Saturday, August 15, 2020
L'acte de vente de la terre de Bourg-Argental en l'an 844, au profit du comte de Vienne, évoque une "basilique" en l'honneur de la Sainte Vierge. C'est à  peu près tout ce qui semble être connu de la première église de Bourg-Argental.
 

Dans la première moitié du XIIe siècle, des nefs latérales furent ajoutées autour de la nef centrale. L'édifice, orienté à  l'Est, vers la Palestine, avait alors la forme d'une croix avec une tour octogonale couronnée d'une aiguille pyramidale qui s'élevait à  la croisée des transepts. Au XVIe, d'autres ajouts seraient venus consolider l'édifice. En 1854 enfin, Tony Desjardins, architecte du diocèse de Lyon, reconstruisit l'église sur un plan plus vaste avec deux nefs latérales, des culs de fours et une demi coupole dans le style romano-byzantin. C'est l'église actuelle, toujours dédiée à  Notre Dame. Son portail est un vestige du bâtiment du XIIe, de type roman provençal. Cette pièce classée Monument Historique ouvrait alors à  l'ouest, c'est à  dire à  l'extrême opposé de sa situation actuelle. Elle se distingue par sa riche ornementation qui appartient au roman de la vallée du Rhône et procède de l'Ecole d'Arles. Il s'agit là  d'un fait unique dans la région.
 

La porte carrée est surmontée d'un tympan semi-circulaire, coupé horizontalement en deux registres dont celui du bas est divisé en sept compartiments encadrés, excepté celui du milieu, par des arcades en plein cintre.

De droite à  gauche:

- L'Annonciation. Il s'agit d'un épisode des Ecritures que l'on peut lire uniquement dans l'Evangile de Luc (1, 26-38). La Vierge entend les mots de l'ange Gabriel qui lui annonce qu'elle va mettre au monde le fils de Dieu.

- La Visitation. La Vierge qui attend l'Enfant rend visite et sa cousine Elizabeth, enceinte de Jean-Baptiste. Les deux femmes sont ici représentées s'embrassant. Il s'agit encore d'un épisode des Evangiles qu'on ne lit que chez Luc.

- La Nativité. Cette scène est plus intéressante dans sa représentation. Elle se lit sur deux registres. En bas, la jeune Mère est représentée allongée dans un lit finement travaillé. A droite, on aperçoit saint Joseph qui porte le nouveau-né dans ses mains. A gauche, au niveau du visage de la Vierge on devine un personnage qu'on imagine féminin. Au dessus de la scène, deux animaux difficilement identifiables, mais qu'on peut penser être l'âne et le boeuf traditionnels, veillent sur le poupon à  nouveau représenté dans ses langes.

- La Naissance annoncée aux bergers. Deux bergers qu'on reconnait à  leurs bâtons et à  leur troupeau de moutons se font face. Un ange descend des nuées pour leur annoncer la bonne nouvelle.

- L'adoration des Rois-Mages. Cet épisode est représenté par trois compartiments. Le premier (toujours de droite à  gauche) représente la Vierge en majesté portant sur ses genoux l'Enfant Roi. Dans le second compartiment, un premier roi mage, à  cheval et guidé par l'étoile, s'avance vers la Mère et l'Enfant. Dans le troisième compartiment, les deux autres rois, à  cheval et portant de même couronnes et barbes suivent le premier.

Dans le registre supérieur, dominant l'ensemble dans une auréole elliptique ("amande mystique"), Dieu bénit de la main droite et tient le globe terrestre dans sa main gauche. De part et d'autre du trône sont représentés les quatres animaux évoqués dans le Livre de l'Apocalypse, chapitre 4, versets 6-8:

" Et devant le trône, comme une mer de verre, semblable à  du cristal; et au milieu du trône et à  l'entour du trône, quatre animaux pleins d'yeux devant et derrière.
Et le premier animal est semblable à  un lion; et le second animal, semblable à  un veau; et le troisième animal a la face comme d'un homme; et le quatrième animal est semblable à  un aigle volant.

Et les quatre animaux, chacun d'eux ayant six ailes, sont, tout autour et au dedans, pleins d'yeux; et ils ne cessent jour et nuit, disant: Saint, saint, saint, Seigneur, Dieu, Tout-puissant, celui qui était, et qui est, et qui vient."


