Monday, January 22, 2018

fzmsc.jpgDes Ségusiaves à  la veille de la Révolution


Si le dolmen de Luriecq dans les monts du Forez, le menhir du Flat et autres pierres mystérieuses du Pilat ou du canton de Noirétable laissent à  penser que notre région fut occupée de très longue date par des peuplades, peut-être Ligures et autres Ibères dont nous ne savons pas grand chose, son histoire commence vraiment avec un peuple gaulois, les Ségusiaves (ou Ségusiens) mentionnés par le géographe grec Ptolémée et Jules César qui en fait mention dans La guerre des Gaules.


Pierre sur autre

Pline les qualifie de " peuple libre " (" Segusiani liberi "). Il s'agirait d'un peuple issu des Eduens. Un peuple de commerçants établi entre Loire et Rhône et dont la capitale était l'actuelle Feurs, nommée plus tard sous la domination romaine Forum Segusiavorum (" le marché ou cité des Ségusiaves ") et non pas l'antique Lugdunum (Lyon) fondée bien après, sous l'Empereur Auguste. Peuple commerçant donc qui fit de l'oppidum d'Essalois un lieu d'échange mais aussi guerrier car il s'était rallié à  l'armée de Vercingétorix contre l'envahisseur romain. Ne dit-on pas qu'une bataille les opposa aux légions romaines près de Saint-Haon-le-Châtel ? Le souvenir de ce peuple gaulois reste aujourd'hui inscrit en toute lettre sur la préfecture de Saint-Etienne.


Cheval et sanglier
Musée archélogique de Roanne
/René Fessy

Les  Ségusiaves avaient pour territoire celui compris dans le triangle Rodumna (Roanne), Feurs et la future capitale des Gaules. D'autres peuples gaulois occupaient certaines parties de notre département actuel. Dans les Monts du Forez, les environs de Montarcher se partageaient ainsi entre les Ségusiaves, les Vellaves (qui ont donné leur nom au Velay) et les célèbres Arvernes (Auvergne). Les Monts de la Madeleine qui poursuivent les Monts du Forez au nord vers Roanne touchaient le territoire des Boiens du Bourbonnais. Enfin le Pilat marquait la frontière de trois peuples: les Ségusiaves, les Allobroges à  l'est et les Helves vers Vienne.

Nos ancêtres les Ségusiaves
(carte postale publicitaire pour les Eaux minérales de Saint-Galmier)

Sous la domination de Rome, le Pagus Forensis (" Pays des Foréziens, autrement dit sticto sensu " le pays des habitants de Feurs ") compris dans la province de la Gaule Lyonnaise devint florissant comme s'en font l'écho les collections de la Diana à  Montbrison, du Musée Déchelette de Roanne ou le musée d'Assier à  Feurs. Le Forez est en effet situé sur une voie de communication importante. Il est traversé par la voie Bolène entre Lyon et Bordeaux qui passe par Icidmago (Usson-en-Forez) via Feurs et Aquae Segetae (Moingt) et par la route entre Vienne et Clermont. Feurs est alors une étape importante sur la route de l'étain. Aquae Segetae, près de Montbrison, était alors une ville d'importance avec thermes et théâtre.


Quels adeptes de la nouvelle religion amenèrent dans le Forez le message évangélique au IIe siècle ? Il n'y a guère de certitudes à  ce sujet mais certains noms sont parfois évoqués dans les légendes : Saint Ferréol et Saint-Andéol, Saint Laurent aussi qui donna son nom à  la première église de Saint-Etienne puis Saint Julien. Tous martyrs.
Après la chute de Rome, les Burgondes ont fondé un royaume important dont les villes principales furent Vienne, Lyon et Genève. Apparaissent alors un certain nombre de circonscriptions concernant notre région, les trois principales étant  l'ager Forensis (Forez), l'ager Jarensis (Jarez) et l'ager Rodanensis (Roannais). Un 4e, l'ager Solobrensis (pays de Solore) aurait englobé le pays de Saint-Laurent-Rochefort. Dans la première moitié du VIe siècle (534), le pays passa sous la domination des Francs avec les fils de Clovis qui l'inclurent dans leur traité de partage.

