Wednesday, September 22, 2021
7 juin 2006, soirée "opiacée" à  Geoffroy-Guichard - puisque le foot est l'opium du peuple - avec la venue de l'équipe nationale chinoise, au grand dam d'Aulas qui aurait bien vu Gerland en bleu et jaune. Tant mieux pour nous, c'est toujours cool de voir jouer l'équipe au coq. La dernière fois c'était quand ? Enfin bref, mais se taper la Chine, sauf le côté exotique, gâche un peu le goût du plaisir.
 
Pas celui de notre maire sans doute qui moins français que mandarin sur ce coup a bien compris le message: les Français font trop de politique (cf La Gazette et ses tribulations d'un maire stéphanois en Chine, il y a un an ou deux). Bon on va pas être trop chien, pas de marchés si pas marcher au pas, c'est pour "notre" bien... En tout cas, moi j'aime bien le Tibet et son drapeau psychédélique. Et puis j'aime bien son grand sachem exilé à  Dharamsala et puis surtout Foudre bénie. Alors voici un entretien avec Roger Charret. Photographe, cinéaste conférencier et licencié en ethnologie, ce Stéphanois a succombé au charme de l'Himalaya où il s'est rendu à  de nombreuses reprises.

 

M. Charret, vous êtes photographe...

Disons que la photo est ma passion première mais à  l'origine je travaillais dans une banque. Depuis 1979, j'allie ma passion pour la photo et le cinéma avec les voyages et mon intérêt pour les peuples du monde. De la sorte, j'ai été amené à  voyager hors des sentiers battus pour réaliser des documentaires. C'est en 1988 que j'ai décidé de vivre pleinement ma passion pour la photo, alors j'ai fait de la ciné-conférence et depuis quelques années je travaille plus ou moins pour la télévision.

Avec une préférence pour l'Asie...

J'ai commencé par le Yémen et puis en effet je me suis pris de passion pour l'Asie. J'ai visité d'abord la Birmanie et la Thailande, puis des contrées plus reculées comme le Népal ou encore le Ladakh et le Zanskar qui sont des régions de l'Inde himalayenne, non loin du Tibet. J'y suis allé une dizaine de fois. Mais je suis aussi allé au Niger où j'ai côtoyé les Touaregs. Dernièrement, je suis revenu en Europe, dans le Maramure, une région de Roumanie qui a gardé un aspect très authentique.

"Et même quand leurs grands monastères sont réduits en poussière, ils continuent à  faire tourner leurs moulins à  prière..."

Si vous le voulez bien, nous allons surtout évoquer la question tibétaine. Vous lui avez d'ailleurs consacré, je crois, un livre : Himalaya, Esprit d'Eveil.

Ce n'est pas à  proprement parler un livre sur la question tibétaine et sur l'Occupation chinoise. C'est un recueil de photographies prises dans le nord de Inde, où vivent en exil plus de 200 000 Tibétains, et qui servent à  mettre en avant certains préceptes bouddhistes. Chaque photographie, paysage, visage, monument ou activité illustre une maxime ou une pensée de la religion bouddhiste. A moins que ce ne soit l'inverse. Mais le livre bien entendu constitue un hommage au peuple tibétain. Je l'ai d'ailleurs dédié aux six millions d'entre eux qui vivent sous le joug chinois et aux grandes figures de la Résistance, notamment Palden Gyatso, un moine qui a passé 32 ans dans les geôles communistes, ou encore Ngawang Sandrol, une nonne qui fut libérée en 2003. Et Gendhun Choeki Nyima qui était le plus jeune prisonnier politique du monde. Il avait 12 ans en 2000 quand a été publié le livre ! Il s'agit du Panchen Lama, le personnage le plus important du bouddhisme tibétain, après le Dalaï-Lama.

Etes-vous bouddhiste ?

Non, je ne me suis pas converti mais j'ai toujours éprouvé un très grand intérêt pour cette religion qui est avant tout une philosophie de vie. Et puis s'intéresser au Tibet suppose de s'intéresser au bouddhisme, il imprègne tellement la vie tibétaine qu'on ne peut dissocier les deux.

A propos, pouvez-vous nous dire un mot sur Alexandra David-Neel ?

Une figure légendaire. C'était une très grande voyageuse française. Elle fut la première occidentale à  entrer dans Lhassa au début du XXème siècle. A l'époque, le Tibet était sous domination anglaise et complètement interdit aux étrangers, sans compter les nombreux brigands. Elle a réussi à  entrer, en plein hiver, déguisée en mendiant et accompagnée d'un Tibétain qui devint plus tard son fils adoptif. Elle a raconté cet exploit dans Le voyage d'une Parisienne à  Lhassa.

D'Orient et d'Occident, Alexandra David-Neel était française, tibétaine, anarchiste et féministe. Elle avait fait d'une parole biblique sa devise: "Marche comme ton coeur te mène et selon le regard de tes yeux."

Dans ses livres, elle raconte de nombreux phénomènes merveilleux : lévitation, dédoublement... On pense aussi à  Foudre Bénie, le « moine volant » dans Tintin au Tibet. Avez-vous vu des phénomènes semblables ?

