Saturday, October 24, 2020

NDFI. Dans un article précédent, nous avons mentionné brièvement l'existence dans le roannais d'un type d'architecture campagnarde appelé "grand couvert". Bernard Christophe nous explique précisément de quoi il s'agit.

 

Le département de la Loire est très riche en architecture vernaculaire caractéristique que se soient les galeries à  " estre " en Forez, les jasseries des hautes chaumes, les fermes du Pilat, les fermes à  cour fermée des Montagnes du Matin ou les grands couverts hélas peu connus mais omniprésents dans la plaine roannaise. S'ils ne dépassent pas le CD8 à  l'ouest, ils investissent les collines à  l'est et les premières ondulations de la Saône et Loire au nord.

 

Contrairement aux idées reçues un grand couvert n'est pas un bâtiment où tout se trouve sous le même toit (hommes, bêtes et matériel). Il s'agit d'une construction agricole appartenant à  un grand domaine seigneurial ou bourgeois inspiré des granges " dîmières " bénédictines ou cisterciennes et qui remonte peut-être au XIIIe siècle mais dont les exemplaires existants (plusieurs dizaines) sont tous postérieurs aux guerres de religion. Ils sont donc datés des XVIIe et XVIIIe siècles car après la révolution on ne peut pas parler de grands couverts mais simplement de granges XIXe.

 

Ce type de bâtiment à  trois nefs n'est pas exclusif à  notre région. Il y en a de multiples exemples en France mais toujours avec une configuration locale caractéristique. En Dauphiné subsistent plusieurs dizaines de ces constructions appartenant autrefois aux abbayes cisterciennes de Bonnevaux et Léoncel ou sous leur influence.

 

Il existe trois types différents de grands couverts. Le premier et le plus représentatif possède deux pignons et deux murs gouttereaux; on le trouve dans l'ensemble du Roannais. Le deuxième présente quatre pentes de toit et donc quatre murs gouttereaux; il est présent presque exclusivement sur le territoire de l'ancienne baronnie de Lespinasse. Quant au troisième type, qui n'est autre que l'intermédiaire entre le premier et le second, c'est-à -dire avec un pignon à  l'avant et un mur gouttereau à  l'arrière, il est très présent sur l'ensemble du Roannais.

 

 

Les granges du premier type sont probablement dérivées de la grange dîmière de Linas à  Mably, propriété de l'abbaye cistercienne de La Bénisson-Dieu. Elle existe encore dans sa dernière version (probablement XVIIe siècle) mais a été restaurée vers 1828 et plus récemment en 2002. C'est d'ailleurs autour d'elle qu'on trouve la plus grande concentration de grands couverts. L'exemple de la commune de Mably est caractéristique à  deux titres : c'est celle qui recèle le plus grand nombre de ces bâtiments et c'est la seule à  posséder un atlas de la seigneurie, établi dans les années 1750, qui nous renseigne sur toutes les propriétés. On dénombrait alors soixante sept domaines agricoles dont une cinquantaine avait de manière certaine un grand couvert. Il en reste actuellement à  peu près la moitié dans des états très divers allant de la ruine couverte de ronces aux bâtiments entretenus servant toujours à  l'exploitation agricole.

 

Le deuxième type de grand couvert voit la disparition des deux pignons, des croupes et de l'auvent. En général un peu moins vaste que le précédent il est conçu comme une maison avec toit à  quatre pentes mais avec un profil surbaissé dû à  la longueur et à  la largeur du bâtiment. On le trouve exclusivement dans les zones d'influence bénédictine, notamment celle de l'abbaye d'Ambierle.

 

Quel que soit le type de bâtiment, on note pour les plus anciens que les murs gouttereaux ou le pignon arrière enveloppent simplement l'ossature bois. Plus tard, grâce aux progrès réalisés dans la mise en Å“uvre du pisée, les murs gagnent légèrement en hauteur et deviennent porteurs. Les piliers externes disparaissent et le toit repose directement sur les murs par l'intermédiaire de sablières.

 

Ce type de grange est dit à  trois nefs par analogie avec les églises. Les gros piliers de bois qui soutiennent les fermes de la charpente divisent le volume couvert en trois parties, une centrale large et haute et deux latérales plus basses et plus étroites. La nef centrale est un grand volume réservé essentiellement au stockage du matériel d'exploitation mais aussi d'une partie des récoltes et sert parfois pour travailler (pour le battage au fléau par exemple). Un des bas côtés, le droit en général, reçoit l'étable sur toute sa longueur et celle-ci est surmontée d'un fenil. Dans les exemples les plus anciens, l'étable semble n'avoir qu'une porte sur le pignon avant mais très vite une porte identique s'ouvrira sur l'arrière. Le rôle de l'autre bas côté est mal connu parce que transformé systématiquement à  la fin du XVIIIe et surtout au XIXe siècle pour en faire une seconde étable.

 

Pour la charpente, seul le chêne omniprésent dans la région roannaise est utilisé. La structure des portes, montants, traverses et écharpes est également en chêne. Les planches qui la recouvrent sont en peuplier pour la légèreté et la résistance à  la pluie. Pour la volige sous tuile, il est difficile de connaître l'essence utilisée. Dans les dernières décennies on trouve un peu de peuplier et de plus en plus de sapin. Les planches quelle que soit leur utilisation sont débitées à  la scie de long, à  la scie alternative, à  la scie circulaire ou tout simplement détachées suivant le fil du bois comme pour un bardeau. L'espace d'aération au dessus de la porte charretière est obturé par des panneaux tressés en éclisses de peuplier ou de châtaignier et plus récemment par du grillage. Les barreaux des ouvertures sont d'un profil losangé et taillés dans du chêne.

 

Près de la Loire, les murs sont montés en lits réguliers de galets soigneusement triés et de grosseur modérée (de 10 à  15 cm). Pour le reste de la plaine roannaise, c'est essentiellement le pisée qui est employé sur un soubassement de pierres, galets, briques surcuites utilisés à  l'avenant pour constituer une assise étanche aux remontées d'eau. Ailleurs se sont toujours les matériaux locaux qui sont utilisés : granit, ryolithe, rognons de silex ou calcaire dit de Charlieu.

 

La couverture était toujours faite en tuiles creuses mais elle a été remplacée au fur et à  mesure des réparations par des tuiles mécaniques beaucoup moins lourdes au mètre carré et qui ont le gros avantage de ne pas glisser au fil du temps.