Wednesday, July 28, 2021

1901-2000: cent ans, cent constructions (bâtiments, ouvrages d'art, lieux de mémoire) pour prendre la mesure de l'héritage du XXe siècle en Rhône-Alpes.

Page initialement publiée en 2007 (25000 et quelques clics). Republiée courant 2016 en gardant la date d'origine, et en étant augmentée de nouvelles photos.

Le XXe siècle est celui qui dans l'histoire des hommes a le plus construit. Nous nous attacherons ici, surtout, à  citer  le patrimoine ligérien notamment à  travers l'excellent guide 100% vingtième. Mais le XXe siècle fut aussi celui du gâchis. Au terme de notre article, nous reproduisons en intégralité l'article de Bernard Gautheron: Le temps des démolisseurs ? Lequel évoque tout particulièrement la situation de notre département.

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Drôme, le  Palais idéal du facteur Cheval, rare exemple d'architecture naive. Construit seul et à  mains nues. "Dieu protège le Génie." / Coll.l Palais Idéal Emmanuel Georges

Le label « Patrimoine du XXème Siècle »

Il a été créé en 2001 par le ministère de la Culture. Il identifie et signale à  l'attention du public les édifices et ensembles urbains qui, parmi les réalisations architecturales du siècle, constituent les témoins matériels de l'évolution technique, économique, sociale, politique et culturelle de notre société. Sa finalité étant la transmission aux générations futures de ce patrimoine à  part entière même si ce label, contrairement au classement « MH » (monument historique) ou « ISMH » (inventaire supplémentaire des monuments historiques) n'a pas d'incidence juridique ou financière. Son attribution se fait à  titre préventif, comme un appel à  l'attention des décideurs et des aménageurs comme à  celui des usagers. En Rhône-Alpes, au 1er avril 2005, ce sont plus de 200 édifices ou ensembles urbains qui avaient reçu le label.

100% vingtième

En 2000, à  l'occasion des 17èmes journées européennes du Patrimoine, un petit ouvrage en forme de guide du Patrimoine rhônalpin du XXème siècle a été édité par Hebdo-éditions en collaboration avec la DRAC : 100% vingtième. Le principe est simple : pour les cent années du siècle, de 1901 à  2000, à  raison d'une construction par année, cent constructions remarquables sont présentées, avec une courte notice, une photographie, des témoignages (de l'architecte, du commanditaire, de l'usager, etc.), les coordonnées du site et les conditions de visite éventuelles. Ce guide de 120 pages a été revu et corrigé en 2002.

Les constructions présentées ne sont pas toutes uniquement labellisées « Patrimoine XXème Siècle ». On y trouve aussi celles inscrites (ISMH) et celles classées (MH). Parfois, l'édifice n'est ni classé ni (encore) labellisé mais présente un intérêt évident.

Le tata, nécropole nationale des 188 tirailleurs sénégalais tombés en juin 1940, plaine de Chasselay (Rhône). Construction de style soudanais (photo/drac).

Elles sont de différentes natures :

- Barrages, viaducs et centrales : barrage sur le Rhône d'Injoux-Génissiat (Ain), centrale hydro-électrique de Montpezat-sous-Bauzon (Ardèche), viaduc ferroviaire de Longesay (Ain)...
- Bâtiments de service public : la poste centrale de Lyon, la gare TGV de Lyon-Saint-Exupéry, centre commercial de Saint-Genis-Laval...
- Bâtiments de sociétés : bureaux de la société Total à  Feyzin
- Lieux de culte : Notre-Dame de toutes Grâces à  Passy (Haute-Savoie), Notre-Dame des neiges de Huez...
- Monuments et lieux de Mémoire : la maison d'Izieux (Ain), village martyr de Vassieux-en-Vercors (Drôme), monument aux morts de Cerdon (Ain)...
- Immeubles, maisons et grands ensembles : maison d'Henri-Jacques le Même, cité de la soie, immeubles HLM de Parilly, etc.

