne pouvant subvenir à  l'existence de quatre enfants, demandait l'assistance aux gens aisés. L'enfant fut employé comme berger chez divers paysans des environs puis commença son apprentissage de teinturier chez Richard et Puthod à  Saint-Chamond. A ce moment, le gamin était alors très doux et possédait une foi qui confinait au mysticisme(4).
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Mots de Ravachol écrits en détention
La Conciergerie, Paris
 
Il resta plus de trois ans chez Richard et Puthod puis intégra l'usine Targe, toujours à  Saint-Chamond. C'est là , semble-t-il, au contact d'un certain Joseph Jouany, qu'il se laissa gagner aux « idées nouvelles ». Renvoyé lors d'une grève, il travailla ensuite à  Lyon puis revint à  Saint-Chamond, dans une usine métallurgique où il se distingua en mettant une « rouste » à  un ouvrier qui l'avait provoqué. C'est aussi de cette époque que datent ses premières lectures de revues collectivistes et ses premières réunions politiques. Il a notamment évoqué dans ses Mémoires avoir assisté à  une conférence de Paule Minck, militante de la Commune de Paris : « D'après elle, pas de Dieu, pas de religion, du matérialisme complet. J'ai été frappé par son discours et déjà  poussé par « Le Juif Errant » contre la religion, je n'ai plus eu confiance. » Cette conférence eut lieu le 3 décembre 1881 à  Saint-Chamond. Sans doute assista-t-il à  bien d'autres interventions, la région stéphanoise étant alors un terreau fertile pour la propagation des idées marxistes et anarchistes. En 1880, à  Saint-Etienne, Amouroux, amnistié de la Commune, racontait les souffrances de Nouméa, et Malon, revenu d'exil, prônait l'union des groupes collectivistes. Claudine Gillier traitait de l'émancipation de la femme et déclarait que « la religion rend idiot » tandis que Jules Guesde affirmait qu'il fallait chasser les patrons. Et le 23 mai 1881, Louise Michel vint en personne prendre la parole. Elle revint dix ans plus tard et Ravachol fut alors emprisonné dix jours à  la suite des émeutes qui suivirent son meeting.(5)
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"Ravachol à  Saint-Etienne"
Peinture de Flavio Costantini
 
Pour l'heure, Ravachol travaillait dans diverses usines, s'occupait de sa mère et de ses frères et soeurs. Ouvrier sobre et discret, il fut pourtant renvoyé de la teinturerie Vindry en 1886. A l'origine de ses déboires, une fiole de vitriol qu'il aurait fournie à  une jeune femme pour guérir un cor au pied et qui préféra « soigner » le visage de son amant. L'enquête de police ayant révélé les liens de Ravachol avec les milieux révolutionnaires, il fut renvoyé sans délai. Plus tard, il devait déclarer à  propos de son patron : « Il m'avait pris le pain, j'aurai dû lui prendre la vie ». Cette même année, il vint se fixer à  Saint-Etienne, impasse Béraud, avec sa mère. Il continua à  travailler régulièrement tout en se jouant des « gabelous » stéphanois. « Rusé comme un renard, souple comme un chacal, Ravachol était bien capable d'effectuer plusieurs fois le trajet La-Digonnière-La Terrasse au cours d'une nuit, en transportant sur son dos de lourds colis de produits de contrebande. » Mais il sut rester aussi d'une sobriété exemplaire. Dans son Histoire de la Chanson stéphanoise et forézienne, J.-F. Gonon écrivit à  ce propos : « Il ne pouvait admettre que l'homme puisse boire sans soif à  en perdre la raison. « Vous pourriez faire un meilleur usage de votre argent et de votre santé ! », disait-il à  ses camarades qui s'adonnaient à  la boisson. » En 1889, il se lia avec Bénédicte Labret, une femme mariée, mère de deux enfants et ourdisseuse de son état qui délaissa son foyer pour l'accompagner d'abord rue d'Annonay, puis à  Villeboeuf.

La Loire Républicaine du 3 avril 1892 a cité un autre témoignage. Il émane de Chalumeau, secrétaire général de la Bourse du Travail, et donne de Ravachol à  cette époque une description étonnante : « Un efféminé qui ne sortait presque jamais sans un parasol blanc, craignant pour son teint». Ravachol, qui ne possédait qu'une instruction très rudimentaire, s'essaya à  la création artistique, apprenant à  jouer de l'accordéon et faisant danser la jeunesse dans un établissement du cours Fauriel. Une « poésie sociale » qu'il a écrite nous est parvenue :
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LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE

I

Enfants de la même patrie,
N'entendez-vous pas cette voix
Qui crie à  la démocratie :
Aux armes contre les bourgeois !
Combattons pour l'indépendance
Et pour la sainte Liberté,
Par l'effort de notre puissance
Transformer la société.


