Wednesday, September 20, 2017
Les Journées Européennes du Patrimoine sont une aubaine pour tous les amateurs d'art et d'histoire. Elles permettent de découvrir des lieux qui ne sont pas toujours très accessibles au public, parce qu'ils sont privés, parce qu'ils abritent des administrations, parce qu'ils sont chasse-gardée du petit microcosme des acteurs de la vie culturelle. Nous sommes allés visiter un établissement scolaire: l'Institution Sainte-Marie à  Saint-Chamond et en particulier sa chapelle remarquable.
 

Pour mettre à  profit cette première journée du Patrimoine 2005, nous prenons la route de Sin-Chmon. Notre plan - et je parle au pluriel car j
'embarque une fois de plus ma fidèle concubine qui commence à  tirer la gueule-, notre plan donc est clair. Nous allons visiter pour vous l'ancienne teinturerie Gillet-Thaon dont l'architecture en briques rouges est facilement identifiable. Mais à  l'arrivée, stupeur et tremblement ! en ra
ison d'un cambriolage la nuit précédente, la visite du site est annulée. Du coup on promène un oeil distrait sur l'expo consacrée aux industries de L'Horme et de La-Terrasse-sur-Dorlay et nous repartons pour un ailleurs plus accueillant. Ah ouais non mais nous, on rigole pas !

Mais pour aller où à  Sin-Chmon ?

Nous jetons notre dévolu sur une autre vénérable vieille dame, l' Institution Sainte-Marie. Et désolé pour ceux qui sont allergiques à  l'histoire religieuse et à  l'art sacré, qui auront ici encore la part belle. C'est pas de notre faute. A la base notre programme était clair.
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L'Institution Sainte-Marie nous ouvre ses portes
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La maquette de l'établissement

L'Institution Sainte-Marie scolarise aujourd'hui 1658 élèves répartis sur deux sites : celui de Sainte-Marie proprement dit qui comprend une école primaire, un collège et un lycée général et celui de la Grand'Grange qui accueille 219 élèves du lycée professionnel. A l'origine l'Institution fut fondée à  Valbenoîte par les Pères Maristes, du vivant de son fondateur, le Père Colin. Ce collège de Valbenoîte fut le premier collège mariste de France, en 1845.

