Thursday, June 24, 2021

 Sur la table de Peutinger, la copie du XIIIe siècle d'une carte des voies romaines établie au 4e siècle, figure la mention d'Icidmago, entre Aquae Segete (Moingt) et Ruessio (Saint-Paulien en Haute-Loire). Icidmago est traditionnellement identifié à  l'actuel village d'Usson-en-Forez.

 

Le nom, celtique, signifierait "lieu de marché" ou le marché d'Ischius (Ischiomagus). D'autres auteurs, dont La Mure, chanoine montbrisonnais (XVIIe siècle) ont vu dans le nom actuel d'Usson la déformation de Vasso, le nom donné à  une déesse gauloise. Mais La Mure voyait aussi dans le nom de Montbrison le souvenir d'une déesse Briso, supposée divinité gauloise du sommeil et des songes... Avant lui, Grégoire de Tours (VIe siècle) avait également évoqué, aux confins de l'Auvergne, un temple dédié à  Vasso, qui présidait aux accouchements. Ce qui fait écrire à  Auguste Bernard dans son Histoire du Forez (1835) que "peut-être ce temple était-il à  Usson, qui en aurait tiré son nom par corruption, chose ordinaire par ces temps-là ". L'auteur note pour "digne de remarque" qu'il était dans l'endroit une coutume qui rappelait peut-être le culte de Vasso. "Lorsqu'une femme est sur le point d'accoucher, on vient mettre un cierge allumé devant une petite madone placée au coin d'une rue." Mais ces traditions se retrouvent partout. A Usson peut-être un peu plus qu'ailleurs. Ainsi l'oratoire de la Breurette, un petit oratoire rural, recouvert d'un toit de tuiles creuses et surmonté d'une petite croix. Dans une niche est placée une statuette en bois, dite N.D. de Racloux, que les femmes, dit-on, emportaient dans leur lit...

Usson, restes de remparts

Ci-dessous, l'allée des chênes

Quoi qu'il en soit, la haute ancienneté du site ne fait aucun doute, lequel site ne doit pas être confondu avec le Usson de la reine Margot, près d'Issoire (Puy-de-Dôme). En témoignent les pierres à  cupule et le polissoir de Daniecq, les étranges "têtes de divinité" du hameau de Grangeneuve, les figures de la chapelle de Notre-Dame de Chambriac et, à  l'ère gallo-romaine, les pièces de monnaie et céramiques révélées par les fouilles archéologiques. Auguste Bernard évoque aussi une inscription sur une borne milliaire retrouvée près de Grangeneuve au XVIIe siècle et qui pourrait accréditer l'idée d'un temple dont les sculptures de la ferme seraient des vestiges. Voici le texte de l'inscription donné par l'auteur, abrégé à  la mode romaine  :


IMP CAESAR
VS MAXIMI  P
FELIX AUG  P M
PROCOS PRIM
ET F  E  IVL VERV 
NOBLISSIMVS
PRINCEPS IVVENTV
VS  [ou INVVENTV TIS ?, ndlr] VETUSTAT  CON
RESTITVERVNT
M XIIII.

Avec les syllabes manquantes et en ajoutant le mot "temple" (templum) après VS dont il fait "Ussonium", Auguste Bernard en donne cette traduction :

"L'Empereur César, Jules, Maximin, le Pieux, l'Heureux, l'Auguste, Souverain Pontife, Proconsul pour la première fois, et son fils Julius Verus, très noble prince de la jeunesse rétablirent le temple d'Usson tombant de vétusté. Milliaire quatorzième."

Mais il pourrait s'agir aussi de la restauration de la ville ou de la route. Le village est situé sur une voie le reliant à  Ambert par le col de Chemintrand et sur la célèbre voie Bolène. Bien antérieure aux Romains, elle a reçu son nom bien plus tard, au Moyen Age (via Bolena). Elle relie Lyon à  Bordeaux via Feurs et, après Usson, poursuit au sud vers Saint-Paulien. Les pèlerins qui se rendent à  Saint-Jacques-de-Compostelle, via Le Puy, l'empruntent. D'où les coquilles que l'on peut voir sculptées dans l'église du bourg ou sur la petite signalétique aux abords de la chapelle de Chambriac.


