Wednesday, September 20, 2017
Le 18 mars 1871, une émeute éclate à Paris sur la butte Montmartre, marquant le commencement de la Commune. Ce mouvement insurrectionnel dura 71 jours dans la capitale et s'acheva dans un affreux bain de sang essaima dans divers villes de province: Lyon, Marseille, Toulouse... Et à Saint-Etienne du 24 au 28 mars 1871. Quatre petites journées de braise marquées par l'occupation de l'Hôtel de Ville et le meutre de préfet Henri de l'Espée. L'insurrection est né à la fois d'un sursaut patriotique contre l'abdication du pouvoir politique, synonyme de trahison, durant la guerre contre la Prusse, et d'un puissant réflexe républicain contre les périls d'une restauration de nature monarchique. Par la masse de ses combattants et par le fort pourcentage d'ouvriers au sein de ses instances dirigeantes, elle apparait comme la première insurrection prolétarienne et la première tentative de gouvernement de la classe ouvrière.
 
En juillet 1870, "Napoléon le petit" déclare la guerre à  la Prusse. Mal préparés, inférieurs en nombre et surtout mal commandés, les soldats français sont submergés et leur défaite consommée en quelques mois malgré des faits d'armes célèbres, comme celui de Reichshoffen.  Le 2 septembre, à  Sedan, Napoléon III est fait prisonnier. A Paris,  un gouvernement provisoire de défense nationale est formée sous la présidence du général Trochu, gouverneur militaire. Il est composé de Républicains dont les plus célèbres sont Léon Gambetta, ministre de l'Intérieur, Jules Favre et Jules Ferry. Sous la pression populaire, la IIIème République est proclamée le 4 septembre. Le siège de Paris débute le 19 septembre. Dans un rayon de 10 km autour de la capitale, les armées allemandes encerclent la capitale et attendent. Les troupes parisiennes, soldats et gardes nationaux (c'est à  dire des civils mobilisés), tentent quelques sorties pour faire sauter le verrou mais leurs tentatives échouent. Début octobre, Gambetta quitte Paris en montgolfière et gagne Tours où il réorganise une armée pour libérer Paris. Tentative courageuse mais sans lendemain. A Metz, ce même mois d'octobre, Bazaine se rend avec 100 000 hommes ! Dans la capitale, de nombreux clubs révolutionnaires entretiennent l'agitation politique et cultivent dans les esprits des idées héritées de 1793: "la Patrie en danger", la "levée en masse". Une première manifestation a lieu le 31 octobre 1870. Elle réclame une commune, c'est à  dire un gouvernement du peuple destiné à  instaurer, comme dans l'esprit de 1792, des mesures de salut public. Elle est réprimée.
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Le siège de Paris
Jean-Louis-Ernest Meissonnier
 
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Gambetta proclame la République
 
Vient l'hiver, terrible, et les bombardements de l'artillerie prussienne. La pénurie s'installe; les prix flambent; la mortalité augmente. Les animaux du Jardin des plantes, éléphants, antilopes et chameaux sont sacrifiés au profit des tables de luxe. Les plus humbles chassent les chats et les chiens, les rats. Le 22 janvier 1871, le général Trochu, après la désatreuse sortie de Buzenval,  démissionne et préconise la capitulation. Une émeute éclate, des délégués de la Garde nationale, des clubs politiques parisiens, des comités de vigilance, décident un manifestation place de l'Hôtel de Ville mais des soldats tirent sur la foule qui s'éparpille tandis que des gardes nationaux ripostent. Paris capitule et Jules Favres signe l'armistice le 28 janvier, malgré Gambetta qui veut poursuivre la lutte. Dix jours plus tôt a eu lieu l'humiliation de Versailles où Guillaume, roi de Prusse a été proclamé Empereur d'Allemagne.

L'armistice est signée pour une période de quelques semaines, le temps aux vaincus d'élire une assemblée nationale. Bismark en effet, a besoin  que le traité de paix définitif soit entériné par une autorité légitime afin de ne pas être plus tard contesté. Les élections du 8 février 1871 donnent le pouvoir à  une large majorité royaliste, de diverses tendances. Mais à  Paris ce sont les Républicains qui sont majoritaires. L'Assemblée nationale, réfugiée à  Bordeaux, nomme alors Adolphe Thiers chef du gouvernement. Celui-ci cherche à  conclure un traité de paix avec la Prusse. Le 1er mars, les Teutons défilent dans les rues de la capitale où les statues sont voilées de noir par les habitants. La population rumine son humiliation. Un certain Georges Clémenceau, maire de Montmartre, affiche une proclamation où l'on peut lire:  « On vous a livré sans merci. Toute résistance a été rendue impossible. »

Une série de mesures décrétées par le gouvernement (depuis Versailles maintenant où il est protégé par les troupes du Kaiser) va mettre le feu au poudres. Le 10 mars, il décide de lever le moratoire sur le remboursement des effets de commerce et les loyers qui avait été instauré au début de la guerre. Il supprime aussi l'indemnité de 30 sous par jour due aux 180.000 hommes de la Garde nationale, majoritairement issus de la petite bourgeoisie et du monde ouvrier. 180 000 hommes en armes ! Thiers enfin, allume la mèche en décidant de récupérer les 227 canons positionnés sur les buttes de Montmartre et de Belleville. Le 18 mars, la foule s'assemble et fait face au détachement envoyé par le chef du gouvernement. Les soldats se débandent ou se rallient au petit peuple. Les généraux Lecomte et Clément-Thomas sont arrêtés puis sont passés par les armes. Le second, en 1848, avait durement réprimé le soulèvement républicain. D'autres émeutes se produisent au même moment en d'autres quartiers de Paris et des soldats fraternisent avec les insurgés. Les bataillons de la Garde nationale se groupent en fédérations d'où le nom de «fédérés» que l'on donnera aux insurgés.
 