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Dans les couloirs de Sainte-Marie...
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...photos en noir et blanc des visages d'antan
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.En 1849 eut lieu un événement qui reste commémoré chaque année par les professeurs et les élèves. Le 10 juillet, une crue du Furan dévasta l'abbaye de Valbenoîte et la statue d'une Vierge resta seule debout au milieu de la désolation. C'est le miracle de Valbenoîte dont on fit une chanson qui reste l'hymne de l'Institution. Cette Vierge déménagea avec le collège pour aller s'installer à  Saint-Chamond en 1850. D'abord dans la mairie actuelle puis à  son emplacement définitif, où nous sommes aujourd'hui, en 1877. Cette grande batisse imposante fut construite en moins de deux années. Cependant c'est l'année 1850 qui reste marquée au sol avant les marches du perron à  ce qu'il m'a semblé. Concernant le lycée professionnel de la Grand'Grange, il est situé dans les anciennes écuries du château de Melchior Mitte de Chevrière, marquis de Saint-Chamond, construites en 1640. En 1851, un décret signé de la main de Napoléon stipule que les bâtiments, conformément aux v�?ux de la famille de Montdragon, devront servir à  abriter un établissement scolaire des Ecoles Chrétiennes. Une première école de formation professionnelle ouvre ses portes dès cette année.
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Le site internet de l'Institution nous indique qu'il y avait 216 élèves en 1876 puis 245 en 1889, 174 en 1905. La baisse des effectifs peut s'expliquer par les moments difficiles traversés par les congrégations religieuses dans leurs démêlés avec les Républicains : 1880, sécularisation des Pères Maristes; 1905, loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat�?� Le lien entre les Maristes et l'école dura jusqu'en 1976. Aujourd'hui l'établissement est sous la tutelle des Jésuites mais il n'y a plus de religieux qui enseignent dans l'établissement.
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La chapelle. Remarquez le visage du Christ sur la voute. Haut de trois mètres, il fut peint par Louis Dinet, un artiste roannais. Ci-dessous, l'artiste à  côté de son oeuvre.
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Nous nous intéresserons ici à  l'école d'enseignement général et surtout à  sa chapelle qui n'ouvre que rarement ses portes. Elle est au centre du bâtiment, élevée sur le plan de l'architecte Pierre Balp, de Roanne. Sa première pierre fut bénie le 10 juillet 1923, date anniversaire du miracle de Valbenoîte. Deux ans plus tard, elle fut inaugurée par Monseigneur Bourchany, auxiliaire de l'archevêque de Lyon. La statue du Miracle fut remontée de la crypte (cette crypte inondée quelques mois plus tôt par des pluies diluviennes) et placée en hauteur derrière l'autel. Les murs de la chapelle s'élèvent à  près de 15 mètres au dessus de la nef. Elle a 16 mètres de large et 54 mètres de long.
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On dira un peu bêtement que c'est une belle chapelle. Comme l'église Sainte Marie à  Saint-Etienne, elle est construite dans ce style byzantin qui sait attirer l'oeil et capter l'attention : absides en coupoles, fresques peintes sur les murs, belle lumière chaude diffusée par huit grands vitraux multicolores. Ceux-ci sont classés. On les doit à  Raphael Lardeur, un artiste parisien dont le talent avait éblouit les visiteurs de l'Exposition des Arts Décoratifs de 1925. Ils se distinguent par leur remarquable coloration, en particulier leur symphonie des bleus car tous les huit sont consacrés à  Marie, Reine des Cieux et Sainte Patronne principale de la France. A noter que certains de ces vitraux auraient bien besoin d'une réparation mais le prix de la restauration est exorbitant.
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Vème station, Simon de Cyrène aide le Christ à  porter la croix
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C'est aussi à  Lardeur que la chapelle doit ses 14 stations du chemin de croix, en mosaique s'il vous plait. Le chemin de Croix (qui relate la Passion du Christ) fut découvert en 1940 par le Père Roman dans l'atelier de l'artiste. Il remplaça celui érigé en 1926 par le Père Mulsant.
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La chasuble de l'Expo Universelle. Détail: le couronnement de la Vierge

A deux pas de l'autel entouré de la Vierge de Valbenoîte et de certains reliquaires (qui sont SC et ST, S signifierait « Saint » ?) dont un semble contenir un ossement du Saint Curé d'Ars nous entrons dans une petite pièce qui expose des vêtements liturgiques. Et là , merveille des merveilles, parmi les chapes dorées ou rouges de Pentecôte, les dalmatiques, les tuniques, les chasubles romaines, déjà  fort belles, une chape tissée de fils d'or représentant le couronnement de la Vierge, Saint Michel et « tous les Saints du ciel » pour citer une jeune guide.

Tous vraiment ? En tout cas le vêtement est superbe et chose étonnante, personne n'a su m'indiquer le nom du tisseur et le lieu de création. Un seul indice, une inscription masquée dans un repli: Grand Prix E. U. Paris 1900. Si cette chasuble a remporté un grand prix lors de l'Exposition Universelle, son créateur devrait pourtant être facilement identifiable non ? Enfin bref, à  elle seule, cette chasuble de l'ancienne liturgie, rarement montrée au public, valait le déplacement.
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Notre petite visite se termine par l'orgue de la chapelle. Il porte 1661 tuyaux, deux claviers de 61 notes, un pédalier de 32 notes...  En parfait état de marche, il date d'avant la révolution.
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Mais pour l'heure, ce sont les soupirs de ma concubine qui soufflent à  mes oreilles. Il est temps de rentrer au bercail, pas mécontents au final de la défection involontaire du site Gillet.