Friday, March 01, 2024
ccirmsc.jpgAprès avoir évoqué la naissance et le développement de la Chambre de Commerce de Saint-Etienne-Montbrison, nous enchaînons avec sa petite soeur du nord du département.

La Chambre de commerce de Roanne (Chambre de Commerce et d'Industrie de Roanne en 1960 et Chambre de Commerce et d'Industrie du Roannais en 1992) a été créée par un décret du Ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics le 9 janvier 1864 sous le règne de Napoléon III. La demande avait faite à l'initiative du Conseil municipal de la Ville de Roanne au début de l'année 1863. La première élection de ses membres eut lieu en février 1864. Les 47 électeurs (sur 72 inscrits) choisirent 9 membres qui à leur tour ont élu en mai leur président en la personne de Charles Bouiller, maire de Roanne.  Négociant en fer, son entreprise se trouvait justement où se situe aujourd'hui l'immeuble de la Chambre. Il fut également conseiller général, député de la Loire, président de la Caisse d'Épargne de Roanne durant dix ans, etc. Jean-Marie Cherpin fut élu vice-président et Francisque Chaverondier devenait le secrétaire-trésorier. Ce dernier avait la charge d'un premier budget à hauteur de 1200 frcs.

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Charles Bouiller

Depuis Charles Bouiller, jusqu'à l'actuel président (Jean-Bernard Devernois) 21 présidents se sont succédés à la tête de la CCIR. Voici leurs noms: Jean-Marie Cherpin (1866-1868), Jules Guilloud (1868-1870), Rémi Déchelette (1870-1874), Francisque Chaverondier (1874-1878), Alexandre Rollet (1878-1880), César Massard (1880-1882), Jules Bajard (1882-1920), Pierre Dumarest (1920-1938), Paul Bonnaud (1938-1942), Paul Guerry (1942-1944), Paul Bonnaud (octobre-novembre 1944), Jean Bonnet (1944-1946), Pierre Maillot (1956-1965), François Passager (1965-1971), Claude Peylet (1971-1974), Jacques Demurger (1974-1980), Jacques Servat (1980-1983), Yves Le Gaillard (1983-1992), Pierre Brissot (1992-2001), Lucien Deveaux (2001- 2004)

Parmi ces présidents, on relève quatre fabricants de cotonnes et cotonnades (Cherpin, Guilloud, Déchelette et Dumarest), plusieurs industriels textiles ( Le Gaillard, Deveaux, Maillot) et un tisseur (Guerry). Un seul banquier a été élu (Rollet); les autres étant des négociants, entrepreneurs ou industriels divers. On remarque aussi le bref retour de Paul Bonnaud en 1944. En effet, une ordonnance du 8 juillet 1944 avait dissout les Chambres élus après le 2 septembre 1939. Paul Bonnaud assura l'intérim jusqu'à la nouvelle élection de la fin 1944. A noter aussi la longue présidence de Jules Bajard. Ce négociant en fer a donné son nom à une rue de Roanne. Il est décédé en 1925.

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On notera enfin qu'aucune femme n'a jamais été élue à la tête de la CCIR. Pas plus que dans le sud du département d'ailleurs. Par contre, six femmes chef d'entreprise ont été élues dans le bureau lors de la mandature 2000-2004. Le bureau actuel en comprend trois. Si l'on en croit la liste consultable sur le site internet de la CCIR, il s'agit de Mmes Jocelyne Panserat, Catherine Perrault et Carole Rzepka-Chanroux. La première femme élue à la CCIR fut Mme Aucourt (1945). Elle remplaçait son mari défunt.

Le siège de la CCIR est situé à l'angle des rues Marengo et des Minimes. Le bâtiment, qui s'inspire du siège de la Chambre de commerce de Grenoble, a été achevé en une année (1903) sous la présidence de Jules Bajard. S'y installèrent aussi le bureau de la douane, la Condition publique des matières textiles et la Chambre des notaires.