II

Pourquoi faut-il sur cette terre,
Nous trahir lorsque nous devrions
Nous aimer comme des frères ?
Nos maîtres font la désunion ;
Chassons ces chefs autoritaires
Pleins de haine et d'iniquité.
Peuples, supprimons nos frontières
Au cri de : Vive l'Egalité !


III

Refrain

Pour établir l'Egalité,
Il faut le coeur plein de colère
Réduire les bourgeois en poussière ;
Alors au lieu d'avoir la guerre
Nous aurons la Fraternité !

Et Gonon d'écrire : « N'aurait-il pas mieux fait de rester dans cette lyrique voie de semeur d'idées et de lutteur intrépide pour le triomphe définitif de la cause sacrée du peuple ? » Avant d'aller plus loin dans la défense de l'anarchiste : « Malgré tous ces agissements dits criminels, on ne peut moins faire de reconnaître sans parti pris que notre fanatique héros de l'Anarchie a toujours fait preuve de loyauté, de désintéressement, de bravoure, en montrant autant de courage devant la mort qu'il en a montré dans l'accomplissement des actes qui lui ont valu l'échafaud. » Bravoure ? Certes, il en faut pour aller fouiller à  main nue dans un corps en plein processus de décomposition ! La nouvelle de la profanation du tombeau de la baronne de Rochetaillée, au cimetière de Saint-Jean-Bonnefonds, tomba le 15 mai 1891. La nuit précédente, Ravachol avait ouvert le tombeau dans lequel le corps avait été inhumé quelques jours auparavant. Après avoir soulevé le couvercle en bois du premier cercueil et pratiqué une ouverture de 0m 50 de long sur 0m 30 de large sur le second cercueil, en plomb, il avait fouillé les restes macabres, déchirant la chemise de la défunte et disjoignant les mains. Sans parvenir à  trouver les bijoux qu'il cherchait, à  l'exception peut-être d'une petite croix en or.(7)

Ravachol expliqua à  son procès son acte odieux en ces termes : « (...) j'étais poussé par le besoin et je n'avais pas à  hésiter, car il est préférable de mourir en se risquant que de succomber par la faim. » Et certains anarchistes ont tenté de préciser rétrospectivement la pensée de Ravachol dans ce genre de « propagande par le fait » :

« ... Le cimetière. Un homme pioche la terre, il parvient à  sortir le cercueil, puis à  l'ouvrir. Les lueurs du falot qu'il porte font scintiller quelques bijoux que possède le cadavre. Il s'en empare.

En exécutant cet acte, sa pensée est celle-ci : Pourquoi tant de misérables crèvent-ils de faim tandis que des morts conservent des richesses ? Sa volonté est celle-ci :

Vendre ces bijoux et du produit de cette vente s'en servir pour lui-même - ne faut-il point qu'il vive et qu'il propagandise ? - et aider ses amis ensuite à  répandre de nombreux écrits pour réveiller la masse assoupie... Les cerveaux arriérés nomment cet acte « profanation de sépulture ». tandis que d'autres, plus avancés, trouvent cela plus conforme à  la logique - la logique anti-idôlâtre - à  la raison. Car les morts, ajoutent-ils, n'ont besoin de rien, car les morts deviennent de la pourriture, ensuite de la vulgaire poussière... » (8)
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L'ermite Brunel
Dessin d'époque de Gil Baer dans Le Progrès Illustré
 
C'est à  Chambles, ensuite, que Ravachol commit le crime pour lequel il fut décapité à  Montbrison. La victime était un dévot mais ici encore, il n'y a guère que certains enragés pour avoir vu dans cet acte crapuleux l'expression d'une croisade athée contre le cléricalisme et la morale bourgeoise. La victime se nomme Jean-baptiste Brunel, dit Jacques, 96 ans, originaire de Soleymieux(9). Son destin aurait croisé celui de son assassin bien avant leur rencontre fatidique, quand deux bavards qui attendaient le tram place Badouillère à  Saint-Etienne évoquèrent la « biche »(10) bien remplie que d'aucuns attribuaient à  l'ermite. Ravachol, tout près d'eux, prêta l'oreille. Le 18 juin 1891, il descend du train en gare de Saint-Victor et c'est affublé de grosses lunettes et d'un chapeau de feutre qu'il gagne Chambles à  pied puis Notre-Dame-de-Grâce. Il se dirige vers la petite maison de l'ermite et entre. Celui-ci sommeillait et se dresse sur son séant. Ravachol lui assène un coup de poing qui le renverse sur son lit et l'étrangle, son genou appuyé contre la poitrine. Commença alors l'inventaire de la petite maison : « Je monte au grenier. Je trouve de l'argent partout, le long des murailles, sur les charpentes, dans les pots. Je descends à  la cave. Même tableau : de l'argent, toujours de l'argent. Mais, me dis-je en moi-même, jamais tu n'emporteras tout.» (11)
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Le crime de Chambles
dessin de Gil Baer
 
