Wednesday, December 02, 2020

Une inscription gothique dans sa chapelle basse permet de dater avec précision le début de la construction de la collégiale Saint-Bonnet à Saint-Bonnet-le-Château : "L'an de Notre Seigneur 1400, le 8 mai, fut commencée cette présente église, avec le bien de Guillaume Taillefer, donateur, pour cette oeuvre, d'environ 2000 livres tournois, lesquelles furent employées par Bonnet Greysset; ledit Bonnet fonda et dota cette chapelle en l'honneur de Dieu, de la bienheureuse Vierge Marie, du bienheureux Michel et de tous les saints. Que leurs âmes reposent en paix. Amen."

 
C'est aux environs de l'an 1418 que le gros des travaux fut achevé mais le bâtiment a subi de nombreux ajouts jusqu'au XVIIIe siècle.  Bernard Ducouret, Conservateur du Patrimoine, a donné une description de ce bâtiment initial(1): "L'église se compose alors d'une nef de quatre travées à  trois vaisseaux, celui du centre étant légèrement plus haut que les collatéraux, d'un choeur simple à  abside à  trois pans. La déclivité du terrain s'accentuant vers l'est, un étage de soubassement qui contient une chapelle, est aménagé sous le choeur. Deux tours reliées par une terrasse s'élèvent au-dessus de la première travée de la nef. Le tout est très influencé par l'église abbatiale de La Chaise-Dieu (1344-1355) : absence de transept, trois vaisseaux à  peu près d'égale hauteur, colonnes polygonales recevant directement les nervures sans l'intermédiaire de chapiteaux, hautes fenêtres de l'abside."
 
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La chaire, à  gauche, est classée M.H. Elle date de 1766 et on la doit à  Jean Desbrun.
Le maître-autel date de 1815.
 
D'un lieu de culte primitif, certains éléments ont été conservés dans la nouvelle construction et réutilisés de manière à  servir de chapelles, à  gauche du porche nord.
Au milieu du XVe siècle, trois chapelles sont élevées au sud de la nef dont celle dédiée à  Notre-Dame de pitié, élevée pour Pierre Dupuy, un notaire.
 
Quelques années plus tard, c'est une sacristie qui est accolée à  la travée sud du choeur. Surtout, la nef est prolongé de deux travées à  l'ouest pour agrandir l'édifice.
 
Au début du XVIe siècle, une chapelle est construite à  droite de cette même entrée. Au milieu du XVIe, c'est la chapelle Sainte-Cécile qui s'ouvre au sud. Vers 1620-1640, la chapelle Saint-François, à  côté de la précédente.
 
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Dans le premier quart du XVIIIe enfin, c'est la bibliothèque qui est adjointe au bâtiment.
 
L'église comporte un portail et deux porches. Le porche sud, qui donne accès aux trois chapelles basses est très bien conservé. Il comporte deux accolades flanquées de pinacles et une drôle de tête à  quadruple visage qui surmonte le contrefort central. Chacune de ses faces est pourvu d'un gros nez crochu.

L'entrée nord s'ouvre sur une terrasse magnifique avec vue sur tout le pays, plaine du Forez, montagnes du Lyonnais, massif du Pilat et enfin, par temps clair, la chaîne des Alpes. La porte ogivale est décorée de sculptures. On remarquera aussi sur le mur extérieur la corniche à  cavet ornée de motifs sculptés qui rappelle la corniche de l'église du prieuré de Rozier-Côte-d'Aurec.
 
Retable de Saint-Eloi, réalisé en 1672 et offert par François Macé, maître des eaux et forêts de la province et capitaine de la confrérie de Saint-Eloi.
 
L'entrée principale est percée dans la façade ouest. Il s'agit d'un portail assez proche de celui de la collégiale de Montbrison, surmonté d'une rose et flanqué de deux piliers en forme de tourelles qui servent de contreforts. Construit, comme le reste du bâtiment, en pierre de pays (granite) le portail marque la transition du Gothique à  la Renaissance. Il est encadré de part et d'autre par quatre niches vides surmontées d'un dais. Les statues qui habitaient les ébrasements, caractéristiques du gothique finissant, ont sans doute disparu à  la Révolution. Une voussure, dont ne subsistent que deux rouleaux sculptés d'un décor Renaissance, couvrait l'ensemble. Une terrasse semble avoir autrefois surmonté cette voussure, accessible depuis une salle haute.
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L'intérieur de l'église baigne dans une douce obscurité. Dans le fond, l'abside à  trois vaisseaux, qui sont à  peu près d'égale hauteur, laisse pénétrer le jour par de larges fenêtres. Celles-ci, sur toute la hauteur de l'élévation, sont chacune divisées par des colonettes qui supportent deux ogives surmontées d'un trèfle. Les vitraux datent du XIXe siècle. Il n'y a pas de transept. Le vaisseau lui-même s'impose par l'étendue des voûtes des trois nefs gothiques, construites en petit appareil, avec des colonnes polygonales partant d'une base carrée et qui reçoivent directement les nervures sans l'intermédiaire de chapiteaux. La principale nef est à  peine brisée et la lumière, diffuse, y arrive par les fenêtres des nefs collatérales.
 