On peut penser que deux cents ans plus tard, les armées sarrasines en marche vers Poitiers passèrent par le Forez. S'il manque des données historiques à  ce sujet, certaines traditions, comme celles du martyre de St Porchaire à  Montverdun ou la légende du siège du château de Couzan, peuvent laisser supposer quelques incursions.


La borne des troix provinces à  Usson en Forez

A la mort de Charlemagne puis de son fils Louis le Pieux, l'empire fut démembré lors du traité de Verdun en 843 entre les trois petits fils de Charlemagne. Et l'histoire du Lyonnais, donc du Forez, devient extrêmement complexe à  retracer. Bien qu'en théorie le Lyonnais ait dû faire partie du royaume de Charles le Chauve (la Francie) les archevêques de Lyon se rangèrent aux côtés de Lothaire qui régnait sur un territoire s'étendant de l'Italie à  la Belgique via la Lorraine: la Lotharingie.

Après Lothaire, le Lyonnais passa aux mains de son fils Charles, roi de Provence puis de Lothaire II, roi de Lorraine. En 870, Charles le Chauve, toujours vivant et qui a bonne mémoire, chasse Gérard (ou Girard) de Roussillon à  qui Lothaire Ier avait confié l'administration du territoire et nomme à  sa place le comte Boson. Ce dernier, deux ans après la mort de son maître Charles le Chauve, en 879, voulut se faire sacrer roi. Son royaume, connu sous le nom de Royaume de Provence (avec Vienne pour capitale) s'étendait de Marseille au Jura, des Alpes aux Cévennes. Le Forez en était.

Boson rendit l'âme en 887. Lui succédèrent son épouse Ermengard et son fils Louis l'aveugle, proclamé roi à  Valence.  Puis Hugues de Vienne (ou d'Arles) céda le territoire au roi de Bourgogne Rodolphe II, issu d'une famille allemande. Ce territoire est alors connu sous les noms de Royaume du Jura, de Burgondie, de Provence, des Germains, etc.  A ce dernier succéda Rodolphe III.

La fin de l'Empire carolingien et l'affaiblissement du pouvoir  central fut marquée par un  émiettement de l'autorité au profit de nombreuses principautés. Lesquelles plus tard devaient se morceler de même en de multiples seigneuries, marquant le début de la Féodalité. Pour l'heure, nous sommes à  la fin du Xème siècle et c'est à  cette époque que le Forez sort des brumes de l'histoire, d'abord dans le giron lyonnais (comitatus Lugdunensis) puis d'une manière plus autonome.
 
Ci-dessous: Cervières dans l'Armorial de Guillaume Revel

Deux personnages en effet gouvernent le Lyonnais et le Forez au profit des rois déjà  cités. Il s'agit de l'archevêque de Lyon, qui durant près d'un siècle sera issu d'une même famille, celle des Burchards, et du comte de Lyon et de Forez, un officier nommé et révocable. L'un d'entre eux parvint à  obtenir  l'hérédité de sa charge. Il peut désormais la transmettre à  ses fils. C'est la naissance de la première race (ou famille) des comtes de Forez qui pour l'heure sont encore comtes de Lyon et de Forez. Guillaume I, cité dès 921, serait le plus ancien personnage de cette première lignée.

En 1032, Rodolphe III, incapable de gouverner céda le Lyonnais, incluant le Forez, à  l'Empereur d'Allemagne Conrad III le Salique auquel l'archevêque de Lyon prêta hommage. Dès lors, le Forez passe sous la suzeraineté de l'Empire.

