Wednesday, December 13, 2017
Félix Franc, avec ses yeux bleus et son physique un peu étrange, a traversé le siècle passé. Syndicaliste, maire de Lorette, conseiller général, militant pacifiste et libertaire, homme de grande culture aussi, il fut un acteur de la vie locale dans de nombreux domaines et un témoin des transformations du pays depuis plus de 3/4 de siècle.

Nous souhaitons proposer quelques éléments biographiques à  propos d'un homme de conviction. Le sens de la démarche étant d'évoquer en premier lieu, à  travers lui, certains aspects de l'histoire locale. Mais il va de soi que la compréhension globale d'un personnage passe obligatoirement par l'évocation de sa vie privée. Et c'est une démarche délicate quand le « sujet » est toujours de ce monde et que son vécu personnel, pour le moins difficile, a occupé une place aussi importante dans les engagements de sa vie publique. Enfin, (et ça commence à  faire beaucoup d'handicaps sur notre ligne de départ), nous n'avons rencontré Félix Franc qu'une seule fois, le temps d'un café et nos connaissances dans le domaine de l'histoire politique et syndicale sont plutôt limitées. Il est certes beaucoup plus « aisé » d'écrire à  propos d'un édifice architectural ! Heureusement nous avons dans notre boge quelques supports dans lesquels nous avons pioché nos informations : d'abord l'autobiographie de Félix Franc, L'errance d'une vie en deux tomes ; ensuite le film homonyme de Jean Andersson et d'André Picon dans la série « Mémoire d'hommes ». Nous renvoyons le lecteur à  ces documents pour plus de renseignements biographiques, pour plus de proximité aussi avec le vieil homme et l'enfant, le militant, le père et l'époux. Notre approche ici se veut générale et sélective. Nous espérons pouvoir augmenter ce petit résumé d'une entretien prochain.

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« On ne parle plus aujourd'hui de la lutte des classes ! Il ne faut plus prononcer ces mots ! Ils sont vieux jeu ! Ils fâchent. Parce que le niveau de vie a augmenté au cours de 30 années, parce que des millions de Français voyagent, vont au ski, à  la mer, parce que partout fleurissent des machines à  laver, des téléviseurs... il n'y aurait plus de lutte des classes, parce qu'il n'y aurait plus de classes différenciées ! ! Notre société a peur des mots, peur tout court. Plus de classes ? ! Deux millions de chômeurs ! Des familles ne peuvent plus payer leur logement. Des quartiers s'enflamment, le soir à  cause de la misère, de l'exclusion. Jamais il n'y a eu autant de mendiants. Les soupes populaires se sont multipliées. Les classes ont changé de forme. Hier, le patron était un homme, dur souvent, mais responsable, et qui connaissait le travail qu'il commandait. Il avait en face de lui des hommes, qui se battaient pour l'amélioration de leurs conditions de travail. Aujourd'hui, il y a toujours des hommes qui ont l'occasion de se battre. Mais la patron n'est plus là . Le vrai patron est un conseil d'administration lointain, une liste d' actionnaires qui veulent de plus en plus de bénéfices. (...) des forces obscures, féroces, insaisissables. Il y a toujours, au fond, deux classes. »
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Félix Franc est né le 11 septembre 1916 à  Saint-Etienne, dans le grand bassin minier mangeur d'hommes qui prit un de ses grand-pères en 1900 et en estropia un autre. L'enfant, surnommé Antoine, vit tour à  tour à  Roche-la-Molière, à  La Talaudière, vers le jardin des Plantes à  Saint-Etienne puis rue de la Montat. Chez ses grands parents aussi, à  la Malafolie (Chambon-Feugerolles) et à  Saint-Etienne encore, rue de la Chance, la mal-nommée car le matru n'est pas né sous une bonne étoile. Le père, buveur et violent, terrorise la mère (qui finira par divorcer et se remarier) et ses enfants. Franc vit une enfance étriquée, nomade, baladée d'un lieu à  l'autre, blessée parfois par la maladie (à  cette époque l'appendicite tue) et la pauvreté. Très tôt il prend conscience que dans un monde idéal, la justice serait substituée à  la charité et que quand on donne il faut le faire en baissant les yeux, comme si on faisait « une sale action ». Dans L'errance d'une vie , les souvenirs d'enfance heureux sont rares. Le vieil homme se rappelle avoir suivi son père à  la Bourse du Travail où Monthéus chantait la révolte. Il se souvient surtout de deux baionettes en croix sur le mur et le lecteur y verra peut-être après-coup, un signe prémonitoire sur certaines destinées de l'auteur. Le vécu de la guerre avec son cortège d'horreur et ses positions vis à  vis de la religion. Il se souvient aussi, justement, de l'enterrement de sa mère, croyante mais divorcée et mise en terre sans les sacrements.
