Saturday, October 24, 2020

Des anecdotes historiques en vrac, du Forez au Pilat, de l'Ondaine aux montagnes du matin et du soir. Cette page sera augmentée au fil du temps et Saint-Etienne fera l'objet d'une page identique spécialement dédiée.

- Au Chambon-Feugerolles, c'est le maire Pétrus Faure (1891-1985, maire de 1925 à 1940 et de 1947 à 1971) qui est à l'origine des citations édifiantes (ci-dessus de Jean Jaurès s'inspirant semble-t-il de Victor Hugo, ci-dessous de Louis Pasteur ?) ornant certaines façades.

- Au Chambon encore, on trouve le souvenir de la venue de Charles de Gaulle en 1959 (extrait de son allocution).

- Où peut-on voir les cadavres d'un géant de plus de deux mètres, d'un bossu et d'une femme enceinte ? La question surprend beaucoup plus que la réponse. Il s'agit de quelques-unes des fameuses « momies » de la crypte de la collégiale de Saint-Bonnet-le-Château.

- Montarcher, commune la moins peuplée de la Loire (66 habitants en 2015), possède d'un point de vue national une particularité. Elle détient en effet les plus anciens registres d'état civil. Une anecdote étonnante à son sujet: en 1543, une invasion de chenilles dévasta tous les champs alentours. En dernier recours, les habitants firent appel à l'évêque du Puy qui excommunia les chenilles ! Outre les chenilles et la peste, Montarcher subit les affres du climat. De nombreuses tempêtes détruisirent les récoltes entre 1544 et 1546. En 1548, les chroniques nous disent que l'hiver dura jusqu'à la fin mai.

- « Chazelles, avec son chapeau, pénétrera un jour dans la lune. » Ces bons mots qui traduisent l'immense dynamisme de la chapellerie chazelloise d'antan furent prononcés par le préfet Lépine (1846-1933). L'inventeur du célèbre concours des inventeurs naquit à Lyon. Avant d'être préfet de police à Paris en 1893, il fut, entre autres, sous-préfet à Montbrison et préfet de la Loire à Saint-Etienne. Il se distingua en 1892 lors de la catastrophe du puits de la Manufacture à Saint-Etienne (73 mineurs tués) en prenant place dans la première benne descendue au secours des victimes et en parcourant les galeries empestées encore d'un air vicié. Il reçut à cette occasion la médaille d'or de sauvetage, qu'il porta ensuite volontiers plus souvent que d'autre décorations. C'est à Montbrison qu'il rencontra son épouse Marie Dulac et il séjourna souvent à Sauvain, dans les monts du Forez. Il existe d'ailleurs une légende savoureuse non loin de Sauvain, à Saint-Bonnet-le-Courreau. Le village possède une grande croix dressée sur un socle en pierre, vieux de plusieurs siècles et dont l' aspect peu banal, aurait, dit-on, inspiré à Gustave Eiffel en visite chez Lépine celui de sa tour d'acier.

 

- Le coeur d'un homme d'église forézien repose dans l'écrin mythique du Mont Saint Michel. C'est celui de Mgr Bravard, natif d'Usson-en-Forez (1811-1876). Il fut évêque de Coutances et d'Avranches et le restaurateur de l'abbaye du Mont.

- Ça vous a plu, hein... vous en voulez encore ? Alors voilà, Clyde a une petite amie, elle est belle et son prénom c'est Bonnie... Euh, pardon on s'égare. Oui, donc, évoquons le Père Cotton, natif de Néronde. Il fut le confesseur de Henri IV qui inventa pour l'occasion son juron préféré: Jarnicotton ! Le brave Cotton était en effet désolé d'entendre le bon « vert-galant » jurer par « le ventre de Dieu ». Il lui suggéra de jurer par le « ventre de Cotton ». Surtout, il était si stupéfait de l'entendre dire « Je renie Dieu » qu'il lui suggéra de dire plutôt « Je renie Cotton » qui devint « Jarnicotton ». Une maison de Néronde porte encore son nom. Un de ses petits neveux, François d'Aix de La Chaise (portrait ci-dessous), né sur la commune de Saint-Martin-la-Sauveté, suivit ses traces en devenant confesseur de Louis XIV. Le célèbre cimetière parisien du Père-Lachaise lui doit son nom.

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 - Quelle voiture de luxe portant un prénom féminin fut produite à Balbigny de 1972 à 1974 avec l'ambition (vite déçue) de devenir une nouvelle Rolls-Royce ? La Monica qui fut le rêve de Jean Tastevin, un industriel. Monica parce que Monique était le prénom de Mme Tastevin. Moins d'une vingtaine de voitures ont été officiellement homologuées.