L'assassin s'éloigne rapidement en direction de Saint-Victor, les poches emplies de pièces d'or et d'argent. Apprenant que le train aura du retard, il se ravise et revient vers Notre-Dame, dîne dans une auberge et passe la nuit dans le lieu même du crime. Le lendemain au matin, il prend le train de Saint-Etienne, pour mieux revenir le soir même avec sa maîtresse et une valise. Il a cette fois les moyens de s'offrir la location d'un attelage avec un cocher, Jean Fraisse, un témoin gênant que Ravachol songea à  supprimer dans les jours suivants. Il revint encore le surlendemain ! Il va sans dire que son manège n'était pas passé inaperçu. Le crime fut découvert le 21 juin et la police ne mit pas longtemps à  découvrir le mobile et l'identité de l'étrange promeneur que de nombreux témoins avait vu aux abords de Notre-Dame. Elle mit en place une souricière à  Villeboeuf, juste avant que l'anarchiste n'emménage rue des Franc-Maçons. Le 27 juin, le commissaire Teychené et cinq inspecteurs le ceinturèrent par surprise mais non sans mal. Déchaîné, Ravachol invectiva les policiers. Lors de la fouille, une petite boîte qui appartenait à  l'ermite fut sortie d'une de ses poches et Ravachol s'écria : « Prenez garde, elle va sauter ! »
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.Sébastien Faure organisa le 28 décembre 1891 un meeting qui se tint sur le cours Victor Hugo. Il s'agissait de débattre de "l'Affaire Ravachol" et du "droit au vol et à  l'assassinat". Né à  Saint-Etienne en 1858, Sébastien Faure est une figure importante de l'anarchisme français. Fondateur (avec Louise Michel) du journal Le Libertaire et de "la Ruche",une école libertaire. Après l'exécution d'Auguste Vaillant en 1894, il devint le tuteur de sa fille Sidonie. En 1928, en désaccord avec "L'Union Anarchiste Communiste Révolutionnaire", il créa "L'Association des Fédérations Anarchistes", mais reviendra à  l'Union Anarchiste en 1934. Il s'est éteint en 1942.
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Octave Mirbeau: « J'ai horreur du sang versé, des misères, de la mort. J'aime la vie et toute vie m'est sacrée! c'est pourquoi je vais demander à  l'idéal anarchiste ce que nulle forme de gouvernement n'a pu me donner: l'amour, la beauté, la paix entre les hommes. Ravachol ne m'effraie pas. Il est transitoire comme la terreur qu'il inspire... La société seule a engendré Ravachol. Elle a semé la misère, elle récolte la haine. C'est juste.» (L'En Dehors, 1892)
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L'histoire aurait pu s'achever là . Traduit devant la justice, Ravachol aurait été condamné à  mort ou au bagne à  perpétuité et son nom serait resté plus ou moins dans les annales du faits divers forézien. Mais sitôt pris, Ravachol se fit la belle ! Alors que le fourgon le menait vers le commissariat, un complice, sur le cours Fauriel, invectiva les policiers. Profitant de l'occasion, Ravachol poussa les malheureux inspecteurs Therle et Raquin et s'éloigna dans la nuit au pas de course. On découvrit, quelques jours plus tard, dans une cave de la rue Saint-Roch, les menottes qui lui liaient les poignets. Cette aventure rocambolesque devait inspiré à  Marc Le Guet un chapitre de Contes du Pays noir intitulé "Les cors au pieds du commissaire". A son procès, Ravachol interpella en ces termes le commissaire Teychené : « Vous pouvez vous vanter d'avoir fait un joli coup en me laissant filer ! » Pauvre commissaire Teychené ! On raconte à  son sujet une autre histoire. Après la fuite de l'assassin de Chambles, il aurait revu le fuyard dans une chambre alors qu'il venait procéder à  un constat d'adultère. Ravachol était alors hébergé chez un homme qui vivait avec une femme mariée. Le commissaire s'approchant de Ravachol qui dormait sur un lit, l'hôte lui l'aurait présenté de la sorte : « Ce n'est rien, c'est mon ami Léon. » Mieux encore, le commissaire aurait déclaré par la suite à  l'hôte de Ravachol, qu'il savait connaître le fugitif, que le constat d'adultère n'était qu'un prétexte et qu'il espérait trouver le criminel dans la chambre !

