Saturday, December 04, 2021

Contretemps, tant pis je n'irai pas gambader dans les gorges profondes du Vizézy aux abords de la croix des Argnats. Qu'à cela ne tienne, d'abord ce n'est que partie remise, ensuite direction l'église Saint-Louis à Saint-Etienne où je vais passer une heure de félicité en compagnie de Mlle Elise Rollin.

Elise Rollin, 30 ans, est organiste ; elle joue de l'orgue, " le Roi des instruments de musique ", disait Wolfgang. Elle est venue à  l'invitation de Michel Tremoulhac, l'organiste de l'église Saint-Louis, offrir une heure de musique au public stéphanois. Depuis six ans en effet, un cycle de concerts spirituels est proposé à  partir de décembre en l'église dédiée au saint roi. Il s'agit de mettre en valeur le grand orgue construit en 1997 par le facteur Denis Londe et de proposer des concerts de grande qualité, souvent gratuits, en dehors du culte dominical, pour les temps forts de l'année liturgique. La combinaison de pièces d'orgue appropriées et de textes spirituels ou poétiques pour aider à  leur intériorité, constitue un équilibre apprécié du public. Ce samedi 11 février 2007, Elise Rollin interprète huit pièces, par elle choisies, sur le thème du Pater Noster (« Notre Père »).

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C'est à  Franck Bistocchi, ornementiste de St-Paul-en-Cornillon, que l'église Saint-Louis doit la décoration de son nouvel orgue. L'artiste a cherché à  restituer l'atmosphère visuelle des orgues de Silbermann tout en respectant l'harmonie des couleurs qui emplissent l'édifice.Le buffet est en sapin.

Originaire de Belfort, la musicienne a fait ses gammes au Conservatoire local où elle obtint la Médaille d'or et le prix de perfectionnement d'orgue, dans la classe de J-Charles Ablitzer, de piano et de musique de chambre. A 18 ans, elle entre au Conservatoire Supérieur de Lyon, dans la classe d'orgue de Jean Boyer (décédé en 2004) où elle obtient le 1er Prix d'orgue avec mention très bien. Passionnée de musique ancienne, elle se spécialise durant un an en Italie, à  Milan, dans le département de musique ancienne de la Scuola Civica di Musica, auprès de Lorenzo Ghielmi. Titulaire du Certificat d'Aptitude de Professeur d'Orgue et du Diplôme d'Etat de Piano, Elise Rollin enseigne à  l'Ecole de Musique d'Héricourt. Elle est titulaire de l'orgue historique (1776) de Saint-Ursanne, en Suisse. Elle donne par ailleurs des récitals en France et dans divers pays d'Europe.
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Ce n'est pas la première fois qu'elle joue sur l'orgue de Saint-Louis - "un magnifique instrument, une chance pour Saint-Etienne, dites-le dans votre article !" - et dans la région elle a aussi honoré l'orgue de Saint-Chamond. Aujourd'hui, les partitions qu'elle joue sont toutes d'origine germanique : Bruhns, Sweelinck, Buxtehude, Bach (son compositeur préféré, deux morceaux dont le prélude et fugue en la mineur BWV 543) et Boehm (le mélancolique Prélude de choral Vater unser im Himmelreich).
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Il y a dix-huit autres orgues à Saint-Etienne. Celui de Notre-Dame est classé Monument Historique. Nous le devons aux célèbres frères Callinet. Fabriqué en 1837, c'est le plus ancien de la ville.
 