- Et puisqu'on en est là: 272, comme le nombre d'automobiles en circulation dans la Loire en 1903.

- 57 commandeurs des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (ou Hospitaliers puis chevaliers de Malte) administrèrent la commanderie de Chazelles-sur-Lyon de 1148 à 1790. Le dernier d'entre eux fut Gaspard de la Richardière, guillotiné à Paris en 1793.

- François Jacquemont (portrait ci-dessus) devint le prêtre de Saint-Médard-en-Forez en 1784. Il fut démis de ses fonctions et privé de cure en 1803. Il s'agit ici, peut-être, du seul exemple dans l'histoire religieuse de notre pays d'un curé qui après quelque vingt ans de ministère redevint simple paroissien et cela durant trente-deux années successives. Simple paroissien ? En réalité, jusqu'à mort en 1835, le village eut deux prêtres, l'officiel, le curé Barou, et Jacquemont le clandestin ! Deux ans avant son décès, Jacquemont déclarait que son concurrent avait exclu de l'Eglise plus d'une soixantaine de paroissiens : ceux qui venaient à lui. Comment en étions-nous arriver là ? Jacquemont et ses fidèles appartenaient au Jansénisme, une doctrine complexe et répandue dans notre région, en marge du catholicisme qui contredisait ce dernier sur la question du Salut et n'accorde pas la même importance aux notions de libre-arbitre et de grâce. Les crucifix jansénistes illustrent cette différence fondamentale : le Christ a les bras rapprochés dans un geste étroit et non pas large, comme pour signifier que les élus seront peu nombreux. En 1835, la dépouille de François Jacquemont ne fut pas admise à entrer dans l'église du village. Il fut inhumé à part et sa tombe devint un lieu de pèlerinage pour tous les Jansénistes.

- Il s'appelait Just de Rostaing. Né en 1740 à Veauchette, ce noble forézien embrassa la carrière des armes et servit comme mousquetaire du roi. Sous le règne de Louis XVI il combattit en Amérique contre les Anglais – on oublie trop souvent que ce conflit pour l'indépendance des Etats-Unis coûta la vie à plus de 2000 Français. Marquis et pourtant député du Tiers-Etat en 1789, il siégea aux Etats-Généraux et à l'Assemblée constituante à Paris. Déçu par la tournure prise par la Révolution, il se retira dans ses domaines et devint maire de Veauchette. Il fut aussi président du Conseil général. Il avait épousé Geneviève-Charlotte de Mondion, une métisse rencontrée à Saint-Domingue (Haïti). Il s'est éteint en 1826.

- Sans doute connaissez-vous la gigantesque statue de Notre Dame de France qui du haut du rocher de Corneille domine toute la ville du Puy-en-Velay. C'est un Forézien qui l'a a sculptée en 1860, Jean-Marie Bonnassieux, né à Panissières en 1810 et décédé à Paris en 1892, contrairement à une légende tenace qui affirme qu'il aurait mis fin à ses jours en se jetant dans le vide en constatant qu'il s'était trompé en plaçant l'Enfant sur le bras droit de la Vierge (et non sur le gauche comme il est de coutume). La raison de ce choix est simple, il ne fallait pas que l'Enfant, en bénissant la cité, masque le visage de sa Mère.

- - Dans la côte de Planfoy, un petit monument rend hommage à Grua et Rouchouse, deux coureurs automobiles ayant trouvé la mort dans une course disputée le 4 mars 1923 dans les Bouches-du-Rhône. Il fut inauguré un jour de juin 1926 à l'initiative de l'Automobile club du Forez. Il est l'œuvre du sculpteur forézien Joanny-Durand. Une rue à Saint-Etienne rappelle aussi leur souvenir : la rue Grua-Rouchouse.

- Où peut-on lire ces mots : " La lampe de mineur était le flambeau du monde " ? Sur le monument aux mineurs de Roche-la-Molière. Nous sommes dans le quartier de Beaulieu où l'autel en acier de l' église a une particularité. Il fut fabriqué à partir d'une machine à vapeur du puits Combe, en mémoire d' une catastrophe qui fit 48 morts en 1928. Au registre des autels d'église, celui de l'église de Valfleury fut taillé dans une roche de la grotte du Gethsémani, en Terre Sainte.