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Comme c'est très souvent le cas, c'est un instituteur, M. Pegon, un de ces « hussards noirs de la République » comme on disait alors, qui inocula à  Félix Franc le goût de l'école et du savoir. Doté d'une excellente mémoire, l'enfant passe à  la Bourse du Travail l'examen des bourses puis entre à  Firminy au cours complémentaire. Il aime surtout le Français et l'Histoire. Il lit déjà  beaucoup : Verne, Loti, Dumas... à  haute voix souvent, pour partager les mots avec sa famille. Bien plus tard, il se frottera à  d'autres auditoires, plus viriles. Pour l'heure Félix Franc veut suivre l'exemple de ses instits, il entre à  16 ans à  l'école normale de Montbrison. Ecoutons un instant le vieil homme évoquer l'école d'antan :
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.« C'est avec ironie et un brin de dédain à  peine voilé, que beaucoup en parlent maintenant. Elle serait dépassée, archaique, rétro, école de grand-papa, bref à  oublier. Et pourtant ! Détruisait-elle l'initiative cette école ? Etait-elle si éloignée de la vie ? Etait-elle le sens du social ? Sa discipline était-elle destructrice ? Les élèves participaient largement et avaient des idées, retenues et exploitées. Ils créaient. (...) Chaque enseignant savait avoir, en face de lui, des personnalités à  protéger et à  développer. Il savait former sans conformer, apprendre et apprendre à  réfléchir dans le respect total de tous. »
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A l'Ecole Normale de Montbrison, le "petit Franc" est facilement identifiable. Au centre, le directeur, M. Poirion
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A Montbrison, le jeune homme suit son cursus avec des hauts et des bas. Sa petite taille et sa timidité le desservent, il est sujet à  des crises de mélancolie. Il se lie à  Vernet (qui mourra en Belgique en 40 et dont il ramènera la dépouille dans la Loire après-guerre), s'adapte finalement et profite des sorties dans le Forez menées par un directeur sachant allier discipline et liberté, et qui lança la pratique du ski dans les Montagnes du soir. Il lit toujours beaucoup et commence à  se forger ses opinions pacifistes à  travers les oeuvres de Barbusse, Genevoix, Dorgelès et d'autres qui connurent l'horreur des tranchées. L'année 1934 en France est d'ailleurs particulièrement propice aux élans politiques. Les Croix de Feu tiennent le pavé, le 6 février la République manque d'être renversée. A Saint-Etienne, les nationalistes se rassemblent autour de la statue de Jeanne d'Arc, il y a des affrontements, des blessés. A lire L'errance d'une vie on observe aussi avec les yeux de l'auteur le changement de la ville industrielle : les vieux métiers disparaissent, adieu l'allumeur de réverbère, les chevaux, le tramway entre Firminy et Saint-Etienne. C'est le temps nouveau des cars rouges, de l'électricité et des automobiles.
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FrancSteCroix.jpg

L'ancienne chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez. Plus d'une fois, la vie de Félix Franc, le laic, a eu rendez-vous avec la religion, parfois dans des circonstances dramatiques. Certains ont dit de lui qu'il promulguait une laicité sectaire. Il s'en est toujours défendu avec force.
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En 1935, le jeune promu prend connaissance de son affectation. Ce sera Sainte-Croix-en-Jarez dans le Pilat. Il y passera deux années jusqu'à  la mobilisation ; il y rencontrera sa future épouse, également institutrice ; il devra aussi s'y adapter à  la vie d'un instituteur dans une école rurale. A la campagne, l'école n'était ni gratuite ni obligatoire malgré la sentence affirmée de la Constitution ! La vie des champs prime sur les bancs de l'école et les cours doivent s'adapter aux besoins saisonniers. L'école laïque doit aussi composer avec les besoins de la liturgie quand un enfant doit quitter la classe pour aller assister le prêtre. Le jeune instituteur lit les journaux de gauche : la Terre, le Libertaire, la Patrie Humaine... et fait sienne la déclaration de Thévenon, militant du S.N.I (Syndicat National des Instituteurs) dont il rejoint en 1937 la section de la Loire :

« Il faut avoir confiance dans la classe ouvrière et la juger, non sur ce qu'elle fait mais sur ce qu'elle est capable de faire, car ce qu'elle est capable de faire nous a toujours étonné et nous étonnera toujours. » .

