Wednesday, December 02, 2020
Saint-Just-la-Pendue est une petite commune de 2000 habitants environ située dans le Roannais, dans le canton de Saint-Symphorien-de-Lay. Elle est relativement connue pour avoir vu naître en 1828 Jean Dupuis, un illustre explorateur, contemporain de Francis Garnier, un autre enfant de la Loire. Du point de vue du patrimoine religieux, le village possède aussi quelques belles curiosités.
 
La commune possède une petite chapelle, la chapelle de Turin, construite au XIXe siècle sur le lieu présumé d'une apparition de la Vierge. Nous ne l'avons pas visitée et n'en savons pas plus à  son propos. Nous allons nous attarder plutôt sur l'église et, surtout, une autre chapelle dédiée à  Notre Dame de Liesse.

L'église actuelle a été construite de 1850 à  1852 par l'architecte Bonnard, de Roanne. Son clocher a été surélevé en 1928 par Cornu, de Roanne, grâce à  la générosité de Mme J. Perraud aîné, née Claire Bernand, ainsi qu'en témoigne une plaque de remerciement. Cette dame Perraud appartenait sans doute à  une famille d'industriels du textile, nombreux au début du XXe siècle dans ce pays de tisseurs. Ce clocher a la particularité d'abriter depuis les années 1950, en plus d'une cloche du XVIe, ce qui n'est pas si rare dans notre département, un... château d'eau. Ce qui a permis au village d'éviter une construction disgracieuse. L'édifice possède 14 vitraux de Pagnon-Déchelette et un Monument aux Morts surmontant un retable où l'on peut voir, en stuc peint, un ange venant secourir un soldat aux portes de la mort, assisté d'un prêtre. Mais la plus belle pièce est une statue, rare en Forez (unique ?) d'un "Christ aux liens" datée du XVIIIe siècle.

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Depuis une époque reculée, il existe dans ce village une dévotion particulière à  la Vierge. A l'extrémité sud du bourg se trouve la chapelle Notre Dame de Liesse. Ce vocable est  rare dans nos contrées. La dévotion à  Notre Dame de Liesse est bien plus importante dans le nord de la France, autour du sanctuaire d'origine, près de Laon, et en Normandie. A Saint-Just-la-Pendue, la représentation de la Vierge que l'on a pu voir dans la niche centrale du retable n'avait rien de commun avec celle du Laonnais. Il s'agit d'une sculpture récente, la représentation archiconnue, sur le modèle de Notre Dame de Lourdes, d'une Vierge debout, les mains jointes devant elle. Noire ou blanche, Notre Dame de Liesse est dans tous les cas assise, l'enfant Jésus debout sur son giron, face au visiteur, les bras grands ouverts.

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Il y a là  un petit mystère à  éclaircir. En attendant, il y a deux possibilités. Ou bien le petit sanctuaire forézien n'a strictement aucun lien avec "l'inspiratrice" picarde, si ce n'est homonymique, comme c'est par exemple le cas, semble-t-il, avec l'église Notre-Dame de Liesse à  Annecy. Ou bien il y en a un et une sculpture plus ancienne, qui aurait pu en témoigner, a disparu. Pour l'heure, nous n'avons aucun document susceptible de nous éclairer et, d'ailleurs, le petit feuillet historique que nous nous sommes procurés dans la chapelle, ne mentionne pas un quelconque rapport avec  la Vierge de Liesse. Mais pour s'amuser, on peut toujours tirer sur la corde et relier la tradition locale d'une femme condamnée pour adultère, avec la légende du voleur picard pendu au XIIe siècle. Tous les deux pécheurs mais survivants grâce à   Marie immortalisés pour l'un, sur un tableau, l'autre dans le nom de son village forézien.

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La date de construction du bâtiment n'est pas connue avec certitude. L'hypothèse la plus plausible le fait remonter à  l'année 1670, avec une restauration en 1808. En outre, à  son origine, la chapelle aurait été dédiée à  saint Roch dont elle garde une belle statue. Cette idée est encore confortée par le fait que des messes, il y a quelques dizaines d'années, y étaient célébrées le 16 août, jour de sa fête.

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En 1982, le Ministère de la Culture a classé au titre des Monuments Historiques ses boiseries, statues, autel et grille en fer forgé. Le retable et les statues du choeur  forment un ensemble baroque remarquable du XVIIe siècle. Au centre, le  retable comporte une niche de la Vierge, à  guirlande sculptée sous fronton coupé et mouluré porté par des colonnes torses à  pampres, elles-mêmes encadrées d'un autre retable plus étroit à  fronton coupé porté par des colonnes torses et chapiteaux corinthiens. A sa gauche, il y a un évêque mitré, portant la crosse, saint Just peut-être, et saint Roch à  droite. Les retours latéraux sont également boisés, avec niches décorées. S'y trouvent les statues de saint André, avec la croix de son supplice et saint François-Régis, ainsi que la très provençale sainte Marthe qui, du pied, écrase la tarasque, et enfin un autre évêque mitré, non identifié. On remarque que ce dernier et "l'apôtre du Vivarais" sont bien trop grands pour leurs niches, quand la statue de la Vierge semble bien trop petite pour la sienne.

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Le choeur est fermé par la grille monumentale. Deux chapelles latérales sont consacrées à  saint Roch et sainte Philomène. Dans cette chapelle, on peut voir un grand tableau de la Vierge des Sept Douleurs. On découvre aussi une grande plaque de marbre apposée après la guerre de 39-45.

Voici ce qu'on peut y lire: "N'oublions jamais que dans cette chapelle, sur l'instigation de deux personnes, dont Mlle Rambaud, décédée le 12 novembre 1943, pendant toute la guerre, le chapelet a été récité chaque jour pour obtenir le retour des soldats prisonniers, STO de Saint-Just, et que tous sont rentrés dans leurs foyers. A Notre-Dame de Liesse Amour reconnaissant."