Wednesday, December 02, 2020
A Javelin Pagnon (1813 - 1874) nous avons consacré un article dans lequel nous évoquions ses farces littéraires (lire). Nous vous proposons ici sept petites oeuvres poétiques. A deux exceptions - le charmant Si j'étais riche et Retour en Irlande - elles évoquent Saint-Etienne et le Forez. Entre parenthèses, nombre de chansonniers et poètes stéphanois du XIXe siècle, loin de lui tourner le dos, ont célébré le Forez. Avec L'eau de Saint-Galmier, Pagnon rend hommage la ville berceau de sa famille. A noter qu'il évoque l'antique "Eau Segeste". Les historiens s'accordent aujourd'hui à  penser que l'ancienne ville gallo-romaine d'Aquae Segetae correspond à  la petite ville de Moingt, tout près de Montbrison. Aux chevaliers... évoque une des nombreuses confréries d'archers de Saint-Etienne. Le Cercle du Bal du Cercle, c'est bien sûr le Grand Cercle de la place de l'Hotel-de-Ville, fondé par des notables. Avec Zacchéo, l'auteur rend hommage à  un peintre d'origine italienne, Zacchéo père sans doute, peintre et décorateur de nombreuses églises dans la Loire. Le Pays de Forez fait la part belle à  certaines légendes et rappelle les attaches foréziennes de la fée Mélusine, une figure fascinante à  laquelle nous avons consacré un long article. Des eaux fortes de J.Trouilleux illustrent ces poésies, compilées dans un ouvrage paru en 1887. Celle illustrant Le Pays de Forez nous montre le paysage des gorges de la Loire, avec l'ancien pont du Pertuiset. On aperçoit au loin la tour du château de Cornillon. Bonne lecture.

Si j'étais riche !

Si j'étais riche autant que j'aime
Vous auriez les plus beaux atours.
Chacun dirait comme moi-même :
C'est la reine des alentours.

Vous porteriez sur votre tête
Et blanche perle et bleu saphir,
Et des diamants en aigrette,
Que vos beaux yeux feraient pâlir.

Mais je suis pauvre autant que j'aime,
Vous n'avez pas besoin d'atours !
Et chacun dit comme moi-même :
C'est la reine des alentours.



Tu brilles dans ma coupe pleine
Je veux te chanter le premier,
Des eaux limpides souveraine,
Eau charmante de Saint-Galmier.

Dans un puits tu vivais modeste;
Des vieux Romains les échansons
T'avaient surnommée: "Eau Segeste"
Et tu présidais aux moissons;
Quand de l'été l'ardeur brûlante
Au front fait perler la sueur,
Sans danger ton eau bienfaisante
Désaltère le moissonneur.

Plus tard, à  ton eau saine et vive,
Sans prévoir ton illustre sort,
Le peuple, en sa langue naïve,
A donné le nom de " Fontfort ".
Tu n'étais pas encore fameuse,
Mais les bonnes gens de Forez
Retrouvaient dans ton onde heureuse
Leur appétit et  leur teint frais.

Un chasseur, joyeux camarade,
Tout près de toi vivait heureux;
De ta blonde et vive Naïade
Il devint un jour amoureux.
Il en perdit presque la tête,
Et grâce à  son ardent amour,
Des gourmets suave conquête,
Du monde tu faisais le tour.

Il n'est plus, et voilà  veuve,
Tout comme la veuve Cliquot;
Ta saveur, malgré cette épreuve,
Vient égayer plus d'un écot.
Pourtant, comme ta soeur vermeille,
Tu fus fidèle, car on voit,
Sur le goulot de ta bouteille,
Le nom célèbre de Badoit.

Avec de l'or de ta compagne
Il faut acheter les faveurs ;
La rose liquide de Champagne,
Coule pour les riches buveurs.
Ton onde fraîche, simple et bonne,
Facile comme la gaîté,
Se vend à  peine, elle se donne,
Comme au riche, au pauvre altéré.