Au niveau national, c'est le Front Populaire qui gouverne, des millions de Français découvrent les congés payés, les vacances, la mer. En Espagne, Franquistes et Républicains s'affrontent. Des milliers de volontaires européens s'en vont combattre et mourir en Catalogne aux côtés des révolutionnaires de la F.A.I (Fédération Anarchiste Ibérique) et de la C.N.T.(Confédération Nationale du Travail) tandis que Mussolini et Hitler font marcher leurs peuples au pas de l'oie et soutiennent militairement les forces franquistes.
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Dans le Pilat, au quotidien, Félix Franc le pacifiste lit dans les journaux « l'égorgement d'une démocratie ». Il sait aussi que bientôt il devra faire son service militaire mais refuse le piston qui pourrait l'exempter. En 1937, il rejoint donc son régiment à  Montluçon et refuse d'être officier comme son niveau d'étude le lui permettait. Et puis la guerre, « drôle de guerre » d'abord, longue attente de huit mois et puis le déferlement des Stukas et des Panzers. Son régiment entre en Belgique, sans soutien aérien, et subit l'attaque allemande, effroyable. Les bombes pulvérisent les camions et il s'en sort indemne, au milieu des débris de corps calcinés de ses camarades. Après-guerre, Franc ne manquera jamais une occasion d'évoquer le sacrifice des soldats français tombés en 1940, la débâcle masquant trop souvent un fait bien réel : en quarante-cinq jours, 100 000 de nos compatriotes tombèrent au champ d'honneur (« d'horreur » dirait sans doute Franc). Le 31 mai 1940, comme 1, 5 million de soldats français il est fait prisonnier par les Allemands. C'est le début d'une longue captivité itinérante qui le mènera de camps en camps : Stalag III à  Luckenwald (ne pas confondre avec Buckenwald), Stalag 6B à  Meppen, Stalag 6C à  Bathorn, Stalag 6G à  Arnols Weiler... Franc raconte ces cinq années, riches et terribles que nous allons survoler ici (autant dire bafouer) en quelques phrases: le travail dans divers lieux, fermes ou usines, l'évasion ratée, l'élaboration d'un journal clandestin, la solitude, la peur... Il s'interroge :
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.« Suis-je révolutionnaire vraiment ? Ne suis-je pas profondément moulé dans le système ? J'ai pourtant vécu ma vie militaire en non-conformiste. Mais j'ai été un bon soldat discipliné ! (...) Peut-on vraiment se connaître avec objectivité ? Je m'interroge sur le rôle de l'école. Comment enseigner dans notre société, les valeurs de liberté, d'égalité ? Il n'y a guère de liberté réelle possible ? Et même dans ce kommando perdu, l'égalité est absente. Les colis reçus ne sont pas les mêmes. Comment concilier les notions de liberté et de devoir .. ? »
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Il rencontre l'abbé Rouchon, un prêtre stéphanois, il rencontre surtout une famille allemande admirable chez laquelle il doit effectuer des taches ménagères : Mme Oelze, antinazie, avec laquelle il écoute Radio Londres, le mari, professeur, abattu froidement en 1945, par un Russe qui voulait le dépouiller de sa montre. Il assiste enfin au crépuscule du Reich dans une sarabande hallucinante : l'arrivée des Russes, les suicides, les viols en série...
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Le 3 juin 1945, Félix Franc débarque en gare de Rive de Gier et retrouve Julienne, son épouse. La guerre est finie, ils vont pouvoir s'aimer, enfin.
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Dès son retour en terre ligérienne, l'ancien instit de sainte-Croix veut s'impliquer plus avant dans la vie militante, notamment au sein du S.N.I. reconstitué par Jean Duperray et Jean Giry. Il découvre avec stupeur que d'anciens membres, dont il avait apprécié les prises de position avant la grande boucherie, ont été sanctionnés à  la Libération pour faits de collaboration. Et parmi eux, trois hommes en particulier : Urbain Thévenon, Adrien Testud et Albertini. Ce dernier avait écopé de cinq années d'emprisonnement. Il avait été son professeur à  Montbrison ; militant socialiste, il avait dévellopé avant-guerre les sections socialistes dans notre région. Pendant l'occupation, il fut le secrétaire de Marcel Déat, socialiste rallié aux idées du national-socialisme. Félix Franc veut comprendre et le rencontre. Albertini, par anti-communisme forcené, s'était fourvoyé. Il mit fin à  leur relation. Quant à  Thévenon, il commit l'imprudence d'assister comme témoin au procès de Riom pendant l'occupation où furent jugés et condamnés des militants de la Loire dont Claudius Buard. Il fut cependant réintégré dans le corps enseignant par l'entremise de Franc.