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Entrée nord
 
L'église doit sa silhouette étonnante aux deux tours qui s'élèvent au dessus du centre de la nef. Une d'entre elles est encore coiffée d'une flèche en brique glaçurée. L'autre l'a perdue au cours d'un incendie en 1627 et ne présente qu'un étage de fenêtres. La première en revanche a deux étages de baies et son beffroi comportait pas moins de onze cloches avant la Révolution. Une seule nous est parvenue. Elle pèse 10 000 livres. L'autre tour comportait quatre autres cloches et assurait principalement un rôle de guet.
 
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La chapelle basse est située sous le choeur. Dédiée à  la Vierge et à  Saint Michel, elle renferme l'un des plus beaux ensembles de peintures murales de la Loire. On s'accorde à  penser que cette merveille, digne d'une chapelle royale, est due à  Anne Dauphine épouse de Louis II de Bourbon. Un vitrail célèbre, dans l'église, la représente d'ailleurs sortant de son oratoire. Parmi la riche décoration qui couvre la voute et les murs se lisent encore la devise des Bourbons et leurs armes.
 
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De nombreuses scènes sont représentées: la Crucifixion, Noli me tangere, l'Annonciation, l'Annonce aux bergers, le ballet des anges, les Evangélistes, la Mise au tombeau, le concert des anges, la Nativité et l'Adoration des Mages, la Géhenne (Enfer), le Couronnement de la Vierge (Assomption)...
 
L'Annonciation est peinte sur deux sections partagées par une fenêtre (une des deux fenêtres de la chapelle). A droite, l'archange Gabriel, vêtu de blanc et drapé dans une cape, porte deux grandes ailes garnies de plumes de paon et une banderole où on lit les mots "Ave, Maria, gracia, plena, dos; tecum bene...". Il fait face à  La Vierge, représentée dans sa cellule de Nazareth auprès d'un pupitre sur lequel est ouvert un livre portant l'inscription "Ecce ancilla Domini fiat mihi..."
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La scène de la Nativité représente Saint Joseph, vêtu de bleu et porte une barbe blanche, assis dans l'étable et puisant de la main gauche, au moyen d'une cuillère de bois, dans le pot au feu suspendu à  la crémaillère, une écuellée de bouillon qu'il va présenter à  son épouse. La Vierge occupe le centre de la composition. Elle est assise dans un lit abrité par le toit de chaume de l'étable. Coiffée d'un voile à  la mode du XVe, elle soutient d'un bras l'enfant-Roi qui se dresse déjà  sur ses jambes et qui tend les bras vers le calice empli d'or que lui offre Balthazar, un des rois mages.
 
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Près du lit, une femme tend un linge vers la Vierge. Ce personnage pourrait être la femme évoquée dans certains évangiles apocryphes et qui offre spontanément ses services à  la jeune mère. A côté d'elle, un berceau garni destiné à  recevoir le nouveau-né. A l'autre bout du lit, derrière Balthazar agenouillé les deux autres rois semblent deviser. Leurs vêtements sont ornés de lettres peintes en or qui servent à  les identifier. Melchior porte le diadème au front et tient une pyxite à  pied, dont le couvercle recouvre l'encens d'Arabie. Gaspard a la peau sombre, il semble plus jeune et ne porte pas de barbe. Il apporte la myrrhe. Dans le fond de la peinture, on devine les cavaliers de l'escorte.
 
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Le concert d'anges qui orne la voute représente, sur fond d'azur étoilé, pas moins de quatorze personnages célestes drapés dans de longues dalmatiques. Leurs ailes sont tantôt vertes, tantôt rouges. Il y a quatre anges à  gauche de la composition et quatre à  droite. Chacun est séparé de son voisin par la ceinture d'Espérance des Bourbons. Il s'agit d'une ceinture, blanche ou bleue, avec sa boucle d'or et les trous dans son cuir, portant en lettres d'or l'inscription de la vertu théologale. C'est aussi le nom de l'Ordre (de la Ceinture d'Espérance) fondé par Louis II à  l'occasion de son mariage. Au centre, deux groupes de trois anges entourent le blason fleurdelysé des Bourbons, lui même encadré de deux lévriers blancs. Le premier trio chante et déchiffre une partition en forme de philactère; l'autre chante le texte d'un livre.
 