Au sein de la terre profonde,
Dieu, pour former ton élément,
Maître prodigue, dans ton onde
Fit dissoudre le diamant.
Depuis, le diamant qui brille
Comme un sourire virginal,
En globules nombreux pétille,
Gaz léger, dans ton pur cristal.

Va donc, jusque au bout du monde,
Embellir les joyeux festins ;
La transparence de ton onde
Brave les voyages lointains.
Tu restes ainsi le symbole
De la douce fidélité ;
En vain pour toi le temps s'envole,
Tu gardes ta limpidité.

Souvent tu tempéras l'ivresse,
Que verse à  flots le Chambertin,
Et grâce à  ta chaste caresse,
J'ai pu boire jusqu'au matin.
Sans faire aucun mal à  ma bourse,
Quand j'ai fêté les crus fameux,
Largement je puise à  ta source:
Après qu'on t'a bue, on boit mieux.

Aux chevaliers du jeu de l'arc de la Badouillère
(chanson d'un invité)

Francs archers, videz votre coupe ;
Buvons ensemble au bon vieux temps.
Les chansons reviendront en troupe,
Comme l'hirondelle au printemps.

Aux échos d'un refrain sonore,
Sur vos fronts brille la gaîté ;
Amis, chez vous on donne encore
La rieuse hospitalité.
Dans un petit coin du vieux monde,
Sans crainte on élève la voix ;
On chante et l'on boit à  la ronde,
Comme l'on buvait autrefois.

J'aime à  voir cette table pleine
Où sans façon l'on vient s'asseoir,
En laissant la morgue hautaine,
A la porte, sur le trottoir.
La bonne humeur au franc sourire
Règne sous ce toit enchanté,
Et sans effort on y respire
Un doux parfum de liberté.

Le vin est frais, la nappe blanche,
Le menu simple et sans apprêts ;
A petit bruit chacun s'épanche ;
Les chasseurs content leurs hauts faits.
Un empereur, bon et modeste,
Préside avec son air discret ;
Un empereur en simple veste,
Et qui ne rend aucun décret.

Oh ! oui, chantez ; vos dignes pères,
En vous léguant leurs vieux carquois,
Ont aussi laissé leurs grands verres
Et leurs chants français ou patois.
Comme eux vous avez des poètes,
Tour à  tour rieurs ou touchants,
Pour célébrer toutes vos fêtes
Et pour fustiger les méchants.

De nos jours sans cesse on invente :
La foudre dont on craint les coups,
Devenue notre humble servante,
Porte jusques aux billets doux.
Sur deux rails, sans peine, on voyage
Dans une roulante maison.
Nos pères ont fait davantage :
Ils ont inventé la chanson !

Chanson et gaîté, soeurs charmantes,
Vous qui n'eûtes jamais de fiel,
Consolez-vous, douces amantes
De l'homme exilé loin du Ciel.
Si jamais vous étiez bannies
De ce monde inhospitalier,
On vous retrouverait blotties
Dans l'armoire d'un chevalier

Le bal du Cercle

( Saint-Etienne, 1850 )

Dieu ! en v'là -t-il du nouveau !
J'vais en tomber de mon haut ;
Au cercle de l'Hôtel-de-Ville,
Je le donne en mille,
Mais c'est inutile :
Il va-t-y avoir un grand gala !
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Ce sera du fin, du choisi,
Les murs seront tout cramoisis ;
Il n'y aura que... tout le monde ;
Venez à  la ronde,
La brune, la blonde ;
Y en aura... de Panassa !
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

C'en en fait, je n'en puis douter :
On m'invite, il faut accepter ;
Mais, tout de même, c'est bien drôle,
Ils ont, chose folle,
Pris, sur ma parole,
Pour président un avocat !
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Ce Monsieur, qui est très précis,
Et n'fait pas les chos' à  demi,
Fait à  savoir que sur la place,
Malgré pluie ou glace,
Tout comme Paillasse,
Le monde se réunira.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