C'est le début de la très longue lutte qui va opposer les comtes de Forez aux archevêques de Lyon. Le conflit est d'abord d'origine politique. Les comtes de Lyon et de Forez en effet auraient souhaité se placer sous l'autorité des rois de France, ceux-ci n'ayant jamais renoncé -depuis le traité de Verdun- à  leur prérogatives sur notre région. L'entrée de Lyon dans le giron du Royaume de France bien plus tard, sera dû en partie à  l'action des comtes de Forez en ce sens, même quand le Forez et le Lyonnais se seront séparés. L'autre aspect du conflit vient du fait que le comte de Forez possède des domaines à  Lyon et vice-versa. Enfin, et plus simplement, c'est une lutte de pouvoir pour le domination de Lyon qui se joue.

Evoquons brièvement, parmi ces farouches guerriers de la première famille, Artaud II, puis Artaud III qui réunit sous son autorité le comté de Forez et le Lyonnais. Il entra en armes dans Lyon et en chassa l'archevêque avant de conclure avec lui un traité lui reconnaissant quelques droits sur la capitale des Gaules en échanges de terres épiscopales sises dans le comté de Forez. Ou encore Artaud IV qui en 1062 dut céder Lyon et porta pour la première fois le titre de comte de Forez. Un d'entre eux (Artaud IV ?) fut même excommunié par l'archevêque de Lyon. Mais aussi Guillaume III l'Ancien dont Guillaume de Tyr parle avec éloge et qui périt en Terre Sainte au siège de Nicée. Avec ses fils Guillaume II et Eustache, morts tous deux sans descendants s
'acheva cette lignée, vers 1115 et dont le blason est sujet à  caution, peut-être un chêne de sinople (vert), arbre commun de ce vieux pays celte où les forêts sont nombreuses.

Le Dauphin de Forez sur l'épée du gisant du comte Gui IV
Collégiale de Montbrison



Dessin d'une pierre sculptée sur la façade intérieure du château de Chevrières
(F. Thiollier, Sculptures foréziennes de la Renaissance, 1892)

Débute alors l'histoire de la 2ème famille des comtes de Forez qui devait élever Montbrison au rang de ville principale et qui donna une dizaine de comtes au Forez. Cette seconde famille était apparentée aux Dauphins du Viennois, ce qui explique le nouveau blason " De gueules au Dauphin d'or " avec ce mammifère commun au Forez et au Dauphiné, d'azur (bleu) dans le second cas. La grande affaire de cette famille fut d'abord d'en finir avec le conflit séculaire l'opposant au voisin, l'archevêque de Lyon. En 1157, la bulle d'or de l'empereur Frédéric Barberousse octroya la ville de Lyon à  l'archevêque Héracle de Montboissier, qui avait prêté hommage à  l'Empire. Une guerre s'ensuivit et Gui (ou Guy) II entra dans Lyon, en fut chassé et vit ses terres envahies à  leur tour. Le comte sollicita alors l'intervention du roi de France Louis VII et lui prêta hommage, en 1167, pour ses châteaux de Montbrison, Monsupt, Montarcher, la Tour-en-Jarez et Chamousset. En 1173 fut conclue la " permutatio ", c'est à  dire le traité qui mit fin aux guerres et qui fut ratifié par le roi de France et le Pape. Le comte de Forez renonçait à  ses prétentions sur toute la rive gauche de la Saône.

A noter la singularité du Jarez qui est coupé en deux, une partie passe entre les mains du Comte de Forez (Rochetaillée, Feugerolles, Saint-Priest, Saint-Héand) mais quelques places restent en possession de l'archevêque de Lyon dont Saint-Chamond, Riverie et Saint-Symphorien-sur-Coise. Le territoire compris entre les châteaux de la Tour-en-Jarez et de Saint-Priest devenant une sorte de zone neutralisée entre les possessions foréziennes et lyonnaises. En contrepartie de ces concessions, le comte de Forez reçut 1 100 marcs d'argent et sa suzeraineté fut affermie dans ses possessions roannaises où l'archevêque de Lyon consentait à  des sacrifices.