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Les huit autres anges semblent danser et chacun porte un instrument de musique différent. Excepté l'orgue portatif, il s'agit d'instruments à  cordes: clavicorde, psaltérion, mandore, luth, vièle, rebec et harpe. A noter qu'à  l'initiative de la Compagnie "Gueule de loup", tous ces instruments ont été reproduits à  l'identique et en grandeur nature par cinq luthiers et facteurs d'orgue.
 
 
La scène de la Crucifixion comporte trente-deux personnages et de nombreux chevaux. La richesses des coloris (or, bleu, rouge, ocre, teintes de gris) et l'abondance des détails ne sont pas sans évoquer les miniatures du Moyen Age. La peinture occupe tout le pan coupé de l'abside, à  gauche de l'autel. Une foule nombreuse de cavaliers et de soldats se pressent au pied de la croix du Rédempteur et des deux larrons. Les âmes de ces derniers sont figurées sont la forme de deux petites figures tirées, l'une par un diable velu, l'autre par un ange. Au centre, Marie-Madeleine embrasse l'arbre de la croix, aux pieds sanguinolents du Sauveur. Près d'elle, au sol, le crâne et les os du vieil Adam. Derrière elle, Longin tient haute la lance de l'achèvement. Un peu en retrait, la Vierge tombe en pamoison, soutenue par les saintes femmes. On remarque encore saint Jacques, identifiable à  son chapeau, sur un cheval qui se cabre et qui semble s'élancer vers les trois instruments du supplice. A droite, un soldat tient la lance sur laquelle est fichée l'éponge. Ici, c'est un chevalier qui lève haut un étendard sur lequel on devine l'image d'un dragon... Armures, harnachements, mouvement... pour Lucien Bégule, qui repeignit partiellement l'oeuvre en 1850, cette page grandiose est à  rapprocher des des tryptiques flamands et italiens, et du crucifiement de Bernardo-Luini dans l'église des Franciscains de Sainte-Marie des Anges de Lugano.
 
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Qui a peint cette merveille ? Peut-être Louis Vobis, un peintre qui vivait à  Saint-Bonnet au début du XVe. Au dessus de la Crucifixion planent encore six anges. Sur le mur latéral, du côté gauche, est peint l'ensevelissement du Christ. A gauche, Pilate porte une robe rouge et quatre soldats sont vêtus comme des soldats du Moyen-Age. A droite, la garde juive reproduit la raideur du Moyen-Age. En revanche, la sépulture du Christ est dessinée avec plus de dextérité. Le corps de Jésus est porté par Nicodème et Joseph d'Arimathie. Près du tombeau se trouvent la Vierge et les saintes Femmes, dont Salomé (?) qui se distingue par une tête fine et gracieuse, en comparaison de la raideur morne du visage de la Vierge et de Marie de Cléophas. Marie-Madeleine présente un flacon de parfum pour parfumer le corps du Christ. Ses longs cheveux dorés flottent sur ses épaules découvertes et forment un contraste avec le fond rouge du tableau. On retrouve Marie-Madeleine, derrière l'autel, au pied d'un arbre, peinte avec le Christ dans la scène de l'apparition.
 
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L'évangéliste saint Marc
 
Le Couronnement de la Vierge (ou Assomption) est représenté sur la voûte. Soutenue par deux anges qui portent une banderolle où sont inscrits les mots "Gloria in excelsis Deo, et pax hominibus voluntatis", Marie s'élève vers le Ciel vêtue un manteau bleu. A gauche de cette scène, les commanditaires des travaux de l'église sont représentés. Guillaume Taillefer, Bonnet Greyset et son épouse sont à  genoux, près de saint Pierre (clef), sainte Catherine d'Alexandrie, (reconnaissable à  la roue) et saint Michel. Ils contemplent l'Assomption de la Vierge.
 
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L'Enfer est représenté sur une petite voûte au nord, dans le fond de la chapelle. La gueule d'un monstre affreux, armée de crocs acérés, engloutit dans un océan de flammes des personnages de toutes conditions sociales. Une bande de démons attise le feu.
 
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Toutes ces peintures ont fait l'objet de récentes restaurations, rendant son lustre à  la chapelle basse de la Collégiale Saint-Bonnet. La Sainte Chapelle du Forez.
 
(1) Inventaire, In-Situ n°2 2002
Pour en savoir +:
Les instruments des Anges de Saint-Bonnet, Editions Gueule de loup, 2004