Saturday, October 31, 2020
D'après La Tour-Varan, l'origine du mot Brunaux (ainsi orthographié) serait à  rechercher dans la langue celtique et le grec. Le nom renverrait à  une fontaine qui "coule" ou "des Fées". Le 24 juillet 1753, Anne-Marie Anselmet, seule héritière de la maison des Anselmet des Bruneaux, épousait Jean-Baptiste Michel de Charpin, comte de Feugerolles et marquis de La Rivière. Cette union fut célébrée un siècle après que Gabriel Anselmet eut reçu ses lettres de noblesse du roi, en récompense pour sa bravoure sur les champs de bataille. Jean-Antoine de La Tour-Varan descendait aussi de cette famille. La demeure passa donc aux Charpin - une famille beaucoup plus ancienne que les Anselmet. Ils transformèrent l'ancienne maison forte et restèrent propriétaires du château jusqu'en 1896.

 

La famille Chapelon le fut ensuite jusqu'en 1967. Cette même année voyait naître la Société d'Histoire de Firminy et Environs, qui est installée sur place depuis 1972. Créée à  l'origine pour sauver l'édifice de la démolition, elle y entreprit un programme de restauration. Ainsi celle, en 1973-1974,  d'une pièce à  l'étage, anciennement une chambre, qui accueille aujourd'hui la bibliothèque du château. Elle est dédiée à  Albert Boissier. Historien local, folkloriste et patoisant originaire du Gard, né en 1878 et décédé en 1953 au Pertuiset, Albert Boissier a signé, entre autre, de nombreux articles dans divers journaux locaux, deux importantes monographies, dont une consacrée à  l'industrie du clou dans la région de Firminy, et des poésies patoises. Parmi ceux qui oeuvrèrent à  sauver le château figure Albert Boissier fils, qui participa à  l'inauguration de cette salle en mai 1974.
 
Au même étage se trouve une chambre Louis XVI dite "Chambre de Louis Alexandre Jérôme de Charpin". Elle évoque le souvenir du fils de Jean-Baptiste Michel de Charpin. Chevalier et comte de Souzy, marquis de La Rivière, baron de Feugerolles, seigneur du Chambon, Saint-Romain-les-Atheux et autres lieux, cet ancien mousquetaire noir, qui avait épousé, en 1777, Suzanne Christophe d'Albon, eut maille à  partir, pendant la Terreur, avec le célèbre Javogues.  Sa mésaventure est relatée dans le Tableau général des victimes & martyrs de la Révolution, en Lyonnais, Forez et Beaujolais : spécialement sous le régime de la Terreur, 1793-1794. Antonin Portallier écrit que Louis Alexandre Jérôme de Charpin, alors âgé de 35 ans, " était par sa noblesse et sa fortune une belle proie pour Javogues". Il fut arrêté le 20 octobre 1793 et conduit à  Feurs pour y être jugé par la Commission militaire et révolutionnaire, qui l'acquitta. " Javogues eut un accès de colère terrible (...) et traitant de vendus les juges de Feurs, suspendit ce tribunal en termes injurieux pour les juges qu'il aurait bien voulu faire pendre, et ordonna d'incarcérer de nouveau le comte de Charpin. Mais les habitants de Firminy, de Chazeau et du Chambon vinrent en masse réclamer la mise en liberté du comte, dont ils n'avaient qu'à  se louer. Une femme, qui avait obtenu les faveurs de Javogues, mais qui avait conservé dans son inconduite quelques sentiments de pitié, joignit ses prières a celles des manifestants. M. de Charpin put enfin avoir la vie sauve en faisant don, à  la nation d'une magnifique argenterie et d'incessants sacrifices d'argent et il n'oublia pas la femme Marguerite Fourneyron dite la Merlasse, à  qui il fit une pension viagère, qui fut payée régulièrement jusqu'à  sa mort." Louis Alexandre Jérôme de Charpin aurait occupé cette chambre, meublée dans le style Louis XVI et qui comprend une belle cheminée et une alcôve encadrée par deux portes décorées de deux médaillons de staff vitré de forme "oeil de boeuf". Son plafond est constitué de deux caissons plâtrés, séparés par une poutre moulurée. Un cabinet la complète.

Le portrait du "Comte de Charpin", décédé au château des Bruneaux en 1801, figure en bonne place dans une galerie qui présente dix autres tableaux. Ou plutôt des reproduction photographiques des portraits conservés au château de Feugerolles. Dans cette salle boisée, avec un beau plafond à  la française, nous regardent André Camille de Charpin (1779 - 1824) ou encore son ancêtre "l'Abbé des Bruneaux" (1683 - 1746). Cette salle a été restaurée en 1976-1977 et inaugurée par les descendantes de la famille Anselmet. 