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 Benoît Malon, né à  Précieux dans la Loire
Elu au Conseil de la Commune et maire de l'arrondissement des Batignolles dont il organise la défense pendant la Semaine sanglante.  Il prend le chemin de l'exil après la chute de la Commune, revient après l'amnistie de 1880 et préside le congrès socialiste de Saint-Etienne (1882) qui voit la rupture entre réformistes (possibilistes) menées par Paul Brousse, et guesdistes (marxistes). Socialiste indépendant, il est le fondateur, avec Elie Peyron et le premier directeur, de 1885 à  sa mort, de La Revue socialiste qui fut ouverte à  toutes les tendances du socialisme français. Il publie de nombreux ouvrages, dont Le Socialisme intégral (1891) qui devait influencer toute une génération de militants. A sa mort, 10 000 personnes accompagnent son corps au Père-Lachaise. En 1913, un monument destiné à  recueillir ses cendres est érigé face au Mur des fédérés et Jean Jaurès lui rend hommage.
 
Le 26 mars, des élections sont organisées pour désigner les membres du Conseil général de la Commune de Paris. La moitié des électeurs a voté. L'autre moitié, gens aisés et fonctionnaires, a détalé vers Versailles. Outre une vingtaine de républicains, toutes les tendances socialistes sont représentées. Parmi les révolutionnaires, on trouve les "jacobins", centralisateurs et intransigeants, Delescluze, Gambon, Pyat... admirateurs de la Révolution de 1789 et qui entendent mener la lutte contre la bourgeoisie et l'église.  Les "blanquistes", privés de leur chef de fil, emprisonné en Bretagne, sont une dizaine: Chardon, Ferré, Eudes, Rigault... adeptes d'une insurrection avant-gardiste plus que d'un large mouvement de masse. Les « radicaux » dont sont Arnould, Amouroux ou Clément sont partisans de l'autonomie municipale et d'une république démocratique et sociale. Il y a encore les internationalistes "proudhoniens" dont Eugène Varlin et le Forézien Benoit Malon, tous deux dirigeants de l'Association Internationale des Travailleurs (la 1ère Internationale, créée en 1864), des "indépendants": Jules Vallès et le peintre Gustave Courbet...

A Saint-Etienne,  l'annonce de la chute de l'Empire et la proclamation de la République soulève l'enthousiasme des classes populaires. Depuis 1831, l'histoire ouvrière de la ville, et en règle générale de tout le bassin stéphanois, se distingue par un foisonnement de luttes extrêmement dures. En 1831, une émeute des armuriers  fait plusieurs blessés à  Saint-Etienne et entraîne l'arrestation de 18 personnes. Cette même année, les mineurs de Rive de Gier, puis les verriers, font grève. En 1834, les manifestations sociales des passementiers stéphanois, en liaison avec le mouvement lyonnais, se doublent de revendications républicaines contre la monarchie (Louis-Philippe est roi des Français). Des barricades sont élevées à  Chavanelle, à  Badouillère... Les affrontements font six morts et de nombreux blessés tandis qu'à  Paris, un certain Thiers, futur boucher de la semaine sanglante, se fait la main rue Transnonain. En 1840 et en 1844, grève des mineurs de Rive-de-Gier. En 1846, grève des mineurs de Saint-Etienne. A la mine du Gagne-Petit, la Compagnie des Mines de Saint-Etienne fait tirer sur la foule: six morts. Personne n'oublia le geste du général Charron qui, frappé d'une pierre, désigna une femme qui fut aussitôt fauchée par les balles.  Aussi, en 1848, la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la République est elle accueillie avec un immense enthousiasme. Le drapeau rouge est hissé pour la première fois sur l'Hôtel de Ville de Saint-Etienne. A Rive-de-Gier aussi, où Jean-Marie Sigmard, un verrier, fait acclamer la République. Quelques semaines plus tard, une grave crise touchant la passementerie, les ouvrières ourdisseuses de soie saccagent plusieurs couvents-ateliers auxquels les rubanniers réservent leurs rares commandes et qui emploient des orphelines. Devant celui de la Sainte-Famille, les balles des soldats fauchent quatre femmes et un enfant.
 
