Friday, June 05, 2020

Au coeur du Forez, la modeste chapelle de Notre-Dame de Bonson demeure depuis des siècles la destination d'un important pèlerinage marial. Le prochain aura lieu dimanche 1er septembre. Messe à 11h. Procession à 14h30.

Cet article a été publié une première fois début 2005 à  partir d'une rumeur parvenue à nos oreilles. Un généreux mécène de Bonson avait proposé à  la mairie un lingot d'or pour refaire sculpter, à  l'identique, la statue de Notre-Dame de Bonson honteusement dérobée il y a quelques années dans la chapelle du même nom. Par un courriel, nous avons demandé confirmation de cette bonne nouvelle à  la mairie de Bonson. Nous vous communiquons ci-dessous la réponse reçue et nous enchaînons avec un léger historique et quelques photos de ce petit sanctuaire cher aux coeurs foréziens.

La chapelle de Notre-Dame de Bonson dans les années 1900 et aujourd'hui. La photo à  gauche fut réalisée sur plaque de verre par M. Joseph Redon. Elle nous a été aimablement communiquée par son petit fils, M. Philippe Mongour, ancien photographe de la mairie de Saint-Chamond.

" Monsieur, l'inauguration des travaux de rénovation de la Chapelle Notre-Dame de Bonson a eu lieu le samedi 16 octobre 2004. En ce qui concerne le remplacement de la statuette de la Vierge volée, la municipalité a organisé un concours, à  ce jour deux sculpteurs ont été sélectionnés. Cependant, Monsieur Simonini, habitant de Bonson, a fait le don à  la paroisse d'une statuette de la vierge qu'il a réalisé en s'inspirant de la statuette volée (photo, ndFI). Néanmoins il ne s'agit pas d'une copie à  l'identique. D'ailleurs, si vous vous rendez à  la Chapelle vous verrez qu'il y a trois statuettes de la Vierge.

A titre d'information, je peux vous préciser que le jury du concours pour le remplacement de la statuette est composé d'un architecte, de plusieurs représentants de la paroisse, d'un représentant des monuments historiques...

Depuis que la Chapelle est ré-ouverte au public (depuis la fin des travaux de rénovation) je peux vous assurer qu'elle a vu passer un grand nombre de fidèles, le pèlerinage a eu lieu le 1er week-end de septembre comme d'habitude et les journées du Patrimoine des 18 et 19 septembre ont été un succès. Si on en croit les petits livrets laisser à  la disposition du Public, la Chapelle et sa Vierge sont toujours aussi importantes pour les gens dans la peine ou la souffrance. Elles restent toutes deux un soutien très bénéfiques pour ces personnes. Ainsi ce sanctuaire n'a pas perdu sa raison d'être... "

 Dans la plaine du Forez entre Andrézieux, Saint-Marcellin et Saint-Rambert, il y a Bonson. On y trouve, un peu dissimulée entre quelques maisons, un cours d'eau, le Bonson, et quelques bois, une petite chapelle en pierre dédiée à  la Vierge sous le vocable de " Notre-Dame de Bonson ". C'est un des édifices religieux les plus anciens du Forez (art roman du XIe siècle) à  une nef et trois petites chapelles latérales, avec un mur clocher surmonté d'un petit campanile prévu à  l'origine pour deux cloches. Cette chapelle est depuis des siècles la destination d'un très important pèlerinage.  

L' histoire de la chapelle commença avec un jeune berger qui, faisant paître ses moutons, trouva un jour dans le tronc creusé d'un vieil arbre une représentation de la Vierge avec l'Enfant dans ses bras. Avertis, les paysans du coin vinrent constater que le matru n'avait pas eu la berlue. Ils décidèrent alors d'enlever la statue de son modeste abri et la portèrent avec soin au village pour lui construire une demeure plus convenable . Mais le lendemain, stupeur ! La Madone avait disparu et c'est dans son tronc près du cours d'eau que le petit berger la retrouva à  nouveau. Le miracle s'étant reproduit une deuxième fois, les villageois pensèrent alors qu'il valait mieux ne plus trop jouer avec elle et décidèrent de la laisser dans son tronc où elle se semblait se plaire.

La statue de Notre-Dame de Bonson (qui fut dérobée au Forez dans les années 80-90) datait du XVe siècle. Haute de 29 cm, en bois de poirier ou de tilleul, il ne s'agissait donc pas de la première version de Notre Dame de Bonson puisque c'est à  la fin du XIe siècle que fut érigée la petite chapelle. S'agissait-il d'une Vierge noire ? Une de ces mystérieuses Vierges noires que l'on trouve surtout dans le Massif Central et dont les origines orientales ou celtes suscitent depuis des siècles les interrogations des historiens ? Ce n'est pas certain du tout mais la légende qui se rapporte à  sa découverte est typique des Vierges noires et reprend le même schéma : près d'un cours d'eau, dans un tronc d'arbre, la statue est déplacée et revient. On retrouve exactement la même légende, encore en Forez, concernant Notre Dame de Baffie à  Saint-Germain-Laval. Signalons qu'il existe aussi des Christ noirs ( Bastia en Corse, le " petit bon Dieu " de Saint-Flour dans le Cantal) et que les plus célèbres des madones noires de France sont Notre Dame du Puy (Puy-en-Velay) et Notre Dame du Pilier à  Chartres.

Les dédicaces et remerciements, nombreux, témoignaient avant la réfection de la chapelle de l'importance de ce lieu.

« La Dame blanche » de Michel Granger se veut un trait d'union entre le passé, le présent et le futur. Placée devant la niche où se trouvait la statue dérobée, elle garde présent son souvenir en même temps qu'elle rend hommage au savoir-faire célèbre des voisins verriers de Saint-Just-Saint-Rambert. « Si on retrouve la statuette, on pourra la remettre dans sa niche. Il faut lui laisser la place de revenir » a expliqué l'artiste originaire de Roanne. Eclairée, la silhouette évoque une apparition. Dans sa plaque de verre bleu pailleté, elle rappelle aussi que la Vierge est la reine des Cieux et un exemple lumineux. Pour remplacer la Madone, Michel Granger était en « compétition » avec l'artiste stéphanois Philippe Favier. Ce dernier avait proposé de réaliser une Vierge fabriquée avec des rubans collectés auprès des fidèles.

La petite chapelle de la Madone ne fut pas pillée par les troupes protestantes du baron des Adrets qui ravagèrent le Forez durant les Guerres de Religion. Les villageois y veillèrent en montant une garde sévère aux environs pour prévenir toute attaque. Et pendant la terreur jacobine de 1793, le dévouement d'un père de famille, Jean Chavagneux, fit que les profanateurs ne posèrent pas leurs pattes sur Notre-Dame. Durant des siècles, la chapelle fut la destination de très nombreux pèlerins foréziens, bourbonnais ou auvergnats. Pendant la Seconde guerre mondiale, 5000 personnes vinrent à  Bonson solliciter la bienveillance de la Vierge et le petit édifice reçut à  plusieurs reprises les visites du Primat des Gaules, le cardinal Gerlier dans les années 50, quand le diocèse de Saint-Etienne n'existait pas encore.