Ces comtes de Forez restent dans les mémoires pour avoir fait édifié en particulier la collégiale Notre-Dame d'Espérance à  Montbrison (Gui IV y repose dans son tombeau) et la salle héraldique de la Diana construite à  l'occasion du mariage de Jehan Ier de Forez (dont un auteur a écrit qu'il fut "le plus magnifique seigneur de sa race") avec Alix de Viennois en 1296 qui amena en dot au Forez quelques lieux du Pilat. Egalement pour avoir lutté en Terre Sainte: Gui III est mort à  Saint-Jean d'Acre. Gui IV s'est éteint en Italie sur le chemin du retour après avoir confié le gouvernement à  sa femme Mahaut de Nevers. Gui V fut blessé à  Damiette. Le comte Renaud participa à  la seconde expédition de Saint-Louis. Mais aussi contre les grands féodaux, en particulier les farouches Damas de Couzan dont le nid d'aigle du " pays d'Aimé Jacquet " domine encore les gorges des monts du Forez, ou les seigneurs voisins de Beaujeu (qui ont donné leur nom au Beaujolais). De cette époque féodale il reste encore des châteaux massifs, des tours ou des vestiges de remparts élevés par ou pour les comtes de Forez pour défendre leur territoire: Chalmazel, Chevrières, Grangent, Cervières, Marcilly, Cleppé, Fontanès, Chevrières, Bellegarde...

Le château de Chalmazel, construit avec la bénédiction du Comte de Forez pour faire face aux remuants seigneurs de Couzan

Saint-Bonnet-le-Château
(bois de Jean Chièze publié dans La Région illustrée de Pâques 1937)

Vers le sud-est du comté, aux confins des terres de l'Eglise de Lyon, se constitua la puissante seigneurie de Jarez. La famille de Jarez, sous la mouvance immédiate du comte de Forez en même temps que vassale de l'archevêque de Lyon pour certaines possessions, devint la maîtresse effective de Saint-Chamond, de Rochetaillée, de Saint-Priest et de Feugerolles. Leur domaine s'étendit ensuite jusque vers Pélussin, Argental et Malleval. Ce sont encore les d'Urgel de Saint-Priest, seigneurs de Jarez qui reçurent Saint-Etienne des comtes de Forez.

Une trentaine de grandes famille du Forez furent, peu ou prou, vassales des comtes de Forez. Citons les plus connues: les d' Urfé, les d'Apchon, les Couzan, les Lavieu, les d'Augerolles, les d'Apinac, les d'Ecotay, les Raybe, les Sapolgue...  Du point de vue administratif, c'est le comte Jehan Ier qui au début du XIVème siècle donna au territoire une organisation efficace, calquée sur celle des rois de France. Le pouvoir judiciaire et administratif, à  l'échelon local, est aux mains de capitaines châtelains qui ont la garde des place fortes. Quarante et une châtellenies forment alors le comté. Autour du comte, baillis, juges, chancelier et clercs ont d'importantes attributions.

Saint-Haon le Châtel
F. Thiollier (1889)

A noter encore que treize villes (les treize villes de Forez), dites "vocables" ont droit d'envoyer des députés aux Etats du Pays. Il s'agit de Montbrison, Feurs, Saint-Germain-Laval, Sury, Saint-Galmier, Saint-Bonnet-le-Château, Boen, Saint-Etienne-de-Furan, Bourg-Argental, Roanne, Saint-Haon-le-Châtel, Saint-Rambert et Cervières.Lors de la guerre de Cent ans, les comtes de Forez luttèrent contre les pillards anglais et mercenaires, les Tard-venus qui ravagèrent les villages de Valbenoîte, Estivareilles, Saint-Rambert ou même Montbrison...