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Illustration de Jacques Tardy extraite du Cri du peuple
 
Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 enterre la Seconde République. Dans les mois qui suivent, les arbres de la Liberté, plantés à  Saint-Etienne durant les évènements de 1848, sont arrachés et une quinzaine de socialistes locaux sont arrêtés.  Louis-Napoléon Bonaparte, qui n'est pas encore officiellement l'Empereur Napoléon III (21 novembre 1852) mais Prince-Président, visite Saint-Etienne le 18 septembre 1852 et y reçoit un accueil très chaleureux. Dans un article du Siècle, Edmond Texier écrit: "Il y a un mois, Saint-Etienne nommait Jules Favre membre du Conseil général, aujourd'hui cette ville crie "Vive l'Empereur !" La légende impériale est toujours vivante dans le souvenir du campagnard et de l'ouvrier. Mais les drapeaux serrés, les échafaudages disparus, les uns retournent à  la charrue, les autres à  l'atelier et tous, à  leurs instincts démocratiques."

Un temps jugulées par l'Empire, les grèves reprennent dans le milieu des années 1860. En 1865, plusieurs milliers de veloutiers cessent le travail pendant quelques jours. En 1868, c'est dans le milieu ouvrier de la passementerie stéphanoise qu'est accueillie une première antenne de l'Association Internationale des Travailleurs (A.I.T), formé à  Londres en 1864. Au passage, si c'est l'image du mineur en lutte qui prévaut aujourd'hui dans les mémoires stéphanoises, c'est le monde passementier qui le premier structura ses moyens d'actions: sociétés de secours mutuel, coopératives de production, sociétés secrètes... L'A.I.T devait jouer un grand rôle dans la mise en place des cercles ou clubs de Saint-Etienne et de Saint-Chamond et des comités dont le plus célèbre à  Saint-Etienne est le comité de la rue de la Vierge. Futur "Comité central des quatre cantons", il sera l'initiateur de l'insurrection de 1871.
 
L'année 1869 est secouée par de nombreux mouvements, celui des chapeliers à  Chazelles-sur-Lyon, des teinturiers à  Izieux, des chaudronniers à  Saint-Etienne... Il y a surtout la fusillade du Brûlé, à  La Ricamarie, qui secoue profondément l'Empire finissant. Lors du plébiscite de mai 1870, destiné à  affermir le régime en s'appuyant sur la voix du peuple (en arguant de la libéralisation du pouvoir et en faisant adopter au passage l'idée de sa transmission "de mâle en male par ordre de primogéniture", autrement-dit à  son fils),   Napoléon III  recueille en France une large majorité de "oui". A Saint-Etienne, les élections municipales du 7 juillet portent à  la mairie vingt-huit radicaux et seulement deux libéraux. Quelques semaines plus tard, à  Sedan, le régime renforcé par les urnes s'écroule piteusement par les armes.

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Le 4 septembre 1870, le Conseil municipal de Saint-Etienne, que le gouvernement avait en théorie révoqué le 6 août, se réunit dans les bureaux du journal L'Eclaireur (socialiste et anticlérical), pour rédiger une proclamation. M. Tiblier-Verne est élu maire provisoire par 24 voix contre 2 à  Dorian. Le lendemain, César Bertholon, qui n'est autre que le directeur de L'Eclaireur, est nommé Préfet. Il dissout le Conseil général remplacé par un Comité Départemental Républicain, présidé par Henri Thomas; lequel est secondé par Boudarel et Bouzol. A Saint-Etienne, un Comité central se met en place rue de la Vierge, présidé par Durbize, un comptable, ainsi qu'un comité de Salut Public. Au sein du Club de la rue de la Vierge, outre Durbize on trouve Antoine Chastel, Adrien Jolivalt, un officier de carrière, et Etienne Faure, dit "Cou-Tords" en raison d'une malformation. Ils seront les chefs de l'insurrection. Le club rallie à  sa cause le peuple des ouvriers stéphanois, notamment les passementiers et les armuriers. Dès le 12 septembre la Patrie est proclamée en danger et de nombreux ouvriers s'enrôlent avec enthousiasme.

Le 15, un emprunt municipal est voté. Il doit servir à  la défense de la ville, l'armement de la Garde nationale et l'organisation des ambulances. Mais dix jours après, seulement 300.000 francs ont été réunis et la municipalité décrète la suppression des subvention aux établissements d'enseignement confessionnel. Le 3 novembre, dix écoles laà¯ques de garçons et neuf écoles de filles s'installent dans des locaux appartenant à  des Congrégations. Le 28 septembre, le dernier bataillon du tristement célèbre 4ème de ligne, responsable de la tuerie du Brûlé, quitte  la ville  pour aller combattre l'ennemi.

