Saturday, October 31, 2020
Le château de Boën (4800 visiteurs en 2010) abrite depuis 1987 les collections relatives aux vignerons du Forez. La collecte de ces milliers d'objets, donnés à  la ville en 1998, a été entreprise par l'association " Le château de Boën ". Le parcours muséographique actuel a été mis en place au début des années 2000. Il débute au 3e étage, consacré au contexte historique et  géographique, et au travail de la vigne. Le second étage aborde plutôt la vie quotidienne des vignerons et la commercialisation des Côtes du Forez.


Le château fait l'objet dans nos pages d'un petit article spécialement dédié. Au sortir de l'ascenseur, une machine en métal et en bois. C'est une pompe à  transvasement montée sur chariot à  deux petits roues, modèle Rapide B, du début du siècle dernier. Elle servait à  transvaser d'un récipient à  un autre les gros volumes de liquide. Dans la première salle, quelques repères historiques sont proposés à  la lecture : introduction du vin en Gaule par les Grecs, invention du tonneau par les Gaulois, développement des vignobles par les moines puis, dans notre région, par les comtes de Forez. La plus ancienne mention du vignoble date de l'an mille, dans une charte de l'abbaye de Savigny.

 

Des blasons de familles foréziennes attestent de l'importance de la vigne.  Ainsi les armes de la famille Noël ou celles des Vincent de Soleymieux qui portent notamment deux grappes de raisin d'argent et un soleil d'or sur un fond d'azur. Boën au XVIIe siècle commence à  se faire une petite réputation. En témoigne Anne d'Urfé qui écrivait: " Bouin est une petite ville dans un fons où il y a un assez bon vignoble, surtout au lieu appelé Courbine qui produict du fort bon vin, mesmes sur l'arrière-saison." On découvre ensuite les cépages de France et en particulier le Gamay noir à  jus blanc du vignoble forézien, vinifié en Rouge et en Rosé sec, connu aussi sous le nom de Gamay de Saint-Romain. Le Gamay, dont l'apparition est à  la fois soudaine et mystérieuse, était jusqu'à  la crise du phylloxéra (1885) l'un des cépages les plus cultivés en France, représentant jusqu'à  un dixième de la surface totale des vignobles. Le vignoble forézien à  lui seul atteignait une superficie de quelque 5000 hectares. Aujourd'hui, il représente à  peine 37 000 hectares dont 34 000 en France. Et le Beaujolais concentre à  lui seul les 2/3 de cette surface. Plus robuste, plus régulier que le Pinot, plus foncé et plus fort, un cep de Gamay donne quatre fois plus de vin. Trois types de sol en Forez qui donnent des vins subtilement différents: granit du Forez, migmatites du Montbrisonnais (25 hectares environ), terrains basaltiques.


Dans une seconde salle - à  noter au passage qu'elles sont toutes accessibles aux personnes à  mobilité réduite - a été reconstitué un bistrot forézien. C'était un lieu de convivialité où l'on refaisait le monde, la guerre, la France. Où l'on jouait aux dominos, au jacquet. C'était aussi souvent le lieu de réunions des amicales, des associations. On y boit un canon de rouge ou un "forézien": deux tiers de vin blanc et un tiers de crème de myrtille. Ou un café, un chocolat, une eau minérale du cru : une Parot, une Brault Couzan ou de la Badoit. Eventuellement une absinthe. De nombreux objets sont présentés: un gramophone, un récepteur à  lampe cepadyne, l'ancêtre de nos radios, une bouteille syphon d'eau de Seltz, etc. Pour se rincer la luette, il y avait plus de cent troquets, bouis-bouis et buvettes, à  Boën vers 1900. On disait alors: "A Boën les rues montent mais les gosiers descendent. " D'ailleurs, des proverbes, les Cochons - surnom des Boennais - en avaient plein leur sac: " Un bon vin vaut bien le médecin"; "le rosé de Boën soulage le pèlerin",... Ils devaient connaître aussi quelques bonnes recettes de rince-cochon. Et des chansons à  boire, comme celle qu'on écoute, Le Tap de Louis Bourgin :

" (...) Mais le Tap d'un bon rapide
Se fut vite relevé
Et vite ramassa ses litres
Ses sabots et son petit sac
Les litres n' étaient pas cassés
Oyo ! Quelle chance !
Les litres n'étaient pas cassés
allons vite boire un coup..."