En pénétrant dans l'escalier
Qui conduisait jusqu'au premier,
On aurait pu mettre un'chandelle;
Mais la nuit est belle,
La mode nouvelle,
La salle en aura plus d'éclat.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Quant tout le monde fut entré,
Un tapis fut vit' préparé,
De peur qu'en sortant de la salle,
Quelqu'un n'eût le pied sale,
Et facheux scandale,
Sur l'trottoir ne marquât ses pas.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Dans la grand'salle, en pénétrant,
J'éprouve un éblouissement ;
D'abord j'n reconnais personne ;
Mais, ce qui n'm'étonne,
Je vois sur son trône
Schwartz qui mène la tombola.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Quelle chaleur on sent par là  !
On se croirait au sahara.
Plus qu'l'on a chaud, plus qu'l'on s'amuse.
Voyez si je m'abuse,
En v'là  un'camuse,
Qui tient son manchon sur son bras.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Que de discours vifs, animés,
J'entends tenir de tous côtés !
" Mam'selle, quelle belle fête !
" Craignez-vous le mal de tête ?
- Monsieur est trop honnête. "
Que d'esprit on dépense la !
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Mais v'là  qu'un jeune cavalier
S'obstine à  valser le dernier.
Il fait tournoyer sa danseuse ;
La valse fougueuse
La rend tout heureuse,
Le pied leur glisse, et patatra !
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Mais qui sont ces hommes charmants;
Qui font des saluts à  tous v'nants ?
Seraient-ils dont des domestiques ?
C'est des politiques
Qui cherchent pratiques ;
En un mot c'est des candidats.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

En v'là  un qui s'courbe si bas,
Que j'ai peur qu'il n'se r'lève pas;
ça doit lui fair' mal à  l'échine;
Oh! comme il s'incline !
Et quel humble mine!
Nommez-l'vite, il se r'dressera.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

En me promenant, tout ravi,
J'avais gagné de l'appétit.
En ce moment un garçon passe,
Portant une glace,
Chacun lui fait place ;
Aussitôt, moi, j'étend le bras.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Tout à  coup, arrêtant ma main,
Un commissair', d'un ton bénin,
Me dit : "Monsieur, à  bas la patte!
" A glace ni pâte,
" Ici, je m'en flatte,
" Aucun homme ne touchera."
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Dans ma poche j'avais vingt sous ;
Je voulus boire au moins mon saoul ;
Je m'dirigeais vers la buvette,
Et, d'une voix discrète,
Je d'mande une topette
De sirop d'groseille ou d'orgeat.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Même, pour faire le bel héritier,
Je m'lâche un' bouteill d'Saint-Galmier :
" Combien qu'ça coûtera, mam'zelle,
" A mon escarcelle ? "
- Monsieur, me dit-elle,
" C'est dix francs qu'ça vous coûtera."
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

J'étais vraiment dans l'embarras.
J'sortis pourtant de c'mauvais pas ;
Un ami me tira de peine ;
Il était en veine,
Sa poche était pleine
D'écus, de louis et de ducats,
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Avec lui, j'entrais tout joyeux
Dans la grande salle des jeux ;
Là  je vis des gens dont la mine
Disait : j't'assassine,
Ou criait famine.
Quels drôl'de gens que ces gens-là  !
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

J'aperçus même un beau joueur,
Qui vraiment avait du bonheur;
Quand tout'sa bourse lui fut prise,
Il perdit sa chemise
Pour dernière mise.
Comme il s'amusait, cet homm'là  !
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Tout à  coup, j'entends le tambour
Qui se fait entendre à  son tour:
Avec le cor, la clarinette,
Avec la trompette,
Il roule et tempête ;
C'est pour enl'ver une polka.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