Une musique appropriée à  l'orgue de Saint-Louis puisque inspiré des instruments construits par G. Silbermann et J.G. Hildebrant. Le site internet de la Renaissance de l'Orgue de Saint-Louis indique à  ce sujet qu'"il n'est pas la copie d'un instrument particulier, mais une interprétation possible du courant le plus novateur de la facture d'orgue d'Allemagne centrale au XVIIIème siècle." Pierre Marze, « le registrant parfait », organiste de Notre-Dame du Roule à  la Mulatière (Lyon) précise qu'il n'existe pas deux orgues semblables. Il y a des orgues français, des orgues italiens, etc. Celui de Saint-Louis est donc tout indiqué pour la musique allemande.
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Assise à  sa console, tournant le dos au choeur et aux spectateurs assis deux petits étages en contrebas, Elise Rollin enchaine les morceaux. Debout à  ses côté, M. Marze a les yeux rivés sur la partition, prêt à  jouer son rôle primordial de registrant. Il est l'accompagnateur qui actionne avec elle, quand il faut, les 24 tirants de registres, des sortes de gros boutons qui meuvent les différents registres de l'orgue. Ceux-ci correspondent chacun à  une série de tuyaux couvrant une gamme dans un timbre donné. La nomenclature des tirants est d'ailleurs en partie dans la langue de Goethe, une difficulté supplémentaire.
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Les doigts de la musicienne courent sur les deux claviers, ses pieds manoeuvrent les longues et minces planchettes de bois du pédalier à  la Silbermann. La dextérité de l'organiste impressionne, sa complémentarité avec son registrant est parfaite, absolument synchrone pour le peu que nous pouvons en juger. A quelques mètres, on entend parfois le cliquetis des mécanismes de bois qui bougent dans le coeur de l'instrument. Et puis soudain, en deux trois mouvements rapides, le registrant intervient et deux, trois ou quatre bras se tendent vers les tirants, ramenant certains registres, repoussant d'autres et modifiant le jeu, donc le son, qui sort des longs tuyaux de métal et résonne sous la voute de l'église. "C'est du sport !" dira M. Marze, jubilatoire, au terme d'une heure de concert, entrecoupée de la lecture de textes liturgiques à  Notre Père.

Après avoir salué, l'artiste répond volontiers à  mes quelques questions et m'indique que les partitions qu'elle vient de jouer sont toutes aussi difficiles les unes que les autres. Comme pour satisfaire mon interrogation un peu naive, elle précise cependant dans un sourire que "le prélude de Bach demande de garder l'endurance du début à  la fin". Elise Rollin repart pour Belfort et bientôt pour la terre d'Alsace au pays des orgues où l'attend un nouveau concert à  Strasbourg. Mais, insiste t-elle encore, "vraiment, félicitations à  l'association de l'Orgue de Saint-Louis, très active, cet orgue là  c'est vraiment un instrument magnifique." Une organiste de Saint-Etienne monte la saluer : "Bravo ! Très chouette et plein de vie." Je suis d'accord même si mon avis ne compte pas.

Au pied de l'escalier, une dame convaincue frotte les pieds de la statue de saint Expedit. Ah oui donc, les gorges du Vizézy...
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L' ORGUE
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1. Défense d'y apporter des allumettes chimiques
2. Défense d'y fumer
3. Défense d'y introduire chaufferette ou brasier ' L'organiste avisera à  s'y tenir chaudement par l'usage de bottes fourrées, d'un manchon, de bouillotte d'eau chaude etc.
4. Défense d'y amener des enfants
5. Défense d'y cracher par terre, d'y tracer aucune inscriptions sur les murs ou les boiseries ou d'y commettre aucune dégradation.
6. Défense de s'y livrer à  des conversations bruyantes, légères, inutiles.
7. Défense de s'y tenir d'une manière contraire au bon ordre, à  la décence, au respect que doit inspirer le lieu saint.
8. Défense de monter au 1er ou 2ème étage de l'instrument, si ce n'est aux ouviers employés par le facteur ou l'organiste, lorsque le besoin l'exige.
9. Défense d'y monter et d'y circuler le soir avec chandelle ou bougie, si elles ne sont renfermées dans une lanterne à  toile métallique, ou sans une lampe à  huile entourée de verre.
10. Les clés seront toujours déposées à  la Sacristie, à  la garde de Mr le Vicaire-Trésorier. Il ne les confiera qu'à  l'organiste ou aux facteurs, reconnus par l'Eglise.
11. Lorsque viendront des ouvriers, soit du facteur, soit de l'architecte, soit de la Préfecture ou des ministères, ils montreront leur carte d'envoi, se feront reconnaître et rapporteront les clés, en faisant inscrire le jour t l'heure de leur entrée à  l'orgue et de leur départ.
12. Personne autre, ecclésiastique ou séculier, ne sera admis sans être accompagné, soit d'un employé du facteur d'orgues, soit d'un employé de l'Eglise, fut-il un artiste ou un amateur distingué, ayant obtenu la permission d'une autorité compétente.
13. Le balayage est confié au maître souffleur, qui recevra les instructions du facteur pour les précautions à  prendre.
14. Le maître souffleur ne prendra aucun aide sans l'avoir présenté ou agréer à  Mr le Vicaire-Trésorier.
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Texte affiché sur l'orgue de Saint-Louis, d'après un texte pour l'église Saint-Eustache de Paris