Wednesday, November 22, 2017
Lors des Journées du Patrimoine, nous sommes allés visiter l'église Saint-Ennemond à  Saint-Etienne. Nous vous livrons ici un modeste aperçu du lieu et de son histoire.


Dans les années 1850 à  Turin où il visitait l'église Saint Philippe de Néri, le père Bravard, alors curé de Saint-Ennemond laissait échapper un soupir : "Je restais fort longtemps à  jeter les yeux de tout côté : je dévorais de mon regard tout ce que je voyais : Saint-Ennemond pourrait être quelque chose de pareil ! Je me sentis attristé." Quelques années plus tard, en 1862, le prêtre originaire d'Usson-en-Forez fut nommé évêque de Coutances et d'Avranches, emportant ses regrets avec lui en Normandie.
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Vue sur l' église dans les années 1910

Il est vrai que Saint-Ennemond, hormis les colonnes en façade n'a certainement rien de commun avec l'église de Turin. Il n'empêche que l'église, au coeur de l'antique quartier de Polignais-Tarentaize, en détournant les mots de François Caviglioli, appartient à  Saint-Etienne comme l'hôtel de ville ou Geoffroy-Guichard. C'est un lieu de culte. Un lieu de culte en forme de temple paien tétrastyle (quatre colonnes en avant du naos) à  deux pas d' un « Babet » qui se donne des airs de mausolée romain.
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C'est le 16 juin 1836 que commencèrent les travaux de construction de l'église. Mais une chapelle l'a précédée à  Polignais. Celle-ci fut construite au XVIIIe siècle à  l'initiative de Mme de la Veue, une âme pieuse qui joua aussi un grand rôle dans l'histoire de la Charité. De cette chapelle détruite au XIXe siècle, il subsiste une cloche de 1727 conservée dans l'église actuelle et dont le livre Saint-Ennemond, 150 ans nous indique qu'elle porte en latin l'inscription : "Fuyez forces adverses. Voici que le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu." Cette chapelle était déjà  placée sous le vocable de Saint-Ennemond et son histoire est liée à  celle de la confrérie des pénitents de confalon (pénitents blancs), dont une douzaine de membres étaient établis à  Polignais. De cette première chapelle, l'église garde aussi la statue et la relique de Saint-Ennemond, une statue de Saint-François-Régis, une statue de la Vierge et un tableau du Christ en croix. Une des chapelles de l'église perpétue aussi le souvenir des pénitents en portant leur nom.
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Chapelle des fonds baptismaux
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Saint-Ennemond (ou Saint Chamond) est fêté le 28 septembre. Il est représenté ici tenant la crosse épiscopale et le livre des Ecritures. Né à  Lyon vers 620 au sein d'une famille noble sous le règne du roi mérovingien Clotaire II, il fut sans doute remarqué par saint Eloi et devint l'ami du futur roi Clovis II. Evêque de Lyon vers 645, il vint sans doute évangéliser le Jarez, peut-être accompagné de son disciple saint Wilfrid. Il fut massacré par les sbires d'Ebroà¯n, maire du Palais, vers l'an 660. Une légende raconte que son corps fut déposé dans une barque sans navigateur qui arriva à  Lyon. Les cloches des églises près desquelles la barque passait sonnaient d'elles-mêmes. Son culte est resté localisé dans le Lyonnais. On l'invoquait pour les bestiaux, pour soigner les maux de tête et l'épilepsie (V. Smith). A Saint-Chamond un pèlerinage avait lieu le jour de sa fête, et le 3 mai, jour de foire. Une grand'messe fut fondée en son honneur à  l'église Saint-Pierre au XVIIe siècle. Condamin précise que des reliques du saint étaient conservées à  Bellegarde-en-Forez. Il était aussi vénéré à  Verrières et Champdieu. L'église stéphanoise conserve aussi une relique.

La paroisse Saint-Ennemond fut crée en 1803. Le premier curé en fut Jean-Louis Peurière qui apporta son soutien aux Jansénistes, en particulier le père Popin, et dont la maison natale fut rasée une nuit de janvier 2004. Décédé en 1827, son coeur a été déposé dans l'église actuelle. Il fut remplacé par M. Viallard, à  l'origine de la construction de l'église, laquelle ne se fit pas sans difficultés. Le plafond des dépenses fut largement dépassé. Finalement, « cet espèce de grenier à  sel » pour reprendre l'expression d'un journaliste, fut bénit le 20 janvier 1843.
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Saint Rémi et la reine de France Clotilde
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Lacordaire
Portrait par Chasseriaux
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En 1845, le père Lacordaire vint prêcher à  Saint-Ennemond devant un parterre de notables. Le célèbre dominicain (1802-1861) évoqua avec force l'aumône qui rachète des péchés. La Tour Varan nous indique que son sermon ne fut pas sans effet et que 12 000 frs furent remis à  une oeuvre caritative en faveur des orphelins.
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La coupole du choeur, au premier plan la Cène peinte par Zacchéo père. Sauf erreur de notre part, d'autres peintures en Forez sont signées Zacchéo (père et/ou fils ?), à  Merle et Saint-Bonnet-le-Château dans les Monts du Forez et à  Saint-Priest-en-Jarez.
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Détail de la fresque supérieure réalisée par Mr Paulin et sa fiancée. Le Christ-Roi est au centre. Il est entouré de nombreux saints et saintes (beaucoup de Lyonnais), dont sainte Barbe, patronne des mineurs, de l'Archange Saint Michel... saint Ennemond est agenouillé et, derrière lui, l'ange tient dans ses mains l'église stéphanoise qui lui est dédiée.
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Le troisième prêtre de la paroisse fut, nous l'avons dit, J.P Bravard. C'est à  lui que l'église doit sa montée d'escalier, son portail et ses colonnes qui lui donnent un petit air de La Madeleine de Paris. Plus tard, en Normandie il mènera les travaux de restauration de l'abbaye du Mont-St-Michel qui conserve son coeur. A l'Abbé Collard et à  l'abbé Convers l'église doit ses vitraux sortis des ateliers Mauvernay de Saint-Galmier. Le premier fit aussi exécuter la grande fresque de la Cène par Zacchéo père, sur le modèle de celle de Vinci. C'est l'abbé Brat  qui fit ajouter en 1934 les peintures qui l'accompagnent.
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L'église Saint-Ennemond n'est ouverte à  la visite que très rarement.
Un office y est célébré le dimanche matin.