Le comte Gui VII fut un personnage particulièrement remuant. Fils de Jean Ier, seigneur de Forez et de Thiers, il se fit remarquer en insultant à  Paris Gilles Ascelin, président du Parlement, et fut absous pour cet acte en 1321 par lettre de rémission du roi Philippe V. Il eut encore des démêlés avec le prieuré de Firminy qui lui contestait ses droits de garde. Ses soldats rasèrent le prieuré ! Ici encore, le comte fut absout en 1344 mais dut réédifier les bâtiments détruits. On le retrouve en 1333, quand il se porte à  la rescousse du roi Jean de Bohème. En 1338, il rejoignit à  Péronne les troupes du royaume de France et combattit avec succès l'envahisseur anglais en Flandres (1340) et dans le Languedoc en 1345. Deux ans plus tard, il est fait lieutenant du roi en Poitou et en Saintonge. Il s'éteignit en 1358 après s'être aussi beaucoup occupé de son Forez. Il créa notamment plusieurs étangs dans la plaine à  Craintilleux, Uzore...  C'est  en combattant les routiers, des mercenaires sans emploi, que son fils le Comte Louis de Forez perd la vie en 1362 lors du désastre de Brignais qui entraîna la fin de la dynastie des comtes de Forez. Le pays passa en effet aux mains de son frère Jean II qui, à  moitié fou, laissa en réalité sa mère, Jeanne de Bourbon (épouse de Guy VII) l'administrer et le défendre. La mort de Jean II, en 1372, marqua la fin de la Maison d'Albon, qui avait administré le Forez durant deux siècle

La petite fille de Jeanne de Bourbon, Anne Dauphine, épousa Louis II de Bourbon, beau-frère du roi Charles V. Le Forez passa donc sous la coupe des Ducs de Bourbon dont la capitale était Moulins (Allier). Et ce, malgré Renaud de Forez, l'oncle de Jean II de Forez, évincé dans la lutte de pouvoir qui se disputa. Louis II combattit en 1374 les Anglais et dirigea une croisade contre les Sarrazins à  laquelle participèrent des seigneurs foréziens dont les Saint-Priest et Saint-Polgues. Après sa mort (1410) Anne Dauphine, sa veuve, administra le Forez qu'elle possédait en propre. Elle fit de Cleppé sa résidence principale où elle tenait une cour brillante. Elle y décéda en 1417.


Cour en Forez
Aquarelle de A.Chaine
Anne Dauphine

Son héritier, son fils Jean Ier, captif des Anglais à  Londres, malgré les impositions levées pour sa rançon, laissa le pouvoir à  Marie de Berry qui aimait à  résider à  Sury-le-Bois. Vient ensuite Charles Ier qui soutint le futur roi de France Louis XI dans sa révolte contre Charles VII. Il en résulta une expédition royale dans le Forez, marquée par le passage du roi de France à  Pommiers en Forez et à  Cleppé où il s'entretint avec son fils et le duc de Savoie.  Le 27 octobre 1452, un important traité y est signé. Le dauphin avait en effet épousé Charlotte de Savoie,  la fille du duc de Savoie, sans le consentement du roi. Après plusieurs entrevues, on arrange les conditions du mariage du dauphin qui sont approuvées et le roi accorde même sa fille Yolande au duc Louis de Savoie. Jean II de Bourbon, au contraire, se rangea plus tard (1465) contre Louis XI aux côtés de la Ligue du Bien public. Celle-ci regroupait des nobles qui contestaient l'autorité royale. Louis XI souhaitant de son côté affermir sa mainmise en affaiblissant l'indépendance des grands féodaux. Les Milanais, alliés du roi, entrèrent alors en Forez, s'emparant de plusieurs châteaux.

Si les ducs de Bourbon et comtes de Forez furent les maîtres de la région, les d
'Urfé qui eurent la charge de bailli de Forez en furent les bienfaiteurs. Cette famille qui servait déjà  les comtes de Forez, servit les ducs de Bourbon puis les rois de France. Elle donna nombre d'hommes d'église, de guerre et de lettres dont plus tard son plus célèbre représentant, Honoré d'Urfé, grâce auquel le nom de Forez fut connu de toute l'Europe avec L'Astrée.