J'y cours et j'vois de toute part
S'élever un épais brouillard,
Où bientôt les pauvres danseuses,
Disparaiss'nt poudreuses,
Ombres vaporeuses,
En se disant: qu'est-ce donc qu'ça ?
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

c'est tout bonn'ment le charbon
En poudr' qui remplit le salon.
Oh! que not'ville doit être fière !
C'est not' atmosphère,
Not' chère poussière,
Qui veut être aussi du gala.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Si bien qu'au bout d'un court moment,
On vit un miracle étonnant ;
Ces bell's en habits des dimanches,
Sans col et sans manches,
Si fraîches, si blanches,
Maint'nant tout noires les voilà .
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Silence! j'aperçois venir
Un couple qui me fait plaisir :
C'est Vénus et Mars f'sant la quête;
Ell'n'est pas coquette,
Mais qu'ell'superb'tête,
J'mets mes vingts sous pour cett'têt'là .
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.
Lorsque l'on voit le général,
C'est un sauv'qui peut général;
Chacun met la main sur sa poche,
Et, de proche en proche,
Chacun se rapproche
Des portes qui se trouvent là 
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Moi je m'ach'min', en fredonnant,
Au vestiaire très gaiement;
" Mon chapeau, dis-je, Mad'moiselle,
" Quel coin le recèle ? "
- Monsieur, me dit-elle,
" Donnez cinq francs et le voilà ."
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.

Comm'j'n'avais pas un sou comptant,
J'm'en fus têt'nue et très content;
Ma foi, j'avais la têt'transie,
Mais l'âme ravie,
Et tout c'que j'envie,
C'est d'voir encor'un bal comm'ça.
V'là  c'que c'est que d'êt'Gaga.



Le retour en Irlande


Voici le port, pliez les voiles,
Au doux foyer, je vais m'asseoir ;
Je vois au loin, comme une étoile,
Rayonner la lampe du soir.

Oui, c'est bien le pays d'Irlande.
La cloche tinte l'Angélus.
Ah! taisez-vous, que je l'entende ;
Là -bas, il ne m'éveillait plus.
Dans les prés, le pâtre nomade
Rassemble et compte ses brebis...
Je ne saurai qu'à  la bourgade
Ceux qui restent de mes amis.

Quand ma main ouvrira la porte,
Comme battra mon pauvre coeur !
Surtout quand je dirai: j'apporte
Une dot pour ma jeune soeur.
Mais peut-être, lasse d'attendre,
Ma mère a rejoint son époux,
Et, par ceux qui pouvaient l'entendre,
Au Ciel m'a donné rendez-vous.

Demain, dans notre vieille église,
J'rai revoir le bon curé.
La misère, à  sa porte assise,
Jamais vainement n'a pleuré;
Il aime à  s'appauvrir pour elle,
Et voit tomber, avec douleur,
La toison du troupeau fidèle,
Sous les ciseaux du faux pasteur.

On te dit pauvre, ô mon Irlande !
Mais tes douleurs sont un trésor.
Dieu du juste aime l'humble offrande;
La croix de bois vaut la croix d'or.
Tu sais prier, douce victime,
Ton encens fume sur l'autel ;
Ta soeur jalouse y voit un crime :
Ce crime fut celui d'Abel.



Le pays de Forez
Dédié à  Monsieur de Persigny,
Président de la Diana

Si je ne devais pas te revoir, je mourrais,
Mon doux pays, doux pays de Forez !

Dans un petit coin de ce monde,
Je connais un pays charmant :
La Loire y promène son onde,
En longs méandres, lentement ;
Autour de deux riantes plaines
Les monts s'étagent en gradins ;
On dirait de vastes arènes,
Dont le temps a fait des jardins.

J'aime à  te contempler quand l'aube
Couvre tes monts d'azur et d'or,
Et qu'une vapeur nous dérobe
A leurs pieds la plaine qui dort ;
Ou lorsque la nuit tend ses voiles,
Qu'on voit les étangs miroiter,
Et que dans le ciel plein d'étoiles,
On entend le courlis chanter.

Dès l'an mil, plus d'un grave apôtre,
Dans un main portant la croix,
L'araure et la hache dans l'autre,
Est venu défricher tes bois.
Redites-nous leur vie austère,
Valbenoîte, Ambierle, Charlieu,
Et toi que saint-Bernard, ton père,
Baptisa : La Bénissons-Dieu.