Pour échapper à  la police, Ravachol mit en scène son suicide. Le 13 juillet 1891, une redingote fut découverte sur le quai de la gare de Perrache, à  Lyon. Elle contenait un billet écrit de sa main sur lequel il indiquait vouloir se supprimer pour échapper à  la justice bourgeoise. Ensuite, il gagna l'Espagne où il se réfugia chez un autre anarchiste stéphanois, Paul Bernard, tandis que sa maîtresse et ses complices étaient condamnés(12). En compagnie d'autres anarchistes, il s'exerça à  la fabrication d'engins explosifs et dut gagner Paris après qu'une de ses « morts à  bourgeois » ait fait sauter leur appartement et attiré sur eux l'attention de la police hispanique.
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"Attentat contre le procureur"
Peinture de Flavio Costantini
 
Dans la capitale, Ravachol, sous le nom de Léon Léger, se réfugia à  Saint-Denis chez un couple, les Chaumartin, qui s'étaient fait une spécialité d'héberger les fugitifs anarchistes. « Le suicidé de Lyon » y rencontra un anarchiste originaire de Firminy et sa compagne stéphanoise. Surtout, il fit la connaissance de la femme de Decamps, un militant virulent qui s'était distingué lors d'une violente bagarre avec la police à  l'occasion du premier mai. Deux agents de police et deux gendarmes avaient été grièvement blessés et Decamps avait écopé de cinq ans de prison. Le 14 février 1892, une importante quantité de dynamite fut dérobée dans une carrière des environs de Corbeil. Le 11 mars, l'engin concocté par Ravachol détruisait en partie l'immeuble du conseiller Benoît qui avait présidé les Assises condamnant Decamps. Ce fut ensuite le procureur Bulot qui fut visé mais, comme le précédent il en réchappa. Néammoins, cinq personnes furent blessées par la marmite de nitroglycérine que Ravachol avait cuisiné. Les époux Chaumartin arrêtés, le nom de Ravachol fut lâché et le Couramiaud, désormais ennemi public n°1, eut vite fait d'avoir aux trousses toutes les polices parisiennes.(13)
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Arrestation de Ravachol au restaurant Véry
Le Petit Journal, supplément illustré
 
Il causa sa propre perte, lamentablement d'ailleurs. Alors qu'il déjeunait au restaurant Véry, boulevard Magenta, il engagea la conversation avec le garçon de café Jules Lhérot et se laissa aller à  un exposé fanatique de ses opinions. Surtout, il lui raconta qu'un immeuble venait de sauter rue de Clichy et ajouta : « C'est bien fait pour les sales bourgeois qui se vautrent dans le luxe !». Jules Lhérot remarqua aussi une cicatrice sur la main de notre homme et se souvint que ce détail figurait dans la description publiée dans les journaux. Le 30 mars, Ravachol commit l'erreur de revenir dans le même restaurant et le commissaire Dresch braqua son arme sur lui tandis que son adjoint et deux agents le ceinturaient en pleine rue. Quai des Orfèvres, il se déchaîna, invectivant les gardiens, hurlant « Vive l'Anarchie » et donnant force coups de poing et coups de pied. Dix agents parvinrent à  le maîtriser. Son logement perquisitionné (rue de la République) livra un véritable arsenal et tout un attirail de cambrioleur.

S'il fut un prévenu hargneux vis-à -vis du juge d'instruction de Montbrison, il semblerait qu'il fut assez aimable avec le juge parisien, Laurent-Atthalin qui réunit en peu de temps plus de six cents pièces au dossier. Ravachol avoua le meurtre de Chambles et les attentats. En revanche, il refusa toujours d'avouer quatre meurtres horribles dont on voulut l'accuser, perpétrés à  la Varizelle (près d'Izieux) et à  saint-Etienne. En 1886, le père Rivollier, dit le « Petit Bon Dieu » en raison de son appartenance à  la secte des Beguins, fut retrouvé mort assassiné à  coups de hache, ainsi qu'une femme, la veuve Faure. Le vol semblait être le mobile du double homicide. En 1891, ce sont les corps des dames Marcon qu'on découvrit rue de Roanne à  Saint-Etienne. La mère et la fille, commerçantes, avaient été tuées à  coups de marteau.
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Attentat du restaurant Véry, suite à  l'arrestation de Ravachol
 
L'instruction fut close le 10 avril 1892. L'ouverture des Assises de la Seine eut lieu le 26 avril dans un climat tendu. La veille, un attentat avait pulvérisé le restaurant Véry. Ravachol, à  son procès, ne manqua pas de lire une harangue passionnée et fut condamné, ainsi qu'un de ses complices nommé Simon, aux travaux forcés à  perpétuité. Il lui restait maintenant à  gagner la Loire pour répondre de ses crimes et parachever sa légende.
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Une photo célèbre d'A. Berthon
(le Berthon de la "fresque Berthon" de la Bourse du Travail ? Son père ?)
 