Les ouvriers, dont beaucoup se sont enrôlés volontairement par patriotisme, ne peuvent avoir confiance dans le républicanisme d'une bourgeoisie qui boude un emprunt patriotique. Dès le 31 octobre, Saint-Etienne s'agite à  l'appel des socialistes qui réclament la Commune. Dans les cafés et cercles, comme à  Paris, on parle de démocratie à  la base. A partir de décembre paraît un journal qui a pour nom La Commune et qui  porte comme sous-titre : Défense nationale.  Dès le premier numéro, le journal donne le ton : "La Commune c'est la pyramide sociale remise sur sa base... c'est l'appel social au banquet de la vie, à  l'harmonie, à  l'entente cordiale." Il n'aura de cesse de dénoncer "la trahison des avocats", la "complicité des Thiers et des Favre avec Bazaine"; d' inciter à  la méfiance envers L'Eclaireur, les généraux et les prêtres, de demander la démission de la municipalité, de nouvelles élections et la constitution d'un pouvoir de type nouveau. Le fédéralisme apparait comme la solution. Tout ce qui n'est pas fédéralisme est assimilé au système impérial, "qu'il s'incarne dans un Bonaparte, un Gambetta ou un Robespierre, peu importe !" La Commune d'ailleurs prend Gambetta violemment à  partie. Elle l'accuse de faire chorus avec la bourgeoisie, "de crier aux factieux, aux partageux, d'agiter le spectre rouge et d'affecter de croire la propriété menacée". La propriété, s'écrie-t-elle, "mais nous ne la menaçons pas, nous cherchons seulement à  défendre la nôtre que vous prenez impitoyablement. La Commune se dresse contre la soi-disant République du 4 septembre, plus loin cent fois de la République que ne l'était l'Empire."
 
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Etienne Faure, Commissaire central de la Commune de Saint-Etienne
Jean Pralong, dans son ouvrage Saint-Etienne, histoire de ses luttes économiques et sociales se souvient l'avoir connu à  la fin de sa vie. Il distribuait des tracts libertaires "Ni Dieu, ni Maître" et pour survivre vendait des potions et des plantes médicinales. Il est décédé en 1911. A ses obsèques vinrent de nombreux militants de la mouvance anarchiste dont Sébastien Faure, également originaire de Saint-Etienne et leader national du mouvement libertaire.
 
Le 26 décembre, Boudarel est élu maire en remplacement de Tiblier-Verne qui a succombé à  une maladie. Début février 1871, des affiches sont placardées dans les rues de la ville annonçant que "le public est prévenu qu'il y aura une réunion de citoyens sur la place de l'Hôtel de ville, pour proclamer la Commune". La démission de la municipalité est exigée. Le 4 février, le Conseil municipal se déclare "prêt à  résigner son mandat à  qui de droit" mais "considère comme une faiblesse, comme une lâcheté coupable, l'abandon spontané de ce mandat, au moment où il pouvait présenter quelque danger". Aux élections de l'Assemblée, le 8 février 1871,  Dorian est avec 79 508 voix le seul élu dans la Loire  de l'Alliance Républicaine. A l'image du pays, le département a voté pour les conservateurs ! Seuls les cantons de Saint-Etienne ont voté pour les candidats du Comité de la rue de la Vierge. Deux jours plus tard, le Préfet Bertholon démissionne après avoir refusé de faire afficher le décret reconnaissant le titre de citoyen aux membres des familles royale et impériale. Et le Conseil municipal est toujours en place.

La méfiance s'accroît de jour en jour. La Commune appelle à  la vigilance. Le 26 février son ton se fait plus énergique encore : "On parle déjà  de désarmer la garde nationale. C'est toujours ainsi qu'on s'y prend quand on veut étouffer la République. Peuple, réponds hardiment à  ceux qui te les (tes armes) demanderont ; viens les prendre et n'hésite pas à  t'en servir pour les défendre." Les Républicains se divisent. L'Alliance républicaine, qui regroupe les républicains libéraux et radicaux et Michel Rondet suivi par un grand nombre de mineurs et de passementiers, estiment qu'il faut respecter le résultat des élections. Au contraire, les comités, avec l'appui des gardes nationaux, se dirigent vers l'insurrection.


L'Eclaireur publie le 22 mars un appel au calme: "Dans les circonstances graves que nous traversons, il importe à  la démocratie de ne juger et d'agir qu'avec la plus extrême prudence. Toute fausse appréciation, toute fausse démarche pourrait causer un préjudice plus ou moins grand au parti républicain. C'est ce qu'il ne faut pas, c'est ce que tous les démocrates doivent éviter avec le plus grand soin..." Le nouveau préfet intérimaire, M. Morellet fait afficher sur les murs une proclamation de l'Assemblée adressée au peuple et à  l'armée l'engageant à  se serrer autour du gouvernement de Versailles. Quant au Mémorial, il se moque ouvertement des extrêmistes. Le 23 mars, nouvelle proclamation adressée par M. Morellet, recommandant la modération, le calme et l'apaisement. Toute la  presse stéphanoise fait chorus avec lui et L'Eclaireur agite le spectre de la Monarchie qui pourrait tirer profit des troubles pour restaurer le trône de France. Le colonel Legrive, commandant démissionaire de la Garde nationale reprend du service. Il espère, semble-t-il, dompter cette troupe rebelle et l'utiliser au service de l'ordre. 