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- Une question pointue : quel est le point commun entre la faculté de Médecine de Saint-Etienne et l'articulation tarsométatarsienne (entre le tarse et le métatarse proche de l'articulation de Chopart) correspondant à l'ensemble des deux articulations médiotarsiennes qui sont situées entre l'astragale et le scaphoïde d'une part, le calcanéum et le cuboïde d'autre part ? Jacques Lisfranc de Saint-Martin (1790-1847). Né à Saint-Paul-en-Jarez, ce chirurgien, un des plus célèbres de son époque, a donné son nom à une articulation (« l'articulation de Lisfranc ») et à la fac stéphanoise. Il fut chirurgien-chef de la Pitié à Paris et l'auteur de nombreux ouvrages consacrés à la médecine. Une rue parisienne porte son nom. Il repose au cimetière du Montparnasse. Un buste en bronze et deux bas-reliefs, par Carie Eischoecht, distinguent sa tombe ainsi que ces mots de l'enfant du Jarez : " Si la chirurgie est brillante quand elle opère. elle l'est encore bien davantage lorsque, sans faire couler le sang et sans mutilation, elle obtint le guérison du malade. »

- Le 23 octobre 1983 à Beyrouth, un attentat organisé par l'organisation chiite Hezbollah pulvérisa le poste militaire « Drakkar » et coûta la vie à 58 parachutistes français. Ce même jour, un autre attentat visait les forces américaines et tuait 241 marines. Parmi les victimes françaises, le caporal Laurent Jacquet, 19 ans, du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes. Il était originaire du Chambon-Feugerolles où un square, non loin de la mairie, porte son nom. Ce n'est pas le seul. Une autre place du Chambon porte le nom d'un autre « béret rouge », Joseph Sauvignet, né sur la commune en 1938, tombé en Algérie en 1959.

Une photo célèbre

- Le barrage du Gouffre d'Enfer, à Rochetaillée, à son époque le plus grand de France, fut inauguré le 28 octobre 1866 par le général Cousin-Montauban, comte de Palikao. Ce militaire tenait son titre d'une victoire remportée cinq ans plus tôt à la bataille de Pa-Li-Kao en Chine qui lui permit d'entrer dans Pékin. Devant plus de 40 000 personnes massée sur les flancs des montagnes, le général inaugura la cérémonie au cours de laquelle des carpes furent lâchées dans la retenue d'eau. Les poissons portaient aux ouïes des anneaux d'or frappés du blason de la ville.

- Il est probablement le seul Ligérien à avoir fait la une du Time. Antoine Pinay, bien sûr. Industriel et maire de Saint-Chamond, entre autres ministre des finances, il fut l'une des grandes figures politiques de l'après-guerre. Jusqu'à sa mort, celui que l'on surnommait le « sage de Saint-Chamond » fut consulté par de nombreux hommes politiques faisant appel à son bon sens et à son expérience.

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- Pourquoi y-a-t-il trois fleurs de lys sur le blason de Montbrison ? Le roi François Ier y vint en 1536 prendre possession du Forez en même temps que le Bourbonnais dont il faisait alors partie. Il fut si heureux de l'accueil reçu qu'il accorda à la cité ce privilège rare de mettre les fleurs de France sur son blason. Quant au château, il évoque l'ancien château des comtes de Forez qui dominait l'actuelle colline du calvaire. A propos de Montbrison et ce qui est assez peu connu, c'est que la ville avait une devise: « Pour réparer le forfait de l'ennemi. » La cité la devait à la foudre qui détruisit une des tours des remparts; la même tour , dit-on, du haut de laquelle le terrible baron des Adrets, chef protestant qui prit Montbrison pendant les guerres de religion, jetait ses malheureux prisonniers dans le vide. Triste événement qui passa à la postérité : « le saut de Montbrison ».

- Ce n'est pas un scoop, Chazelles-sur-Lyon a été la capitale du chapeau de feutre. En revanche, vous apprendrez peut-être que Montbrison fut jusqu'en 1940 celle du chapeau de paille grâce à la manufacture Paul Bonnet. Installée en 1864, l'entreprise fondée par Pierre Bonnet, reprise par son fils Paul, connut un immense succès avec son canotier « Bewell », porté sur toutes les scènes du monde par Maurice Chevalier. Le crooner à la française, cher au coeur de nos grand-mères, resta toujours fidèle à la coiffe montbrisonnaise. Marguerite Fournier-Neel nous raconte qu'il le fit même acclamer sur la scène du Casino de Lyon. Paul Bonnet s'est éteint en 1958 et plus personne ne porte le « Bewell ».