 
Son départ de la capitale se fit dans le plus grand secret, pour arriver à  Châteaucreux le 13 mai vers 16h puis rejoindre ensuite la prison de Bellevue. Le 7 juin, il fut transféré vers Montbrison. Confiée à  Adrien Ferréol, l'instruction commença dès le lendemain et il reconnut sans peine être l'auteur du crime de Chambles et de la profanation. Le procès débuta le 21 juin dans une ville en état de siège, investie par une foule de gendarmes et pas moins de cinquante-sept journalistes. Par un étrange hasard, la veille, le tribunal eut à  juger un parricide qui avait eu lieu à  la Ravachollière, un petit hameau de la commune de Saint-Martin-en-Coailleux ! Dès le début des audiences, des rumeurs folles se répandirent comme une traînée de poudre : des anarchistes stéphanois prêts à  attaquer la prison pour délivrer leur compagnon, Ravachol serait devenu fou....
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Le Palais de Justice de Montbrison
 
Dans l'auditoire, son frère et sa soeur sont présents. Il y a aussi des personnalités dont le préfet de la Loire, le préfet Lépine, qui un peu plus tard réorganisera la police de Paris. Comme le Président lui reproche d'avoir commis un acte de lâcheté en assassinant un vieillard, Ravachol riposte : « Vous appelez ça de la lâcheté ? Croyez-vous qu'il faut être lâche pour assassiner, même un vieillard, en plein jour ? » Concernant le crime de la Varizelle, il nia à  nouveau énergiquement : « Si j'étais le coupable, je l'avouerai sans discussion. »
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Le procès Ravachol - les débats
Photo A. Berthon
 
Le 23 juin à  17 heures fut prononcé le réquisitoire. M. Cabannes déclara : « Dut la légende en souffrir, Ravachol et ses complices ne sont que de vulgaires malfaiteurs. Ravachol, l'assassin des femmes et des vieillards, faussaire, déterreur de cadavre, la seule peine qui soit proportionnée à  l'horreur des crimes, la seule possible, la seule qui résultera tout à  l'heure de votre souverain verdict : la peine de mort. » Sa défense était assurée par Maître Lagasse qui s'évertua à  présenter son client comme un illuminé, un mystique, un homme religieux transformé par Louise Michel. Il alla jusqu'à  déclarer : « C'est un coeur bon et généreux qui a poursuivi la réalisation d'une idée. » Ravachol voulut encore se lancer dans une apologie de l'anarchie, mais le Président ne le laissa pas poursuivre. Cependant, nous connaissons le texte. En voici les derniers mots : « Jugez-moi, messieurs les Jurés ; mais si vous m'avez compris en me jugeant, jugez tous les malheureux dont la misère, alliée à  la fierté naturelle, a fait des criminels dont la richesse, dont l'aisance même, aurait fait des honnêtes gens. Une société intelligente en aurait fait des gens comme tout le monde. »
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Le verdict fut prononcé en pleine nuit. Le tribunal prononça la peine de mort et Ravachol s'écria alors : « Je salue ma condamnation du cri de : vive l'anarchie ! »

Le condamné refusa de signer son pourvoi en cassation. Il fut enfermé dans la cellule des condamnés à  mort après qu'on lui eut passé une camisole de force. La rumeur d'un coup de force anarchiste fut encore évoqué. Le journal parisien Le Soir déclara que neuf individus allaient lancer des engins explosifs dans la foule lors de l'exécution, afin de faire diversion. Quelques jours plus tard, Le Gaulois croyait savoir que Ravachol s'était évadé. Quant à  La Loire Républicaine, elle indiquait qu'une réunion clandestine de « fans » (dont quatre femmes) avait été dispersée au Chambon-Feugerolles. L'exécution fut fixée au 11 juillet et c'est le célèbre bourreau Deibler qui vint à  Montbrison assurer les hautes-oeuvres. Quant au lieu exact de l'exécution, il ne devait être connu qu'au dernier moment. Ce fut au carrefour formé par les rues du palais de justice et de la Providence et des Prisons, dans une espèce de cul-de-sac.