Le 23, c'est une compagnie nombreuse de gardes nationaux qui traverse la place de l'Hôtel de Ville aux cris de "Vive la Commune !" Une délégation du club de la rue de la Vierge se rend aussitôt à  la mairie et demande la démission du Conseil municipal. Par 17 voix contre 7, les conseillers municipaux se déclarent prêts à  se retirer mais décident aussi de demeurer en fonctions jusqu'aux élections destinées à  pourvoir à  leur remplacement. Le lendemain, plusieurs centaines de membres des clubs socialistes font irruption sur cette même place et envahissent le pérystile de l'Hôtel de Ville. Les grilles cependant empêchent la foule de pénétrer plus avant dans le bâtiment. Le colonel Lagrive se présente à  elle et après négociations autorise une délégation, dont fait partie Durbize, à  pénétrer dans les lieux pour y rencontrer le maire. Elle demande à  Boudarel et à  Morellet de proclamer la Commune. Sur leur refus, la Garde nationale laisse entrer la foule qui s'engouffre dans les couloirs. Dans la nuit, Durbize proclame lui-même la Commune et arbore le drapeau rouge.
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Le Préfet de L'Espée

Le 27 mars, l'Assemblée nationale décréta qu'il avait bien mérité de la patrie.
Ses funérailles, en grandes pompes, eurent lieu  le 30 mars 1871 à  la Grand Eglise.

 
Le 24 mars au soir, Henri de l'Espée, 45 ans, qui vient d'être nommé Préfet de la Loire arrive à  Saint-Etienne. Il se rend chez le général Lavoye, commandant la subdivision de la Loire, pour se concerter avec lui des mesures à  prendre. Michel Rondet, un des fondateurs de la Fédération du Sous-Sol, l'accusera d'être responsable de la fusillade d'Aubin (Aveyron) qui coûta la vie à  17 grévistes en 1869. Il s'en défendra, affirmant qu'à  l'époque, il était à  Fourchambault. Il paraît cependant décidé à  employer la manière forte. Il commence par convoquer la troupe de ligne et deux escadrons de hussards qui, au petit matin, prennent position aux abords de l'Hôtel de Ville. Les révolutionnaires, qui par ailleurs apprennent l'échec de l'insurrection lyonnaise, s'éparpillent. L'Espée commet alors l'erreur de faire afficher un texte quelque peu méprisant qui va réchauffer leurs ardeurs:  "Arrivé cette nuit dans les murs de votre chef-lieu j'ai trouvé des factieux tentant de consommer un attentat contre l'ordre et les lois de la République... Puissamment secondé par l'autorité militaire j'ai pu convoquer la garde nationale de Saint-Etienne. La seule apparition de quelques bataillons, accourus avec un empressement dont je les remercie, a déterminé la complète retraite des séditieux. Vous comptendrez tous combien il faut que les lois soient, à  l'avenir, respectées..."

L'émeute, dans l'après-midi du 25 mars, reprend de plus belle. Dans  la ville, des personnalités dont les opinions conservatrices sont connues sont brutalisées. Quelques membres du Conseil municipal proposent alors au préfet de retirer les troupes positionnées place de l'Hôtel de Ville et qui apparaissent comme une provocation. Le préfet accepte et de la sorte facilite au contraire la tâche des émeutiers. Vers 15h, des gardes nationaux et des militants du Comité central s'y portent en masse, bientôt renforcés par de nombreux ouvriers de la Manufacture. Des drapeaux rouges flottent au vent. Soudain, un coup de feu retentit et un garde national, J.-B. Lyonnet, passementier de son état tombe à  terre. On prétend que le coup de feu a été tiré par M. Marx, propriétaire du magasin "A Sainte-Barbe" tout proche.  La foule en fureur s'engorge dans la boutique et le malheureux gérant, sans doute innocent, reçoit un coup de révolver qui lui traverse la machoire. Dans le même temps, la  mairie, désertée par le maire, est occupée rapidement et de L'Espée est arrêté et conduit dans la grande salle en compagnie de M. Gubian, substitut du procureur de la République (nommé Gabiau dans certains textes). On exige d'eux leurs démissions. Ils refusent.  De L'Espée déclare: "Vous me demandez ma démission et je ne suis ici que depuis hier; vous ne m'avez pas encore vu agir. Vous me demandez de proclamer la Commune et vous savez que je ne le puis, puisque je représente le gouvernement de Versailles."
 
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Prise de l'Hôtel de Ville de Saint-Etienne
D'après une gravure d'époque
 
Plusieurs gardes nationaux sont particulièrement excités, en particulier les nommés Fillon et Victoire. Plusieurs versions coururent sur les faits qui se sont produits ensuite et qui furent à  l'origine de la mort du préfet. Selon une d'entre elles, de L'Espée, durant la nuit, aurait saisi un révolver qu'il dissimulait sur lui et aurait ouvert le feu sur Fillon et Victoire, avant d'être abattu. Cette version des faits fut vite démentie. Le préfet avait été fouillé et les deux gardes nationaux portaient des traces de balles de fusils et de baionettes. Il semblerait que Fillon, décrit comme étant un faible d'esprit, aurait dégainé pour protéger les captifs et ouvert le feu lors d'un mouvement de foule incontrôlé, tuant Victoire et blessant le tambour Jacob. Une fusillade anarchique aurait suivi, lui coûtant la vie, ainsi qu'au préfet.
 