Externat Sainte Marie à  La Verpillière dans l'Isère (/Drac)

Dans la Loire

Avant de nous intéresser aux huit constructions ligériennes présentées dans le guide, un mot des 28 qui ont reçu le label. Dans la grande majorité, elles sont situées dans la région stéphanoise. Les trois exceptions sont :

- A Feurs, le lotissement des rues Zola et Voltaire, construit en 1969 sous la direction des architectes Combazet et Pison.
- A Chazelles-sur-Lyon, l'ancienne usine de chapellerie dite « usine Fléchet », construite en 1902 par Eugène Baure (ISMH)
- A Saint-Martin-d'Estréaux, le monument aux morts édifié en 1922 par Jean-Baptiste Picaud (ISMH).

Palais des spectacles de Saint-Etienne (ancien palais des sports)


Ci-dessus: l'immeuble moderne, bâti entre 1930 et 1932 par l'architecte et promoteur stéphanois Auguste Bossu. 21 logements de 3 à  5 pièces sur sept étages. Novateur, il offre les éléments de confort moderne: chauffage central, ascenseur, vide-ordures... Epousant la forme de la parcelle, l'immeuble, en béton armé, forme un trapèze de 23 mètres de long sur 14 de profondeur. (photos Forez Info)
 
Une quinzaine de constructions stéphanoises ont reçu le label : Manufacture française des Armes et Cycles  (future Manufrance, 1902, Lamaizière, ISMH); la Bourse du Travail (1903, Lamaizière); l'église St François (1910, Paul Noulin-Lespès), le kiosque à  musique de Marengo (1870, Mazerat, ISMH); le quartier « Foch » (1949, Pierre Béal et Auguste Bossu); le foyer de travailleurs dit « Clairvivre » (1963); la Condition des Soies (1909, ISMH); l' immeuble moderne du 11 rue des Creuses (1930, Auguste Bossu, ISMH); les maisons sans escaliers (1933, Auguste Bossu, ISMH); la Cité HLM de Beaulieu (1953); l' immeuble de La Loire Républicaine (1907, Lamaizière, ISMH); l' Hôtel particulier Subit-Gouyon ( dit « maison Gagnaire », 1930, ISMH); l'immeuble administratif de La Charité (1930, Coste et Lasserre, ISMH); La Coupole (palais des spectacles, 1967, Pierre Dufau); le « palais Anatole France » (dit d'Etienne Mimard, 1937, par Henri Gouyon); l' immeuble du 2, avenue de la Libération (1905).

L'immeuble administratif de La Charité (photos Forez Info)

 


- Evoquons encore à  Unieux, l'Hôtel de Ville et la Tour de trempe,  à  Firminy les constructions de Le Corbusier,  la villa du Pouey à  Saint-Chamond.  
 
Le quartier Foch à  Saint-Etienne

Il est situé en face de la  future Cité du Design (ancienne Manufacture d'Armes, d'où le nom d'Armeville que porte un ensemble de bâtiments du quartier, achevé au début des années 70) et s'articule autour d'une petite place portant le nom du maréchal, sur l'ancienne commune de Montaud. Le projet urbain fut conduit dès 1944 par Auguste Bossu et s'est étalé sur vingt ans. En descendant la grand rue, on y accède par la rue Edmond Charpentier d'où l'on distingue à  l'horizon la tour Bel Air et où l'on remarque  un immeuble de plusieurs corps accolés dont un qui se retourne pour offrir une façade au sud.
 
Voici la description donnée dans l'ouvrage L'Immeuble collectif des années 50, Saint-Etienne: de la place Foch à  Beaulieu (Mario Bonilla, François Tomas et Daniel Vallat): "C'est cette façade qui, avec ses balcons à  allèges pleines arrondies, à  l'angle initie un jeu de redans dans la perspective de la rue: loggias ouvertes ou fermées, en alternance avec des scansions verticales qui délimitent chaque colonne d'appartements et les entrées communes".
 
Ci-dessous (photos Forez Info): les balcons à  l'angle de la résidence Massenet, la Tour Horizon Sud  et l'immeuble-tour de Pierre Béal, de l'autre côté de la place Foch, des entrées d'immeubles, rue Charpentier et la cage d'escalier dans un immeuble de la rue Knoblauck (années 50)

 

Les constructions et monuments ligériens présentés dans le guide 

Le monument aux morts de Saint-Martin-d'Estréaux

Construit en 1922, c'est moins son architecture que ses inscriptions qui font de ce monument une « espèce rare » en France. Monument pacifiste, il proclame notamment: " Bilan de la guerre : plus de douze millions de morts ! Autant d'individus qui ne sont pas nés ! Plus encore de mutilés, blessés, veuves et orphelins. Pour d'innombrables milliards de destructions diverses, des fortunes scandaleuses édifiées sur les misères humaines, des innocents au poteau d'exécution, des coupables aux honneurs, la vie atroce pour les déshérités, la formidable note à  payer. La guerre aura-t-elle enfin assez provoqué de souffrances et de misères ? Assez tué d'hommes pour qu'à  leur tour les hommes aient l'intelligence et la volonté de tuer la guerre. Maudite soit la guerre et ses auteurs."