Dernier acte. Le 10 juillet, à  23 heures, deux compagnies d'infanterie prirent position. A 3h 30, Ravachol dormait profondément. Il fut réveillé par le directeur de la prison qui lui indiqua que le moment était venu de payer sa dette. Le condamna rabroua l'abbé Claret : « La religion, c'est un bêtise, comme tous les gens sont idiots ! » Le bourreau et ses aides firent alors leur entrée pour procéder à  sa toilette et l'impayable Ravachol en profita pour leur livrer quelques réflexions de son crû à  propos de la civilisation et du progrès. « Saucissonné » par une corde, il fut hissé dans le fourgon qui l'emmena vers l'échafaud. Marchant vers le sinistre instrument cerné par une foule anxieuse, Ravachol entonna la chanson du Père Duchêne - « Pends ton propriétaire, fiche les églises en l'air !». Sur l'échafaud, il tenta de s'adresser à  la foule, mais il fut vite couché sur la planche et sa tête placée dans la lunette. Puis la lame tomba, tranchant net son dernier cri.(14)
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Face à  la guillotine
Dessin d'époque, par un témoin
« Son sang sera l'exemple où s'abreuveront de nouveaux courages et de nouveaux martyrs. La grande idée de l'Altruisme universel fleurira dans la flaque rouge au pied de la guillotine. Une mort féconde va s'accomplir. Un événement de l'histoire humaine va se marquer aux Annales des peuples. Le meurtre légal de Ravachol ouvrira une ère. » F.Dubois in Le Péril anarchiste
 
Interrogé par un journaliste, le bourreau devait déclarer ensuite : « Ravachol est le 220ème condamné que j'exécute. Il a eu du courage, sans doute, mais beaucoup en ont eu plus que lui. Lorsqu'il est monté dans la voiture, à  la sortie de prison, il a cru qu'il partait pour un long trajet. Sa surprise a été grande quand, après quelques secondes de marche, il s'est trouvé devant l'instrument ; il chantait alors mais n'était plus maître de lui et ne savait plus ce qu'il disait. Il n'a plus pensé à  l'anarchie, et s'il a demandé à  parler, c'est pour retarder le moment où il allait quitter ce monde ; ses jambes tremblaient. »

Peu de temps avant l'exécution, L'En Dehors, journal anarchiste, avait averti : « Les petits Ravachol vont grandir. Vous aurez beau faire. Ils seront encore plus adroits et terribles que leur devancier... » Ils eurent pour noms Vaillant (15), Emile Henry (16) et Casério. Ce dernier poignarda à  mort le président Sadi Carnot à  Lyon le 24 juin 1893. Le manche de son couteau portait gravé le nom de Ravachol et la veuve Carnot reçut, le lendemain du drame, une photo du Saint-Chamonais avec ces mots : « Il est bien vengé ».
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Chansons :

- Sans titre ( ?)
(Auteur : un anarchiste de Saint-Chamond)

De nos martyrs gardons la souvenance,
Ils sont tombés morts pour vous protéger.
De les grandir, nous avons l'espérance ;
Oui, Ravachol, nous saurons te venger !


- La Ravachole
(sur l'air de la Carmagnole)

Dans la grand'ville de Paris (bis)
Il y a des bourgeois bien nourris (bis)
Il y a les miséreux
Qui ont le ventre creux :
Ceux-là  ont les dents longues,
Vive le son, Vive le son,
Ceux-là  ont les dents longues,
Vive le son des explosions !


Refrain :

Dansons la Ravachole,
Vive le son, vive le son,
Dansons la Ravachole,
Vive le son
De l'explosion !
Ah, ça ira, ça ira, ça ira,
Tous les bourgeois on les saut'ra...

On les saut'ra !

Il y a les magistrats vendus (bis)
Il y a les financiers ventrus (bis)
Il y a les argousins
Mais pour tous ces coquins
Il y a d'la dynamite,
Vive le son, Vive le son,
Il y a d'la dynamite,
Vive le son
De l'explosion !

(Au refrain)

Il y a les sénateurs gâteux (bis)
Il y a les députés véreux (bis)
Il y a les généraux
Assassins et bourreaux
Bouchers en uniforme,
Vive le son, Vive le son,
Bouchers en uniforme,
Vive le son
De l'explosion !

(Au refrain)

Il y a les hôtels des richards (bis)
Tandis que les pauvres déchards (bis)
A demi morts de froid
Et soufflant dans leurs doigts
Refilent la comète,
Vive le son, vive le son,
Refilent la comète,
Vive le son
De l'explosion !