La muse de Léon Velle, en réponse à  des chansonniers foréziens exaltant ces journées rouges, s'attacha plus tard à  rappeler cet épisode  il est vrai peu glorieux.  Mais en s'emmêlant dans la translation des faits :
 
"De l'Espée, au milieu d'une foule en fureur,
Calme et fier, affrontait de lâches épithètes.
Fillon, Fillon surtout, dit le "fou de Maclas"
Surveillait le martyr en l'accablant d'injures.
Ils ont, pour le garder, choisi ce monstre-là ,
La plus vile des créatures!
 
En vain, il le pressait de signer le décret
Proclamant la Commune; à  pareille insolence,
Le patient opposait un silence
Qu'il savait être son arrêt.
En effet, tout à  coup, cet idiot infâme
Fait feu sur de L'Espée et l'un des siens rend l'âme;
Ce fut là  le signal; le préfet, en héros,
Reçoit sans sourciller le plomb de cent bourreaux."

 
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Quant au substitut Gubian, il est indemne. Il est libéré par un tribunal improvisé, présidé par Jolivalt, un des chefs de l'insurrection.  L'élection d'un Conseil de la Commune, composé de 36 membres, est annoncé pour le 29. Elle n'aura jamais lieu. Dans la journée du 26, les Communards disposent deux pièces de canons dans le péristyle et des mitrailleuses qu'ils braquent sur la place. Une proclamation tente de rassurer la population: "La Commune n'est ni l'incendie, ni le vol, ni le pillage, comme on se plait à  le répéter." De son côté, Etienne Faure dit "Cou-Tord", commissaire central du mouvement, s'emploie à  rouvrir les magasins que leurs propriétaires ont fermés par crainte du pillage. Les autorités militaires y vont aussi de leur placard: "Aux citoyens honnêtes, un moment égarés par de perfides conseils, de déposer les armes et à  rentrer dans leurs fabriques... Vous voulez la Commune, ce souvenir sanglant du plus pur despotisme républicain ? La Commune, vous ne l'aurez pas ! La France entière la repousse avec horreur et dégoût.... Ce que nous voulons, nous, c'est une République une et indivisible. Ce que nous voulons, ce sont des institutions larges, en harmonie avec les progres de la civilisation... Nous voulons vivre sous la noble devise: Liberté, Egalité, Fraternité..."

Le lendemain, des troupes venant de Lyon arrivent à  la gare de Châteaucreux et par la rue de Lyon se rendent à  la caserne. Un hobereau local, Vital de Rochetaillée conjure le général d'éviter toute effusion de sang et propose de jouer les médiateurs.  Le 28 au matin, il se rend à  l'Hôtel de Ville avec un officier délégué par le général et demande aux insurgés de déposer les armes. Les Communards, lâchés par leurs chefs et par les masses, ne font aucune difficulté pour se rendre. L'Hôtel de Ville est occupé, sans coup férir, et Vital de Rochetaillée, sous les vivats de la foule, jette à  terre le drapeau rouge qu'il remplace par le drapeau tricolore. "L'émeute est dissipé, l'ordre est rétabli" proclament les autorités militaires. Le même jour, envoyé par l'Assemblée Nationale, arrive de Montgolfier nanti des pleins pouvoirs civils et militaires. La Commune de Saint-Etienne a vécu.

De nombreuses arrestations ont lieu durant le mois d'avril mais les inculpés, au nombre de cinquante-six, ne sont pas jugés dans la Loire. C'est la cour d'assises de Riom, à  partir du 15 novembre, qui accueille le procès, entend 126 témoins et prononce  le verdict le 5 décembre. Vingt-trois accusés sont acquittés. Amouroux, émissaire de la Commune de Paris, Caton, journaliste de La Commune, Chastel, l'Italien Machetti, Tamet et Thibaudier, ces deux derniers accusés d'être affiliés à  l'Internationale, sont condamnés à  la déportation. Rondet, malgré une présence effacée durant les évènements, en prend pour 5 ans. Girard est condamné à  12 ans de détention. Salichon 10 ans. D'autres peines vont de trois à  un an d'emprisonnement et diverses amendes. Hormis Chastel, les leaders sont en fuite.
 
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Charles Amouroux. Ouvrier chapelier originaire de l'Aude, opposant actif au IInd Empire, membre de l'A.I.T. et secrétaire du Conseil de la Commune de Paris. Chargé des Relations extérieures, ses missions le mènent à  Lyon, Saint-Etienne, Marseille et Toulouse. Il fut condamné à  la déportation. En mai 1885, il est élu député d'extrême gauche par le département de la Loire.
 