Ces inscriptions, gravées dans la pierre divisèrent la population. Le monument fut profané et un tract proclama que le maire était « un dictateur à  la manque ».


 
L'Unité d'habitation le Corbusier à  Firminy + l'église Saint Pierre
 
C'est la dernière et la plus grande des quatre unités d'habitation conçues par l'architecte : 414 logements et anciennement une école maternelle, 17 étages portés par 30 pilotis, 131 mètres de long, 21 de large, 50 de haut. Les appartements organisés en duplex sont agencés à  la manière des alvéoles d'une ruche.
 
L'église Saint Pierre est aussi la dernière de Le Corbusier. Inachevée à  sa mort, elle sera finie à  l'été 2006 sous l'impulsion de Saint-Etienne Métropole. Elle avait été commandée en 1960.

"J'ai été chargé d'un travail. Je l'ai fait en conscience. J'ai lutté avec des matériaux, les formes, l'entreprise. J'ai rempli toutes les conditions du contrat, j'ai fait mon travail. Je me sens plus lié que jamais par cette oeuvre qui est nôtre." Le Corbusier, lettre à  l'abbé Tardy, 1965
 
L'immeuble du 2, Avenue de la Libération (Saint-Etienne)
 
Reconnaissable entre tous, l'immeuble se distingue par son esprit Art nouveau et l'utilisation du béton armé et ciment moulé. Réalisé par Joanny Morin, il est nommé La Martre de France. Un magasin de fourrures prenait place au rez-de-chaussée. G. Liogier et B. Rivatton dans Promenade dans Saint-Etienne d'hier et d'aujourd'hui l'évoquent en ces termes : "C'est le triomphe de l'inutile et de la prodigalité, avec ses combles immenses, ses piliers cannelés dont les ornements ont été abattus, l'arc qui supporte le caducée et les tourelles coiffés de bulbes."

Il a été conçu pour Preynat-Séauve, juge au tribunal de commerce. Les initiales du propriétaire figurent sous le caducée d'Hermès, dieu des marchands et des voleurs (photos Forez Info)


 
L'immeuble de La Loire Républicaine à  Saint-Etienne

Construit par les célèbres Lamaizière en 1907, les décors sculptés sont dus à  Induni. De style moderne, les architectes ont privilégié l'emploi du fer et du béton armé. Dans les angles on remarquera des cornes d'abondance ainsi qu' un caducée qui surmonte l'inscription du nom du journal (photos FI).

Maison sans escalier à  Saint-Etienne
 
" L'escalier est un moyen barbare de monter les étages. Les marches imposent à  tous le même pas : aux enfants comme aux vieillards. Avec notre montée par galerie en plan incliné, chacun fait le pas qui lui convient, rapide ou lent, comme on le fait sur le trottoir." Auguste Bossu, 1933


Ci-dessus: une des deux maisons sans escalier. Elles ont été construites en 1933 et 1940. La première, au 56, rue Daguerre a été élevée en lieu et place du cabaret  "chalet Bizillon". En béton armé, les immeubles s'ordonnent selon un plan hexagonal. Une rampe hélicoidale d'1m 70 de large remplace les escaliers et s'enroule autour d'un vide cylindrique. La calotte de béton, percée de pavés de verre distribue un éclairage à  l'ensemble (photos Forez Info)
 
L' Hôtel Subit-Guyon à  Saint-Etienne

En 1931, un riche pharmacien y vivait, avant qu'il ne soit réquisitionné par l'armée allemande durant l'Occupation. De style Art déco, il abrita le restaurant Gagnaire dans les années 90. Le bas relief au fronton est signé Joanny Durand, sculpteur originaire de Boen-sur-Lignon.
 