C'est là  le point de départ de notre petite promenade dans le village. C'est une chapelle qui nous semble peu connue. En tout cas beaucoup moins que l'église de Rozier-Côtes d'Aurec, dont les sculptures paiennes ont été photographiées sous toutes les coutures. On trouve à  Notre-Dame de Chambriac (Chambrias autrefois, Chambriat parfois) certains motifs qu'on voit à  l'église de Rozier et le choeur de la chapelle est fait sur un modèle similaire. C'est l'édifice religieux le plus ancien d'Usson. La date de sa fondation, qui n'est pas connue avec précision, remonte au plus tôt à  la fin du XIe siècle, avec l'installation des moines à  La Chaise-Dieu. La légende raconte que la mule d'un meunier s'arrêta net, refusant d'avancer. L'homme découvrit alors, sous un genevrier, la statue de la Vierge, prestement transportée dans l'église. Mais comme en d'innombrables lieux du Forez et de France, l'histoire raconte que la statue prit la poudre d'escampette, revenant sous son genevrier. Las de lui courir après, le clergé édifia, sur place, un petit sanctuaire.  Il servit un temps d'église paroissiale, après la disparition de la chapelle du château, et avant la construction de l'église du village (XVe siècle).

Remaniée au cours du temps, la chapelle fut détruite par un incendie en 1869 et reconstruite puis restaurée un siècle plus tard par l'abbé Convert et les religieuses. Le choeur en hémicycle s'ouvre sur un arc brisé et il est voûté en cul de four plein cintre. Dans son architecture typiquement romane, il est "posé" sur un soubassement de pierre qui le ceinture. L'autel, en forme de dolmen et sous lequel coulerait trois ruisseaux, est éclairé par trois fenêtres placées dans des arcatures en plein cintre, que supportent des colonnettes. Six colonnettes donc, plus deux colonnes immédiatement à  droite et à  gauche du sanctuaire, et encore deux piliers rectangulaires (ou pilastres) situés entre les colonnettes, dans l'axe, tous décorés de motifs qui appartiennent moins à  l'influence chrétienne que celtique. Une partie au moins de ce matériau aurait été emprunté à  un lieu de culte antérieur.

Dans le détail, en faisant le tour de gauche à  droite, on identifierait mal le motif du chapiteau de la première colonne sans le descriptif qu'on trouve sur place et qui évoque une sorte de torse émergeant dont ne sait trop quoi.  On voit aussi un visage sculpté de face dans le corbeau attenant. Le pied  de la colonne est décoré d'entrelacs et d'un personnage grimaçant ou hurlant. La première colonnette nous montre sur une face de son chapiteau un quadrilobe (une fleur ?) au dessus de volutes. Le chapiteau de la seconde aurait eu pour motif - on a bien du mal à  le distinguer - un cercle surmontant une croix de Saint-André placée au dessus de feuilles. Le pilastre  présente sur son chapiteau un cercle oculé au dessus de volutes. S'il s'agit d'une représentation du soleil, on peut la rapprocher du disque solaire placé entre les cornes de la déeese vache Hathor des anciens Egyptiens. Les tresses du fût du pilier (fougères ?) accentuant cet aspect du soleil nourricier. Des hommes levant les bras au ciel sont sculptés sur le chapiteau de la la seconde colonnette encadrant le pilier. Celle qui vient ensuite est sculptée d'oiseaux, des chouettes lit-on. Le second pilastre porte la tête d'un animal, ni ours, ni canidé. Un taureau plutôt. On devine des cornes et on pense au culte de Mithra. Le taureau étant aussi un symbole solaire, de fertilité et d'énergie. Il semble tirer la langue et on distingue nettement des volutes qu'on dirait sortir de sa bouche. Le fût du pilier est également décoré mais pour sa part de motifs en forme d'écailles de poisson. La colonnette qui suit porte sur son chapiteau des aspérités en forme de boules. Le chapiteau de la dernière colonnette se déchiffre mal. Des oiseaux affrontés ? Un ange ? A regarder une ancienne carte postale du lieu, cette dernière hypothèse semble plus probable. La deuxième colonne enfin, porte un chapiteau à  peu près semblable à  celui du premier. Le corbeau à  côté porte également une figure humaine, qui fixe celle d'en face.

En 1732, une congrégation se forma et se consacra à  la garde des malades et à  l'enseignement. A la Révolution, une des religieuses fut guillotinée. Quant à  la statue (Vierge Marouflée du XIIe siècle), elle fut enterrée pour échapper  à  la fureur jacobine. Des religieuses (Soeurs Notre-Dame de Chambriac) habitent toujours le bâtiment conventuel. L'école, ouverte en 1907 avec pensionnat et cinq classes, et où les petites filles apprenaient l'art délicat de la dentelle, a fermé ses portes en 1993.