L'histoire de Joannès Caton est connue grâce à  ses mémoires, publiées en 1986 aux Editions France Empire sous le titre Journal d'un déporté, 1871-1879, de la Commune à  l'île des Pins. Né à  Beaubrun le 28 octobre 1849, il est le fils cadet d'une famille de cinq enfants.  En septembre 1870, il est secrétaire du comité de la rue de l'ancienne rue de la Vierge. Réfugié un temps à  Genève, il revient fin avril et est arrêté à  la frontière le 1er mai. Condamné à  Riom, il est transféré à  Oléron puis à  la Rochelle où il est embarqué le 17 mai 1873 pour arriver en Nouvelle Calédonie le 27 septembre 1873. Après un séjour dans un camps voisin de Nouméa, il est transféré le 15 avril 1877 dans la dépendance voisine de l'Ile des Pins où il jouit d'une certaine indépendance et exerce même pendant quelques temps les fonctions de maître d'école. Le 10 mai 1879, il est gracié mais reste volontairement quelques mois à  Sydney (Australie). Il y aurait même exercé durant une certaine période des fonctions de correspondant de presse, y compris, paraît-il, pour un journal stéphanois ! Le 10 avril 1880, il revient en France. En janvier 1881, il est présent à  l'enterrement d'Auguste Blanqui. Candidat élu aux élections de 1881, il siège au Conseil municipal jusqu'en 1885.  Il se marie le 22 décembre 1883 avec Jeanne Meunier qui donne naissance à  trois filles. Il s'éteint le 10 février 1914, entourés des siens. Il repose au cimetière du Crêt de Roch à  Saint-Etienne, allée 17.
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La barricade ou l'attente
André Devambez, 1911
 
Le feu de paille stéphanois ne promulgua aucune mesure sociale et ne sut garder l'appui des masses plus de deux jours. Dans la capitale, la Commune garda le pouvoir plus de deux mois et décréta des mesures d'avant-garde dans de nombreux domaines, mesures aussitôt supprimées une fois la révolte matée et qui ne seront reprises que bien plus tard par la République. Fin mars, le Conseil de la Commune de Paris crée dix commissions: Exécutive, militaire, subsistance, finances, justice, sûreté générale, travail, industrie et échanges, services publics et enseignement. Elle réaffirme la liberté de la presse, pour son malheur, et remet en marche les services publics; le service des postes est rétabli en quarante-huit heures. Elle constitue des compagnies d'ambulances; remplace les bureaux de bienfaisance par l'assistance communale. Elle décrète la séparation des cultes et de l’à‰tat, la suppression du budget des cultes, la sécularisation des biens de la congrégation, l’interdiction de l’enseignement confessionnal. Les termes de loyer sont annulés, sans contrepartie pour les propriétaires et les logements abandonnés réquisitionnés pour reloger celles et ceux dont les habitations ont été endommagées par les bombardements. En ce qui concerne la Justice, la Commune décide la gratuité du recours aux juges et le principe de leur élection et supprime la vénalité des charges de notaires, d’huissiers et autres officiers publics pour en faire des fonctionnaires. La gratuité des actes notariaux (donations, testaments...) est affirmée. Les perquisitions et les réquisitions sans mandat sont interdites et la Commune décrète l'obligation d'inscrire le motif de l'arrestation sur les registres d'écrous. En outre, une inspection des prisons est créée.
 
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La barricade des femmes
 
Le mariage libre par consentement mutuel est décidé (16 ans pour les femmes, 18 ans pour les hommes). La laicisation de l'enseignement est entreprise avec vigueur mais la Commune n'est pas en mesure d'imposer l'obligation scolaire et n'a pas les moyens d'imposer la gratuité. Le délégué à  l’Enseignement, à‰douard Vaillant, invite les municipalités à  créer des écoles professionnelles, en particulier pour les jeunes filles. Deux écoles sont ouvertes, l’une rue Lhomond, l’autre rue Dupuytren. La Commune décide en outre de relever les traitements des instituteurs et institutrices. Pour la première fois, on proclame l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Dans le domaine du travail, les Varlin et Fankel encouragent les associations ouvrières de production en remplacement des patrons déserteurs, prélude aux coopératives ouvrières. Les associations féminines sont encouragées. La Commune interdit les amendes et retenues sur salaires dans les administrations publiques et les entreprises privées. Elle instaure des  bureaux municipaux de placement de la main d'œuvre en remplacement des entreprises privées "négrières". Ce sont, avant la lettre, les Bourses du travail...

 
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Eugène Varlin, une des figures les plus pures de la Commune de Paris, d'un dévouement inlassable et d'une probité intransigeante. Membre de l'AIT, fondateur du restaurant coopératif "La Marmite", élu au Conseil de la Commune, il tente en vain de s'opposer au massacre des otages de la rue Haxo. Le 28 mai, les Versaillais le trainent pourtant à travers rues. Tabassé, éborgné, il est fusillé sur une chaise et cadavre crevé à coups de crosses.
 
Par manque de consensus entre les différentes factions, de moyens mais aussi parce qu'elle devait s'€™imposer face aux Versaillais, la Commune n€'eut pas la possibilité d'€™atteindre ses objectifs. L'ébauche mise en oeuvre reste cependant immense au regard de la faible durée de l'aventure. Ce fut la première tentative, tant discutée depuis, d'organisation rationnelle de la société sur un modèle différent, d'inspiration socialiste. Pour Marx et Bakounine la Commune et ses martyrs "enclos dans le grand coe“ur de la classe ouvrière" inaugure "la guerre du prolétariat mondial contre la bourgeoisie mondiale".   Pour le second, elle fut surtout  "la négation audacieuse, bien prononcée de l'Etat  et c'est un fait immense que cette négation de l'Etat se soit manifestée précisément en France, qui a été jusqu'ici par excellence le pays de la centralisation politique et que se soit Paris, la tête et le créateur historique de cette civilisation française qui en ait pris l'initiative..".
 