- La céladonite, un minéral de couleur verte, doit son nom à Céladon, le personnage de l'Astrée d'Honoré d'Urfé. Parce que vert céladon. A propos, saviez-vous que Jules Verne dans un de ses romans a évoqué le Lignon et ce roman fleuve? Mais oui, mais oui, dans Le château des Carpathes (1892) et dès les premières lignes : « Le 29 mai de cette année là, un berger surveillait son troupeau à la lisière du plateau verdoyant (...) Ce berger n'avait rien d'Arcadien (...) Le Lignon ne murmurait point à ses pieds ensabotés de gros socques de bois : c'était la Silvalaque, dont les eaux fraîches et pastorales eussent été dignes de couler à travers les méandres du roman de l'Astrée ».

- Quel est le poids de « Sauve-Terre », une des deux cloches de la collégiale Notre-Dame-d'Espérance à Montbrison ? 8 tonnes. C'est aussi la plus ancienne. Pour info, sa collègue se nommait à l'origine « Forez » avant d'être rebaptisée « Bourbon » lorsque le Forez fit partie du Bourbonnais.

- Savez-vous où fut installée la première fabrique de café de France ? A La Fouillouse au XVIIe siècle. A ce qu'il est prétendu...

- Que doivent la cathédrale de Chartres et la basilique de Yamoussoukro (Côte d'Ivoire) à Saint-Just-St Rambert ? Certains de leurs vitraux, soufflés par les verriers de la petite ville forézienne.

- Quel écrivain avait pris « Forez » pour nom de clandestinité dans la Résistance ? François Mauriac. Pourquoi « Forez » ? Il était de coutume pour certains écrivains clandestins de choisir le nom d'une province ou région de France (exemple: Vercors) mais sans relation avec leur origine, pour des raisons évidentes. Mais pourquoi Forez dans le cas de Mauriac ? Faut-il chercher du côté du Jansénisme... En 1943, les Editions de Minuit imprimèrent clandestinement le Cahier noir de « Forez ».

- Fin 1846, Jules Barbey d'Aurevilly voyagea dans le centre de la France. Il séjourna à Bourg-Argental, dont il se souviendra pour sa future Histoire sans nom, roman paru en 1882.

- C'est dans le prieuré de Pommiers-en-Forez, en 1452, que le roi Charles VII rendit un édit créant l'Université de Caen. Quelques temps auparavant, il avait séjourné à Feurs et au château de Cleppé où il conclut, par l'entremise du cardinal d'Estouteville, un traité de paix avec le duc de Savoie et son propre fils, le dauphin, futur roi Louis XI. Ce dernier s'était révolté contre l'autorité paternelle et royale. Charles VII à Cleppé consentit à ce que Louis se marie avec Charlotte de Savoie. Les Savoyards ont donné le surnom de " folie Clepié " à cet épisode.

Charles VII et Louis XI

- Feurs a donné naissance à Joseph-Guichard du Verney en 1648. Il fut le plus réputé anatomiste du grand siècle de Louis XIV. Diplômé en médecine à l'âge de 19 ans, il dispensa ses premiers cours à Paris au sein de l'Académie de l'abbé Bourdelot puis dans le salon de Jean-Baptiste Denis. Son habileté oratoire lui valut rapidement un public de plus en plus nombreux. En 1674, il intégra la prestigieuse Académie des Sciences fondée par Colbert et fut chargé de donner des cours d'anatomie à Versailles, devant le dauphin, fils du roi. La plus éclatante de ses dissections fut celle d'un éléphant, exécutée devant le roi-soleil. On venait de tout le vieux continent pour assister à ses cours, il fut notamment le maître de l'Ecossais Pitcairne. Les sciences lui doivent un traité de chirurgie, un traité des maladies des os et surtout un traité de l'organe de l'ouïe. L'anatomiste s'est éteint à l'âge remarquable de 82 ans le 10 septembre 1730. Fontenelle (philosophe qui annonça l'esprit des Lumières en vulgarisant des théories scientifiques nouvelles) lui consacra une notice : Eloge de du Verney.  Son fils Emmanuel-Maurice fut docteur à Paris et que ses deux frères, Pierre (né à Feurs) et Jacques-François-Marie suivirent ses traces. Le premier fut chirurgien, le second fut démonstrateur d'anatomie au Jardin du roi et l'auteur d'un traité de myologie (étude des muscles)..

 

- Quel contrôleur général des finances du roi Louis XV, surnommé « vide-gousset », est né à Boen-sur-Lignon en 1715 ? L'Abbé Joseph Marie Terray, décédé à Paris en 1778 et dont un contemporain a dit qu'il était « sinistre et effrayant » avec « une figure sombre, l'œil hagard »...

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