En sortant, on ne peut manquer la borne en pierre dite des trois provinces: Auvergne, Velay et Forez, comme le précise un panneau qui en indique les directions. Elle est plantée là  depuis plus de 600 ans. En réalité, cette borne délimitait surtout le Forez de l'Auvergne même si le Velay n'en est pas très loin. Terre de confins à  930 mètres d'altitude,  faisant aujourd'hui partie du pays de Saint-Bonnet-le-Château, la paroisse et le bourg lui-même étaient sous l'Ancien Régime partagés en deux parties: Usson en Forez et Usson en Auvergne, la rue nationale qui traverse le bourg faisant office de frontière. Ce n'était pas sans conséquence sur la vie quotidienne des habitants. Le n° 18 de O Forez, le bulletin des Amis du Pays de Saint-Bonnet-le-Château  (2008) nous expliquant que les impôts (la gabelle et la taille par exemple) se différenciaient selon leur localisation géographique. Par ailleurs, le territoire d'Usson relevait en grande partie des seigneuries auvergnates (La Roue, Viverols) et non de la châtellenie de Saint-Bonnet. Du point de vue religieux, la paroisse d'Usson faisait partie du diocèse du Puy, comme Estivareilles et Apinac dans la Loire, Craponne (Haute-Loire) et Sauvessanges (Puy-de-Dôme). Mais Viverols (Puy-de-Dôme) dépendait par exemple de Clermont. Sans compter l'influences des abbayes. Ainsi Usson était placé sous celle de La Chaise-Dieu, comme Apinac mais pas comme Estivareilles, qui relevait de l'abbaye d'Ainay (Lyon).

En contournant Notre-Dame de Chambriac, le promeneur aperçoit au loin la ZAC des Quarchons. Relevant de la compétence de la Communauté de communes de Saint-Bonnet-le-Château, elle accueille trois entreprises de la filière bois: VSN Bois (scierie) , Forez Bois (scierie et négoce de bois) et Dufour Bois (Menuiserie - Charpente - Couverture). La première est implantée sur la commune depuis plus de 10 ans. Elle transforme les essences résineuses locales telles que le pin sylvestre (dont le plateau forézien est une région de production justement réputée), le sapin, l'épicéa ou encore le douglas. Elle s'approvisionne dans un rayon de 50 km, essentiellement auprès de propriétaires privés et commercialise ses produits auprès de charpentiers, constructeurs, grossistes et négociants. 1800 hectares des 4800 de la commune d'Usson sont boisés et les scieurs d'aujourd'hui, équipés de scies multilames circulaires, sont un peu les héritiers des scieurs de long d'autrefois, qui quittaient leurs foyers pour aller scier sous d'autres cieux avant de rentrer au pays pour s'occuper des travaux des champs.


Parmi les autres activités, aujourd'hui disparues mais dont le souvenir reste prégnant au Musée rural, mentionnons le travail de la dentelle, les fabriques de caisses, jusqu'au début des années 1960, et les fabrications de paillons de seigle, c'est à  dire les enveloppes de paille pour les bouteilles de vin en verre. Il existait aussi à  Usson au début du XXe siècle deux chantiers d'imprégnation au sulfate de cuivre de poteaux en pin, à  destination des PTT. 27 000 poteaux/an y étaient traités.


Il nous faut encore évoquer les fours à  poix, en activité jusqu'au XIXe siècle, et qu'un chemin balisé permet de découvrir dans les hameaux alentours: Roche, La Borie, Lissac. La poix est un goudron végétal,  issu de la combustion de bûchettes de pins sylvestres et permettait l'imperméabilisation des bateaux (les fameuses rambertes qui transportaient sur la Loire le charbon stéphanois), la fabrication de torches, produits pharmaceutiques, etc. En 1818, 70 tonnes de poix provenaient d'Apinac, Estivareilles et surtout Usson (3/5 de la production). Le four à  poix du Trémolet est le plus remarquable où il côtoie un abreuvoir en granit, un lavoir couvert et un "travail" en bois couvert, destiné à  ferrer et à  soigner les animaux de trait.

En remontant la rue de Chambriac, on passe devant la chaufferie. Réalisée dans le cadre du Plan Bois Energie de la Loire, équipée d'une chaudière à  bois à  fonctionnement automatique de 800 kw/heure, et d'une chaudière d'appoint au fuel, elle permet, via un réseau de chaleur de 1400 mètres, le chauffage de 16 bâtiments communaux et privés dont cinq maisons individuelles, la mairie, l'école, la maison de retraite, la salle polyvalente... Le combustible provient des sous-produits des scieries locales (écorces, sciures et plaquettes) à  raison de 700 tonnes/an et avec une humidité de 50 %, sans besoin d'un hangar de séchage, pour un équivalent pétrole de 95 tonnes/an. Elle évite ainsi l'émission de 225 tonnes de gaz à  effet de serre/an. Les émissions de suie et poussières sont captées par un filtre mécanique.