Il s'agit aussi des images servant à  désigner les quatres Evangélistes: saint Marc (lion ), Luc (le Taureau), Matthieu (chérubin) et Jean (l'aigle). La scène est encadrée par deux anges tenant des encensoirs.

Selon frère Maxime, dans sa Monographie des communes de l'arrondissement de Saint-Etienne, on pouvait lire autrefois quatre vers latins:

"Vos qui transitis, cur non properando venitis,
Ad me dum venient, damna famis fugienti.
Et vos qui bibitis, magis atque bibendo sititis,
Si de me bibitis, non erit ultra sitis."
.

Au dessus de la porte et du tympan, deux archivoltes retombent chacune sur deux colonnes auxquelles sont adossées des figures en ronde bosse faisant corps avec le fût. L'archivolte intérieure a sa face décorée de rosaces portant en leur centre des bustes humains. Il s'agit des 24 vieillards de l'Apocalypse. Sur le claveau central, le roi David a été sculpté jouant du violon. Au dessus de lui, sur la façade de l'archivolte externe, sept autres musiciens, des anges probablement, forment un orchestre céleste. On remarque en particulier celui qui manie ce qui semble être un tambourin. Les douze signes du zodiaque les encadrent.

Au dessus du tympan, à  droite, un ange retire une âme du purgatoire. A gauche, l'archange saint Michel précipite l'ange déchu en enfer.

De chaque côté de la porte, trois colonnes sculptées, martelées par les protestants lors des guerres de religion. Les deux colonnes les plus éloignées de l'entrée, décorées de motifs végétaux, ont été rajoutées lors de la reconstruction de l'église. La première colonne à  gauche de la porte porte sur son fût la représentation de saint Jacques. L'apôtre, vêtu d'une robe et d'une tunique porte un phylactère sur lequel il pointe du doigt une inscription toujours lisible: "Infirmatur qui in vobis ? Inducat presbyteros ecclesiae, et orent super eum." Il s'agit d'un extrait de l'Epître de Jacques, V, 14 ("l'un de vous est il malade ? Qu'il appelle les anciens de l'église, et qu'ils prient pour lui.") à  l'adresse des pélerins de Saint-Jacques-de-Compostelle qui faisaient étape à  Bourg-Argental.

Le chapiteau qui la coiffe illustre l'arrestation, le jugement et l'exécution de saint Jacques. A gauche, un homme attache les mains d'un vieillard, au centre on devine, assis, un personnage important qui semble donner des ordres. A droite, le jeune homme saisit le vieillard par les cheveux et lève sur lui son sabre.

L'autre colonne, toujours à  gauche porte une sculpture très endommagée. On devine des serpents s'enroulant autour du corps d'une femme. Il s'agit de la représentation de la luxure. Le chapiteau illustre quant à  lui la condamnation du mauvais riche par le Christ.

A droite, la première colonne représente un personnage difficilement identifiable. Il s'agirait de saint Pierre portant aussi robe et tunique. Le chapiteau nous montre cinq apôtres dans une barque remorquant un filet empli de poissons. Sur le côté, saint Pierre se jette à  l'eau pour rejoindre le Christ.

Le personnage qui est sculpté sur la seconde colonne n'a plus de visage. On devine à  son habit qu'il s'agit d'une femme. Elle porte sur sa poitrine ce qui semble être une corbeille dans laquelle ont pris place deux enfants. Il s'agirait d'une allégorie de la charité et de la vertu, en opposition au vice de la colonne d'en face. Le chapiteau est sculpté d'une Vierge en majesté. On peut y lire l'inscription "sca Karitas" ("Sancta Charitas").

Sur le côté de ce chapiteau, un grand homme nu, portant couronne s'arqueboute pour saisir avec les mains une plante qu'il porte à  sa bouche. Il s'agit d'une allégorie de l'idolâtrie. Le personnage est identifié par une inscription, "Nabucodonosor rex", roi de Babylone, destructeur du Temple et à  l'origine de la première diaspora juive en ayant ordonné la déportation des habitants de Jérusalem.