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Le syndicat des Instituteurs baigne alors dans une atmosphère nationaliste et Franc témoigne de son expérience en captivité. Il évoque longuement le souvenir de ses amis allemands. Sa voix porte. En 1946, il rejoint l'organisme directeur du syndicat. C'est le départ de décennies d'engagements. Il adhère aussi à  la section de Lorette des prisonniers de guerre et écrit régulièrement au Mirador, journal national du mouvement. Mais fin 1946, un article à  contre-courant intitulé « Le problème allemand » est refusé et Franc met un terme à  sa participation. Il refusait l'amalgame entre Nazis et Allemands, prônait déjà  la nécessité de la réconciliation. L'occupation était trop proche, les blessures encore ouvertes pour longtemps. Dans les années qui suivront, il écrira de nombreux articles pour L'école syndicaliste et prononcera à  Lyon un discours contre Franco. Frédérico Monseny, ex-ministre du Front populaire espagnol en 1936 participa aussi à  ce meeting et l'ancien instituteur de Sainte-Croix, sans doute, se souvint de ses années dans le Pilat quand il suivait le déroulement de la guerre civile à  travers ses lectures. Il prit aussi position contre Pierre Clauzet qui au retour d'un voyage au pays des Soviets avait magnifié l'école russe. Sa position, une fois encore,  lui attira les foudres des communistes.
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Mai 68, discours devant la Bourse du Travail et 20 000 personnes
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Bourse du Travail de Saint-Etienne. « Autrefois le syndicat avait un double but : l'amélioration immédiate des conditions de travail et la réforme plus lointaine de la société. Aujourd'hui on a oublié le changement de société. » « Un militant est celui qui accepte toute sa vie de faire des choses dérisoires. » « Notre révolution a été de sortir de la classe ouvrière, pauvre, vraiment pauvre ou nous étions et de l'amener presqu' au niveau social d'un enseignant. C'est quelque chose d'extraordinaire. » (propos extraits du film d'Andersson et Picon)
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FrancSolidarite.jpgDéjà  en 1947, Franc, mandaté (avec Marie-Louise Payre) pour représenter les enseignants au Congrès départemental de la C.G.T. à  laquelle était rattaché le S.N.I. n'avait pu achever son interlocution à  la Bourse du Travail de Saint-Etienne. Ce qu'il dit allait encore à  contre-courant. A l'époque en effet, le Parti Communiste étend son emprise sur la C.G.T. Cette dernière ignore la démocratie et la discussion libre. La question se pose alors, inévitable : faut-il rester à  la C.G.T. ? Jean Giry et Jean Duperray souhaitent l'autonomie pure et simple du S.N.I. D'autres rechignent, craignant que le syndicat enseignant s'éloigne du monde ouvrier. Félix Franc se prononce quant à  lui pour l'adhésion à  une nouvelle centrale sous la houlette de Léon Jouhaud, espérant ainsi éviter le corporatisme. Marcel Testud, Joubert et d'autres le rejoignent et fondent un Syndicat Force Ouvrière des Instituteurs. Franc en devient le secrétaire et à  Paris, au congrès constitutif de la Confédération Générale du Travail Force Ouvrière (C.G.T.F.O.), il indique à  la Mutualité l'opinion des enseignants de la Loire. Il est félicité pour son intervention mais les instituteurs ligériens ne le suivent pas ! La S.N.I. et la F.E.N. (Fédération de l'éducation nationale) optent finalement pour l'autonomie. Aujourd'hui Félix Franc reste amer. Depuis, la F.E.N. s'est scindée, donnant naissance à  la F.S.U.
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L'école de Lorette dirigée par Franc
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Dans le domaine social et éducatif, il crée le Collège d'Enseignement Général de Lorette, cité ouvrière où les familles sont pauvres et ont de nombreux enfants. Félix Franc a désormais la charge de 600 élèves. Il met en pratique les sorties pédagogiques qui avaient embelli sa scolarité à  Montbrison, il emmène ses élèves à  la rencontre des verriers de Rive de Gier, les entraîne dans des excursions dans le Pilat. Il réorganise les oeuvres laïques de la cité en fusionnant le Sou des écoles et l'Amicale laïque. Lorette accueille alors de nombreux congrès départementaux ou cantonaux, dans des domaines variés : sport, musique, etc. Une politique culturelle locale se met en place, des troupes de théâtre viennent produire des spectacles de qualité.
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La troupe de l'Eveil, ici en compagnie de Franc et de son épouse et complice. La culture au "pays noir".