C
'est d'une sombre manière que le Duché de Bourbon et avec lui le Forez fut annexé définitivement par la couronne. Certains y voient d'abord la conséquence de la trahison de Charles III de Bourbon vis à  vis du Roi de France. D'autres l'excusent en insistant sur le rôle néfaste de Louise de Savoie, mère de François Ier. Toujours est-il que 15 juillet 1523, à  Montbrison eut lieu un événement lourd de conséquences. Charles III, dernier des ducs de Bourbon et des Comtes de Forez reçut en secret l'émissaire de l'empereur germanique Charles Quint. Une alliance fut conclue pour lutter contre le roi de France François Ier. Quelques années plus tard, Charles de Bourbon succomba sous les murs de Rome et le Forez fut annexé par le royaume de France (1531). En 1536, François Ier, descendant de Guy VII de Forez, vint en personne, accompagné de toute la cour à  Montbrison qui lui fit fête pendant plusieurs jours.

Charles III de Bourbon

Mais le XVIe siècle forézien fut marqué aussi par des réjouissances beaucoup moins sympathiques. Les guerres de religion d'abord enflammèrent tout le pays et Saint-Etienne, avec le passage de l'Amiral Coligny en personne, Saint-Galmier et surtout Montbrison durent souffrir le passage des troupes huguenotes commandées par des chefs terribles, en particulier le Baron des Adrets. Au final, le Forez fut peu sensible à  la doctrine réformée et resta catholique. Un peu trop, pourrait-on dire puisque après la mort du roi Henri III, Anne d'Urfé et Honoré, Mitte de Chevrières et Jacques de Savoie, duc de Nemours  emmenèrent une partie des Foréziens dans l'aventure de la Sainte Ligue. Plusieurs châteaux (Montrond, Rochetaillée, Cornillon) tombent entre leurs mains mais la conversion d'Henri IV, les dissensions et la prise de Montrond par les troupes royales (1595) mettent un terme à  la résistance. Cette période fut aussi marquée par le fléau de la peste qui fit des ravages dans presque toutes les villes et villages de la région.

Du point de vue administratif, la réunion du Forez à  la couronne s'accompagna de changements. La Chambre des Comptes de Montbrison fut supprimée dès 1532 et la province fut rattachée à  la généralité de Lyon. En 1645, en raison de l'importance croissante de Roanne et de Saint-Etienne, furent créés des sénéchaussées dans ces deux cités, chargées de la justice, non sans une vive opposition du bailliage de Montbrison, concurrencé dans ses prérogatives anciennes.


Anne d'Urfé fait prêter serment aux barons du Forez

Dans les deux siècles qui suivirent, Montbrison commença à  s'endormir dans le souvenir de son glorieux passé tandis qu'une forme de pré industrialisation gagnait le bassin stéphanois. Dès 1706, le charbon stéphanois gagnait déjà  Paris via les rambertes de la loire et Roanne se lançait dans la fabrication des cotonnades. Cette période est également marqué par des évènements marquants, le passage du bandit Mandrin à  Saint-Etienne, Montbrison et Saint-Bonnet-le-Château mais aussi l'expansion des idées jansénistes condamnées sous Louis XIV et qui devaient donner naissance dans le Forez à  certains mouvements religieux millénaristes, en particulier celui des Béguins de la " Petite Eglise du Forez ".

La Révolution fut accueillie favorablement dans le Forez mais la Constitution Civile du Clergé, l
'assassinat du roi et finalement la terreur jacobine menée à  Feurs par le sinistre Javogues devait ensanglanter et diviser notre région. Et si la plaine et la région stéphanoise restèrent très républicaines (en règle générale) les massifs montagneux, des Monts du Forez aux Montagnes du matin et le Pilat eurent leurs guérillas chouannes. En particulier celle que mena Antoine Crozier dans les Monts du Lyonnais. Le fait le plus notable de cette période troublée restant sans doute la création du département de Rhône-et-Loire avec Lyon pour chef-lieu, puis la scission entre deux départements distincts suite à  l'insurrection de Lyon soutenue par Montbrison. Celui de la Loire eut d'abord l'antique Feurs comme chef-lieu pour une brève période - Montbrison ayant été punie pour avoir soutenu les révoltés lyonnais - puis à  nouveau Montbrison, qui en 1856 devait céder la place à  Saint-Etienne devenu préfecture par la grâce d'un développement industriel inexorable.