(Au refrain)

Ah ! nom de dieu, faut en finir ! (bis)
Assez longtemps peindre et souffrir ! (bis)
Pas de guerre à  moitié !
Plus de lâche pitié !
Mort à  la bourgeoisie,
Vive le son, Vive le son,
Mort à  la bourgeoisie,
Vive le son
D'l'explosion !

(Au refrain)

- Ravachol
( chanson de Renaud Séchan)

Il s'app'lait Ravachol, c'était un anarchiste
Qu'avait des idées folles, des idées terroristes.
Il fabriquait des bombes et les faisait sauter
Pour emmerder le monde, les bourgeois, les curés.

A la porte des banques, dans les commissariats,
�?a f'sait un double-bang, j'aurais aimé voir ça.
Mais un jour il fut trahi par sa meilleure amie,
Livré à  la police, la prétendue justice.

Au cours de son procès, il déclara notamment
N'avoir tué aucun innocent,
Vu qu'il n'avait frappé que la bourgeoisie,
Que les flics, les curés, les fonctionnaires pourris.

Mais le juge dit : Ravachol, on a trop discuté,
Tu n'as plus la parole, maint'nant on va trancher !
Devant la guillotine, il cita, ben voyons,
Le camarade Bakounine et l'camarade Proudhon :

Si tu veux être heureux, pends ton propriétaire,
Coupe les curés en deux, tue les p'tits fonctionnaires !
Son exemple fut suivi quelques années plus tard
Par Emile Henry, autre ennemi du pouvoir.

Camarade qui veux lutter autour du drapeau noir,
Drapeau d'la liberté, drapeau de l'espoir,
Rejoins le combat du groupe Ravachol
Et n'oublie surtout pas qu'la propriété, c'est l'vol !

Il s'app'lait Ravachol, c'était un anarchiste
Qu'avait des idées pas si folles, des idées terroristes.


Notes :


(1) C'est du flanc du nihilisme russe qu'est sorti le crime anarchiste dont Netchaiev fut la figure de proue. Auteur d'un Catéchisme du révolutionnaire, il exhorta ses compagnons à  discréditer le pouvoir en place par tous les moyens, même les plus abjects. Nietchaiev : « La parole n'a de prix pour le révolutionnaire que si le fait la suit de près. Il nous faut faire irruption dans la vie du peuple par une série d'attentats désespérés, insensés, afin de lui donner foi en sa puissance, de l'éveiller, de l'unir et de le conduire au triomphe. » D'après L'Anarchisme de Henri Arvon.

Concernant la "propagande par le fait", un lecteur, militant syndicaliste et libertaire, nous apporte un éclairage:

" Le concept de « propagande par le fait », élaboré dans l'AIT, n'avait à  l'origine aucune connotation « terroriste », bien au contraire. En opposition à  la pratique qui consiste à  voter de temps en temps et à  ne rien faire entre-temps, la propagande par le fait engageait les travailleurs à  créer des caisses de résistance, à  organiser des manifestations, des meetings, des réseaux de coopératives de consommation, à  créer des écoles, des bibliothèques, des centres éducatifs, des sociétés mutualistes et des bureaux de placement. C'était cela, à  l'origine, la « propagande par le fait ». Il eût été plus précis de dire : propagande par l'exemple.


Bakounine exprime très clairement le sentiment qu'avaient alors les militants ouvriers :

« Eh bien, j'ai cette conviction que le temps des grands discours théoriques, imprimés ou parlés, est passé. Dans les neuf dernières années, on a développé au sein de l'Internationale plus d'idées qu'il n'en faudrait pour sauver le monde, si les idées seules pouvaient le sauver, et je défie qui que ce soit d'en inventer une nouvelle. Le temps n'est plus aux idées, il est aux faits et aux actes. Ce qui importe avant tout aujourd'hui, c'est l'organisation des forces du prolétariat. Mais cette organisation doit être l'oeuvre du prolétariat lui-même. » (Lettre aux compagnons de la fédération jurassienne, 1re quinzaine d'octobre 1873.)

Il n'est là  aucunement question de terrorisme mais d'action concertée du prolétariat organisé. Il est vrai que le terme a été ensuite dévié de son sens originel."

(2) La section stéphanoise de la Fédération anarchiste.

(3) René Dumas dans Ravachol, l'homme rouge de l'anarchie.