 
Franc contacte Jean Dasté qui dirige une troupe à  Grenoble. Nous sommes alors aux prémisses de la politique de décentralisation mise en place par le ministère de la culture. Dasté accueille favorablement la sollicitation du Ligérien et vient à  Grand-Croix proposer des pièces deux ou trois fois par an. Félix Franc :
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.« Ce fut une expérience extraordinaire. (...) Jean Dasté, souvent, allait sur la place derrière la salle et, bien vite était entouré de gamins, français ou arabes, auxquels il lisait ou récitait des passages de Molière. Les gosses riaient aux éclats. C'était, pour Jean, un moment d'intense bonheur parce qu'il avait là  le meilleur public possible. La venue de cette troupe à  Grand-Croix fut une réussite culturelle mais aussi sociale. Venaient environ 150 ou 200 spectateurs de toutes classes, de toutes religions. Se côtoyaient des enseignants laà¯cs, des cadres de l'industrie, des prêtres, des ouvriers, des jeunes et des vieux. La recette n'était jamais suffisante mais Jean Dasté revenait, malgré tout, chaque fois...»
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Jean Dasté
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Il crée aussi dans la Loire une section des Centres Musicaux Ruraux (C.M.R.). L'enseignement musical, peu à  peu, est ainsi dispensé dans les écoles rurales mais aussi dans les communes urbaines du Gier et de l'Ondaine. Aujourd'hui, plus de 50 ans après sa création, ce sont neuf animateurs qui exercent en ce sens sur 35 communes. En 1970, il est nommé principal-adjoint du nouveau C.E.S. de Grand-Pont. Un poste éphèmère puisque sonne déjà  l'heure de la retraite. La retraite ? En mars 76 (et jusqu'en 79), il devient Conseiller Général et côtoie à  l'assemblée d'autres grands noms de la vie politique : Antoine Pinay, une autre grande figure de la vallée du Gier qui noua avec Franc une estime réciproque, Michel Durafour, Lucien neuwirth, Pascal Clément... C'est à  lui que l'on doit (avec Serge Malfois, directeur du Parc du Pilat ) « la maison de l'eau » de Marlhes. Il resta à  la tête du Conseil d'administration du C.P.I.E. (Centre Permanent d'Initiation à  l'Environnement) jusqu'en 1989, remplacé alors par Daniel Mandon, maire de St Genest-Malifaux.
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A la tête de la municipalité de Lorette, il doit faire face à  la crise économique qui a frappé la cité: des usines ont fermé (« Assailly » remplacé par Mavilor qui délocalise sur l'Horme), des magasins ont disparu, le collège, remplacé par celui de Grand-Croix, a fermé ses portes. Comme nous n'avons pas trop envie d'écrire un panégyrique (notre résumé est basé, nous le rappelons, sur une autobiographie) nous renvoyons le lecteur désireux d'en savoir plus sur ses années municipales à  L'errance d'une vie. Mais comme nous aimons bien les petites histoires, nous allons laisser Félix Franc évoquer une anecdote (sans grande importance d'ailleurs mais elle touche à  cette littérature que Félix Franc aime tant faire partager) de sa vie de maire :
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.« Le lotissement achevé (NDLR : il s'agit du prétendu « lotissement sur un terrain miné » qui défraya quelques jours la chronique), le conseil municipal baptisa l'une des rues Victor Hugo et donna, à  une autre voie qui rejoignait celle-ci, le nom de Juliette Drouet, maîtresse du grand poète. L'opposition, très extrême droite du conseil municipal, cria au scandale ! »
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En 1989, Franc n'est pas réélu à  la mairie de Lorette. La droite gagne aussi à  Saint-Chamond et à  Saint-Paul-en-Jarez. En revanche la gauche fait de la résistance à  Rive de Gier. Il quitte la petite ville deux ans plus tard pour s'installer à  Saint-Chamond. En 1997, Julienne, son épouse, décède.
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Aujourd'hui, Félix Franc a 90 ans et des visages plein la tête. La vie continue.
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L'errance d'une vie, Félix Franc, 2002, Actes Graphiques, Saint-Etienne
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Félix Franc, l'errance d'une vie, un film de Jean Andersson et André Picon, les films du Hibou, 2001. Contact:  André Picon, 1 rue Molière, 42 100 Saint-Etienne
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Quelques figures de militants dont Félix Franc a croisé le chemin :.

Louis Lecoin, sur Archisam
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Jean Duperray, par Félix Franc
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Pierre Monatte, sur Marxists.org
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Robert Louzon, sur Marxists.org
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Autres liens :
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Les Centres Musicaux Ruraux
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La maison de l'eau de Marlhes sur Takatrouver