En haut de la rue, on ne peut manquer à  droite un beau manoir dont la façade en pierre de taille est flanquée à  ses angles de tourelles à  cul de lampe. On ne sait rien de cette belle bâtisse qui porterait (sous réserve) le nom de château de la Cadelle. A noter qu'il affiche le Gonfanon d'Auvergne, peint au dessus d'une lucarne à  fronton, et le Dauphin de Forez au dessus de la porte d'entrée. Ce qui rend compte de "l'écartèlement" déjà  évoqué de ce pays entre Auvergne et Ségusie et qu'on retrouve sur le blason de la commune où figurent aussi les armes des deux provinces.

On rejoint ensuite la place de l'église en passant devant la mairie. On remarque accrochées dans le hall d'entrée les plaques en marbre portant le nom des poilus tombés en 14-18. Ce qui nous semble assez rare dans une mairie. On trouve un début d'explication en cherchant le Monument aux Morts. C'est un monument moderne, en granit et en forme de menhir. Très dépouillé, il porte une brève inscription en hommage aux enfants de la commune tombés pendant la guerre. Il n'a pour toute décoration qu'un casque de poilu et des palmes. Nul nom n'est gravé. On suppose donc que les plaques de la mairie proviennent d'un précédent monument et on apprend en effet que l'ancien monument, érigé en 1921 et qui comportait notamment la statue d'un soldat, a été démoli en 1968.

Le clocher

L'église est impressionnante et son histoire architecturale compliquée. Elle est dédiée à  Saint Symphorien, fêté le 22 août, un martyr du IIe siècle originaire d'Autun. Construite à  la fin XVe siècle, elle fut la 3e église d'Usson, après l'édifice de Chambriac et un premier qui existait dès la fin du XIe siècle, appartenant aux seigneurs de Baffie, dédié à  Saint Barthélémy (fête le 24 août) et saccagé au XIVe siècle par les troupes d'un seigneur de Polignac. Un prieuré de Saint-Symphorien s'était élevé sur les plans et avec le concours des moines casadéens. L'église actuelle est le résultat de nombreuses modifications. Gothique, surbaissée, avec quelques arcs romans qui attestent de son architecture première, elle ne comprenait à  l'origine qu'une seul nef de 22 mètres sur 5, orientée ouest-est et sur laquelle s'ouvrait des petites chapelles destinées aux congrégations et aux familles nobles. Pas de clocher mais un campanile roman au milieu du toit doté d'une seule cloche. Pas de sacristie non plus. La superficie de l'édifice devait correspondre à  moins de la moitié de l'église actuelle.

L'Ipazou des légendes

Les panneaux mutilés de l'ancienne chaire

Vers le milieu du XVIe siècle, l'édifice fut remanié grâce aux soins de la famille de La Roue-Hostun, avec deux nouvelles travées de choeur voûtées d'ogive qui l'allongèrent considérablement à  l'est (côté abside). Le nouveau clocher, à  l'opposé,  près de l'ancien porche, fut construit en 1601 par le père Terrasse. Il est typiquement forézien. Sa flèche est bien plus tardive (1871). En 1731, avec le curé Rochette, ce sont les deux grandes chapelles les plus proches du choeur, chapelles de la Vierge (au nord) et de Saint-Symphorien au sud, qui furent construites en repoussant les murs extérieurs. On obtint ainsi une forme de transept (une croix). De cette époque date aussi la création des deux sacristies à  côté des chapelles, et qui entourent le sanctuaire. Deux portes, dites de Saint-Symphorien et de la Vierge, donnaient accès aux chapelles. On les voit encore de chaque côté de l'église, encadrées par des colonnettes et surmontées chacune d'une inscription gravée sur le linteau qui les domine. Elles ont "bougé" depuis puisque l'église a encore été considérablement "chamboulé" au XIXe siècle, les nefs latérales percées (elles sont plus large que la nef centrale), les murs extérieurs repoussés, les chapelles agrandies, le portail modifié...