Des souvenirs de tous les âges
Sur ton sol fécond sont épars ;
On retrouve, en tes pâturages,
La voie où passait les Césars.
De même qu'au temps de l'Astrée,
Le frais et doux coulant Lignon
Murmure sa plainte sacrée
Sous le rocher de Céladon.

L'enchanteresse Mélusine
Prit un de tes fils pour mari,
Et la  Sainte Vierge est cousine
De tes nobles ducs de Lévi.
Parmi les vaillants pairs de France,
Tes comtes portaient haut le front,
Sachant mourir pour ta défense,
Vaincus parfois, mais purs d'affront.

Autour d'eux flottaient les bannières
De  vaillants et nombreux vassaux ;
Le temps a brisé les plus fières,
Comme le vent les arbrisseaux,
Il nous reste de leur mémoire
Les armes que Dieu leur donna ;
Arche auguste de cette gloire,
Nous relevons la Diana.

Mais voilà  qu'une ère nouvelle
Rajeunit le monde trop vieux ;
Quelle clarté vive étincelle
Dans tes salons silencieux ?
Où vont, d'une aile si rapide,
Ces messagers lourds et bruyants,
Glissant sur un chemin rigide
Et dépassant presque les vents ?

Honneur à  toi, chère Patrie,
Qui, la première entre tes soeurs,
Debout à  la voix du génie,
Accomplis ces rudes labeurs.
Porte au loin le fer et la soie,
Fais pâlir les vieux nécromans,
Mais que toujours on te revoie
Pieuse pour les anciens temps.

Si je ne devais pas te revoir, je mourrais,
Mon doux pays, doux pays de Forez !



Je l'avouerai, l'âge m'a rendu triste ;
Pour me ravir à  mon humble foyer,
Duplain m'a dit: Nous fêtons un artiste,
Et ce seul mot suffit pour m'égayer.
J'ai retrouvé ma gaîté matinale
Et dans un coin mon modeste pipeau.
Chantons gaîment, enfants de la Chorale,
Chantons en coeur un maître: Zacchéo.

Elle n'est plus, cette famille antique
Que l'on nomma les peintre byzantins,
Dure au travail et dans ses moeurs rustique,
Le juste orgueil de nos siècles lointains.
Dans un réduit de vieille cathédrale,
Il découvrit un beau jour leur pinceau.
Chantons gaîment, enfants de la Chorale,
Chantons en coeur un maître: Zacchéo.

Depuis ce jour a commencé son oeuvre.
Couvrant les murs de savantes couleurs
Jusques au faîtes, et sublime manoeuvre,
Ne se lassant jamais de ses labeurs.
Oui, par milliers, d'une main magistrale,
Il fait sortir les saints de leur tombeau.
Chantons gaîment, enfants de la Chorale,
Chantons en coeur un maître: Zacchéo.

Quand le curé du plus pauvre village
Fait un beau rêve, en un songe il croit voir
De Zacchéo le triple échaffaudage,
Et sur les murs il entend le grattoir.
Heureuse alors la simple succursale
Qui voit vraiment se dresser l'échafaud !
Chantons gaîment, enfants de la Chorale,
Chantons en coeur un maître: Zacchéo.

Les voyez-vous, ces grands saints poétiques,
Ressuscités comme au temps jadis,
Avec leur nimbe aux allures gothiques ?
On en pourrait peupler le paradis.
La voyez-vous, cette fine astragale,
Se mariant aux contours de l'arceau ?
Chantons gaîment, enfants de la Chorale,
Chantons en coeur un maître: Zacchéo.

Mais au bon Dieu sa magique palette
A fait, dit-on, mainte infidélité !
Dans les boudoirs, elle peint en cachette
Le frais et dous réduit de la beauté.
N'oublions pas cette riante salle
Où de vos voix retentissait l'écho.
Chantons gaîment, enfants de la Chorale,
Chantons en coeur un maître: Zacchéo.