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La construction (carte postale 1903)

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En 1864, le dispositif économique roannais s'appuyait dans le domaine des transports sur le port de Roanne et le canal grâce aux activités de transbordement. Le développement du chemin de fer (ligne Andrézieux-Roanne-Le Coteau-Beaujolais ensuite reliée à Paris) eut des répercussions importantes et, face à ce mode de transport concurrent, la Chambre de Commerce intervint à de nombreuses reprises pour maintenir un fragile équilibre entre les deux. C'est à l'époque la Compagnie P.L.M. qui exploite le réseau ferroviaire entre la capitale, Lyon et Marseille. Le canal de Roanne à Digoin, mis en service en 1838, racheté par l'Etat au début des années 1860, fut alors agrandi pour le mettre au même gabarit que celui des autres canaux de France. Mais le P.L.M., malgré les demandes incessantes de la CCI auprès de l'Etat, mit plus de 30 ans à mettre en circulation l'embranchement qui reliait sa ligne à la gare d'eau. La voie de raccordement était pourtant terminée depuis 1866. C'est donc en 1894 seulement que le charbon stéphanois, le chocolat, le coton, mais encore les blés de l'Orléanais, le bois à crayon ou les glucoses du Forez purent bénéficier du raccordement directe de la voie d'eau à la voie ferrée. Dans les dernières années du XIXe siècle, la Chambre de Commerce, avec l'aide des parlementaires, obtint l'agrandissement du canal, l'allongement des écluses, l'aménagement de quais verticaux en maçonnerie, construction d'entrepôts et d'ateliers de réparation... L'activité du canal atteint alors son apogée en 1918, avec plus de 580 000 tonnes de trafic, plaçant le port de Roanne au 32e rang des ports français intérieurs et maritimes. Les produits sont transportés sur des péniches de 250 tonnes.

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Dans son voisinage s'implantent des grandes entreprises dont les Papeteries Navarre, en 1909, qui employaient jusqu'à 750 ouvriers et produisaient jusqu'à 50 000 kilos de papier par jour. Ou encore la Société Cupro-Textile, installée sur un deuxième bassin aménagé pendant la Grande Guerre et qui ne survécut pas à la crise des années 20. Au fil du temps, la concurrence du Chemin de fer et des routes devaient avoir raison de la navigation fluviale.  Dans les années 1930, la flotte fluviale perd plus de 2000 bateaux et son trafic passe à 360 000 tonnes. Il est de 200 000 tonnes en 1945, à peine 19 500 en 1976. En 1984, la Chambre de commerce avait accepté de reprendre la gestion du port, réduit à un seul pont de transbordement et un trafic commercial résiduel de coke de pétrole et de sel de déneigement. Aujourd'hui, le port de Roanne est devenu un espace de promenade, de détente et de loisirs, constituant avec le port de Briennon, un site touristique très apprécié.

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Dans le domaine aérien, c'est en 1971 seulement que l'aéroport de Roanne-Renaison s'ouvre à l'aviation commerciale. Son exploitation est alors confiée à la Chambre de commerce qui s'emploie à aménager une petite aérogare avec salle d'accueil, une piste agrandie pour une plateforme passant à un peu moins de 100 hectares. Cette même année, une ligne régulière et journalière  Roanne-Paris est mise en service. En 2004, en l'absence d'une liaison commerciale régulière, le Grand Roanne agglomération reprenait la gestion de l'aérodrome. Celui-ci accueille aujourd'hui plusieurs clubs d'aviation, de vol à voile et d'ULM. Tous les deux ans s'y déroule un meeting aérien bénéficiant d'une belle réputation et qui perpétue une tradition ancienne puisque les premiers meetings dans le Roannais datent de 1911.


A suivre

Source principale:
"La Chambre de Commerce et d'Industrie du Roannais de 1864 à nos jours"

Pierre Brissot

Remerciements encore à Mme Auboyer (CCIR)