"Je garde de cet endroit un souvenir douloureux, de la tristesse. On s'était battu pour le réhabiliter. C'est un lieu anachronique dans cette ville. Une maison de style méditerranéen... On avait tiré cet édifice vers le haut, on en avait fait une véritable oeuvre d'art. " Pierre Gagnaire

On retrouve des éléments architecturaux semblables (avancées en béton en forme de râteau) sur un autre immeuble de Subit et Guyon, à  l'angle de la rue Michelet et de la rue des Creuses (1934-35), en face de l'immeuble moderne :


 
Le Musée d'art moderne à  Saint-Etienne

Réalisé par Didier Guichard en 1987, il s'agit d'un parallélépipède recouvert de carreaux de céramique noire.

"(...) un lieu neutre et propice à  la découverte, didactique et humble, où la présentation des oeuvres ne serait pas perturbée par des artifices d'architecture." Didier Guichard

Le temps des démolisseurs ?

" Les monuments du XXe siècle, que l'on célèbre aujourd'hui, font parfois figure de rescapés de l'histoire. Certaines architectures modernes du début du siècle n'ont pas été épargnées par les destructions de la Seconde Guerre mondiale. Les bombardements ont touché le patrimoine industriel, les secteurs urbains (Chambéry, Lyon), les voies de communication (gares, ponts). La rotonde SNCF de Chambéry, par exemple, est une miraculée ! La modernité se retrouve difficilement dans les travaux de reconstruction de l'après-guerre. Dans la Loire, la très novatrice église Saint-François à  Saint-Etienne (1913, de l'architecte Paul Noulin-Lespès), partiellement démolie par les bombardements en 1944, a été reconstruite en 1945, mais dans une architecture plus sobre. Le pont du Moulin des pierres à  Montanges (Ain), datant de 1909, composé d'une arche maçonnée de grande portée, fut détruit par l'armée allemande en 1944 et reconstruit en béton armé en 1955 sur le modèle de l'ancien. A Anse (Rhône), le clocher de l'église (XIXe siècle), détruit lors des combats de la Libération, a été reconstruit en béton armé en 1958 dans un style résolument moderne, proche de celui de l'église du Raincy, mais ce clocher, unique dans la région, a connu une existence éphémère (il fut démoli en 1996 car il menaçait ruine). Les évolutions techniques, la nécessité de nouveaux aménagements urbains sont souvent invoquées pour justifier la démolition de monuments, parfois majeurs, mais qui « ont mal vieilli » dans le siècle qui les a vu naître. Deux ponts de Lyon construits au début du siècle, qui avaient échappé à  la destruction en 1944, ont ainsi été détruits dans les années 1980 : le pont de l'Homme de la Roche sur la Saône, remplacé par une passerelle piétonne et le pont de la Boucle sur le Rhône, remplacé par un pont routier plus large. L'imposant Palais de la Foire de Lyon, oeuvre de Charles Meysson (1918), a été détruit en 1991 pour laisser la place à  la Cité internationale de Renzo Piano. A proximité, l'ancien Palais des Congrès, caractéristique des années 1960, a été remplacé par un complexe cinématographique. En même temps qu'on classait le bâtiment des voyageurs de l'ancienne gare des Brotteaux (1908), la halle attenante, chef-d'oeuvre des charpentes métalliques ferroviaires, était démolie pour permettre la construction des voies TGV de la nouvelle gare SNCF de la Part-Dieu. De même, les hangars à  auvent de l'aéroport de Bron, construits en 1931 par l'ingénieur Albert Caquot, ont été démolis au moment de la désaffectation de l'aéroport. C'est le patrimoine industriel qui a sans doute payé le prix fort des crises et des mutations de la fin du siècle.

La centrale thermique du Bec au Chambon-Feugerolles. Entreprise en 1946, sa construction s'est faite en trois étapes. La 1ère tranche de 50.000 KW avait été mise en service en 1950.