 
Toujours à  cet étage, on remarquera aussi, outre quelques jouets anciens dont une lanterne magique "au chinois", la bannière des anciens pénitents blancs de Firminy. Elle date de 1840. Elle était utilisée en particulier lors des manifestations de la Semaine Sainte. Elle a été restaurée au début des années 2000. Pour en savoir plus, il faut lire encore La Tour-Varan qui, dans sa Chronique des châteaux et des abbayes, Tome 2 (années 1850), rappelle que la Confrérie fut créée en 1662 sous le vocable du Très Saint Sacrement de l'Autel. 92 confrères reçurent le sac de pénitent le 4 juin, jour de la Sainte-Trinité. Leur premier recteur fut Jean-Bruno de Chazeletz, écuyer et seigneur de Saint-Julien. On ignore quand elle cessa ses activités. Deux autres salles, encore, méritent un mot. On trouve, dans l'une, de nombreuses photos disposées sur les murs autour d'une maquette des usines de Creusot-Loire qui rendent compte d'un siècle de vie ouvrière. Elles montrent les anciens laminoirs, des ateliers de tréfilage, les fabrications d'obus pendant la Première Guerre Mondiale, les grèves de 68 à  Firminy et Unieux, le drapeau rouge planté au sommet de la Tour de trempe, etc. L'autre, la salle Antoine et Marie Frachon, expose une salle à  manger réalisée par un ancien ouvrier des usines Verdié.
 
 
photo légendée "entrée du personnel à  l'usine Jacob Holtzer"
 
A l'étage supérieur, qui est celui de l'espace appelou, deux firminiens portraiturés nous accueillent. Il s'agit de "Putain d'Ane" (1820 - 1902), un cafetier, et sa seconde épouse, en costume du pays: Catherine Ouillon (1849 - 1899). Un intérieur de 1914 (chambre, cuisine...) a été reconstitué. Il nous montre notamment une jeune femme, originaire du Velay, qui fait de la dentelle au carreau.



 
Elle attend surtout son homme parti au front... Cet espace, lisons-nous -il n'y a ici pas grand chose à  lire - a réellement servi à  héberger les domestiques du château. Un portrait rappelle aussi le souvenir de l'abbé Merlatton, un homme très généreux qui fut compagnon de séminaire du futur Curé d'Ars. Au rez-de-chaussée, au bas de l'escalier, on découvre "la toute première cloche en acier réalisée en France", en 1857, dans les atelier Holtzer d'Unieux. Ce n'est pas une cloche d'église mais d'atelier. Elle servait à  sonner les heures d'entrée et de sortie des ouvriers. Elle aurait sonné pour la dernière fois, le... 11 novembre 1918.


On passe ensuite dans les parties les plus anciennes du château. A voir dans la cuisine le "potager", l'ancêtre de la cuisinière, construit en pierre et percé d'ouvertures carrées pour les grilles qui contiennent les braises qu'on allait chercher dans la proche cheminée. On peut visiter encore la "mine témoin" réalisée dans les années 1980, la chapelle, longtemps oubliée au milieu d'un jardin, et un fournil de boulanger. Sans oublier l'atelier de cloutier. Cette activité serait apparue dans la région dès le XVe siècle. Il y avait environ 200 cloutiers à  Firminy vers 1840.


Albert Boissier avait su garder en mémoire certaines chansons de cloutiers comme celle-ci:
" - Oh là  ! petit, d'où es-tu ?
- Je suis de Fayol
- Ton père, que fait-il ?
- Des pointes et des clous.
Fou, Fou, tike, tak.
Fourre le diable dans son trou."

En patois: "fou le diable dian soun crôoù".


Infos pratiques:
3 rue Chanzy à  Firminy
04 77 89 38 46

Ouvert tous les jours de 14h à  18h sauf le lundi, La Toussaint, Noël et le Jour de l'An

On notera  aussi un petit monument aux abords du château. Il est dédié au mystérieux André Chapelon, ingénieur et scientifique natif de Saint-Paul en Cornillon  qui, "dans la lignée des Jackson, son trisaïeul Seguin, Verpilleux, Montgolfier et Thimonnier (inventeur de la machine à  coudre, ndlr), s'est lui-même inscrit, par son apport à  la locomotive à  vapeur, sur la liste des pionniers et inventeurs que les générations doivent garder en exemple", d'après une petite notice qu'on peut lire dans le musée.