Le visiteur y verra gravées sur les clés de voute les armes des gens qui au fil des siècles ont élevé l'église: le blason du curé Rochette (un chevron et deux croissants à  moins qu'il ne s'agisse d'oiseaux), celui de la famille de La Roue-Hostun... ou encore le monogramme de la Vierge, coquilles Saint-Jacques à  la croisée des transepts et un ange portant l'écu marqué du Monogramme du Christ entouré de fleurs de lys. Il y découvrira surtout, dans la première chapelle au nord en entrant les cinq panneaux sculptés de l'ancienne chaire. Ils ont été martelés à  la Révolution. Quatre d'entre eux nous montrent les Evangélistes. Saint Jean a perdu sa tête, son aigle a été martelé; le taureau de Luc a gardé la sienne mais pas l'Evangéliste; Matthieu et Marc n'ont plus de visages. Le cinquième panneau nous présente deux personnages dont un est armé d'un grand couteau. On pense au premier abord à  Pierre et Jésus au jardin des Oliviers. Mais il peut s'agir aussi des deux saint-patrons de la paroisse: Saint-Barthélémy, représenté traditionnellement avec un couteau (il a été écorché) et Saint-Symphorien.

Saint Roch

Dans le mur du choeur se trouve une piscine Renaissance. Dans une des chapelles, on découvre l'ancien maître-autel de l'église, installé au XIXe siècle dans la chapelle des soeurs de Saint-Joseph (voir plus loin). Du XVIIe siècle, taillé dans le cerisier et le noyer, il comporte deux colonnes torses entrelacées de vigne, des têtes d'angelet et des chapiteaux corinthiens. Il a été restauré à  Monistrol par le Stéphanois Bernard Preynet avant de retrouver son église le 4 juin 1984. A noter enfin, contre les piliers du choeur les statues de Saint Roch et Saint Sébastien. Elles datent du XVIIe. La première, en bois polychrome, est très réaliste, très "naturelle". Saint Sébastien apparait sous les traits d'un jeune homme athlétique.

Le maître-autel


Notre balade se poursuit un peu au hasard, dans les rues du bourg. Ici des vestiges des remparts, là  la vieille porte du château, lequel château passa des mains de la famille de Baffie à  celle des Rochebaron (un d'entre eux, Guillaume d'Usson participa à  la 7e croisade). Se succédèrent encore les de La Roue puis les familles Hérail et Pierrefort. Une des tours du château s'élève dans ce qui est aujourd'hui le Musée d'Usson, près des bâtiments qui avaient abrité la congrégation des religieuses de Saint-Joseph. La communauté, fondée à  Saint-Flour par Jean-Pierre Médaille, s'installa  à  Usson vers 1650, pour n'en partir qu'en 1939. Sur le musée, auquel nous avons consacré un article spécial, nous ne nous étendons pas. On découvre, route nationale, une pierre de réemploi portant les lettres IOC précédées d'un point en hauteur et d'un N inversé. Mystère... Rue principale se trouve toujours la façade du vieux cinéma créé en 1933 par Joseph Mantrand, repris par Victor, le fils, confié ensuite à  Familles Rurales, avant que n'ouvre le nouveau complexe de la gare, "Quai des Arts" en 2007.

On fait un tour place Vialle, on rejoint la mairie et l'office de tourisme près desquels s'élève un pin gigantesque, presqu'aussi haut que le clocher de l'église. Un peu plus bas se trouve la maison de retraite. Elle appartient à  l'histoire hospitalière de notre département. A l'origine trois femmes, Rose Grillet, institutrice, Angélique Badioux, ouvrière en dentelle et Claudine Bouthéon qui lèguent en 1830 devant notaire un terrain en plein coeur du village, un bâtiment et de l'argent, pas moins de 8000 francs. Et ceci afin de fonder un établissement destiné aux soins des malades et à  l'éducation des jeunes filles indigentes. Les trois donatrices prennent en charge l'hôpital qui est remanié par le maître maçon Rivallier en 1840. Il porte alors le nom d'Hôpital Notre-Dame des Sept Douleurs. La chapelle attenante est construite en 1867. En 1896, ce sont des religieuses qui le gèrent. Maison de retraite médicalisée dans les années 1970, le bâtiment fut remis au normes en 1984.


Là  s'achève notre article, sous les beaux arbres de l'allée des Chênes où nous revint en tête cette histoire racontée il y a bien longtemps. C'était dans les années 1960. Un promeneur ussonais avait découvert sur les rives de l'Ance du sable qui l'intrigua. Il en expédia une certaine quantité pour expertise. Il s'avéra que l'échantillon contenait une proportion d'or assez importante. A l'époque, un journal parisien avait même titré que la terre d'Usson était la plus riche du monde. La fièvre de l'or fit long feu. Mais même sans or ses longues heures la font riche.