Les innombrables chevalements de mine, qui marquaient encore dans les années 1960 le paysage urbain de Saint-Etienne, et qui témoignaient du rôle des mineurs dans le renouveau industriel de l'après-guerre, ne dataient pas de l'époque de Zola : c'étaient des ouvrages du XXème siècle (le chevalement Verpilleux, par exemple, daté de 1952, a été détruit en 1973 !). L'abandon du charbon a également entraîné la disparition de complexes importants comme la centrale thermique du Bec au Chambon-Feugerolles (Loire), construite en plusieurs étapes, de 1946 à  1960. Tout est fait alors pour gommer du paysage les friches industrielles, images trop visibles de l'échec économique. La destruction en 1996 de la halle métallique de la SFR (Société de forgeage de Rive-de-Gier), construite en 1930, illustre la fin des grandes usines métallurgiques de la vallée du Gier (Loire). Les maisons d'industriels n'échappent pas non plus à  la démolition. Si les bâtiments de la chocolaterie Pupier à  Saint-Etienne (1914) existent encore, l'hôtel de son propriétaire, situé à  proximité, a dû céder la place au parc de stationnement d'un supermarché.

Les monuments de l'histoire sociale peuvent connaître le même sort. Le phalanstère des aciéries d'Ugine (Savoie), construit en 1910 dans l'esprit fouriériste, vient d'être démoli alors que les aciéries fonctionnent toujours. D'autres monuments, plus modestes, témoignaient aussi de l'histoire des marges industrielles des agglomérations : le magasin Prisunic (1932), dans le quartier populaire de la place Gabriel-Péri à  Lyon (3e arrondissement), ou l'Idéal Cinéma (1927) à  Vénissieux (Rhône) qui rappelait la grande époque du cinéma, ont été démolis au début des années 1990. Certains ouvrages inso-lites, comme le solarium tournant d'Aix-les-Bains (Savoie), « machine à  soigner » construite en 1932, démolie en 1966, symbolisaient une architecture audacieuse au service des malades. Par ailleurs, les grandes expositions, au succès populaire, ont souvent fait naître des oeuvres modernes mais éphémères, comme lors de l'Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme en 1925 à  Grenoble (Isère), dont seule la Tour Perret garde aujourd'hui le souvenir.

Les grands ensembles d'habitat construits dans les années 1960 sont souvent désignés comme une des causes des malaises sociaux et du mal vivre des banlieues actuelles. Leurs démolitions, toujours spectaculaires, n'ont pas manqué en Rhône-Alpes : les dynamitages de la barre Ninon-Vallin à  Valence (Drôme) en 1988, de plusieurs tours des Minguettes à  Vénissieux (de 1983 à  1994) ou, tout récemment, de la très symbolique « Muraille de Chine » à  Saint-Etienne, suffiront-ils à  recréer un lien social dans ces quartiers ?

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La fin de la Muraille (n° spécial de La Tribune-Le Progrès)

Image Saint-Etienne aujourd'hui n° 164, mai 2000: la muraille et le périmètre de sécurité avant la destruction

La notoriété d'un architecte ne suffit pas toujours à  empêcher la démolition de ses oeuvres. De nombreux chalets de l'architecte Henri-Jacques Le Même à  Megève (Haute-Savoie), livrés à  la fantaisie de leurs propriétaires, ont été dénaturés ou détruits. Le dernier en date, le chalet L'Herbe tendre (1960), à  Combloux, a été rasé en 1998. Les oeuvres de Tony Garnier à  Lyon ont connu une postérité difficile. En 1958, la villa personnelle de l'architecte, à  Saint-Rambert, frappée d'alignement, était à  moitié démolie. En 1974, les abattoirs de la Mouche (1909-1914), construction la plus représentative du modèle de la Cité industrielle, étaient démolis, malgré une campagne de protestations, et seule la grande halle du marché aux bestiaux (aujourd'hui halle Tony-Garnier) échappait de peu à  la destruction grâce à  son inscription sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1975. Le stade Gerland connaissait quant à  lui, un destin singulier. Premier monument du XXe siècle consacré monument historique en Rhône-Alpes (1967), il a depuis tellement été dénaturé par des adjonctions et démolitions de toutes sortes, qu'on a bien de la peine à  reconnaître aujourd'hui ce chef-d'oeuvre de l'architecture qui servit de référence pour la construction d'autres stades célèbres. Donner le label de monument historique ' ou simplement évoquer la notion de patrimoine 'pour des monuments créés au XXe siècle n'est donc pas chose facile. Les démolitions, qui ont été nombreuses, surtout au cours des deux dernières décennies, illustrent la nécessité de disposer d'un inventaire et de protections raisonnées pour ce patrimoine au statut encore fragile. "

Bernard Gautheron, chargé d'études documentaires (Conservation régionale des Monuments historiques, DRAC Rhône-Alpes), 2000