On reconnaît sur une table le trophée du Challenge Morel. Il porte le nom d'un pharmacien. En ce temps-là , c'est à  dire le 21 mars 1932 s'ouvrait à  Montbrison le premier marché des vins et eaux-de-vie des Côtes du Forez. Ce même jour naquit la Fédération des Vignerons du Forez, présidée par Adrien Bouvier. Une seconde exposition eut lieu le 24 décembre, suivi d'un banquet au "Lion d'Or", puis une autre l'année suivante, - cette année, "les vins des Côtes du Forez n'ont jamais eu plus de corps et de bouquet", observaient les organisateurs - le 24 décembre toujours au cours de laquelle le trophée fut décerné à  Pierre Verdier, de Trelins. En 1933 aussi, pour la première fois, des déclarations d'appellation d'origine contrôlé étaient déposées par les récoltants. Un certain A.S. concluait ainsi son article publié dans La Région Illustrée: " Gloire et prospérité aux vins des Côtes du Forez, sang généreux de notre vieille terre toujours féconde ! Que justice leur soit rendue et qu'ils aient enfin la renommée qu'ils méritent ! Qu'ils égaient et réchauffent les assemblées de famille et les réunions d'amis ! Qu'ils consolent les affligés, réconfortent les travailleurs et inspirent de beaux vers aux poètes !"




Jésus ne disait pas autre chose:  "Heureux les affligés, car ils seront consolés. " A l'époque, il est vrai on communiait encore sous les deux espèces.  Mais ce n'est qu' en 1956 que la production des Vins de Qualité Supérieure fut autorisée sous l'appellation "Côtes du Forez". L'AOC fut obtenue en 2000, 60 ans après le Condrieu et 44 ans après le Saint-Joseph (1994 pour la Côte Roannaise). La zone AOC couvre 17 communes. Quant à  la cave "Les vignerons foréziens", elle fut créée le 13 décembre 1959 à  la mairie de Boën. Son premier président fut Pierre Dellenbach, remplacé en 63 par Pétrus Gaumon, auquel succédèrent Dominique Chèze, Jean-Denis Coiffet et André Patard. Toutes les étapes de la culture sont passées en revue : greffage, palissage, taille, récolte... et une multitude d' outils sont exposés: bêches à  miner pour la préparation du sol, outils à  lame pour sarcler, houer, aérer la vigne, premiers outils mécanisés tels que piocheuse-houeuse, sarcleuse à  roue,... Un brûle-sarment à  l'antique est exposé. Confectionné avec deux bidons éventrés, il a été remplacé par le broyeur mécanique. Et toutes sortes de sulfateuses et autres pulvérisateurs, en cuivre, en inox, en plastique, à  moteur, sur pneus, portatives, qui ont remplacé le balai de genêt. Celui-ci, trempé dans un saut de bouillie bordelaise, servait autrefois à  "bénir" la vigne, entendez combattre le mildiou, une maladie causée par des parasites. Cette bouillie agressive était composée de cristaux de sulfate de cuivre et de pierre de chaux grasse. Autre ennemi à  combattre: l'oïdium, un champignon qui attaque les organes verts de la vigne, et qu'on prévient par application de souffre. D'autres fléaux encore sont évoqués, le gel, la grêle... Au XIXe siècle, on recouvrait la vigne d'amas de paille et on tirait au canon sur les nuages menaçant pour les pulvériser, imitant en cela les Gaulois qui décochaient leurs flèches... Plus loin dans le temps, on faisait sonner les cloches dont les vibrations devaient éloigner le danger.

Les métiers annexes du vigneron, alambic et cuvage, sont présentés dans deux pavillons du jardin où les enfants des écoles récoltent  leurs grappes pour en faire du jus de raisin. A voir notamment une charge en provenance du hameau de Thinereille à  Saint-Jean-Soleymieux. Elle servait à  la fois à  la cuvaison du raisin et au transport du vin. Elle serait d'origine normande. Une charge est représentée sur la tapisserie de Bayeux. Celle exposée a servi jusque dans les années 50.

 

A l'étage inférieur, ont été reconstitués plusieurs intérieurs, celui d'une loge de vigne, la cuisine d'une ferme forézienne et une chambre à  coucher typique. La loge, dans la plaine, comme celle qui décore le rond-point de la D1089 à  la sortie de la ville, servait à  ranger l'outillage. Mais en montagne elle servait à  héberger durant plusieurs semaines le vigneron. Rudimentaire, en pisé, parfois en pierres, elle comportait alors deux étages. L'intérieur présenté (une table, un lit avec paillasse d'avoine, deux bancs, une armoire) a été récupéré en 1980 avant que la loge ne soit détruite. La cuisine date des années 50. Plusieurs éléments sont à  remarquer: la fontaine, l'ancêtre du lavabo, le fourneau, la baratte à  beurre, une lessiveuse en forme de marmite,... Dans la chambre, on remarquera en particulier le globe de mariée destiné à  recueillir le bouquet de fleurs porté par Madame le jour de ses noces.


Infos pratiques:
Place de la République, Boën-sur-Lignon
04 77 24 08 12
Prix d'entrée plein tarif: 4 euros
Fermeture annuelle: décembre, janvier, février et le 1er mai.
Ouvert du mardi au dimanche de 14h à  18h
En juillet/août: du mardi au samedi et le matin également de 10h à  12h