(4) Ce récit a été exhumé des archives de la préfecture de police de Paris par Jean Maitron en 1964. Ravachol dicta aussi ses Principes. En voici un aperçu :

« L'anarchie, c'est l'anéantissement de la propriété. Il existe actuellement bien des choses inutiles, bien des occupations qui le sont aussi, par exemple, la comptabilité. Avec l'anarchie, plus besoin d'argent, plus besoin de tenue de livres et d'autres emplois en dérivant. Il y a actuellement un trop grand nombre de citoyens qui souffrent tandis que d'autres nagent dans l'opulence, dans l'abondance. Cet état de choses ne peut durer ; tous nous devons non seulement profiter du superflu des riches mais encore nous procurer comme eux le nécessaire. Avec la société actuelle, il est impossible d'arriver à  ce but. Rien, même pas l'impôt sur les revenus ne peut changer la face des choses et cependant la plupart des ouvriers se persuadent que si l'on agissait ainsi, ils auraient une amélioration. Erreur, si l'on impose le propriétaire, il augmentera ses loyers et par ce fait se sera arrangé à  faire supporter à  ceux qui souffrent la nouvelle charge qu'on lui imposerait. Aucune loi, du reste, ne peut atteindre les propriétaires, car étant maîtres de leurs biens on ne peut les empêcher d'en disposer à  leur gré.

Que faut-il faire alors ? Anéantir la propriété et par ce fait anéantir les accapareurs. Si cette abolition avait lieu, il faudrait aussi abolir l'argent pour empêcher toute idée d'accumulation qui forcerait au retour du régime actuel. C'est l'argent en effet le motif de toutes les discordes, de toutes les haines, de toutes les ambitions, c'est en un mot le créateur de la propriété. Ce métal, en vérité, n'a qu'un prix conventionnel né de sa rareté. Si l'on était plus obligé de donner quelque chose en échange de ce que nous avons besoin pour notre existence, l'or perdrait sa valeur et personne ne chercherait et ne pourrait s'enrichir puisque rien de ce qu'il amasserait ne pourrait servir à  lui procurer un bien-être supérieur à  celui des autres. De là , plus besoin de lois, plus besoin de maîtres ! »


(5) Selon P. Marchal, La Région Illustrée, Pâques 1936

(6) Beaucoup d'autres grandes figures de la Révolution sont venus en terre stéphanoise dont le prince Kropotkine le 11 novembre 1881. Il expliqua au Cercle de l'Union des Travailleurs, à  Saint-Etienne, pourquoi il était anarchiste et non collectiviste. Benoît Malon, Jules Guesde, Simon Dereure et les autres par Marcel Dereure, Village de Forez, 2000

(7) Avant cette escapade lugubre, Ravachol fut impliqué dans le cambriolage et l'incendie volontaire de la maison des demoiselles Jenny et Louise Loy, près du Portail rouge à  Saint-Etienne.

(8) Le Libertaire du 9 juillet 1925

(9) Quelques mots sur l'ermite Brunel d'après les témoignages publiés dans La Région Illustrée: L'ermite était un grand vieillard très droit au visage couvert de rides profondes. Il avait un regard vif et un esprit aiguisé. Robuste et très actif, il était vêtu d'une longue soutane et portait un chapeau haut de forme qui lui donnait un accoutrement particulier. On lui a prêté aussi un don de thaumaturgie. Il fut inhumé à  Chambles mais sa tombe qui portait la mention « victime de Ravachol » n'existe plus de nos jours.

(10) Une jarre en grès où les paysans foréziens cachaient parfois leurs économies.

(11) Le magot est estimé à  25 000 francs. Mémoires de Ravachol.

(12) Madeleine Rullière fut condamnée à  sept ans de travaux forcés qu'elle purgea à  Montpellier.

(13) La psychose s'installa vite dans la capitale et Le Figaro se plut à  faire paraître une petite satire, signée Lucien Puech, qui mettait en scène notre « héros ». On y lit que Ravachol, reçu sans ménagement dans un hôtel, dévoile sa « profession » d'anarchiste et que le concierge s'exclame : « Ravachol ! Vous avez dit Ravachol !Mélanie, donne congé au premier étage. Ce cher Ravachol ! Vous habiterez le premier. Nourri, chauffé, éclairé. Seulement, nous mettrons une plaque sur la porte cochère : « Ravachol est dans la maison ».

(14) A propos de celui-ci, certains témoins ont dit avoir entendu « Vive la République ». « Vive la Révolution » semblerait plus vraisemblable.

(15) Attentat à  la bombe en pleine séance du palais Bourbon, 1893. Célèbre pour les paroles historiques du président, Charles Dupuy (originaire de Roanne) : « Mrs, la séance continue. » Vaillant fut condamné à  mort et exécuté.

(16) Attentat de l'hôtel Terminus, 1893. A ses juges qui lui faisaient remarquer que ses mains étaient couvertes de sang, Henry rétorqua : « Comme vos robes rouges ! » Il fut guillotiné.