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Louise Michel au camp de Satory
" La proclamation de la Commune fut splendide ; ce n'était pas la fête du pouvoir, mais la pompe du sacrifice : on sentait les élus prêts pour la mort."
 
Le rideau se lève sur le dernier acte du drame le 21 mai quand les troupes versaillaises, commandées par Mac Mahon, le vaincu de Sedan, entrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud. L'armée versaillaise, forte de 130 000 hommes, est composée en grande partie de provinciaux et de paysans qui n'ont guère d'estime pour les citadins et les anticléricaux. Des dizaines de milliers d'entre eux, prisonniers des Prussiens, ont été libérés par Bismark pour aider à  la reconquête de la capitale. Les combats vont durer une semaine, quartier par quartier, maison par maison, barricade par barricade. Les Versaillais ne font pas de quartier et fusillent tous ceux qu'€™ils prennent les armes à  la main. Dépourvue, au moment décisif, d’une stratégie militaire sérieuse et d'un commandement centralisé, l'armée fédérée, commandée par Jaroslaw Dombrowski, lutte avec l'énergie du désespoir. Des barricades sont édifiées dans les rues Auber, au square Saint-Jacques, rue de Châteaudun, au Faubourg Montmartre, vers Notre-Dame de Lorette, sur le boulevard Saint-Michel, au Panthéon... Des combats ont lieu place Clichy.
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Barricade du boulevard de Clichy (photo d'Eugène Fabius) et dernières cartouches
 
Le 22 mai, les Batignolles sont pris à  revers par les assaillants. Le lendemain, l'héroique Dombrowski meurt sur une barricade rue Myrrha. Au Panthéon, Maxime Lisbonne poursuit la lutte. A la Butte-aux-Cailles, Walery Wroblewski résiste encore. A mesure qu'ils avancent dans Paris, les Versaillais fusillent en masse. Au quartier latin, 700 défenseurs sont massacrés. Les Communards répliquent en passant par les armes plusieurs otages dont l'archevêque Darboy. Le palais des Tuileries, l'Hôtel de Ville, le palais de Justice, la Préfecture de Police, la Cour des Comptes... sont la proie des flammes. Le 25 mai, au Château-d'eau, Charles Delescluze, désespéré marche au devant de la mort sur une barricade. Le 26 mai, rue Haxo, une cinquantaine d'otages sont massacrés par la foule parisienne malgré l'intervention de Varlin. Les Communards ne tiennent plus qu'un "quadrilatère" : canal de l'Ourcq, bassin de la Villette, canal Saint-Martin, boulevard Richard-Lenoir, rue du Faubourg Saint-Antoine et porte de Vincennes. Au cimetière du Père-Lachaise, les combattants s'étripent au milieu des tombes. Le  28, Ferré, Varlin, Gambon se battent encore au cœur du Paris populaire, entre la rue du Faubourg-du-Temple et le boulevard de Belleville. La dernière barricade, rue Ramponneau, tombe en début d'après-midi.
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Maximilien Luce
Une rue à  Paris en Mai 1871 ou La Commune
 
Les combats ont fait 4000 morts. Plus de 20 000 Communards ont été fusillés en marge des combats. 36 309 prisonniers (dont 819 femmes et 538 enfants) seront traduits devant vingt-quatre conseils de guerre. Il y aura encore 93 condamnations à  mort et 175 condamnations par contumace, 251 condamnations aux travaux forcés, plusieurs milliers de déportations...

" Oui, le drapeau rouge est bien
Le plus bel emblême
De l'ouvrier citoyen;

C'est pourquoi je l'aime,

L'étendard du travailleur
Sera toujours le meilleur
Vive la Commune !
Enfants,
Vive la Commune !

 
maxlisbonne
 
Maxime Lisbonne, colonel de la Commune de Paris condamné à mort puis au travaux forcés. Il s'est éteint à La Ferté-Alais en 1905. Il a vécu quelques temps à Saint-Etienne où il aurait tenu un bar.
 
"Quand les temps seront venus,
Aucune famille
N'aura plus d'enfants pieds-nus,
Traînant la guenille.
Tout le monde aura du pain,
Du travail et du bon vin.
Vive la Commune,
Enfants,
Vive la Commune !"
 
Eugène Chatelain, chansonnier forézien
 
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Quelques liens:
commcq
 
Quelques ouvrages:

Saint-Etienne, histoire de ses luttes économiques et sociales, tome II
Jean Pralong,  Reboul Imprimerie, Saint-Etienne 1990

150 ans de luttes ouvrières dans le bassin stéphanois

Héritier, Bonnevialle, Ion, Saint-Sernin, Editions Le champ du possible 1979

Histoire de la Commune de 1871

Prosper Olivier Lissagaray (1896)
Editions La Découverte 1990

Sources autres: cherchez vous-mêmes