Wednesday, December 13, 2017

En juin 1961, le Centre départemental de transfusion sanguine de Saint-Etienne (que l'on nomme aujourd'hui Maison du don du sang, de l'Etablissement français du sang, à Châteaucreux) reçut le nom de son fondateur, le docteur Philippe Raoul-Duval, décédé un an plus tôt. Au cours d'une cérémonie, plusieurs personnalités lui rendirent un vibrant hommage.

Parmi elles, M. Chatelard, au nom des donneurs de sang ; le docteur Dujol, président des conseils d'administration du Centre de transfusion et du Lactarium ; le docteur Duboeuf, au nom de la Chambre syndicale des médecins de la Loire ; le professeur Benhamou, président de la Société nationale de transfusion sanguine ; le maire de la ville, Alexandre de Fraissinette, et le préfet de la Loire, M. Collaveri.

Pour cette page, nous utilisons les textes de leurs allocutions, communiqués par une personne ayant connu le docteur Raoul-Duval (nous avons perdu son nom ; qu'elle nous contacte si elle nous lit et qu'elle en soit de toute façon remerciée), et un article du docteur Raoul-Duval lui-même, publié en septembre-octobre 1949 dans un numéro de la revue Reflets Foréziens.

C'est l'allocution du docteur Dujol qui nous permet le mieux de connaître le parcours de Philippe Raoul-Duval qui fut par ailleurs président du Conseil départemental de l'Ordre des médecins, secrétaire du Conseil régional de l'Ordre et animé (plusieurs le soulignent) d'une ardente foi chrétienne. Il était protestant. Le docteur Duboeuf ajoute que Raoul-Duval participa au Secours national (un organisme de solidarité pendant la guerre), à la Croix-Rouge et à l'Association familiale protestante. Considéré comme un pionnier, c'est à lui que revint en 1956, lorsque fut remis le 50 000e diplôme de donneur de sang bénévole, l'honneur de présenter, au nom des chefs de centres de transfusion sanguine, les donneurs de France et d'Algérie au Ministre de la Santé Publique (in discours du docteur Laporte, représentant le directeur général de la Santé au Ministère). Deux ans plus tôt, son ami le docteur Beutter, fondateur du Lactarium de Saint-Etienne (la banque de lait maternel), lui avait demandé de devenir le gestionnaire de cet établissement.

Né en 1904, il était originaire de Normandie, du Havre, semble-t-il. « Vivement attiré au cours de ses études par les sciences biologiques, il s'était perfectionné dans cette branche de la médecine comme élève puis comme préparateur à l'Institut Pasteur de Paris, où il était tenu par ses maîtres en très haute estime. C'est de là que, le 22 janvier 1934, il vint se présenter au poste de chef de laboratoire des Hôpitaux de Saint-Etienne (….). Sa venue à Saint-Etienne coïncidait avec le développement des méthodes de laboratoire devenues de plus en plus les auxiliaires indispensables de la clinique, et sous son ardente impulsion,le laboratoire des Hospices prit un départ en flèche... ».

Il travailla à l'organisation rationnelle d'un service de transfusion sanguine et constitua pour commencer un petit corps de donneurs professionnels alors que, malgré le perfectionnement des appareils, la transfusion restait une opération délicate. Sous son impulsion, la Commission administrative des Hospices décidait le 28 novembre 1947 de créer un Centre de transfusion sanguine. Un local lui fut affecté, ouvert en 1948 (à Bellevue au sein de l'hôpital ?). Ce fut un des premiers en France, d'après le préfet Collaveri. Le 2 avril 1950 il était inauguré dans des locaux agrandis en présence du docteur Tzanck, un des pionniers de la transfusion sanguine (1886-1954). Ces locaux deviendront au fil du temps à nouveau « nettement » insuffisants. C'est ce que souligne le docteur Dujol dans son allocution sur la situation du Centre en 1961, expliquant que le nombre de flacons est passé de 1251 en 1949 à 9347 en 1960. Le nombre de donneurs de 1232 à 4399. En 1958, un millier d'entre eux s'étaient donné rendez-vous au Vélodrome de Saint-Etienne pour le dixième anniversaire.

Le labo et la salle de prélèvement (Saint-Etienne 1949, photos Cadé)

«  A Saint-Etienne, nous avons réussi à grouper dans le don bénévole, des gens de toutes classes sociales, de toutes opinions politiques et religieuses ». Docteur Raoul-Duval cité par le docteur Laporte en 1961

Le docteur Raoul-Duval apporte des précisions dans un article dont nous avons déjà cité la source.

La transfusion sanguine de bras à bras, écrit-il, a été organisée à Saint-Etienne sur une assez vaste échelle dès 1933. Un corps de donneurs de sang fut constitué à cet effet. Il s'agissait pour la majorité d'entre eux de pompiers, appelés d'urgence, appartenant toujours au groupe des donneurs universels et touchant une indemnité qui leur permettait « pendant les années de restriction à se procurer des suppléments alimentaires ». Puis on s'aperçut que le sang recueilli dans certaines conditions conservait la même valeur que le sang frais. Il devint plus facile de transporter une bouteille de sang qu'un donneur vers un malade et alors qu'autrefois les donneurs avaient à se déplacer à n'importe quel moment du jour et de la nuit, ils purent choisir le jour et l'heure à leur convenance pour venir donner leur flacon de sang. «  De plus, beaucoup de transfusions étant effectuées dans des cas prévus à l'avance, il est possible de déterminer le groupe sanguin du receveur et ainsi prendre du sang du même groupe et non pas uniquement celui des donneurs universels. »

Un appel aux donneurs fut lancé et « largement entendu ». «  Le Don du sang reprenait sa pleine signification humaine », étant prélevé gratuitement et fourni gratuitement ou intégralement remboursé par la Sécurité Sociale à 95% des bénéficiaires. De nombreuses « collectivités » fournirent des donneurs : les Abattoirs, la Manufacture Nationale (MAS), le Casino, le Gaz de France, les Aciéries de Saint-Chamond, la Clinique Mutualiste, les Secouristes, la Croix-Rouge... Le premier local comprenait deux pièces servant auparavant de garage : une salle de prélèvement et un laboratoire pour la recherche des groupes sanguins. Trois nouvelles pièces furent ajoutées. Aux côtés du directeur y travaillaient alors une infirmière (s'agit-il de cette dévouée mademoiselle Surrel mentionnée dans un discours en 61?) et une femme de service.

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Photo d'intro: archives FI. Portrait  de Philippe Raoul-Duval (dr). Un boulevard à Saint-Etienne porte également son nom depuis 1972. Photos Cadé: Reflets foréziens