Non mais je crois que ça existe. Neel a écrit à  propos des régions de l'Himalaya que c'était un monde au-delà  du réel. Et tous ceux qui y sont allés le pensent volontiers.

Mais au fait ! Etes-vous déjà  allé au Tibet ?

Hélas non, pas encore. Et je n'ai pas eu non plus l'occasion de rencontrer le Dalaà¯-Lama en privé. Je l'ai vu plusieurs fois mais jamais en tête à  tête. Par contre, à  Dharamsala, qui accueille le gouvernement tibétain en exil, j'ai interviewé sa soeur et beaucoup d'autres moines, dont certains qui avaient été torturés par les Chinois. Ces entretiens sont dans mon nouveau film : Tibet : la longue marche.

"...Et à  faire flotter très haut leurs invisibles drapeaux !" Image extraite du film Nomades Land de M. Charret. Tous les 10 mars, les Tibétains en exil au Ladakh et ailleurs se souviennent du soulèvement de 59 à  Lhassa et de l'extermination qui suivit. Ils prennent les esprits à  témoin contre cette injustice, honorent Kundun ("la présence", leur Dalaï-Lama) et brûlent un mannequin de paille symbolisant le gouvernement chinois.

La longue marche... en effet, elle s'éternise...

Oui ! Le Dalaï-Lama dit qu'il faut garder l'espoir et que la vérité triomphera un jour. Les Chinois, eux, ont pris à  leur compte la maxime de Goebbels qui dit qu'un mensonge répété des milliers de fois devient la vérité. Ils sont bien aidés par l'hypocrisie du monde qui fait des affaires avec eux.

Que se passe-t-il aujourd'hui au Tibet ? Les monastères sont rasés ?

Non, ça c'est déjà  fait depuis les années 50 ! Aujourd'hui, ils colonisent, envoient des milliers de Chinois au Tibet pour acculturer les Tibétains, les noyer sous la masse. Ils construisent actuellement une ligne de chemin de fer, la plus haute du monde, pour déverser encore des flots d'immigrants. Ils sont aujourd'hui deux fois plus que les Tibétains eux-mêmes ! Sans parler de la stérilisation des femmes, de l'interdiction d'avoir chez soi une photo du Dalai-Lama ou le drapeau tibétain etc.

Dans une telle situation, la lutte armée ne serait-elle pas plus efficace ?

A l'origine il y avait au Tibet une guérilla, les fameux cavaliers du Kham, soutenus par la CIA, qui résistaient militairement contre l'occupant. Sous l'ère Nixon, les USA ont laissé tomber le Tibet à  mesure qu'ils se rapprochaient de la Chine. Aujourd'hui, comme chacun le sait, le Dalaï-Lama, chef spirituel et temporel est l'apôtre de la non violence. Il ne demande d'ailleurs plus l'indépendance pure et simple de son pays mais a opté pour « la voie du milieu » autrement-dit pour une forme d'autonomie. Mais c'est vrai que parmi les jeunes Tibétains en exil, il y a un courant plus radical qui voudrait en découdre. Le courant du Tibetan Youth Congress par exemple pourrait être amené, dans les années à  venir, à  agir à  nouveau militairement. Mais pour quel résultat ? Quand Lhassa s'est soulevée en 59, la réponse chinoise fut abominable...

Saurez-vous échapper au fleuve de souffrance, saurez-vous couper la racine de l'esclavage ? (citation bouddhiste)

Existe-t-il, sur la question tibétaine, une opposition chinoise à  la politique du gouvernement de Pékin ?

Oui, elle se retrouve dans les mêmes milieux intellectuels et étudiants qui souhaitent l'ouverture démocratique de la Chine et qui eux-mêmes souvent vivent en exil. C'est le cas par exemple de Wei-Jhin-Sheng. Mais quand on voit en France l'immense ignorance de la population vis à  vis de la situation tibétaine, en Chine vous pensez bien...

Et tous les pays du monde sont aux petits soins avec la Chine ?

En tout cas, la plupart des dirigeants. Quand il était maire de Paris, Chirac disait du Dalaï-Lama qu'il était son ami personnel. La suite est connue. Si ! il y a un type qui a eu du courage, c'était Vaclav Havel, quand il était président de la Tchéquie. Il n'avait pas peur de recevoir le Dalaï-Lama.

Que se passera t-il à  la mort du XIVème Dalaï-Lama ?

Il ne mourra pas vraiment. Il pourrait « s'éteindre » et échapper au Samsara mais par compassion pour les hommes, il se réincarnera. Mais pas au Tibet où les Chinois lui mettraient vite le grappin dessus. Il choisira un enfant du monde libre, quelque part...

Himalaya, Esprit d'Eveil, aux éditions Anako, 2000

A l'attention des organisateurs d'animations et spectacles autour des thèmes portant sur l'Himalaya, le Tibet, le Bouddhisme, M. Charret peut vous proposer ses films, des photos ou des objets. Si vous désirez le contacter: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Association Lions des Neiges : Fondée en 1996, c'est une assos à  but non lucratif, indépendante de toute organisation politique et confessionnelle. Elle a pour but de sensibiliser à  la tragédie du peuple tibétain et protester contre l'occupation chinoise du Tibet qui, depuis 1950, a coûté la vie à  1 200 000 Tibétains, hommes, femmes et enfants.

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